
– Le Printemps des Poètes –
16e édition au cœur des Arts
en direct de Bagnères-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées
Entre « cascades & torrents », tel Montaigne – prendre les eaux thermales de Bagnères-de-Bigorre, où le « Printemps des poètes » bat son plein se révèle : pur délice. Les diverses manifestations englobant : expositions, conférences, arts plastiques, théâtre, chant, danse, concerts, et bien évidemment gastronomie se déroulent avec entrain, et ce tant à la Médiathèque que dans les écoles et s’affichent dans maints espaces de la petite ville, investissent les parcs, en des endroits improbables ouverts au spectacle pluriel.
De la poésie, des paroles de chansons, des contes, des extraits de polars… sont ainsi véhiculés dans le dédale de la charmante bourgade, via les voix d’enfants au préalable enregistrées et émanant – telles quelles des haut-parleurs du système de sonorisation dans le centre-ville. Les haut-parleurs ! Oui, c’est bien d’une poésie à – voix haute qu’il s’agit ici définitivement et les montagnes pyrénéennes environnantes sur lesquelles la neige s’attarde encore, malgré la douceur printanière ne le démentiraient nullement.
Ainsi, en des lieux ouverts, des textes – pour la circonstance : plastifiés, créés par petits et grands amoureux de la langue de l’émotion sont pour leur part bien arrimés à de longs fils d’étendage. Une forme fixe, classique côtoie des vers libérés et des haïkus pétillants jouxtent de nombreux dessins. Des proverbes et autres charades détournés, peints sur des pierres de roche de l’ère primaire, à même le sol ou inscrits sur des tee-shirts et des pantalons épinglés à des cordes ou se balançant sur des cintres accrochés aux branches de grands arbres, égrainent leur « alphabet de couleurs », résolument rimbaldien, mouvant, étonnant et rythmé au gré du vent de Bigorre, tandis que la « marche triomphale du printemps » annoncée par la jaillissante floraison de narcisses, de jonquilles, de primevères et par le chant émis en boucle par geais, merles, corneilles et autres grenouilles impose ici & maintenant ses « riches heures ».
À la Médiathèque, un « portrait coloré, animé du Grand Sachem du Swing » est brossé à l’attention de quelques aficionados par l’auteur de l’ouvrage, « Le parcours du cœur battant » à propos de « l’inventeur d’un chant neuf », Claude Nougaro. Ami et complice de l’artiste total, Christian Laborde, dont la voix possède cette similaire et étonnante scansion, ce phrasé savoureux, « cassant les mots, en les suçant, en jouant avec eux, en frottant chacune de leurs voyelles » utilisés sans modération par ces deux compagnons de route du « país, ô Tolosa » procure une sensation pétillante ineffable.
Dans un ancien lieu de culte (réhabilité en cinéma, Le Maintenon) un artiste inspiré tente de rendre le climat de création tourmenté du génial Charles Baudelaire en proie aux « Fleurs du mal », tandis qu’une vidéo – tout aussi empreinte d’images de violences guerrières que d’« (…) ordre et beauté, luxe, calme et volupté » en suggère une seconde lecture. Un peu plus loin, quelques jours plus tard, dans la Salle de spectacles, à la Halle aux grains, non loin du tumultueux gave de l’Adour, les prix de poésie du concours annuel sont remis à des auteurs émus, alors que leurs textes mis en scène y résonnent, et que l’on réfléchit de manière palimpseste (à) la dimension de la relation de l’auteur des « Essais », Michel de Montaigne avec la Poésie (notamment celle de son ami, La Boétie, dont Montaigne définit le lien d’amitié qui les unit par une formule apparemment lapidaire, d’une simple évidence : « parce que c’était lui, parce que c’était moi »).
L’esprit du lieu revisité – ici par essence « géo-poétique », à la fois consolateur et révélateur de beautés naturelles et artistiques n’en est ainsi que décuplé, grâce à cet événement que les volontés localesont à cœur, chaque année de coordonner pour un partage authentique entre agents publics, bagnérais, touristes et autres curistes de la petite ville bigourdane sur laquelle veille la fée, « Pyrène »…
Et pour finir sans finir et poursuivre la pérégrination sur ce chemin serpentin et pentu qui s’étire de la forêt du Bédat jusqu’au col des Palomières et bien au-delà vers La Mongie, Le Grand Tourmalet et le somptueux Pic du Midi de Bigorre, d’où appréhender les hauts sommets de la chaîne pyrénéenne se révèle être une expérience à hauteur du jeux d’ailes et autre planés infinis des rapaces, ces souverains du ciel, souvenons-nous d’un extrait du poème de Francis Jamme appris jadis à l’école communale :
J’aime l’âne
J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.
Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.
Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète.
Et, afin que le partage soit encore plus dense, « entendons » enfin quelques paroles d’un chant pyrénéen :
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Le refuge
Je sais dans la montagne
Un refuge perdu
Qui se mire à l’eau claire
Des lacs verts d’Orgélu
Ouvert aux quatre vents
Aux montagnards perdus
Dans la brume et la neige
Comme un port du salut
REFRAIN
Qu’il fait bon s’endormir
Au refuge le soir
Près du feu qui s’éteint
Au pays des isards.
Cordiales pensées poétiques & traversières de Bagnères-de-Bigorre. A lèu !
Mars 2014, Rome Deguergue
membre du P.E.N. Club français
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