L’œil du léopard, Henning MANKELL

 

  • L’œil du léopard, Henning MANKELL, roman, Seuil, 343p. ; 21,90€, avril 2012.

Mutshatsha !

Hans Olofson grandit « dans une misérable maison en bois sur les bods du Ljusman » », en Suède. Son père alcoolique, abandonné par son épouse, rêve de voyages exotiques.

Les deux seuls vrais amis d’adolescence d’Hans, Sture et Janine, connaissent l’un comme l’autre des destins tragiques.

Hans veut fuir une existence morne pour se lancer dans l’aventure. Alors, il part « en Afrique avec le rêve de quelqu’un d’autre… de quelqu’un qui est mort ».

Mutshatsha, comme une rengaine qui ne cesse de le hanter jusqu’à ce qu’il parte, est un objectif qu’il lui faut atteindre pour vaincre ses peurs, pour se dépasser, pour quitter sa terre si froide et si glauque…

Il lui faut aller à Mushatsha, sur les traces d’un missionnaire disparu : « Chaque être humain commet des actions irréfléchies, tout le monde entreprend des voyages qui n’auraient pas dû voir le jour ».

L’Afrique, « un continent meurtri et blessé », où les Blancs sont essentiellement racistes, où les Noirs sont souvent si difficiles à cerner : « La pauvreté de ce continent, c’est la pauvreté et la vulnérabilité des Noirs. Leur mode de vie qui remonte aux temps immémoriaux a été détruit puis remplacé par des bâtisseurs d’empires fous… »

Hans restera en Zambie, un pays sans cesse en proie à la violence, de 1969 (il a 25 ans) à 1989, soit vingt ans. Il y reprendra une ferme d’exploitation d’œufs, où il dirigera deux cents ouvriers.

En quête d’identité, à la recherche de maturité, Hans cherche à fuir ses démons suédois pour en affronter de plus sournois et de plus cruels en Afrique noire, où même ceux qu’il prenait pour amis se muent en ennemis.

Les Blancs et les Noirs ont chacun leur vision du monde. Là où corruption et violence font partie du quotidien, notre héros – qui n’a pas toujours été un saint loin s’en faut – tente d’apporter un peu d’humanité et de justice autour de lui, du moins celles qu’il pense être requises.

Henning Mankell est un remarquable conteur, qui sait peindre à merveille les méandres de la psychologie humaine. A travers un personnage qui se cherche dans un pays à feu et à sang, il ne prend pas position. Il rapporte les faits, en observateur, sans jugement à l’emporte-pièce.

Hans Olofson, son héros, choisit une route ou le destin fait parfois ce choix pour lui, qu’il sache où il va, sans qu’il en comprenne vraiment le pourquoi ; il cherche à fuir sa solitude mais elle finit toujours par le rattraper quelque part…

L’auteur partage lui-même sa vie entre la Suède et le Mozambique. C’est dire s’il connait l’Afrique et ses mystères, ses contradictions, ses révoltes. Connu mondialement pour son héros récurrent, le commissaire Wallander, Henning Mankell frappe encore très fort avec ce roman passionnant du début à la fin.

A lire absolument !

◊ Patrice BRENO