Une chronique de Michel Herland
Sonia Elvireanu, La Lumière du crépuscule – La Luce del crepusculo, avec la traduction en italien et une introduction de Giuliano Ladolfi, Borgomanero, 2025,124 p., 15 €.
Cet ouvrage est le troisième qui rassemble un recueil en français de Sonia Elvireanu et sa traduction en italien par Giuliano Ladolfi, après Ensoleillement au cœur du silence – Scintillii nel cuore del silenzio (2022) et Le regard… un lever de soleil – Lo Sguardo / un alba (2023). Tandis que les titres des deux premiers témoignent de la constance de l’inspiration de la poétesse (« soleil » fait écho à « ensoleillement » comme « regard » à « silence », le nouveau titre semble marquer une rupture, « lumière du crépuscule » s’opposant à « lever de soleil », encore que cette expression, « lumière du crépuscule » demeure ambiguë, presque un oxymore. Au demeurant, en entrant dans le livre on peut remarquer que les mots « soleil » et ses dérivés, « ensoleillé », etc1. et « lune » (qui s’accorde mieux avec crépuscule) apparaissent – sauf erreur de notre part – onze fois chacun.
Si ce nouveau recueil se distingue des précédents, c’est en réalité moins par le forme ou le choix du vocabulaire que par le fond. Certes, le sentiment de la nature est toujours très présent, plutôt hivernale cette fois, avec la récurrence du mot « neige » (sept occurrences) et le « bleu » du ciel, de la mer, des rivières, des plumes d’un oiseau… mais il apparaît subordonné, si l’on peut ainsi parler, à une impression métaphysique. Cette dernière, certes, n’était pas totalement absente des autres recueils mais elle s’affiche désormais avec plus de franchise.
L’extase devant des phénomènes physiques, comme dans le poème « Le silence du ciel »
dans le frais de septembre,
un bleu ciel ranime le matin
ou bien dans le poème « Le thé »
Les doigts engourdis par le froid
rêvent à la douceur des brins d’herbe
endormis sous la neige
s’efface derrière une extase supérieure, comme dans ce poème dont les accents rappellent le Cantique des cantiques
Tu es l’eau douce et claire
qui calme la soif, souvent l’eau salée
qui m’éveille de mon rêve, la pluie
chaude et froide qui maintient mon ardeur
[…]
avec la lumière d’en Haut qui tombe sur moi
(« Comme le ciel et la lune »)
ou dans le poème « Épanouissement »
j’ai marché si naturellement vers toi,
comme si je rencontrais
mon invisible moitié,
[…]
je ne faisais qu’un avec toi
ou plus nettement encore ici
je te donne du pain et du vin
pour la communion,
je lave dans l’eau claire tes pieds fatigués
(« Comme un amandier fleuri »)
C’est dans « Au bord de la rivière » que Sonia Elvireanu donne une clé du chemin vers cette élévation mystique
le silence et la solitude
un chemin vers
quelque chose de plus élevé.
Tout cela ne va pas, bien sûr sans une part de doute, sans une attente incertaine (« En attente ») – et même une part d’inquiétude
j’évite de glisser
comme la goutte d’eau sur la vitre,
un ange me maintient au bord
le Haut vers lequel je m’envole
tel l’oiseau à son premier vol
(« Équilibre fragile »)
Ajoutons pour finir que – en accord avec son sujet tout de spiritualité – ce recueil se situe dans un monde intemporel où la nature aurait retrouvé tous ses droits. Une seule notation, encore une fois sauf erreur de notre part, renvoie au monde d’aujourd’hui, à ses artefacts, mais c’est simplement pour affirmer que la poétesse est capable de s’en affranchir, qu’ils ne paralyseront pas sa méditation.
sous la danse des feuilles,
sur le trottoir, je n’entends plus
le bruit des voitures
(« Le peuplier »)
©Michel Herland
- Comme dans le poème « Matin de janvier » avec ce rappel au titre d’un recueil précédent : ils ont l’ensevelissement au cœur de la solitude. ↩︎

