Jeanne Champel Grenier, ABCD’AIRE, Editions France Libris.

Jeanne Champel Grenier, ABCD’AIRE, Editions France Libris


 Comme on se délecte à la lecture de cet ABCD’AIRE dans lequel l’humour, la profonde légèreté, la lucidité et la tendresse qui caractérisent toute l’œuvre de Jeanne Champel Grenier éclatent comme autant de bulles de champagne !

Voilà bien ce qu’il nous fallait en ce janvier morose !

Pensez donc, nous voilà embarqués dans la danse effrénée des mots qui jouent entre eux, « sonnent, résonnent, s’assemblent, s’entremêlent, se perdent de vue, se cherchent et se flairent . » ( p 9) et en ces temps saturés de discours et de mauvaises nouvelles accumulées ( transportées à cul de mule )  on rejoint la danse sans hésiter.

On en vient à préférer « l’adipeux », celui qui parle peu, et « l’aérosol » celui qui plane, le distrait, celui qui aère – les poètes sont tous des aérosols .

C’est tout un monde fantasque que l’on rencontre au fil de ces pages :

Du « bêtabloquant », cet « usager qui ne circule qu’en période de vacances » au « cachemire », « celui qui s’admire en cachette », de « l’émeu » cet « oiseau incapable de voler et qui meugle », de « l’esthète « , cet « artiste nourri au sein » au « faucon », « espèce rare mais les vrais sont de plus en plus nombreux » au beau filleul qui n’est autre que notre tilleul au féminin, on rit. On rit franchement.

Simples jeux de mots me direz-vous.

Eh bien non. 

On pense aussi à la petite Sidonie Colette découvrant un presbytère sur son muret.

( J’imagine ici fort bien la définition que pourrait en donner Jeanne Champel Grenier.)

Même amour des mots. Même sensualité.

On égratigne avec précision ici ou là, du « rectorat », « arrière train du rat, très peu de moyens, recto verso ) au « gouvernement », « groupe de VRP qui gouvernent par le mensonge. »

Et ça fait du bien cette liberté non surveillée.

Les jeux de mots sont précisément l’inverse des jeux de mort.

À noter que cet abécédaire est magnifiquement illustré d’une centaine de dessins de l’auteur.

Aimé Césaire affirmait que « la poésie est cette démarche qui, par le mot, l’image, le mythe, l’amour et l’humour, nous installe au cœur vivant de nous-même et du monde. »

Nous y voilà et c’est cadeau pour les « inconsolés » que nous sommes. C’est à dire ceux « qui ne peuvent se passer de soleil. »

Merci, merci à Jeanne Champel Grenier pour son regard salvateur posé sur le monde !

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