LUIS DE GÓNGORA – Fable de Polyphème et Galatée – Traduction et présentation de Jacques Ancet. (Ed. Bilingue, NRF coll. Poésie/Gallimard).

Chronique de Xavier Bordes

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LUIS DE GÓNGORA – Fable de Polyphème et Galatée – Traduction et présentation de Jacques Ancet. (Ed. Bilingue, NRF coll. Poésie/Gallimard).


Il ne me semble guère utile de faire l’éloge des traductions du poète Jacques Ancet. Elles sont, en ce qui concerne la langue espagnole, telles qu’un lecteur moderne exigeant est en droit de les souhaiter. Un traducteur peut allumer dans la langue d’arrivée la grâce poétique, comme en d’autres cas, quand il n’a pas de poésie en lui, si compétent qu’il soit, l’éteindre. C’est ce que j’ai pu constater encore dans quelques récents livres de traductions, en lesquelles la justesse du ton était sacrifiée à l’exactitude dénotative. Il en résulte des écrits semblables à des papillons épinglés dans une boîte de collection. Les teintes sont passées, la poudre d’or envolée, la vie avec elle, et il ne reste que l’équivalent de ces fleurs desséchées qu’on retrouve aplaties entre les pages d’un vieux livre. Évidemment, lorsqu’un poète-traducteur parvient à associer le ton et la justesse du sens, cela devient vraiment de la véritable traduction poétique, qui est davantage qu’une simple transmission d’informations au ras des pâquerettes ! En poésie, la capacité à la magie du ton et des visions que la langue d’arrivée doit approcher fait partie – c’est souvent oublié ou négligé ! – de la « compétence »… Dans le cas de Luis de Góngora, la difficulté pour Ancet se double de l’alchimie qu’a introduite le poète andalou dans son poème. Longtemps, l’on a parlé à ce sujet de « préciosité ». Il s’agissait d’époques où la « poétique » ne s’était pas libérée comme après son entrée dans la période dorée du Baroque, temps des métamorphoses de la société, de la culture, de la civilisation, temps d’accélérations « plastiques » de la pensée, dont, sans même le savoir, quelqu’un comme Arthur Rimbaud profitera. Cette période se caractérise, proche en cela de la nôtre, par une sorte de chaos implicite de la société et de la pensée, qui pousse chaque individu vers une vision aventurée des choses, et les auteurs vers une sorte de travail de renaissance de l’écrit et de la vision, quand même ce soit encore à travers des formes traditionnelles. Feu d’artifice créatif, c’est une période qui met « l’imagination au pouvoir », avec bien sûr des fortunes diverses. Entre Titus Andronicus (baroque anglais) – d’une cruauté d’un goût assez douteux – et la Fable de Polyphème et Galatée (baroque aristocratique espagnol), d’une élégance aristocratique, l’époque connaît tous les degrés vers les extrêmes. Or l’extrême de la poésie de Góngora se traduit par l’usage pourrait on dire « immodéré », selon l’expression des surréalistes, du « stupéfiant image ». Sur ce plan, les poèmes de Gongora, comme le faisait remarquer Federico Garcia Lorca qui s’y connaissait mieux que quiconque, n’ont rien à envier aux futurs Surréalistes. Mais il existe aussi dans cette poésie tout une architecture symbolique occulte dont les ramifications ne sont gratifiantes que pour celui qui prend la peine de pénétrer plus profond dans la culture synchronique à la vie du génial Cordouan. Sur ce point, Jacques Ancet a documenté remarquablement, notamment par une ample préface, le texte de Gongora, traduit et présenté en regard de sa version originale, de surcroît accompagné d’une glose, une sorte de traduction en prose semi-explicative adaptée d’un auteur espagnol, Dámaso Alonso. L’ensemble donne à ce livre un intérêt particulier et donne des couleurs et de la richesse à l’image de Gongora, assez pâle et confidentielle en France jusqu’à présent.

©Xavier Bordes


Sur le site de Gallimard

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Jean-Pierre Roque – RÉDEMPTION – L’enfance adamantine – (Ed. L’Harmattan).

Chronique de Xavier Bordes

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Jean-Pierre Roque – RÉDEMPTION – L’enfance adamantine – (Ed. L’Harmattan). Couverture : « La mariée de Louviers », du peintre Jean Trousselle.


Jean-Pierre ROQUE est un écrivain, et poète, singulier. Un croyant à la foi passablement mystique, difficile à cerner. Il s’ensuit que ses écrits ont de multiples caractéristiques : à la fois ils adoptent le ton de la prophétie, de l’adage de la Sophia, le ton du symbolisme mais aussi de la référence à un réel manifeste côtoyant un réel occulte. L’éventail de ses intérêts et de son questionnement est largement ouvert. De Joe Bousquet à Elytis, en passant par mille autres références culturelles, sa curiosité laboure les œuvres de poètes. Ce dont témoigne le présent livre, sorte de concentré de mémoire poétique où les sentiments naturels et simples liés à l’enfance voisinent avec les visions liées à l’avenir et les considérations éthiques. Dans l’acception la plus humaniste que « l’éthikos » peut afficher.

Chaque poème en regard est accompagné de plusieurs brefs commentaires, en prose poétique ou méditative, à portée souvent éthique, ou introspective, faisant de brefs bilans du contenu plus ou moins implicite du poème auquel ils répondent, ou scolies prolongeant tel thème, ou initiant telle réflexion cosmique…

Ce recueil condensé se compose ainsi de tons et de voix variés, allant des souvenirs réalistes (les plus prosaïques parfois), à des autoconsignes que se donne l’auteur, à des recommandations de lecture, tout cela ordonné, entretissé au long de quatre sections ramassées, où l’allusion va toujours à l’essentiel, dans une perspective spirituelle. Mais cette perspective n’oublie jamais la matière, l’ici-bas, le corps, la chair, les êtres vivants, les choses. Elle vise essentiellement à les saisir comme objets de questionnement et de sens, non pas mesquins mais pleins d’altitude métaphysique. Un livre de poète-philosophe au quotidien qui, si élevées que soient ses songeries, ne laisse jamais d’être avant tout humain parmi les humains, et de travailler à comprendre mieux sa place dans l’univers.

(Je note en passant que Jean Trousselle, un peintre fameux et bien trop méconnu encore, a assumé l’image de couverture, splendidement picturale et poétique, du livre, dont on regrette seulement la petite taille inévitable…)

Le livre Rédemption de Jean-Pierre Roque est décidément un livre d’une teneur spécifique, intrigante et surprenante, et son originalité rencontrera sans doute un public qui aime accéder facilement aux pensées les plus exigeantes, pour peu qu’elles soient exprimées avec force, clarté et simplicité.

©Xavier Bordes



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Jacques BRÉMOND – Lettres perdues (courriers accidentés) – (Rougier V. ed. 2016 – coll. « Plis Urgents 41 » complément de la collection de la revue « ficelle ».)

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Jacques BRÉMOND – Lettres perdues (courriers accidentés) – (Rougier V. ed. 2016 – coll. « Plis Urgents 41 » complément de la collection de la revue « ficelle ».)


L’ Atelier ROUGIER de Soligny-la-Trappe, avec ses « ficelles », nous a habitués à des livres minuscules, et comme « tout ce qui est petit est joli », ces livres sont des merveilles, de goût, de qualités matérielles, de choix dans les talents des auteurs. Il est vrai que je ne commente ni ne signale pas systématiquement les livres que je reçois, n’ayant que dix doigts et une seule paire d’yeux pour les lire. J’ai eu un coup de coeur pour les « Lettres perdues » retrouvées et commentées, fort poétiquement, par Jacques Brémond, éditeur à part (dans le domaine du livre de poésie en particulier). Cette fois, c’est l’auteur qui prend l’écriture. Et cette saisie a un charme équivalent à celui qu’on éprouve lorsque, dans la rue, dans le métro ou le bus, on remarque une personne qui, parmi d’autres inconnus, provoque – qui sait pourquoi ? – une curiosité inhabituelle de notre part. Alors on se met à spéculer sur son activité professionnelle, à rêver sur le cadre de son existence, à lui supposer à cause de tel ou tel indice infime, mouchoir essuyant furtivement une larme, papier brusquement replié et enfourné dans une poche ou dans un sac à main,, parfum étrange et indéfinissable, à lui supposer, disais-je, des péripéties sentimentales, tout un film fondé sur peu de choses, grâce auquel on comble le vide qui nous tient généralement à distance de l’inconnu/e, dont on sait bien qu’on ne va pas s’enhardir jusqu’à l’interroger… Jacques Brémond nous présente simplement, avec disons leur fac-similé (réduit bien sûr), des courriers, cartes postales, missives, échangés par des personnes dont il sait peu de choses, mais dont il reconstitue par l’imagination à quel lien, correspondance de guerre (de 1870!) par exemple, entre elles leur contenu fait écho. En les prenant pour prétextes, il réveille avec un talent simple et parfois vaguement nostalgique, quelques traits des ambiances historiques du siècle passé (1901), la traversée en paquebot à l’occasion de l’évocation des sacs postaux récupérés d’un navire échoué sur la côté camarguaise, etc… bref : une quarantaine de pages auxquelles on revient volontiers, à cause de l’évocation, en bribes illustrées savamment ménagées, de mondes à la fois si proche de nous, et que rend si mystérieusement, mélancoliquement inaccessibles le gouffre du temps. Je range ce volume tout petit par la taille et illimité par les rêves qu’il m’a procurés, dans le coin des ouvrages précieux de ma bibliothèque.

                                                                          Xavier Bordes – Paris, 10/09/2016 

L’Astragalizonte & autres poèmes de Xavier Bordes

Patrice Breno est heureux de vous annoncer la parution aux éditions Traversées de

L’Astragalizonte & autres poèmes,
Xavier Bordes

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Vous pouvez aussi adresser votre demande par mail à la Revue Traversées, Patrice Breno: Traversees@hotmail.com

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