Martine-Gabrielle KONORSKI, INSTANT DE TERRES, L’Atelier du Grand Tétras

Chronique de Geneviève Liautard

Martine-Gabrielle KONORSKI, INSTANT DE TERRES, L’Atelier du Grand Tétras


Le premier vers donne son titre au recueil, titre énigmatique que l’on emporte avec soi pour tenter  un éclaircissement à travers les mots de la poète, pour une pérégrination dans le mystère, au fil des sept séquences du livre.

On s’installe dans la lecture avec l’idée d’une avancée, traversée obscure, d’un cheminement bref, voire immobile car nous comprenons dès le départ que cette route est jonchée d’écueils car Du plus loin de l’Histoire/les portes sont fermées/le temps est sans/abri.

Meurtrissure du temps, empêchements, absences puisqu’il s’agit de S’appuyer contre ce qui n’est plus. Instant donc qui prend fin… avant de recommencer puisque c’est en quelque sorte de recréation du temps dont il s’agit ici.

Ainsi, l’instant succède à l’instant constitutif d’une vie, instant qui doit être dit malgré tout, car sur cette terre qui a perdu ses ailes, dans ce monde qui n’a plus de force [… ] Sur le seuil/ des douleurs, quand nous vivons la misère/de nos jours de rien […] Posés contre le vide […] nous ressentons le disparaître, alors que reste peut-être la quête de ce qui nous tient lieu/ de langue, même si ces paroles nouées ne peuvent que lier le temps/aux brindilles

Et puis l’absence encore, avec le noir qui succède à la lumière, ouvre l’espace d’un passé empreint de nostalgie.

Dans l’angle resserré

de la chambre

aux draps bleus

nous nous sommes habités

crucifiés sur le mur

où notre ombre

Une planait

Succède une volonté farouche d’aller quand même de l’avant. 

Alors Partir

Le cœur plein des souvenirs heureux, même si Les corbeaux tournoient/crient le noir/de ta dépouille. Ne rien dissoudre, puisque chaque heure nous ramène […] chaque grain de pluie/chaque reflet sur la vitre/toute stridence/pique la mémoire/ réveille les pupilles/embrase le regard/qui s’était endormi.

C’est un temps/privé de jours, nous dit Martine-Gabrielle Konorski dans cette traversée, entre ombres et lumière, marquée d’incertitude. Bruits perdus […] aucun appui et quand les éléments sont convoqués, soleil, vent, pluie battante, ne restent que le Souvenir de l’effroi et le sentiment d’un nécessaire dépouillement.

Être le temps du 

Monde

Avoir l’âge des

pierres

Bois flotté

au courant de la vague

S’endormir sur la paille

c’est le dernier refuge.

Comme il est écrit dans la préface, l’auteure « poursuit son interrogation sur le temps, sur la temporalité possible productrice de vie … Fidèle à un style dans lequel suggérer c’est toujours davantage dire. »

Meurtrissure d’Histoire également, lorsque dans cet instant Le calme s’est enfui/c’est la guerre/sur ton front/Le souvenir des rails/des bombes/des fumées et que l’auteure nous confie son désir de Mettre fin à l’enfer/gravé dans (vos) nos cellules/voir le jour adouci. Les poèmes dédiés à Paul Celan et Ossip Mandelstam nous ramènent au désastre.

Instant d’attente et de silence dans lequel Martine-Gabrielle Konorski avance Toujours plus loin. Car chaque instant vécu, le temps ayant fait son œuvre, il faut Retrouver le loin, ne pas oublier, laisser la porte entrouverte pour ceux qui ne sont plus. Réminiscences de la perte. Vivre avec eux.

Le dernier instant est remémoration douloureuse d’hier à aujourd’hui. De l’enfance insouciante à l’évocation de sa propre finitude, l’auteure, blottie aux encoignures/des restes du miroir/(je) regarde le gouffre, essaie de retrouver un peu de paix.

Martine-Gabrielle Konorski tout au long de ce beau recueil, instant après instant, pose ses mots, accompagnés des masses de bleus, noirs, gris, ocres des peintures de Colin Cyvoct, pour dire l’intensité d’une vie, dire ce qui a été et qui ne sera plus, dire toutes ces terres que nous avons habitées, qui résonnent et qui nous habitent encore, « celles des origines, celles de l’enfance, des souvenirs, des douleurs, de la joie, de l’amour, des drames, celle de la solitude, des paysages, de la création et de tous les imaginaires », instant après instant. 

Dans cet instant poétique qui se fonde sur l’instantanéité de plusieurs terres, l’auteure nous laisse aussi suffisamment de blancs au fil des pages, le large d’une respiration, pour qu’à partir de son histoire nous puissions inscrire la nôtre.

©Geneviève Liautard

Un commentaire

  • gliautard@orange.fr

    Merci beaucoup pour cet accueil.

    Pour vous remercier vous en avez gagné une autre !! 😉

    Bien amicalement en poésie

    Geneviève L 06 33 04 83 88

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