Terre d’Artistes…Daniel Daniel & Sébastien Nardella du 17 mars au 1er avril 2018- Hotel de ville de Virton

Daniel Daniel & Sébastien Nardella. Des images débordantes.


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Au commencement était une belle boîte d’aquarelles, un peu d’eau, un pinceau aux poils souples et puis un inlassable va-et-vient en forme de triangle entre la main, l’œil et le papier. Le papier en tant que mare aux eaux fraîches qui peut vite tourner au bayou comme une mauvaise mayonnaise si l’on n’y prend garde. L’art de l’aquarelle est celui d’imbiber, parfois jusqu’à fleur de crue, de générer des ruisseaux clairs aux boues interdites.

De ces humidités peuvent émerger un quidam poursuivi par un squelette le long de murs mous, une épaisse tête qui lorgne dans une autre, éventrée, ouvrant sur une route de campagne, une autre encore dont lui pousse un enfant élastique depuis sa joue gauche. Aussi un type proprement décervelé qui descend un escalier le long de sapins plantés à quarante-cinq degrés, le même qui tombe du ciel, ciel se muant en un cheval bleu poursuivant son trot dans la flore d’un papier peint.

Et puis encore une maison en feu aux flammes empruntant la silhouette des occupants qui se sauvent, enfin un train fantôme surgissant d’une cheminée dans un salon désuet au plancher cloué d’énigmes. Tout ce beau monde – cette fine équipe triée sur le volet à l’entrée de ce tripot aux miracles – crie, régurgite, halète, couine, grimace, éructe, ricane au bord des incendies ou de la noyade. 

Mais l’on peut aussi peupler différemment ces rives de papier en les baignant de couleurs pendant de longues séances d’observation de femmes et d’hommes des après-midis entières depuis le rivage d’un atelier. Faire émerger des centaines de portraits qui nous regardent, mal à l’aise, grimaçants, beaux, monstrueux, émouvants, indifférents. L’un se dédouble dans un reflet, l’autre se perd dans son propre regard, un autre encore puis un suivant sourit dans son sang ou s’abîme dans ses humeurs.

Et l’on peut aborder un portrait comme une nature morte, une scène de genre, un paysage, avec ce sens des ingrédients les plus divers justement mélangés. Par miracle – mais il s’agit ici d’esthétique pure plus que d’inspiration au romantisme facile – aucune de ces figures ne pourra être jetée en raison de son haut intérêt de lignes, de points, de couleurs. Chacun de ces visages est une architecture d’eau inédite, le reste reposant sur la versatilité des sentiments que chacun voudra bien y loger.

Daniel Daniel et Sébastien Nardella ont décidé de mêler leurs eaux versicolores, de barboter dans ces courants fraîchement générés, de faire surgir des vérités visuelles depuis l’un ou l’autre geyser creusé à mains nues. Grâce à quelques tours de passe-passe avec une belle boîte d’aquarelles, un peu d’eau et un pinceau aux poils souples. Dans cette magie, cette imagination, ces images débordantes.

 

©François Liénard, février 2018.