Mélanie Matthieu, ´ »Lâmo Lâva », 122 pages, Alauda publications, Amsterdam, 2015, 38 Euros

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

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Mélanie Matthieu, ´ »Lâmo Lâva », 122 pages, Alauda publications, Amsterdam, 2015, 38 Euros.

L’artiste belge Mélanie Matthieu propose un livre bilan d’un voyage – pèlerinage intempestif – sur le site de Notre Dame de la Salette dans les Alpes françaises. Le titre patoisant veut dire « Là bas, là bas ». Ce furent les mots que prononça Maximin Giraud à Mélanie Calvat, les deux petits bergers qui le 9 septembre 1848 virent dans les alpages au-dessus du village de La Salette en Isère une « Belle Dame » en pleurs, toute de lumière. Elle leur confie un message de conversion, pour « tout son peuple ». Après 5 ans d’une enquête, l’évêque de Grenoble reconnut par un mandement validant l’apparition de la Vierge.

Ne prenant pas partie dans le mystère d’une telle révélation (en une période qui en France fut fertile en de telles manifestations – Lourdes, Lisieux – et donnent lieu à de bien diverses spéculations), Mélanie Matthieu cultive astucieusement l’ellipse pour proposer un rituel laïque. Le récit du miracle ne la décoiffe pas forcément : ni elle ne l’entérine ni elle ne le conteste ouvertement. La beauté du lieu l’émeut, les marques de piété la laissent plus distante même si parfois elle recueille « religieusement » en ses images les actes d’amour des croyants.

Certes elle ne va pas donc jusqu’à épouser les mots de Bataille au sujet de telles apparitions : « Celui qui l’assaille est dépossédé de son être ». Néanmoins son livre ne peut être admis dans le cercle sacré des objets de piété.

La seconde partie multiplie des parallèles et des analogies en y intégrant des textes d’auteurs aussi différents que Léon Bloy, Camille Claudel, Roger Callois et Julia Kristeva. Ces témoignages littéraires, poétiques et philosophiques se répondent pour mettre en « voix » un théâtre de l’inconscient religieux au sein d’un labyrinthe textuel et visuel qui souligne autant l’histoire de l’apparition, la biographie des « élus » (ou des illuminés), une réinterprétation de leurs silhouettes dans une poésie du lieu et de l’histoire ou de la légende. Le livre est passionnant car beau et intelligent.

©Jean-Paul Gavard-Perret