Rome Deguergue, … de par la Reine … marcher dans la couleur du temps, mai 2012, éditions de l’atlantique, collection Phoibos (18€ – 57 pages).

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  • Rome Deguergue, … de par la Reine … marcher dans la couleur du temps, mai 2012, éditions de l’atlantique, collection Phoibos (18€ – 57 pages).

Loin des fastueuses éditions richement illustrées – mais sur un agréable papier nacré – Rome Deguergue, lauréate du « Grand prix de la poésie de la fondation de Foulonde Vaulx de l’Académie de Versailles 2008 » évoque Versailles, ce cadre enchanteur créé pour le monde du Grand siècle parvenu à son apogée.

Dans un langage aux multiples facettes, Rome Deguergue nous dit les escaliers secrets, « les pétillantes eaux musicales », l’alcôve au centre du château, « les joyeux retours de chasse où brillent de si délicieuses demoiselles courtisanes »… mais aussi « l’avenir noir de l’inattentive et bien insouciante monarchie ».

C’est l’évocation d’une époque révolue, fascinante, avec ses heures glorieuses ou tragiques, sa magnificence indépassable, mais qui porte en elle-même les signes de son proche anéantissement.

Le temps a passé, il n’y a plus de roi, le Palais est désert.

Il nous reste cette splendeur onirique, Versailles, que Rome Deguergue pare d’une auréole de poésie, de rêves somptueux ou mélancoliques.

Rêvons avec elle…

Chronique de Michel Rebetez©

« Fragments 2 » de Luc-André Rey, Les éditions de l’Arbre à paroles – 2012 – 10€.

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Fasciné par la mort, qui n’est peut-être pas le non-être , mais seulement une limite bien incertaine de la vie , Luc-André Rey nous dit : « La mort, le savez-vous ? C’est la chair avant nos chairs » et « le sang avant qu’il sèche — redevienne minéral — redevienne des étoiles— ».

Mais il nous dit aussi : « Chaque geste, un sourire, une parole, le premier prix accordé au silence » ne sont que « des illusions du vivre ».

Notre vie sur terre serait donc réduite à n’être qu’une irréalité, seulement pendant le court instant de notre participation au destin de l’univers ?

Oser la vie ? Redevenir étoile ? Existence ou illusion ?

Ce sont les « fragments » de Luc-André Rey : une ambiguïté obsédante, exprimée dans un agencement déconcertant des mots, bien fait pour évoquer la mort, cette brume qui estompe toute certitude.

©Michel Rebetez

L’essence du corps, Olivier Bidchiren

 

  • L’essence du corps, Olivier Bidchiren. Poésie, avril 2012. Editions Kirographaires. (14,45€)

 

Dès le début du romantisme, les poètes ont évoqué l’indifférence de l’univers devant leurs passions :

« Éternité, néant, passé, sombres abîmes,

que faites-vous des jours que vous engloutissez? »

Aux prises avec cette immensité implacable, dans un sursaut pathétique, ils n’ont pu qu’implorer – en vain – la divinité : « Ô temps! Suspends ton vol… »

Le poète aujourd’hui, devenu « voyant » à la suite de Rimbaud, « délivré de son corps pesant », voit la réalité transfigurée dès son apparition. Comme Lamartine, il implore à son tour « la divinité d’outre-temps », mais cette fois « elle lui redonne la puissance de tenir dans ses paumes magnétiques, l’épée qui forge des civilisations et qui enfante des étoiles ». C’est « l’amour qui colonise cette terre par des comètes ».

La femme dont « le visage abreuve les rêves du poète » devient « une danseuse de parfum », « une féerique fresque onduleuse », « une papillonnante sensation, comme une fusée dansante entre les étoiles ». « Elle vogue dans la galaxie de son sourire », pour atteindre une purification lumineuse, dans l’harmonie du cosmos.

C’est la révélation d’un autre monde, inconnu, ardent, mystérieux, fascinant. C’est une extase, que le langage habituel ne saurait exprimer. Il faut des vers, des rimes, des strophes, une cadence obsédante, des rythmes de symphonie, mais aussi des mots nouveaux, des phrases disloquées, un courant, un tourbillon. « Un ouragan déferle sur les songes du poète ». A genoux, il implore « la divinité d’outre-temps, la divinité d’outre-monde ».

Et le temps s’efface. Et le monde n’a plus de limites.

Le poète atteint « la signification universelle ». Alors, « l’essence du corps » s’épanouit au pays des rêves sans fin, au pays de l’amour.

Olivier Bidchiren nous laisse entrevoir une part de cet infini.

Michel Rebetez