« Autoportrait aux attributs » huile sur toile – Louis Delorme
Ce dimanche 19 avril 2020, notre ami Louis DELORME nous a quittés nous laissant des montagnes d’écrits, de peintures, de sculptures, sans compter ses »recensions » à la fois fines et profondes que chacun garde en souvenir. Claude Luezior, poète franco suisse, bien connu de toutes les revues de poésie de qualité, et qui avait noué un lien fraternel avec Louis, nous avait présentés l’un à l’autre car il avait deviné en nous une fibre semblable qui nous a permis de tisser ensemble nos mêmes passions durant quatre années d’amitié. »Mon frère en poésie », comme le dit son épouse Michèle, a écrit une foison de textes, Louis était un œil, une oreille, un cerveau et une écriture toujours en alerte, ses mille et un textes le prouvent. Mais, pour ma part, je dirais que les poèmes de Louis les plus beaux sont, à côté de ceux qui révèlent son amour sincère de la nature et des humains, incontestablement, ceux écrits à son épouse, ceux faisant allusion à leur bonheur. Ils respirent l’attachement véritable, sans effet de style, sans débordement, des mots que l’on pourrait dire encore à deux doigts de perdre la vie.
Lecture de Paul Mathieu à la lumière de François Julien
par Michèle Garant
Le récent recueil de Paul Mathieu (D’abord un peu de jour, Éditions Estuaires, 2019, Luxembourg), met en mots l’expérience d’un temps suspendu, à l’occasion d’un voyage et d’un retard ferroviaire. Heureux retard que celui qui est vécu par le poète, ouvrant notre regard de vie ordinaire à un inouï de l’existence !
Une lecture de l’essai philosophique de François Jullien (L’inouï, Grasset, 2019) nous conduira à mettre en résonance quelques phrases du poète et du philosophe.
c’est étrange
cette volée de mouettes
qui
soudain
se pose sur le fleuve
sur le gris du fleuve
comme si (…)
Un écart est opéré, un décalage, un déplacement à partir de la perception d’un vol de mouettes et du fleuve qui coule. Singularité d’éléments qui sortent de leur ordinaire, où une journée vient reprendre des forces, où un poème coule. C’est ce type d’écart sans doute qui rend possible l’écriture et la justifie.
un moment avant le départ
le temps s’arrête juste assez
pour que d’un coup la grande aiguille
de l’horloge accomplisse son
bref travail d’aiguille (…)
Et le poète parvient – avec l’horloge, ô paradoxe suprême – à suspendre le temps, nous donnant même la manière d’y parvenir (le fait d’y être tout entier absorbé par le regard peut communiquer la fixité de l’objet à la vie qui s’y est prise). Nous restons en suspens, au point limite de la minute, au point même de son surgissement. Le poète nous ouvre ici à une éthique de l’existence et de son questionnement.
Plus tard dans le wagon, nous décoïncidons de nous-même et de nos adhésions satisfaites, muettes et résignées.
on n’a beau n’entendre
que le bruit
de notre propre respiration
l’air semble toujours pluriel
comme sur
ces vitres où
on croit voir
son image
&
une autre
derrière elle
là (…)
Il n’y a plus de ligne et de présence claires dans lesquelles tenir une pensée. L’expérience est plurielle, dans un jeu d’images différentes et semblables à la fois. La pensée est mise en doute, même le sens s’inverse.
sur la vitre encore
voilà une main qui écrit
de gauche à droite
&
dans l’autre sens
Heureusement, pour notre bonheur la main écrit, et la symétrie inversée qui ouvre le jeu nous désoriente et nous déroute, malgré les rails parallèles et les étapes ferroviaires programmées.
François Jullien dans son essai évoque une description soulignant la banalité d’un paysage, en même temps que l’inouï trouant cette banalité indifférente. Dans cette description le narrateur (il s’agit ici en l’occurrence de Marcel Proust) capture à travers la fenêtre, à l’arrêt d’un train en pleine campagne, une lignes d’arbres et ses contrastes de lumière. Une rangée d’arbres que Marcel Proust trouvait ennuyeuse à observer et à décrire devient porteuse de félicité lorsqu’elle est reconnue et décrite par et dans la sensation présente !
Chez Paul Mathieu aussi le wagon s’immobilise / en lisière d’une / friche industrielle. Peu importe le lieu ni l’heure. L’ouverture est dans le regard, que le registre soit celui d’une nature des hommes ou d’un non-lieu habité de ferrailles.
(…) dans ce monde de tôles
& de ferrailles fanées
des détails mériteraient
sans doute mieux
qu’un coup d’œil
distrait
&
dépité
Paul Mathieu nous partage les images captées par la fenêtre. Le train avance, avec des flashes de lumière, et le regard qui zoome nous fait entrer en même temps dans l’épaisseur du monde, jusqu’à la bille et la promesse d’un pied d’enfant.
l’œil emprunte au paysage
quelques fragments épars :
un groupe de sapins
& son glas d’oiseaux noirs
des taches de lumière
sur un étang mordu de givre
le crapaud muet
au creux de l’herbe
la bille d’agate perdue
un jour d’école buissonnière
et la promesse d’un pied d’enfant (…)
Les déplacements de regard de Paul Mathieu sont sans nul doute d’un autre registre que les « sauts d’harmonie inouïs » et les « dérèglements de tous les sens » rimbaldiens. Ses écarts sont parfois minuscules, d’apparence modeste ( savoir où l’on va / savoir où va le poème / Comment le pourrait-on / quand on ignore même / d’où tout cela vient…). Mais le regard qui se déprend des évidences et des habitudes prend le risque d’aller au delà du convenu et des prudences. Il ne se laisse pas assimiler, il piste la sensation têtue où
on ne voit plus qu’un enfant
tendre la langue pour attraper
quelques flocons de neige
qui de fondre ne fondent rien
qu’un picotement rapide
crû jusqu’à plus soif
& qui finit par être de n’être plus
Il dégèle nos regards convenus, et nous aide à retrouver –felix mora– la résonance de l’existence, à travers la décélération du train des habitudes.
Stéphanie Hochet, Pacifique; Rivages – Mars 2020 ; (16€-142 pages)
Pacifique, un titre nominal qui interpelle.
Stéphanie Hochet se renouvelle d’un livre à l’autre et ainsi surprend ses lecteurs.
Il y a eu l’abécédaire des chats (Eloge volupteux du chat), une analyse du tatouage (Sang d’encre), le quotidien d’une autrice en résidence (L’animal et son biographe).
Ici, total changement, l’écrivaine campe son récit au Japon, en avril 1945 au moment de la seconde guerre mondiale et revisite l’Histoire avec la bataille d’Okinawa.
Si la première citation en exergue offre une image de légèreté avec « la fleur de cerisier » s’envolant « sauvage et belle », la citation suivante qui évoque « la valeur martiale » d’un soldat s’avère dramatique.
« Une fleur de cerisier », ainsi se définit le narrateur, le soldat Isao Kaneda, qui ceint autour de son casque le « hachimaki »(1). Il est prêt à sacrifier sa vie, à tout juste vingt et un ans, à devenir l’un des « kikusui, un chrysanthème flottant ».
« Donner sa vie pour un pays était un exploit, une destination enviable. Un acte de beauté ». D’un côté, il est mu par l’honneur de remplir une telle mission, de l’autre il est à la fois taraudé par la peur au ventre qui tétanise et rongé par le pessimisme.
Élevé et modelé par une grand-mère descendante de samouraïs, Kaneda a intégré très tôt le code du « bushido » (2) et a été initié à la culture du théâtre nô.
Il suit ensuite une formation dans une école de pilotage, à la discipline de fer, avant d’être admis au corps de chasse. Ces combattants nippons sont conscients d’être « le dernier rempart « contre la destruction de leur peuple ». Tous ne reviennent pas.
Dans une conversation avec son compagnon de dortoir, Kaneda émet des réserves quant à la nécessité de leur sacrifice. Kosugi, lui, fou d’orgueil » et exalté, rêve de gloire et d’immortalité, alors que Kaneda pense à sa famille et craint de mourir pour rien. Lucide, il anticipe sa disparition, l’après « eux ». Il ne manque pas de rédiger une lettre (pétrie de reconnaissance) destinée à être envoyée à sa mère, y glisse une photo et une mèche de cheveux. De quoi se souvenir de son fils guerrier, digne d’un héros grec. La voix du père qui lui a dit « Reviens » pourrait-elle le faire hésiter ?
Stéphanie Hochet clôt la première partie laissant Kaneda à son maelström. Mais on devine la pression, la montée de l’adrénaline, dans le compte à rebours des jours avant le jour J. Les douleurs lui vrillent le ventre, « une main de fer lui tord les tripes », « les herbes de lâcheté », dirait sa grand-mère.
Le lecteur est avide de savoir la décision ultime du protagoniste.
Mais laissons le suspense. Ne dévoilons rien du dénouement.
Dans la deuxième partie, Kaneda livre une sorte d’autobiographie, il revient sur son enfance et adolescence, seul avec sa grand-mère rigide, qui l’isole.
« Un confinement » qu’il accepte, justifié par sa santé fragile !
Élève studieux, il montre comment l’éducation classique reçue par son précepteur l’a forgé pour devenir un homme valeureux. Les humanités enseignées sont variées : le latin et le grec, le japonais, les maths et l’histoire.
Grâce à M.Mizu, il découvre le théâtre de Shakespeare qui l’éveillera à l’amour « ce sentiment étrange » qui lui est encore inconnu. Pourtant une jeune fille le hantera.
Il prend goût à la littérature occidentale.
Il confie son bonheur d’avoir eu la compagnie d’Usagi, un adorable lapin, une vraie valeur refuge. « Caresser durant des heures son pelage d’une douceur infinie » lui procure une jouissance jamais éprouvée/inégalable.
A seize ans, il réintègre le foyer familial, poursuit ses études au lycée avec l’objectif de devenir pilote de chasse : « l’école militaire est la promesse d’une expérience exaltante ». Son rêve se réalise en octobre 1944.
A dix-sept ans, il suit un entraînement accéléré, il est alors conditionné pour se préparer au combat. Il est désormais engagé pour servir le Yamato. Il se projette à bord de son engin de guerre, le Zero, « l’avion sera sa nouvelle voie du sabre ». Se métamorphoser en « machine d’acier » lui « procure une jouissance criminelle ».
Le jour J arrivé, il dresse comme le bilan de sa vie, et énumère tout ce qu’il n’a pas fait, n’aura pas fait : « aimer une femme, se marier, concevoir un enfant… ».
On plonge dans son monologue intérieur : « Isao, le courage c’est de savoir serrer les dents ». On croit entendre « Action » suivi aussitôt des vrombissements des moteurs.
Ce jeune, prêt à mourir pour défendre l’Empereur, rappelle un autre soldat, celui mis en scène par l’Académicienne belge dans Une forme de vie. Toutes deux dénoncent l’absurdité, l’atrocité et la férocité de la guerre ainsi que les dégâts collatéraux.
Connaîtra-t-il l’amour, ce kamikaze ? Deux femmes, en particulier, troubleront le guerrier amoureux. L’une, son « oeillet du Yamato » devient un fantasme dont il rêve, l’autre, Izumi, le séduit et le comble de bonheur en lui offrant un éventail.
Le printemps au Japon, c’est l’émerveillement devant la floraison des cerisiers, le « sakura , fleur symbole ». Si Amélie Nothomb évoque cette célébration du « hanami », fascinée par la beauté de « la déflagration des cerisiers » au point d’avoir connu l’extase, un « kensho », dans La nostalgie heureuse, le mot « sakura » prend ici une connotation tragique puisqu’associé au destin de ces soldats, fauchés « au paroxysme de leur jeunesse. » Une nature qui ignore le conflit avec les Américains. Pourtant « la Sumida charrie les cadavres ».
En filigrane, l’écrivaine évoque le conflit qui opposa Américains et Japonais.
Tokyo bombardée au napalm, perte de Saipan en juillet 1944, démission du Premier ministre, la capitulation et la fin de l’empire du Grand Japon.
On connaît la passion de l’auteure pour les chats, on découvre qu’elle n’est pas seulement ailurophile mais aussi lapinophile ! D’ailleurs dans son inépuisable et riche abécédaire « Éloge voluptueux du chat », à l’entrée « Végétarien », elle évoque leurs points communs.
On retrouve l’écrivaine angliciste quand Kaneda trouve des liens entre les oeuvres de Skakespeare et le besoin de vengeance d’un samouraï.
La romancière se glisse dans la peau de ce kamikaze viril, seul aux commandes, à bord de son chasseur, nous restitue ses états d’âme (avant l’attaque, puis pendant le vol) avec beaucoup d’intensité et de réalisme et décline tous les degrés de la peur : insomnies, cauchemars, tremblements, sanglots, coeur qui s’emballe, car « la nuit, les digues sautent ».
Les vrilles, les piqués, loopings, turbulences suscitent le vertige chez le lecteur.
Elle élargit notre champ lexical pas seulement dans le domaine guerrier : kendo, shinaï, kenjutsu, katana, tanto, seppuku…, mais aussi sur le plan des coutumes, du mode de vie nippon: sentō, Shigon, yukata, le Hagakure.
Stéphanie Hochet met en lumière « le système hiérarchique (shi-no-ko-sho) qui plaçait les guerriers (les bushi) au sommet des classes sociales. Eux seuls étaient lettrés ».
De plus l’auteure nous offre une immersion dans la culture japonaise qui ne peut que plaire à Amélie Nothomb, une invitation au satori, « stade ultime du bouddhismezen » et un bouquet de poésie grâce au « lecteur officiel » du cacique de l’île.
Laissons le lecteur découvrir la partie finale, l’acmé du récit, qui le plongera dans un état de décompression, de sérénité inattendue ! Tout le talent de l’écriture de l’autrice.
Voici un roman époustouflant par sa densité qui donne envie de se nourrir des poètes cités :Kyoshi Takahama, Masaoka Shiki ou de l’auteur bouddhiste Kenji Miyazawa.
Pacifique revêt un triple intérêt par la trame historique, le destin romanesque du héros dont l’écrivaine fait une oeuvre d’art et en apothéose : la force de la poésie, « un cataclysme dans l’existence des villageois ».
« La poésie et le courage, deux soutiens insoupçonnés de la vie » pour Luysseran.
(1) Hachimaki : bandeau que les Japonais arborent autour de leur tête comme symbole de détermination, de courage et de travail.
(2) bushido : Code des principes moraux que les samouraïs étaient tenus d’observer.
NB : Pacifique a été retenu dans la sélection du PRIX Françoise Sagan.
Claire Fourier, Sémaphore en mer d’Iroise ; éditions Locus Solus (19€ – 368 pages) ; Mars 2020
Après nous avoir offert « Je ne compte que les heures heureuses », Claire Fourier nous fait cette fois le cadeau « d’un bouquet d’heures », tour à tour « ensoleillées ou brumeuses ». Le vent d’ouest y souffle, chassant « les tourments de l’âme ».
En exergue, Victor Hugo et Céline.
Claire Fourier, une Finistérienne, devenue une « cimmérienne »(1) met en scène plusieurs générations. Elle déroule la cartographie d’une géographie sentimentale, « le grandiose paradis de son enfance ». Il y a ce rocher sémaphore « éperon pyramidal qui s’avance dans la mer d’Iroise, tel un belvédère, le village natal : Ploudal, la plage de Tréompan.
Elle oppose Paris « la ville plébéienne » à la « nature hors-la-loi, aristocratique ».
Une connivence est rapidement tissée avec le lecteur. Il ne subit pas de pression. Il est autorisé à faire une pause dans sa lecture pour observer un brin d’herbe, une coccinelle ou les couleurs du ciel. Elle le gratifie même « d’amant essentiel ».
Dès le chapitre d’ouverture, Klaoda, double de l’auteure, rend hommage à son aïeule, Anna, « la fée au chapeau de clarté », qui lui a transmis la passion de Moby Dick, mais aussi des soldes. Et de la mode, des colifichets, des accessoires. Elle en brosse un portrait attachant, très détaillé et restitue des bribes de leurs conversations.
Telle une biographe, Claire Fourier retrace la vie d’épouse de cette grand-mère adorée, mariée à Joseph, un « pompon rouge », qu’elle suit à Toulon mais pas en Indochine. Anna préfère le quitter pour revenir au village avec ses 3 poussins. Puis, elle évoque la période de veuvage de celle qu’elle nomme « sa baleine blanche » jusqu’à son décès. Cette « Mémée avait la sagesse pétillante »,« répandait une paix océane et botanique » et laissait échapper de sa bouche « des perles de gentillesse » .
Elle « remue ses souvenirs » d’enfance, ses jeux avec ses frères dans ce décor maritime qui traverse plusieurs des romans de Claire Fourier.
Si « l’âme se sent vite à l’unisson d’un paysage aimé », le lecteur se sent aussi en communion avec celle qu’il lit et lui offre un tel « partage intime ».
Ainsi surgit le rocher « crevassé », léché par les vagues, lieu délaissé pour les ruines d’un château, quand la météo rendait ses parois glissantes.
On retrouve le mur de l’Atlantique, évoqué dans « Les silences de la mer ».
La narratrice se revoit « chaussée de socques » sur le chemin de l’école. Elle se souvient des soirées avec ses frères, tous biberonnés aux légendes par leur père, ce qui faisait gronder Dolorosa, « l’épouse jalouse et courroucée » ! Des séquences théâtralisées où la fratrie incarne Pallas, Diomède, Pandare…).
Elle se remémore des sorties culturelles, des virées découvertes au cours desquelles, le père, « expert en pharmacopée » contribue à enrichir son herbier, relate l’histoire des villes visitées pendant que la « Mère-Impatience » se fatigue de tous les arrêts !
Quant au retour vertigineux d’Avranches, la conduite du père, tel un « Zeus « en furie est si nerveuse que le lecteur est tout autant secoué que les occupants de la voiture ! On en ressort étourdi comme au sortir d’une centrifugeuse. Une abondance/une cascade de verbes décuple cette sensation de « voltige », de « tourbillon » et d’angoisse pour les passagers qui craignent de se fracasser contre un rocher.
Claire Fourier ne manque pas d’imagination pour nommer ses personnages : Dolorosa, la mère, est tour à tour désignée comme Germaine-Eudoxie ,« Notre -Dame des Douleurs », « Ange-du-toujours-trop », « Maman-va-de-l’avant »…
Elle aussi est « climatérique ». Une mère qui vient la hanter dans ses rêves.
Le père, Yves-Marie, apparaît comme « le remédien », pour les clients, un « héros aux yeux de lichen » pour sa fille, un bon samaritain pour un clochard qu’il prend en amitié, un « Père courage », bourreau de travail. A l’instar de son père, la narratrice fait preuve de charité chrétienne envers les SDF. De la mère, « la recluse » dont elle évoque la déliquescence, elle a hérité « son chagrin pour les gens » et sa mélancolie. Une mère veuve trop jeune qui endossa les rôles de « Sisyphe et de Pénélope » et usa les nerfs de sa fille.
Quant à la plume de la narratrice, elle virevolte, « sans perdre le fil », remonte le temps. Ainsi elle revient sur la catastrophe de « L’Amoco-Cadiz » (16 mars 1978), salue le travail titanesque des « braves ». Un haïku traduit bien la colère :
« L’Amoco chez moi/ gît sur les grands fonds/ô souilleur d’hermines ! »
Tout aussi tragique, l’évocation de Mers-el-Kebir (3 juillet 1940) qui plongea le village natal dans le deuil, avec la perte de ses hommes engagés dans la Marine Nationale.
La narratrice se révèle une suzeraine des « petits riens somptueux ». (2)
Elle sait observer ce qui l’entoure, fait l’éloge de la bruyère et se revoit courant sur la lande avec ses frères, ce qui renvoie à la lecture des « Hauts de Hurlevent ».Elle peut s’émerveiller devant un vase rempli d’anémones violettes.
Elle évoque une amie disparue, faisant le triste constat qu’elle n’aura « jamais tenu une branche de romarin », qu’elle n’aura jamais vu les fleurs de son jardin, mais qu’elle aura été « prise à la gorge par l’actualité ».
La voyageuse se remémore, avec beaucoup d’émotion et d’humour, sa rencontre improbable avec le cinéaste Paradjanov à Tbilissi. On reconnaît la croisiériste de « Radieuse » qui aime fausser compagnie au groupe !
Si Dolorosa (sa mère) ne lui a pas laissé des souvenirs impérissables de sa cuisine,(excepté les frites) elle lui a, par contre, inculqué le goût du cinéma du samedi soir, décuplé par « le plaisir béni de l’entracte : le sucre d’orge. »
On perçoit chez la narratrice (tout juste bachelière) la forte déception de constater l’absence de sa mère lors de la cérémonie des prix (aussi solennelle qu’un Prix Nobel), alors que le Prix d’Excellence lui revenait ! On devine que cette « indifférence de la bien-aimée » aura une incidence sur leurs futures relations !
Mais Dolorosa s’est toujours montrée avare de compliments envers ses enfants !
C’est au tour de l’épouse d’évoquer son couple, tributaire du métier de son mari.
La voilà « comme l’oiseau sur la branche », à changer de logis une douzaine de fois, sa carrière de conservateur mise en stand-by pour suivre son époux, avec à charge leur deux « baleineaux ». Elle quitte ensuite le « quai des Indes » de Lorient pour s’installer dans le golfe du Morbihan où elle trouve son « château d’Argol » où elle fait son nid, écrit, lit et cultive un jardin extraordinaire où l’on peut faire un bouquet avec une « tulipe perroquet rouge et or », « une rose orangée, un arum, un souci ».
L’auteur revisite avec fougue une scène érotique de son roman Metro Ciel : « l’ondede marée nommée désir », « l’expérience extatique de l’éréthisme des corps ».
Le récit, constellé d’onomatopées : « pfft, bzz !, vzz !Toc ! Toc ! , vlouf! Dring !», gagne en vivacité. S’y ajoutent des expressions latines (« in illo tempore », « Mare nostrum », « Cogito, ergo sum ») et du breton, (« freuz »[remue-ménage], « ratouz[râteau], « grignouz »{grincheuse]) en clin d’oeil à ses origines.
La romancière, « possédée de la mer », déroule le fil rouge de Moby Dick (son livre-culte), du capitaine Achab, recourt aux références mythologiques.
Les cent chapitres sont traversés par cette voix bien particulière de Claire Fourier, qui aime apostropher son lecteur, instaurer une complicité. Lecteur qu’elle a l’art de « ficeler » ! Elle sait lui donner ENVIE :
– d’aller débusquer ce « rocher du sémaphore » pour se hisser dans le « fauteuil » creusé dans le granit et se croire à la proue du Péquot, devant un « paysage spirituel » dont « le pouls bat au rythme de la marée » ;
– de peindre ou contempler le jardin d’Anna si coloré, de se prélasser sous la tonnelle fleurie de Kerebin ;
– de retrouver Klaoda, dans son jardin, munie de son sécateur, à l’automne, spectacle qu’elle dépeint de façon grandiose ;
– et de se laisser enivrer par toutes les senteurs qui s’en exhalent ;
– d’assister à une de ces aubes « où l’on croit que ciel et terre se sont étreints toute la nuit », « où la nature a l’odeur de l’amour ».
– de relever et partager les haïkus qui parsèment le récit.
« La vie m’est dérive / écrire en fait une rive/penchée sur hier »
Cent textes qui tissent une sorte d’autoportrait de Klaoda, dite « climatérique » qui apparaît aussi sous d’autres noms (Caudie, Mamoune, Maman) et donne un aperçu de ses lectures, de ses goûts en peintures (Caspar David Friedrich, Jean-Pierre Alberola), en musique ( Debussy) et pour les hôtels des ventes.
Parmi ses figures tutélaires, on note Colette, Armand Robin, Rilke, Perros, Flaubert, sans oublier D.H Lawrence dont elle a préfacé l’essai sur Défense de Lady Chatterly.
L’écrivaine, « Folliculine » pour son mari, distille à maintes reprises une réflexion sur la lecture, l’écriture : « sa patrie » et le Temps qui lui vaut du vague à l’âme, se voyant arrivée à un âge où on dit d’une femme qu’elle est « bien conservée » !
« Amoureuse de la solitude », elle décline un hymne aux livres qu’elle « emprunte pour laisser s’envoler le parfum d’une âme » et émaille ses pages de poésie. « Le poète est la démesure de l’amour et la respiration du monde », rappelle-t-elle.
Claire Fourier, conteuse, livre un livre d’heures d’une forte densité et d’une richesse inouïe qui prend la forme d’une « story », voire d’une saga familiale et de miscellanées « au hasard de ses humeurs ». Afin d’entendre l’épistolière bruire dans votre tête, il vous reste à suivre son invitation : « Lecteur, mets ton pas dans mon pas ». Ce vagabondage autobiographique offre une introduction idéale à l’univers de la « supersonique » écrivaine aux multiples publications.
(1) Cimmérienne : femme de rivage, les pieds sur terre, le regard en mer.
Avec ce nouveau recueil, Alain Clastres poursuit sa quête, celle de nous faire découvrir cette profondeur qui gît en chacun pour nous amener à voir les choses telles qu’elles sont à travers sa poétique apaisante.
Si certains paysages rendent compte de la brutalité des hommes, c’est avant tout pour mettre l’accent sur l’ignorance de ce qu’ils sont réellement car toujours perdus dans des émotions conflictuelles.
Comme il l’exprime si bien lui-même : « La poésie, parce qu’elle exprime une saisie intuitive, spontanée, par-delà la structe réflexion, de la réalité plénière, peut participer, un peu, à un apaisement du monde. »
L’affolement des courbes, poésie
Marc Tison
La Chienne Edith, 2020, 117 pages
Arsenal des eaux, poésie
Gérard Le Goff
Encres vives, 2020, 16 pages A4
Avec Lucian Blaga – Poète de l’autre mémoire
Luminitza C. Tigirlas
Editions du Cygne, 2019, 108 pages
Le dire fait-il le sacré ? Ce questionnement révèle l’oeuvre poétique, théatrale et philosophique de Lucian Blaga (1895-1961) par le sacrifice de l’amour au nom du mystère de la création. Son poème dramatique « Manole, Maître Bâtisseur » réinsuffle la complainte de l’Auteur Anonyme. Dans la ballade roumaine, le Maître Manole emmure son amoureuse pour faire durer le monastère qu’il construit et qui autrement s’effondre. Par-delà Lucian Blaga, à travers d’autres lectures de la littérature universelle, le sacrifice touche à une perception et à une rencontre intime de l’auteur avec le sujet de l’emmurement mythique et totalitaire dans le silence du sacré.
L’Avenue, la Kasbah, roman
Daniel Soil
M.E.O., 2019, 159 pages
L’Avenue, c’est la grande artère qui traverse Tunis, de la mer à la médina. C’est là que, de tout temps, se sont retrouvés les gens en colère.
La Kasbah, c’est la vaste esplanade au centre des Ministères, qui a remplacé un quartier populaire jugé trop vétuste par les autorités : il ne donnait pas une image assez valorisante d’un pays si neuf, si fier de son indépendance. C’est entre ces deux lieux emblématiques que s’est joué le bouleversement de janvier 2011, dont Daniel Soil a été le témoin. Il y a été, avant, pendant et après, ébahi par l’audace des révoltés de ce premier « Printemps arabe », fou de sympathie envers ces Tunisiens mêlés, jeunes et vieux, urbains et campagnards. Le romancier n’a pas eu de peine à y faire naître un amour, révolutionnaire lui aussi à force de se nourrir du mouvement social, de sa beauté, de son inventivité.
« Comme cela se produit quelquefois, c’est le regard d’un étranger de passage, tombé amoureux du pays et de ses habitants, qui va dire le premier que la révolution, suprême transgression de l’ordre social, réintroduit l’amour, le possible et l’improbable, avec la poésie qui remplit le cœur de ceux qui se battent pour changer la vie. »
Gilbert Naccache, extrait de la préface
Ce jour qui saigne et autres textes, poèmes
Stella Vinitchi Radulescu
Editions du Cygne, 2019, 92 pages
La langue est mouvant avec grande agilité parmi les intervalles qu’elle crée sans cesse comme autant de dires de l’in-dit, de nommer de l’innommé. Cette écriture permet une incursion plus grande dans les profondeurs des sens telle une aisthésis de la relation corps-nature depuis laquelle l’auteur exprime une sensualité dans son rapport au verbe.
Philippe Tancelin
Ces trous dans ma vie, récit
Isabelle Fable
Préface de Gabriel Ringlet
M.E.O., 2019, 203 pages
Perdre des êtres essentiels, et continuer à vivre, sans eux.
Jeter des ponts de mots par-dessus la douleur, pour les retrouver. La mort nous les arrache mais, paradoxalement, nous les fait intégrer au plus profond de nous, où ils vivent une suite de vie, à travers nous, absents pour toujours, présents pour toujours.
Ce livre est une main tendu vers eux, une porte entrouverte vers l’ailleurs où ils sont désormais, sans matière, légers, à nous attendre…
« Isabelle Fable nous écrit du fond de la nuit en demandant à son écriture de jeter un pont vers celles et ceux qui acceptent de s’enfoncer avec elle dans ce récit bouleversant. Un pont de mots sur lequel on progresse en tremblant. Mais je vous invite à l’emprunter. Même si vous avez le vertige. Et vous l’ouvrez à certains moments… Avances quand même, car l’auteure vous tient la main avec délicatesse, en vous offrant le soutien d’une parole poétique qui aide à traverser »
Gabriel Ringlet, extrait de la préface
La chaumière anglaise, poèmes (1980-2010)
Ruth Fainlight
traduits de l’anglais par Michèle Duclos
Alibades, 2019, 47 pages
Chemins de soi, poèmes
Miloud Keddar
Flammes Vives, 2019, 73 pages
Une idée traverse « Chemins de soi » : deux mondes, celui du jour et celui de la nuit. Chaque poème de Miloud Keddar semble un chemin de méditation. Comme si on voyait la méditation avancer mot après mot, la pensée se faire : il mûrit sa pensée pas à pas. L’auteur dit « Ecrire, c’est mélanger des cartes, jeter des dés. Les cartes seront retournées ». Il dit aussi : « Etre poète, c’est avoir une corde cassée et être sensible ». Yves Bonnefoy dira, à propos de « La note si » : « Je fais mienne bien volontiers votre musique ». Miloud Keddar, en homme du désert, connaît ces mirages qui remettent en cause la suite du chemin, aussi quand il écrit que « le ciel s’éloigne pour l’oiseau », c’est comme pour l’homme le terrain de la connaissance. Plus il s’avance, plus s’éloigne le point d’arrivée. Toutes les certitudes se diluent dans un mirage…
Un recueil admirable, un hymne… Une forme de lumière…
Corrosion, poèmes
Mireille Disdero
Editions La Boucherie littéraire, 2019, np
Usure de l’amour qui rouille à la saison des pluies, quand l’humidité moisit l’éclat de celui qu’on aimait. Quand le regard régurgite des images avariées.
Sous l’effet de la corroson, le couple se délite.
Exil sous un tonnerre / Exil sub un tunet, poèmes en français et en roumain
Martine Biard
Illustrations de Nicolas Galtier
Traduction d’Angela Nache-Mamier
Edilivre, 2016, 216 pages
Ici à nous perdre, poèmes
Luminitza C. Tigirlas
éditions du Cygne, 2019, 69 pages
Ici à nous perdre s’écri(e)t et se donne à lire d’un seul souffle : Le mot n’y est plus en extase de fuite. Ici est bouche qui hurle / aphone / sans esquiver / le halètement de la moribonde, c’est une toupie du visible et sa pointe tourne comme s’il y avait urgence à refixer l’univers du poème – la vie même, car Ici est resté en dehors de l’Amie disparue. Dans l’après Ici, seul l’amour n’est pas à perdre, il pénètre l’invisible, il traverse la nuit du long adieu où la paume de celle qui doit respirer sa nouvelle solitude est trop chaude…
Je ne suis pas ce corps, poèmes
Verónica González Arredondo
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Elise Person
Prix national de Poésie Ramón López Velardeen 2014
éditions RAZ, 2018, 91 pages, 12€
Là où le soleil ne brûle pas, roman
Jacinthe Mazzocchetti
Académia-L’Harmattan, 2019, 138 pages
« Le vent qui craquèle la peau, qui avale les larmes. L’infini des paysages de sable qui rend fou. Son sac sur le dos, ses baskets neuves, ils e revoit monter dans le bus qui le mènerait de Bamako à Niamey. Premiers paysages de frontières. »
C’est l’histoire d’Abdou, Marie, Tarik et Ramatou, en fuites, en espoirs, en rêves. Des vies ordinaires ou presque. Des vies chamboulées au gré des vagues, au gré du vent. Aux prises avec les mêmes peurs, les mêmes espérances.
La lumière d’hiver, poèmes
Lucien Blaga
Eirès, collection Po&Psy, 2019, 83 pages, 12€
Anthologie composée et traduite par Andreea-Maria Lemnaru-Carrez
Pastels de Sophie Curtil
Lucien Blaga (1895-1961) est un poète et philosophe roumain majeur, qui accorde une place fondamentale à l’enracinement et à la transcendance mythologique.
Ecrivant dans une langue archaïque, proche des incantations et des conjurations populaires de la tradition orale, ce poète attaché à sa Transylvanie natale connaît intimement l’esprit chtonien des campagnes. Dans ses vers, le chemin silencieux des pierres côtoie l’absence cruelle d’un dieu voilé. Pour Blaga, le taureau, « lumière né de la lumière », qui accueille chaque matin le soleil entre ses cornes, est le « Dieu véritable ». Mort et renaissance se succèdent : les cercueils « laissent s’envoler vers le ciel d’innombrables alouettes », « les bourgeons et l’herbe » poussent aussi vite « que les ongles et les cheveux des morts ». L’être marche aux côtés du non-être.
Entre expressionnisme et néoromantisme, l’oeuvre poétique de Lucian Blaga exprime une mystique de la terre qui se dit en mots de l’esprit.
Matière ardente, poèmes
Jacqueline Saint-Jean
avec 6 compositions originales de Henri Tramoy
Les Solicendristes, 2019, 58 pages
Miss Patchouli, roman
Tania Neuman-Ova
M.E.O.,2019, 154 pages
La famille de Lilou et Richard est en pleine tourmente. Alana, une de leurs filles, vit une crise d’adolescence cataclysmique. Lilou se sent perdue. Cherchant à comprendre, elle fouille son propre passé d’éternelle rebelle assoiffée de liberté, surnommée dans son enfance Miss Patchouli, qui a bien souvent frôlé les limites, mais est parvenue à ne jamais les franchir. Alors, pour queles raisons Alana perd-elle tout contrôle ?
Le récit se développe sur deux plans, les souvenirs faisant écho à la situation actuelle, de plus en plus pénible à gérer au fur et à mesure qu’en émergent les causes.
La note verte, « carnet de baguenaude »
Gérard Le Goff
Encres vives, 2019, 16 pages A5
La noyée d’Onagawa, poésie
Marilyne Bertoncini
Jacques André éditeur, 2020, 51 page
elle me manque énormément
La femme de Yasuo Takamatsy a disparu, emportée par le tsunami qui détruisit Fukushima. Yasuo prend des cours de plongée sous-marine pour la retrouver.
Ne souriez pas : depuis qu’Orphée descendit aux Enfers à la recherche de son Eurydice, nous avons appris à reconnaître l’universalité de certaines drames intimes.
La noyée d’Onagowa nous fait voir, avec toute la densité et la délicatesse du poème, l’enchaînement des événements terrifiants qui bouleversèrent le Japon en 2011. On y voit d’abord le printemps naissant, délicat et ténu comme un haïku, ensuite la stupeur devant l’immensité de cette vague qui se précipite vers la femmes : puis on erre parmi les décombres avec Yasuo, et on a le cœur qui se serre en le voyant prendre la décision d’aller la chercher. Ce n’est ni sensationnel ni voyeuriste : quand vous lisez ce texte, vous accompagnez le mari, votre main est sur son épaule, et vous imaginez les flots ondulants et tourbillonnants qui emportent la « noyée d’Onagowa ».
Xavier Bordes
Le partage par la musique – Plage musicale en Bangor
Eric Chassefière
Encres vives, 2019, 16 pages A5
Les pensées bleues d’André Suarez, essai
Bruno Geneste
Paul Sanda
Sémaph(#)re, 2019, 160 pages
C’est souvent par Le Voyage de Condottière que l’on découvre André Suarez de nos jours, parce que ce livre extraordinaire, un des plus fameux chefs-d’oeuvre immortels de la littérature occidentale, porte en lui toute la vérité de l’écrivain-poète, sa sensibilité tant extrême, son intransigeance à propos de ce qui est médiocre, son abnégation dans sa recherche de la perfection, et son obstination dans l’affirmation de sa liberté propre quoi qu’il advienne dans le monde profane.
Plein-air, poèmes nature
Claude Vancour
Bf éditeur, 2016, 148 pages
Dans « Plein-Air, poèmes nature », Claude Vancour a regroupé une large sélection de ses œuvres « nature », écrites au gré de ses séjours – Alsace, Normandie, de ses voyages – Tchéquie, Slovaquie, Illyrie, côte Atlantique et Adriatique, Vaulry aussi – et de sa mémoire.
Poésie de la rue
Brigitte Janssen
Stellamaris, 2019, np
Poésie du monde – Anthologie 2020 – Quinze ans de poésie d’ailleurs
Editions du Cygne, 2019, 55 pages
Depuis près de quinze ans, nos collections « Poésie francophone » et « Poésie du monde » veulent rendre hommage aux poètes d’ « ailleurs » écrivant en langue française ou étant traduit en langue française. Ce recueil invite cinquante poètes, et par ricochet dix traducteurs, un poème pour chacun d’eux, représentant la diversité et la qualité des collections.
Présence du masque,poèmes
Eric Chassefière
Sémaphore, Collection Arcane, 2018, 88 pages
Ce recueil est une introspection sensible au plus profond du paysage du dedans résolument ouvert à ce dehors, on y recueille les énergies primales les plus enfouies ; lieu des plus sublimes convergences du poète avec le monde, car comme l’écrit Eric Chassefière dans ce recueil : « le voyage lointain nous assemble dans la rumeur d’une chambre que bat la vague de l’oranger au retour de l’aveu silencieux ».
Sidérales, poèmes
Tristan Alleman
Editions Traverse, 2019, 79 pages
Tristan Alleman publie des textes courts, des nouvelles, des « fusées » que l’on peut appeler parfois poèmes, des histoires. Sidérales rassemble des textes écrits dans un espace de vingt-cinq ans, des formes d’amour courtois contemporain, des suppliques, des hommages, des chants, des mélancolies.
Ses textes enchantent pour mieux embrasser ce qui nous permet d’être au monde et de le trouver beau.
Elle a libéré les oiseaux.
La cage est ouverte.
Le ciel est immense.
Il a absorbé les ailes, les gestes, les mouvements.
Le ciel est bleu d’oiseaux.
Simples, haïkus, suivis de Par quatre chemins, quatrains
De sa terrible solitue, la poète va tenter de faire « une voie » où retrouver des « traces » de l’Aimé, notamment dans la neige, avec son silence, sa blancheur qui l’associe au vide mais aussi à un réel immatériel. Elle-même y sera « dans l’embrassement du Ciel et de la Terre,/ […] la ligne de l’horizon ». d’où une poésie aux résonances métaphysiques où se mêlent références mythologiques et bibliques.
Béatrice Marchal
Ce recueil réunit les poèmes ayant gagné en 2019 le prix Naji Naaman de créativité au Liban et le prix Monde francophone en France, décerné par l’Académie littéraire et poétique de Provence.
Les yeux de Sacha, récit
Karel Pecka
traduit du tchèque par Hana Barraud
Alidabes, 39 avenue de Concise, Les Hermaïs 2, 74200 Thonon-les-Bains, France, 2019, 47 pages
Ce récit fortement autobiographique, où deux amis, réduits pour vivre au pompage de l’eau des marais de Bohême, s’attachent à un chien errant, a tout de la parabole : dans un décor de misère et d’hiver glacial, le chien Sacha, corniaud famélique, est comme l’expression de la douleur et de l’absurdité des destins humains.
Les revues suivantes :
Arpo 86, automne 2019 ; Carmaux, France
Art et poésie de Touraine 239, hiver 2019 ; St-Cyr-sur-Loire, France
Athena, le mag scientifique, 344, novembre-décembre 2019 ; 5100 Jambes
Le bibliothécaire 4/2019, octobre à décembre ; Genappe, Belgique
Bleu d’Encre 42, hiver 2019 ; Dinant, Belgique
Cabaret 31, automne 2019 ; 32, hiver 2019; La Clayette, France
Comme en poésie 80, décembre 2019 ; Hossegor, France
Coup de soleil 106/107, octobre 2.19 ; Annecy, France
Florilège 177, décembre 2019 ; Dijon, France
Le Gletton 522, octobre 2019 ; 523, novembre 2019 ; 524, décembre 2019 ; Chantemelle, Belgique
Gong 65, octobre-décembre 2019 ; Rillieux-Le-Pape, France
La lettre de Maredsous 48ème année, 3, décembre 2019 ; Yvoir, Belgique
Libelle 316, novembre 2019 ; 317, décembre 2019 ; 318, janvier 2020 ; Paris, France
Nos lettres 32, décembre 2019 ; Bruxelles, Belgique
Poésie sur Seine 101, novembre 2019 ; Saint-Cloud, France
Portique 117, janvier à mars 2020 ; Puyméras, France
Reflets Wallonie-Bruxelles 62, octobre à décembre 2019 ; Bruxelles, Belgique