Guillaume Decourt, « A l’approche », illustrations de Natalie Reuter, Editions Le Coudrier, 106 pages, 16 €, B-1435 – Mont Saint Guibert

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret2157222_orig

Guillaume Decourt, « A l’approche », illustrations de Natalie Reuter, Editions Le Coudrier, 106 pages, 16 €, B-1435 – Mont Saint Guibert

Dans ce nouvel opus (plus léger que les deux qui le précèdent), Guillaume Decourt joue l’éphèbe grecque et se refuse à la désolante emphase narcissique de bien des poètes. Ses textes abandonnent volontairement leur part de légende au profit d’une indignité captivante, d’un chant des ferrailleurs écrit du « sperme noir du poulpe à bout de trident ». La poésie éclate en sortilèges, joue sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. Les premières ne se remodèlent pas selon nature : elles s’enrichissent par superposition de strates au moment où la femme ne se réduit en trophée lumineux mais – et entre autres – en perle noire qui se transforme en fieffée « salope outrageuse » qui initie aux rites des gibbons son poète colon.

L’humour s’introduit dans la faille de l’existence pour faire barrage à l’eau dormante et stagnante. Et ce au profit de l’eau bouillonnante d’histoires d’O : elles permettent la mise en abîmes du miroir des apparences. Chaque poème devient un roman, une nouvelle, un cinéma muet. Exit les dialogue de cire et de circonstance. Si bien qu’à sa manière l’œuvre est « militante ». Elle apprend à rouvrir les yeux, à ne pas se contenter de jouir des apparences fixées mais dans leur traversée : il suffit de s’accrocher aux branches.

Celui qui se dit au revoir, revient néanmoins sur ses pas et multiplie les sourdes insolences. Elles ne sont pas coupées du monde. Du moins pas en totalité. Reste la moiteur du corps des femmes dans l’espace. Decourt rêve d’y vivre comme avec le reste d’une peuplade perdue. Il en attend toujours une comme s’attend une pluie qui ne veut pas venir. Au besoin il épouse un temps creux pour atteindre le « temps pur » en un grand verre d’alcool. Un temps sans conscience, un temps des premiers êtres. C’est un luxe à s’offrir là où les corps à demi-nus ou en totalité parlent soudain une langue étrangère. Et ce dans l’appel du vide. Mais pas n’importe lequel : le « trou », le vide à combler. Il permet l’espoir en luttant contre la réalité, il est en cela la seule manifestation de la lucidité.

©Jean-Paul Gavard-Perret