Traversées fête ses 20 ans les 25 et les 26 octobre – Premier Salon de la poèsie de Virton

Hotel de ville de Virton  Rue Charles Magnette 17 6760 Virton, Belgique

Hotel de ville de Virton
Rue Charles Magnette 17
6760 Virton, Belgique

Caves de l’Hotel de ville de Virton
Rue Charles Magnette 17
6760 Virton, Belgique

Bonjour à vous,

Traversées fête ses 20 ans les 25 et 26 octobre prochain.

Le 25 octobre 2013, à partir de 18 heures, ce sont 9 auteurs – publiés dans la revue Traversées – qui seront mis à l’honneur : discours de bienvenue, lectures, rencontres avec le public, verre de l’amitié.

  1. David COLLING

  2. Fernand TOMASI

  3. Georges JACQUEMIN

  4. Lambert SCHLECHTER

  5. Marc IMBERECHTS

  6. Nathalie RONVAUX

  7. René LEJEUNE / WILLOOS

  8. Salvatore GUCCIARDO

  9. Tristan SAUTIER

Le 26 octobre 2013, de 14 heures à 18heures, premier Salon de la poésie de Virton : éditeurs et auteurs face au public, lectures en continu, rencontres, dédicaces

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Patrice BRENO
Revue Traversées
Prix de la Presse Poétique 2012
Directeur de publication
43, Faubourg d’Arival
6760 VIRTON (Belgique)

https://traversees.wordpress.com/a-propos/

Andreï MAKINE, Une femme aimée

Andreï MAKINE, Une femme aimée

 

  • Andreï MAKINE, Une femme aimée, Seuil, 363 pages, 2013.

« Le vrai mal de ma vie, c’est que mon cœur ne peut vivre un seul instant sans aimer ».

Russe d’origine, puisqu’il est né en Sibérie en 1957, Andreï Makine demande l’asile politique en France et s’installe à Paris à l’âge de 30 ans. Le français devient sa langue d’écriture.

Rien qu’avec son premier roman, Le Testament français, Andreï Makine a obtenu le Prix Goncourt, le Prix Médicis et le Prix Goncourt des Lycéens. C’est dire qu’on attendait l’auteur au tournant.

Une femme aimée est son treizième roman.

Oleg Erdmann, un jeune cinéaste russe, vit misérablement à Leningrad sous l’ère communiste. Il travaille aux abattoirs de Leningrad, où « il gagne son minimum vital et du temps pour écrire » ses scénarios. La vie tumultueuse de l’impératrice Catherine II de Russie ne cesse de le fasciner ; aussi, il souhaite lui consacrer un film. Au-delà de la simple biographie, il veut retracer la vie de cette grande tsarine. « Toutes les réalités historiques seront respectées, même les crinolines ». Mais il veut présenter une autre facette de son héroïne, frivole, libertaire, cruelle… « Une personne vous intéresse, vous creusez dans son passé… Et tout à coup, vous comprenez que sa vérité n’est pas à l’intérieur, mais à l’écart de sa vie… » … « Il faudrait filmer ce que Catherine n’était pas ».

« Je me demande en quoi ton scénario sera si différent de ces bouquins que tu as lus sur Catherine », lui dit Lessia, sa femme aimée à lui. « Une tsarine a une armée d’amants, le plus gros morceau de la planète lui appartient et elle meurt dans l’indifférence » : il y a de quoi se poser des questions.

Makine passe du XVIIIème siècle (les Lumières : nous côtoyons ainsi Voltaire, Diderot, Cagliostro, Casanova, Louis XV, Madame de Pompadour… !) au XXème siècle (cadenassé par ses révolutions, ses guerres, ses idéologies), où la destinée de la grande Catherine a quand même plus d’importance que celle d’Oleg, qui tente le tout pour le tout pour survivre. Et puis, il y a l’espoir du renouveau, d’une nouvelle Russie, avec ses forces et ses faiblesses : fallait-il ceci pour arriver à cela ?

L’Histoire avec un grand H reste toujours l’histoire, avec ses tourments, ses colosses aux pieds d’argile, un jour portés aux nues, le lendemain écartelés par la meute, ses peuples qui souffrent toujours, quels que soient les gouvernants…

Makine décrit rouge sang comment la violence, la cruauté, les bassesses cadencent la Russie depuis et avant Catherine, au nom de la liberté si difficile à obtenir. L’amour seul, mais Catherine a-t-elle vraiment été aimée par ses innombrables amants, ou tout cela n’était-il qu’une farce, où l’impératrice, prisonnière de son empire, cherchait à s’évader ?

La violence : le tsar « Pierre III (mari de Catherine) est renversé, mais tué par les fidèles de Catherine » ; un amant de l’impératrice veut cesser ses infidélités, et on le retrouve lui dépecé, sa femme violée et démembrée…

Catherine, Oleg, deux russes que deux siècles séparent, mais qui aiment chacun la Russie à leur manière !

Makine nous décrit son pays d’origine et l’amour qu’il lui porte avec ferveur, avec passion… Chacune de ses pages nous invite à la réflexion, nous amène à découvrir la richesse de cette Russie telle que peu la connaissent en réalité… L’écriture de cet auteur qui pense en russe mais écrit en français est limpide, et chacun de ses mots porte… Aucun n’est superflu !

©Patrice BRENO

 

Armel JOB, Le bon coupable, roman, 301p. ; Robert Laffont, Paris, 2013.

Le bon coupable, Armel Job

  • Armel JOB, Le bon coupable, roman, 301p. ; Robert Laffont, Paris, 2013.

« On est tous coupables, d’une façon ou d’une autre. Chacun doit se débrouiller avec ses propres fautes. »

Armel JOB est un véritable conteur. Son histoire, parfaitement crédible, nous dévoile des personnages de milieux plutôt sordides face à d’autres qui ont réussi dans la vie. Mais le comportement des uns et des autres n’est pas toujours à l’égal de leur bourse et de leur condition.

Nous sommes dans les années 60, au lendemain de la seconde guerre mondiale, où chacun a ressenti différemment les affres des déportations, de la cruauté humaine et de la désespérante solitude…

Même si on devine la fin, on découvre à quel point l’âme humaine et surtout le souci de la réussite peuvent amener à des extrémités. Le paraître et l’être ! Armel JOB nous dévoile ce qui se trouve en chacun de nous, le bien et le mal, et la difficulté qu’il y a de trancher.

Un accident de voiture. Une fille renversée et tuée. Beaucoup se sentent responsables : les parents qui s’étaient disputés, Carlo qui avait trop bu et qui s’est retrouvé avec sa jeep et son van dans un ruisseau un peu plus loin du lieu du drame, le procureur qui est passé par là à toute allure au volant de sa rutilante voiture de sport… Et si seulement, mais avec des si…

Qui est le coupable ? Lui seul le sait, même si celui qui, volage et pochetron, finit par douter de lui…

Armel JOB nous enchante chaque fois qu’il sort un livre et pose les questions essentielles et existentielles. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Il pénètre à l’intérieur de chaque maison, nous décrit avec profondeur la psychologie de ses personnages, leurs rivalités, leurs émois, leurs questionnements…

La justice subit ici un sérieux coup de bambou. Est-ce qu’au nom de la loi, on peut tout se permettre ?

A lire absolument !

©Patrice BRENO

L’œil du léopard, Henning MANKELL

 

  • L’œil du léopard, Henning MANKELL, roman, Seuil, 343p. ; 21,90€, avril 2012.

Mutshatsha !

Hans Olofson grandit « dans une misérable maison en bois sur les bods du Ljusman » », en Suède. Son père alcoolique, abandonné par son épouse, rêve de voyages exotiques.

Les deux seuls vrais amis d’adolescence d’Hans, Sture et Janine, connaissent l’un comme l’autre des destins tragiques.

Hans veut fuir une existence morne pour se lancer dans l’aventure. Alors, il part « en Afrique avec le rêve de quelqu’un d’autre… de quelqu’un qui est mort ».

Mutshatsha, comme une rengaine qui ne cesse de le hanter jusqu’à ce qu’il parte, est un objectif qu’il lui faut atteindre pour vaincre ses peurs, pour se dépasser, pour quitter sa terre si froide et si glauque…

Il lui faut aller à Mushatsha, sur les traces d’un missionnaire disparu : « Chaque être humain commet des actions irréfléchies, tout le monde entreprend des voyages qui n’auraient pas dû voir le jour ».

L’Afrique, « un continent meurtri et blessé », où les Blancs sont essentiellement racistes, où les Noirs sont souvent si difficiles à cerner : « La pauvreté de ce continent, c’est la pauvreté et la vulnérabilité des Noirs. Leur mode de vie qui remonte aux temps immémoriaux a été détruit puis remplacé par des bâtisseurs d’empires fous… »

Hans restera en Zambie, un pays sans cesse en proie à la violence, de 1969 (il a 25 ans) à 1989, soit vingt ans. Il y reprendra une ferme d’exploitation d’œufs, où il dirigera deux cents ouvriers.

En quête d’identité, à la recherche de maturité, Hans cherche à fuir ses démons suédois pour en affronter de plus sournois et de plus cruels en Afrique noire, où même ceux qu’il prenait pour amis se muent en ennemis.

Les Blancs et les Noirs ont chacun leur vision du monde. Là où corruption et violence font partie du quotidien, notre héros – qui n’a pas toujours été un saint loin s’en faut – tente d’apporter un peu d’humanité et de justice autour de lui, du moins celles qu’il pense être requises.

Henning Mankell est un remarquable conteur, qui sait peindre à merveille les méandres de la psychologie humaine. A travers un personnage qui se cherche dans un pays à feu et à sang, il ne prend pas position. Il rapporte les faits, en observateur, sans jugement à l’emporte-pièce.

Hans Olofson, son héros, choisit une route ou le destin fait parfois ce choix pour lui, qu’il sache où il va, sans qu’il en comprenne vraiment le pourquoi ; il cherche à fuir sa solitude mais elle finit toujours par le rattraper quelque part…

L’auteur partage lui-même sa vie entre la Suède et le Mozambique. C’est dire s’il connait l’Afrique et ses mystères, ses contradictions, ses révoltes. Connu mondialement pour son héros récurrent, le commissaire Wallander, Henning Mankell frappe encore très fort avec ce roman passionnant du début à la fin.

A lire absolument !

◊ Patrice BRENO

Citoyen Park, Charly DELWART——-Rentrée Littéraire 2012

Citoyen Park, Charly DELWART, roman, Seuil, rentrée littéraire 2012, 486p.

Un pavé littéraire de presque 500 pages nous décrit l’ascension de Park Jung-wan conditionné pour créer un univers qui n’appartient qu’à lui. La rivalité entre le Kamtcha du Nord et le Kamtcha du Sud rappelle sans contestation possible celle qui oppose le régime ultra-totalitaire de Kim Jong-il (gouvernant héréditaire qui succède à son père ; son fils prendra la relève en 2011) et la démocratie de la Corée du Sud.

A travers ce roman, fictivement situé au Kamtcha du Nord, c’est toute l’histoire souvent trop méconnue de cette région du Nord-est asiatique, de 1941 à nos jours, qui transparaît. La dictature s’impose de plus en plus à la population qui va se retrouver à vivre en circuit fermé dans des conditions déplorables.

Le père de Jung-wan, Min-hun, est décrit comme un libérateur, un véritable héros, qui a sauvé son pays du joug japonais. « Min-hun, dès son plus jeune âge, est convaincu que les Kamchéens doivent regagner leur indépendance ». Pour atteindre cet objectif, aucune autre solution que la révolution : « La lutte était devenue impérative ». Il fallait mettre tout en œuvre : « S’il (Min-hun) n’y arrivait pas un jour, cela reviendrait à la génération suivante, à son fils, et à son fils à lui… jusqu’au jour où les envahisseurs seraient partis ».

Et Jung-wan, fils de Min-Hun, n’est pas aussi adulé que son père. Et pour cause. Pour lui, l’ennemi, c’est aussi tout ce qui s’oppose à sa conception du pays, à l’impérialisme américain, à la résistance, à toute forme d’opposition, qu’elle soit lointaine ou proche… Tout ce qui est contre doit disparaître ! Jung-wan confond rêve et réalité ; il se crée un rôle de défenseur absolu et n’en démord pas même si des doutes – mais vite balayés – surgissent dans son esprit. Il se considère en même temps comme un dieu vivant et fictif (son parcours en tant que réalisateur qui se veut l’égal des grands « hollywoodiens »), pour qui rien n’est trop beau, rien n’est trop cher, même si tout cela n’est qu’illusion, même si son peuple, que n’épargnent même pas les conditions climatiques dantesques, vit dans la misère la plus complète.

« … il a décidé que la réalité ne le regarde pas, qu’elle ne regarde pas non plus le reste du monde ». L’important n’est-il pas là : « Vingt-quatre millions d’individus l’applaudissant, qui lui font croire que cela leur fait plaisir à eux aussi car dans un jeu de dupes, si personne n’était dupe et que le jeu continuait, cela revenait au même que si tout le monde l’était ».

Jung-wan impose une dictature implacable (tout opposant ou tout risque d’opposition est systématiquement supprimé), imposée à toutes et à tous ; il n’hésite devant rien pour que son spectacle continue, prenant pour prétexte l’indépendance de son pays, la défense de la cause socialiste, la lutte contre la fourbe Amérique…

Chaque page de roman fort décrit comment un seul homme peut transformer par idéal un pays délivré d’un joug en une véritable prison. Nous sommes au XXIème siècle, c’est tout dire !

L’écriture de Charly Dewart est extrêmement puissante et porte à réfléchir. Chacune de ses phrases est construite selon un canevas bien précis et tend à accentuer ce malaise parce que nous savons pertinemment que la fiction ne dépasse pas toujours la réalité !

Charly Delwart a aussi publié deux autres romans au Seuil : Circuit en 2007 et L’homme de profil même de face en 2010

◊Patrice BRENO