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 Yves Bonnefoy, ce qui rompt pour lier

Chronique de Miloud Keddar 

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« Yves Bonnefoy, ce qui rompt pour lier » 


Yves Bonnefoy,  « Hier régnant désert », Mercure de France, Paris.

« Hier régnant désert ». Le titre est en lui-même un instant accompli. Suffisant en soi à répondre, il l’est par l’évocation et l’énoncé, par quelque part le sens auquel il ouvre. J’y retiens la musicalité, surtout. La progression de l’aigu au grave, répétée, la gamme entière qui illustre l’aggravation du temps présent. Ainsi les voix basses du début du poème dans « La Neuvième Symphonie » de Beethoven appellent l’orage, une compréhension nouvelle, la désintégration des signes. Chez Yves Bonnefoy l’alternat va plus loin. Il atteint au « naturel ». La respiration voire l’inspiration-expiration dévoile une oscillation qui, dans ce moment de l’œuvre, n’est que par le dépassement. Je pense à « L’acte et le lieu de la poésie » où l’inspiration y est dite non tolérée, « cette », dans le sens où l’entend Bonnefoy, « inspiration qui dans la poésie du passé nourrissait au moins de passion le souci de l’intelligible ». Venue après, cette affirmation confirme l’espoir fondé et le porte. Loin Hegel et la vitre hier close (Mallarmé). Le jardin nôtre brise l’obscur fatal et vient, ou mieux : Je suis, dit-il !

« Hier régnant désert » reste un merveilleux reflet et de l’étonnement du poète et du désir recherché. Maintenant, là-bas, sans la gêne de la réflexion qui gouverne dans « Anti-Platon », Douve inspirée expire. Elle meurt presque, mais et « Douve même morte est » encore, je partage l’image, le pays interrogé.

« Il y avait

Qu’une voix demandait d’être crue, et toujours

Elle se retournait contre soi et toujours

Faisait de se tarir sa grandeur et sa preuve »

Dit l’auteur, et moi plus haut. L’espace de « Hier régnant désert » est su « à une terre d’aube ». Avant, les germes nocturnes, l’immensité, tendent à cette apparition-disparition qui préside, qu’instaure la correspondance entre la forme et le sens caché, le moment et le lieu qui la soutiennent. Elle est le souffle général, la main d’un Novembre qui offre l’éclair. Tout ce qui est donné par la simple introduction du désert et de son règne éphémère et qui, après l’effacement, s’ouvre à une naissance. Voici « A une terre d’aube », je m’engage. Et vite aux portes des sables se déclare la parole qui répare,

« Hier régnant désert, j’étais »

Cela suffit pour ce que j’ai dit. Le cygne baudelairien est d’ici. L’orage se profile, il n’y a plus qu’à s’entendre parler :

« Ecoute-moi revivre dans ces forêts

Sous les frondaisons de mémoire

 

Ecoute-moi revivre, je te conduis

Au jardin de présence. »

 

Et un pas devant :

 

« Hier régnant désert, j’étais feuille sauvage

Et libre de mourir,

Mais le temps mûrissait, plainte noire des combes,

La blessure de l’eau dans les pierres du jour. »

 

L’étoile foulée, jaillit retrouvée qui éclaire nos lèvres. Plus rien n’affirme(ra) jadis, racine fossilisée pourtant. La fuite et la peur sont vaincues, Douve n’est pas bien « qu’éternelle », dangereusement ! Enfin le poète découvre « L’oiseau des ruines » :

« L’oiseau des ruines se sépare de la mort,

Il nidifie dans la pierre grise au soleil,

Il a franchi toute douleur, toute mémoire,

Il ne sait plus ce qu’est demain dans l’éternel. »

 

Le présent est lourd. « Hier régnant désert »  sera vaincu, Bonnefoy depuis confirme. Le sable n’était ?

 

« Le sable est au début comme il sera

L’horrible fin sous la poussée de ce vent froid.

Pourquoi avançons-nous dans ce lieu froid ?

Et pourquoi disions-nous d’aussi vaines paroles,

Allant et comme si la nuit n’existait pas ?

Mieux vaut marcher plus près de la ligne d’écume

Et nous aventurer au seuil d’un autre froid.

Nous n’aurons pas parlé. Un reste de lumière

Simplement s’attardant à l’horizon du froid. »

©Miloud Keddar 

« Moment Génétique et Crucifixion , Pollock, Newman, Tal-Coat »

Chronique de Miloud KEDDAR

« Moment Génétique et Crucifixion , Pollock, Newman, Tal-Coat »


Jackson Pollock

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Jackson Pollock, ‘‘Crucifixion’’ 1939-40

Le Christ chez Pollock est jaune et au-dessus des autres christs. Il a, bien que solaire, les yeux bandés et la bouche bâillonnée. Le Christ de Pollock ne regarde plus, il n’a plus besoin de parole aussi. Il doit ouvrir les bras pour accueillir. Il embrasse la terre ou fait l’ordre dans son monde et au Ciel. Il se doit d’être l’Un et le Multiple, de jaune ou de bleu, de rouge ou de noir, il est le « ciment » entre les êtres. Pour la vocation d’unir (de réunir) il n’y a plus besoin de mots mais de Main (la main guérit et élève et la main prouve –c’est un corps !- quand le mot approuve seulement). Il semble que Jackson Pollock ne veut pas d’un Christ qui soit la Parole. Plutôt une main. La paume de la main qui donne qui sauve. Le Christ est Prométhée, il n’est –nullement- une parole, car la parole est « trop » humaine et d’un « je » confondant ou de confusion. Elle annonce et renonce quand ce n’est pas une parole qui « dénonce ». La Main, merci, donne les fruits, ouvre l’horizon qui est Corpus.

Barnett Newman

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Barnett Newman Barnett Newman – Genetic Moment 1947. Art Experience NYC

Newman et le « Livre », 1947. Deux traits solaires. Ces lignes qui unissent le ciel et la terre. Il fallait ici aussi une Main, et c’est la ligne de droite, jaune, qui a cette fonction –de prise- (de conscience ?) quand le trait ou ligne de gauche tente d’asseoir le Verbe. Et quelle manifestation au plus haut, le cercle ? cercle doublé de lumière ? Le peintre qui dans le passé se limitait à l’agencement des formes et des espaces, le voici qui parle ! Il rétablit l’Ordre, pour ne pas dire « il remet de l’ordre » dans le monde. Car il n’y a jamais eu de désordre si ce n’est un ordre perdu par l’Homme ! C’est le Livre qu’ouvre Barnett Newman, la Genèse comme livre. Et Prométhée tente de prendre la parole au risque de recréer le désordre. La parole crée le désordre, n’ayant pas de corps « consumable ». Mais et alors quelle forme doit accompagner la parole, quelle gérance ou ingérence (entre le « a » de l’origine et le « e » sans voix) et pour quel geste du peintre à la prise de parole du peintre ?

Pierre Tal-Coat

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Pierre Tal Coat – Le Saut 1955-56 huile sur toile 146 x 146 Collection Adrien Maeght ©

Nous ne nous séparons jamais de notre ombre : le jour, elle nous suit ou nous la suivons, la nuit rentrons –nous nous encastrons dans notre ombre ! La parole suit le geste, les mots les formes –l’image en peinture. Pierre Tal-Coat le savait qui interrogeait dans « Le Saut » la lumière derrière l’ombre, le verbe-homme. Par le saut nous poursuivons l’ombre qui est le bien puisqu’elle nous révèle et nous guide vers la connaissance de soi, du corps, bien que connaissance jamais complète ! L’Art présente-t-il l’homme à « l’homme-son-ombre » ? Le temps précède l’acte (le procède) et l’acte précède la parole. Dans « Le Saut », l’homme n’a plus le temps pour la parole, il court là. Pour mieux dire (et voir) : un pied et le même pied derrière. Lequel est nous, lequel notre double ou notre ombre ? car l’un a toujours été l’ombre de l’autre, dans toute figuration, dans toute écriture ! Prométhée chez Pierre Tal-Coat n’offre plus le fruit au peintre et au poète, ni la parole ni la forme …

A l’homme le soin de recréer l’horizon, ligne, relief et tonalité où la parole peut s’unir au geste et au geste s’ouvrir, et s’ouvrir à nous, Être et Ombre ! A l’homme de renouer avec l’ordre du monde, lier son « jeu » au « je » du monde et non le « jeu » du monde à notre « je ».

©Miloud KEDDAR


Notes :

Jackson Pollock, « Crucifixion », 1939-1940, Gouache sur papier, 54,6 x 39,4 cm, Courtesy Gagosion Gallery.

Barnett Newman, « Genetic Moment », 1947, Huile sur toile, 96,5 x 71 cm, Fondation Beyeler Riehen/Bâle.

Pierre Tal-Coat, « Le Saut », 1955-1956, Huile sur toile, 146 x 146 cm, Collection Adrien Maeght, Saint-Paul de Vence.)

Miloud Keddar, Belle Immanence, Les Éditions du Petit Rameur, 2016

Chronique de Lieven Callant

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Miloud Keddar, Belle Immanence, Les Éditions du Petit Rameur, 2016


Miloud Keddar est peintre apprend-on dans la petite biographie jointe en fin de recueil. Le premier poème semble s’adresser directement à moi encore spectateur de ce que sera ma lecture. « Tu es devant moi ». Très vite, les mots m’invitent à faire partie du tableau, à le regarder se dessiner de mot en mot, de sonorité en sonorité. Les images se multiplient de texte en texte. L’univers de Miloud Keddar se précise. Il est fait de vagues, de larmes, l’eau qui coule de l’oeil et alimente le souvenir de couleurs. Couleurs hivernales et froides de la mort qui se tient aux frontières de la vie. Couleurs arides. Couleurs du feu, de l’automne, des grains de sable. Le désert et son silence se déploient avec ivresse, volupté parfois. Il est braise et l’horizon peut devenir une ligne sur laquelle à la verticale se tient l’homme. La terre est un navire, la vie voyage heurtant le rêve, frôlant les naufrages, se rattrapant à la nue que tisse l’araignée comme si tout tenait toujours à un fil. Le ciel, est la toile de fond, le bleu dont l’infini touche aube et crépuscule, mort et naissance. Inspiration-respiration, l’inspiration du poète, de l’artiste est son souffle de vie.

Sur la couverture, un dessin de Jacques Valette montre un homme sortant du cadre se pencher vers une assiette de pain. L’horizon est un trait, le même que celui qui l’a dessiné, lui et les falaises au loin. L’écriture, la poésie nourrit l’homme.

Une préface écrite par Alain Wexler soulève un coin du voile sur la poésie de Miloud Keddar.

Belle Immanence et « Ce qui ne faisait appel qu’à l’Alphabet et à la langue » ont fait naître en moi de très agréables pensées, ont nourri de nouvelles réflexions sur l’essence de l’écriture et son pouvoir – guérisseur.

On peut lire également sur le site de Traversées, les chroniques de Miloud Keddar et à travers elles découvrir un regard sur l’art.

©Lieven Callant

Gérard Garouste, la matière peinte comme pensée

Chronique de Miloud KEDDAR

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Gérard Garouste, la matière peinte comme pensée 


Ce dont je vais vous parler ici n’est qu’une théorie et ne peut être saisie que comme telle. Une théorie sur l’oeuvre de Gérard Garouste. Tout d’abord la peinture : « Les libraires aveugles » et, après, celle dite « Véronique ». (Sachons qu’il ne s’agit pas de n’importante quelle Véronique mais de « Sainte Véronique »). Ensuite pour ma thèse je tenterai de comparer « Véronique » de Garouste avec une de mes peinture : en l’occurrence  « Icon crisis Vera ».
Rentrons maintenant dans le vif du sujet, voulez-vous. La peinture « Les libraires aveugles » ? Une de mes interprétations parmi d’autres : « Les libraires aveugles », sont-ils les porteurs du Livre comme a pu le penser Bernard-Henri Lévy ? Le Livre, ou la Genèse, ce dernier, livre de contes, et que Barnett Newman a tenté d’en faire une lecture, et en peinture, s’il vous plait ? Non, à mon avis ces Libraires sont peut-être les porteurs d’un savoir que seuls eux savent aveugle. Les libraires tâtonnent et que précède un animal qui sait où il va et ce qu’il veut. L’animal ? Un âne, et comme le dit si bien Lévy, et qui est de l’ordre de l’ange et du juste. Chez le poète palestinien Mahmoud Darwich, l’âne sur le Mont regarde et se moque de ces hommes en bas, Juifs et Palestiniens, qui ne savent que se quereller ! Deux hommes dans « Les libraires aveugles ». Le premier a un bâton dans la main gauche qui le guide et qui l’aide, et de la droite il ne se saisit pas, mais touche (ou montre) entre autres livres « le commentaire augustinien du Psaume 56 ». Le second libraire, le bras droit sur l’épaule du premier (son bâton à lui !) et du bras gauche tient non un miroir où se reflète son image mais, je le décide ainsi, un livre avec sa photo sur la couverture ! (Je ne sais, j’avoue, par ailleurs, pourquoi chez Garouste, c’est toujours le bras –ou main- gauche qui a le don de nous guider ? La « gaucherie », le geste gauche où l’on peut voir le fou, mis à l’écart des autres, de la société des hommes ?).
Par ailleurs « Les libraires aveugles » ont des chaussures rouges, Garouste nous ayant habitué à la vêture rouge : le rouge qui dit le danger, l’hésitation, le pas incertain (et aveugle) et qui dans cette peinture vient s’ajouter au ciel difficilement déchiffrable. C’est pour cette raison et tous ces éléments que j’ose affirmer que les libraires sont vraiment aveugles et non qu’ils font semblant comme a à un certain moment pu le penser Bernard-Henri Lévy.
Passons à la peinture « Véronique » de Gérard Garouste et avec une encore de mes interprétations. Un homme que voilà assis, le corps d’une femme (ou plutôt que le bas du corps) avec le ventre enflé, une jambe levée haut et dans le miroir que tient l’homme le sexe de la femme, le sexe de la Sainte. (dans la parenthèse que j’ouvre maintenant et en pensant au seul bas du corps de la femme, j’ai à dire que dans la société des hommes, la femme n’a été que la « génitrice » de l’espèce ; du mâle qu’il soit un simple mortel ou un dieu. Pensant à Eve qui n’est nous dit-on que la compagne d’Adam, pensant à Marie qui n’est que la mère du Christ. J’ai déjà dit ailleurs que nous ne mettons pas la femme à droite de Dieu et  pour notre grand malheur, chez certains peuples encore aujourd’hui la femme est soumise aux dictats des hommes et pour plus grave encore on la veut même non douée de raison !). La « Véronique » de Garouste prête à cette attention, dans le miroir que tient l’homme c’est toute la condition de la femme d’hier et d’aujourd’hui qu’il nous est donnée à voir !
« Véronique » de Gérard Garouste et ma peinture « Icon crisis Vera », pourquoi vouloir leur trouver un lien ? Que représente « Icon crisis Vera », pourquoi l’ai-je peinte et sous quelle influence ? Je vous la décris brièvement, bien que vous pouvez la voir ici. J’ai toutefois à dire par les mots l’idée que j’ai voulu véhiculer. « Icon crisis Vera » a été des plus simples à exécuter, ne représentant que peu d’éléments, mais le chemin de l’idée fut des plus longs. La peinture est celle d’une « tête » et au-dessus de la tête et du cou qui représentent un corps allongé un « rond » plein. Un rond plein je dis pour écarter l’idée d’un simple cercle qui peut lui ne pas être plein. Il y a des cheveux plus ou moins longs, le menton prononcé comme pour marquer une bouche sans dents, la bouche d’une personne âgée. Et c’est parce que j’ai voulu représenter un mort ; les cheveux disant l’évènement récent. Le plus important peut-être est le titre lié à cette représentation. Par « Vera » je dis Véronique, et par « Vera » je dis aussi « véracité ». La peinture « Icon crisis Vera » ne représente ni un homme ni une femme en particulier et par-là j’ai tenté de mettre et l’homme et la femme sur le même pied d’égalité. Le titre donné m’est venue d’une part de « Vera Icon Series » de Joshua Borkovsky et d’autre part de « Crisis X » de Jean-Michel Basquiat. Et ne parle-t-on pas ici et là et toujours de la Crucifixion. Véronique nous a transmise le suaire et mon questionnement à moi est : Qui lèguera à l’Humanité le visage de Sainte Véronique ? Par « Icon crisis Vera » je rejoins Gérard Garouste, ou mieux, je tente de donner une autre dimension à celle de « Véronique ».
Choix de peintres !

 

©Miloud KEDDAR



Notes :

Gérard Garouste, « Les libraires aveugles », 2005, Huile sur toile, 270 x 320 cm, FNAC 06-044 Centre national des arts plastiques.

Gérard Garouste, « Véronique », 2005, Gouache sur papier, 120 x 180 cm, Collection privée, Bruxelles.

Miloud KEDDAR, « Icon crisis Vera », 2015, acrylique sur toile, 46 x 38 cm, Collection privée.

Zao Wou-Ki, l’évidence ?

Chronique de Miloud KEDDAR

Zao Wou-Ki, l’évidence ?

Sur trois peintures de Zao Wou-Ki


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Zao Wou-ki « Nuage », 1956, Huile sur toile, 1956, (130 x 97 cm), Collection particulière.


 

Je viens vous entretenir sur Zao Wou-Ki. Zao était peintre et dessinateur. De Zao, j’ai retenu trois peintures : « Nuage » (intitulé simplement ainsi) et « Poursuite » (1955-1957). Par la suite et à la fin je ferai un rapprochement entre « 12.12.62 » de Zao et la peinture « Sur la terre » de Mark Tobey. Cela me tient à cœur ! « Nuage » de Zao et le rapport que j’ai à faire avec « Nuage rouge » de Mondrian ? « Nuage » de Zao est en son centre figuré par un nuage rouge peint (ou n’est-ce là qu’un quelconque astre rouge ?) et « Nuage » est de même par des signes. Quelque chose comme de la calligraphie. Les signes peints ou calligraphiés sont-ce ceux d’une langue qui dit le nuage ou n’est-ce là que des formes de nuages qu’a voulu représenter Zao Wou-Ki ? (Ou des signes d’une langue propre au peintre ? Zao Wou-Ki était un ami de Jean-Paul Riopelle. Il lui a dédié une peinture : « Hommage à mon ami Jean-Paul Riopelle – Histoire de deux érables canadiens ». Et nous savons de Riopelle, du moins dans ses eaux-fortes, qu’il a utilisé les signes d’une langue qui lui était propre. On peut donc le penser aussi de Zao. Toutefois il faut toujours avoir à l’esprit que Zao Wou-Ki était d’origine chinoise et qu’il avait commencé la pratique de son art dans ce pays).

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Piet Mondrian, paysage avec nuage rouge 1905

Le rapport entre « Nuage » de Zao et le « Nuage rouge » de Mondrian ? Zao était plus baudelairien que Piet Mondrian. « Nuage » de Zao est plus proche de la réalité, nuage en perpétuelle évolution, toujours changeant, de forme, entre autre. Un nuage (ou les nuages) qu’un des « tu » de Baudelaire aime : J’aime les nuages les nuages les nuages, dit le « tu » qu’interroge Baudelaire.

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Zao Wou-ki « Poursuite », 1955 -1957, Huile sur toile, (195 x 97 cm), Collection particulière.

Maintenant « Poursuite ». « Poursuite » (1955-1957) de Zao et « Autoportrait » de Ofer Lellouche. Avant tout sachons que de Ofer Lellouche et de sa peinture, Bernard-Henry Lévy dans son livre « Les Aventures de la vérité » évoque le « Coup de dés mallarméen », un rapprochement avec « Mallarmé creusant le vers, l’insaisissable et feinte solidité des mots ». Nous savons Ofer Lellouche « peut-être grec avant que juif » mais notons que sa peinture et surtout « Autoportrait » disent le surgissement. Le surgissement est également celui de la peinture de Zao Wou-Ki. Dans « Poursuite » on s’attend à voir surgir Lellouche. Poursuite-se-poursuivant-surgissant pour les deux peintres. Car nous savons que Zao était un peintre de la lumière (il a intitulé une peinture : « Il ne fait jamais nuit » !). Et Zao est aussi un peintre du surgissement. Je dirais donc pour Ofer Lellouche comme pour Zao Wou-Ki que dans leurs peintures « le coup de dés abolit le hasard » !

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Above the Earth (1953) Mark Tobey

Vient maintenant le rapprochement entre « 12.12.62 » de Zao et « Sur la terre » de Mark Tobey que j’ai dit me tenir à cœur ! En écrivant le titre « 12.12.62 », j’ai l’impression d’avoir affaire à Roman Opalka. Mais si Opalka peignait par les chiffres le temps et donnait les titres par des chiffres, Zao, lui, titrait certaines de ses peintures par leur date d’exécution tout simplement. Mais venons-en à «Sur la terre » et « 12.12.62 ». Par quel biais pouvoir parler de ces deux peintures, par quel biais les lier ? La couleur ! Dans une chronique sur « Sur la terre » de Mark Tobey, j’ai évoqué le cristal et le verre. La lumière donc. Atmosphère lumineuse, cristal reflétant sa lumière, verre reflétant la lumière, telle est « Sur la terre » de Mark Tobey. L’on peut évoquer l’atmosphère terrestre également concernant cette peinture. Prenons maintenant « 12.12.62 ». Il nous faut tracer des lignes droites maintenant, enlever des fragments du verre (disons qu’ s’il s’agit du verre) et mettons de la couleur rouge-rose-oranger et voilà « 12.12.62 » proche de « Sur la terre ». Le rapprochement entre ces deux peintures est osé, je l’avoue, mais n’est-ce pas là matière de théorie sur l’Art ?

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LELLOUCHE Ofer (né en 1947), Autoportrait, détail, 1994-95, aquatinte et acrylique sur papier, 193×105 cm, Genève, Krugier & Cie Art contemporain.

(Pour terminer, une précision : Si j’avais à faire un travail d’Historien de l’Art, j’aurais choisi de vous entretenir par exemple sur les peintures « 21 avril 59 » et « 01.03.60 » de Zao Wou-Ki mais je fais un travail de Théoricien de l’Art. Toutefois je ne nie pas prendre mes sources aussi bien dans l’Histoire de l’Art que dans les critiques sur l’Art. Mais mon travail, comme je l’ai laissé entendre plus haut, ne se limite qu’à une théorie.)

©Miloud KEDDAR

 

 

 

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