Une chronique de Barbara Auzou


Jeanne Champel Grenier, ABCD’AIRE, Editions France Libris
Comme on se délecte à la lecture de cet ABCD’AIRE dans lequel l’humour, la profonde légèreté, la lucidité et la tendresse qui caractérisent toute l’œuvre de Jeanne Champel Grenier éclatent comme autant de bulles de champagne !
Voilà bien ce qu’il nous fallait en ce janvier morose !
Pensez donc, nous voilà embarqués dans la danse effrénée des mots qui jouent entre eux, « sonnent, résonnent, s’assemblent, s’entremêlent, se perdent de vue, se cherchent et se flairent . » ( p 9) et en ces temps saturés de discours et de mauvaises nouvelles accumulées ( transportées à cul de mule ) on rejoint la danse sans hésiter.
On en vient à préférer « l’adipeux », celui qui parle peu, et « l’aérosol » celui qui plane, le distrait, celui qui aère – les poètes sont tous des aérosols .
C’est tout un monde fantasque que l’on rencontre au fil de ces pages :
Du « bêtabloquant », cet « usager qui ne circule qu’en période de vacances » au « cachemire », « celui qui s’admire en cachette », de « l’émeu » cet « oiseau incapable de voler et qui meugle », de « l’esthète « , cet « artiste nourri au sein » au « faucon », « espèce rare mais les vrais sont de plus en plus nombreux » au beau filleul qui n’est autre que notre tilleul au féminin, on rit. On rit franchement.
Simples jeux de mots me direz-vous.
Eh bien non.
On pense aussi à la petite Sidonie Colette découvrant un presbytère sur son muret.
( J’imagine ici fort bien la définition que pourrait en donner Jeanne Champel Grenier.)
Même amour des mots. Même sensualité.
On égratigne avec précision ici ou là, du « rectorat », « arrière train du rat, très peu de moyens, recto verso ) au « gouvernement », « groupe de VRP qui gouvernent par le mensonge. »
Et ça fait du bien cette liberté non surveillée.
Les jeux de mots sont précisément l’inverse des jeux de mort.
À noter que cet abécédaire est magnifiquement illustré d’une centaine de dessins de l’auteur.
Aimé Césaire affirmait que « la poésie est cette démarche qui, par le mot, l’image, le mythe, l’amour et l’humour, nous installe au cœur vivant de nous-même et du monde. »
Nous y voilà et c’est cadeau pour les « inconsolés » que nous sommes. C’est à dire ceux « qui ne peuvent se passer de soleil. »
Merci, merci à Jeanne Champel Grenier pour son regard salvateur posé sur le monde !
