Une chronique de Jeanne Champel Grenier


Barbara AUZOU, « C’est la seule occupation que je lui connusse », Éditions unicité, Collection Le metteur en signe, ICN- Orthez, Illustration de le couverture: Nicolas Auzou.
« Grand-mère tricotait des bas, c’est la seule occupation que je lui connusse’’ (André Gide)
Voilà bien une phrase qui nous place dans cette transition : les gens du peuple sans instruction aucune, les femmes surtout, occupées aux travaux d’aiguille ; et le geste courant du bas peuple féminin illettré, rapporté au subjonctif, ce diable de temps de conjugaison qui fut un signe de valeur des textes assujettis aux règles sévères de ‘’la culture’’ littéraire et que toute une génération d’enseignants va s’ingénier à faire perdurer…jusqu’à sa disparition !
Il en sera de même pour moultes règles qui ornaient le carquois de tout étudiant de français, et qui, heureusement se sont vues sinon remplacées, du moins bien rattrapées par l’originalité de pensée et d’expression des auteurs en herbe. Afin de montrer ma totale adhésion au propos que va développer Barbara Auzou, je citerais Boris Vian :
‘’Le poète écrit sous le coup de l’inspiration. Mais il y a des gens à qui les coups ne font rien. »
Certains regrettent-ils encore l’ancien temps pour ne pas dire l’Ancien régime qui faisait barrage au peuple ? Barbara Auzou, elle, s’amuse de ces fluctuations de l’enseignement du français qui finissent par mettre en évidence ce qui est essentiel dans la culture : l’exemple d’humanité donné par l’adulte, le sens du partage, la richesse diversifiée des découvertes littéraires, la fraternité. Par chance, des progrès constants voient le jour concernant l’éducation grâce à une meilleure approche de la psychologie de l’enfant. Conclusion : l’enfance est une période primordiale, fragile est sacrée où les acquis ne perdurent positivement que s’ils sont diffusés avec bienveillance et respect. L’échec par rejet des apprentissages conduit à la marginalisation et à la violence. Et l’auteur de citer Hugo :
‘’où vont ces enfants dont pas un seul ne rit accroupis sous les dents d’une machine sombre’’ (Victor Hugo : Melancholia)
Mais voilà que les conditions de l’Education Nationale sont soumises à une baisse constante de moyens : trop d’élèves par classe, milieu social qui s’appauvrit, prolifération des portables, et le faciès d’ogre de l’I A qui se profile, sans compter le nucléaire menaçant et le réchauffement climatique…Le tout annonçant la fin de l’écrit ; l’auteur nourrie des œuvres de nos écrivains et poètes français et qui a lutté durant toute sa carrière contre l’affadissement des buts et des résultats scolaires s’en attriste :
Le collège est perçu comme le maillon faible du système
éducatif…
et je suis là avec mes étoiles suspendues
comme des candélabres
à leur donner à lire – vœu pieu-
à réfléchir
à leur jurer que personne ne peut rêver à leur place…
car, si’’ la terre est bleue comme une orange’’
certains élèves affirment depuis peu qu’elle est plate
Barbara Auzou nous fait, sans pitié ( et combien elle a raison) le portrait argumenté d’une éducation nationale qui n’est pas à la hauteur des idéaux républicains, loin s’en faut, et bien loin des siens aussi ; mais elle nous donne aussi, tout au long de sa nécessaire et implacable analyse, ici et là, des plages de salut par ses mots à elle dont la poésie ne noircit pas car elle continue à soutenir la fraîcheur de l’arbre de l’enfance et lui permet de déclarer à feu son aïeule qui tricote toujours dans sa mémoire :
‘’Je voulais enseigner
C’était délice
J’écrirai
Et je cultiverai mon jardin aux oiseaux
C’est avec la centaurée des mots
Que je finirai mon tricot
Il vaudra bien le tien grand-mère
Tu pourras être fière de moi.’’
(et , elle ajoutera, comme un clin d’œil de lettrée à sa grand-mère, étrangère aux règles de conjugaisons )
Au fond
N’était-ce pas le seul bien que tu me souhaitasses
Après lecture de ce nouveau recueil, comme pour tous les précédents, le lecteur se joindra à moi sans conteste lorsque j’affirme au sujet de Barbara Auzou que sa POESIE originale et personnelle est traversée de création, d’intelligence et de vérité, et, de plus, reconnaissable dès les premières lignes, illustrant la passion de toute une vie, ce qui me permet d’affirmer :
‘’C’est la seule occupation que je lui connusse’’












