Demosthenes Davvetas, Dans le miroir d’Orphée, éd Traversées, 2020

Article de Patrick Devaux paru sur le site de L’AREAW

Demosthenes Davvetas, Dans le miroir d’Orphée, éd Traversées, 2020

Demosthenes Davvetas, Dans le miroir d’Orphée, éd Traversées, 2020

Activités – Comptes-Rendus

Demosthenes Davvetas, Dans le miroir d’Orphée, poèmes,traduction et préface de Xavier Bordes, éd Traversées, 2020 15 euros

Poète grec traduit en langue française par Xavier Bordes, Demosthenes Davvetas conjugue le sens de la réalité à plusieurs temps en ce compris celui qui passe, drainant une vie en miroir où « sitôt que tu t’oublies tu te mets/ à écrire, tu te mets/ à tournoyer à travers le temps/ plume en apesanteur/ laissant ses traces/ dans le vide de la vie ».

L’encre peut se faire ciel bleu de la Méditerranée alors qu’aussi un monde complet peut surgir soudainement, image vive entre « deux fleurs toutes blanches/ l’une en face de l’autre », le souci du détail étant suffisant à évoquer « la dimension du monde », le doctorat d’Esthétique acquis par l’auteur à l’Université de Paris VIII n’y étant certainement pas pour rien.

Une philosophie douce, parfois aphoristique, imprègne une poésie dense prenant pleine conscience de l’événement ou de l’instant présent : « Tu t’abandonnes complètement à tel mot/ qui va te faire tournoyer dans/ la connaissance du Tout » avec cette approche d’un voyage très intérieur : « Regarde en toi pour voir/ le monde/ L’inverse n’est pas valable ».

La motivation à remettre en place une persévérance parcourt le texte écrit presque en volume architectural comme pour en faire un rempart protecteur de l’instant majeur perdu : « J’écris- j’écris -j’écris/ pour encore une fois tenter/ de bâtir un mur d’encre/ pour contenir/ la dangereuse hémorragie/ de mon amour perdu ».

Une sorte de désespoir très contrôlé habite ainsi le texte dans sa décision à vouloir perpétuer : « tu as fui à l’improviste/ la couche de l’amour/ et tu m’as laissé/ grenade de désir en mains/ dégoupillée/ prête à m’atomiser en l’air ».

L’énergie qui amène à vivre passe ainsi par la tragédie et l’expression de celle-ci, ce que nous savons aussi cher aux Grecs anciens.

Dans « Le sang d’un poète » de Jean Cocteau il y a cette image forte de la « Tête vivante de la statue qui l’observe », comme ici, en quelque sorte, la perte ou l’absence sont monumentalisées. Il s’agit suivant la postface de Cocteau de « surprendre l’état poétique », ce que fait admirablement Demosthenes Davvetas, descendant en lui pour resurgir, mieux, et aussi pour eux, au milieu des autres avec ou sans son Eurydice qui, on le sait, restera éternellement présente dans l’esprit d’Orphée : « Comme en un rêve incarné/ tu vins puis t’en allas/ et ce qui est resté/ de toi depuis lors en moi/ est un matériau/ que je veux exploiter/ pour ma poésie ».

Poésie rangée en colonnades d’éternité pour une écriture à lire gravée dans le marbre du temps non pas suspendu mais révélé à sa juste grandeur.

Patrick Devaux

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