Stewart O’NAN – Emily

  • Stewart O’NAN – Emily

     

Dans Emily, roman intimiste, Stewart O’NAN met en scène une héroïne, veuve octogénaire, à la recherche d’un nouvel équilibre pour affronter l’avenir. Il analyse avec justesse, délicatesse et tendresse les problèmes liés à l’âge, à la solitude et au silence, qu’Emily rencontre et résout peu à peu en réinventant sa vie. Il observe et décrit avec finesse les détails minuscules de sa vie qui lui permettent d’aller au fond des choses, elle assume sa vieillesse avec application et une certaine forme de liberté. L’auteur démontre brillamment, qu’en l’absence de soucis majeurs, cette tranche de vie peut encore être la source de joies multiples et d’émerveillement : « Depuis des mois, elle rêvait du printemps ; et il était là, dans son éclatante fraîcheur, … une fleur, une branche, un air tiédi par le soleil ». Par ailleurs, la solitude étant propice à la réflexion, Emily se livre à l’introspection, essaie de corriger son caractère et devient plus indulgente : elle accède ainsi à une meilleure compréhension de soi, de son entourage familial et même social. Cependant, tout en veillant à ne pas « s’isoler dans les limbes du passé », elle n’échappe pas à la nostalgie, et les évocations du passé mêlent invariablement joie et tristesse : « Comme il était fort le charme du passé et combien tristes toutes ces occasions perdues malgré le tour heureux qu’avait pris sa vie »… Et les souvenirs de vacances à Chautauqua : … « le feu dans la cheminée…, le crépuscule dans lequel Henry (son époux) et elle s’étaient enfoncés en canoë sur le lac, le premier été après la guerre ».

Emily est un récit initiatique très réussi où la poésie est éminemment présente. En conclusion, même si l’espérance de vie décroît inexorablement, l’essentiel n’est-il pas de réussir son ultime départ ?

◊Yvette BIERRY