Eugène SAVITZKAYA – Ode au paillasson – Le Cadran ligné, avril 2019, 64 pages, 14 €

Une chronique de Marc Wetzel

Eugène SAVITZKAYA – Ode au paillasson – Le Cadran ligné, avril 2019, 64 pages, 14 €


  Je connais assez mal l’œuvre de notre aède liégeois, mais, après l’éblouissement de « Marin mon coeur », son « Fou trop poli » (2005) – autoportrait de la cinquantaine fatigué et jubilatoire – disait, sur vie et mort, amour et indifférence, éternité et sursis, des choses extraordinaires, indépassables, aussi variées que :

          « Nous, dans notre famille, famille de fous évidemment, nous méprisons la mort, nous n’avons pour elle aucun égard » (p. 10)

          « Le monde est son alcôve, son alvéole de jour. Sa maison sous les astres. La tombe de ses parents est son potager » (p. 31)

            « Je ne vivais qu’en t’aimant. Dès que je t’ai vue, j’ai voulu te ressembler, n’être que toi, et me rejeter comme une mue que j’avais tant salie »  (p. 99)

            « Mon demi-frère m’apprit bien des choses (…) Il fut écroué à la prison de Saint-Léonard, celui qui lie et délie, pour avoir en état d’ébriété, volé des culottes de femme qui séchaient sur un fil. Le même, devenu terrassier aux abords d’un cimetière, perça d’un coup de pioche le plomb d’un cercueil plein de jus. Voilà la prose. Voilà la prose des théophanies »  (p. 102)

     Où en est la poésie d’Eugène Savitzkaya ? Sereinement à son sommet, malgré sa vorace fébrilité, sa cruelle droiture, son faux-air de brunch apocalyptique. Les quatre textes qui composent ce recueil sont comme de radieuses et rances malédictions, qui ont les limites de leur imprécation, – mais c’est une imprécation de la vie, et d’une vie qui ne souhaite pas laisser la raison décider d’elle ou pour elle ! L’auteur est partout là, rebelle à tout statut, contemplant le travail de la nature (ou, mieux, « la méthode de la matière », comme disait le critique Johan Faerber), faisant le fou comme il le nomme et se nomme, c’est à dire « revenant à la charge », « désapprenant » toutes les leçons de civilité apprises, observant comment une Terre toujours adulte se défend de nous (comme un patou consciencieux, dit-il, renverse et dévore légitimement l’ahuri Vététiste coupant les pâtures), adepte d’une sorte de vertige expérimental qui sonde et recalibre tout, fidèlement délirant quand il restitue tant sa mère que la Genèse, sources de vie et de monde :

               « Je vois la lumière, elle est noire comme le fil avec lequel on coud les lèvres et l’anus des morts, afin qu’aucun ruban de paroles ne sorte de leurs bouches, que d’entre leurs dents ils ne grondent ni ne vocifèrent tous leurs secrets de ventre et de cul, leurs maux mal digérés, que ne sorte au grand jour le long phylactère de leur vie comme ténia ancestral se déroulant par à-coups selon le rythme organique de leurs pensées. Maman, ma petite mère, la toute pâle, utilise aussi du fil noir pour recoudre tout ce qui se déchire et s’arrache, pour recoudre la panse du cochon de lait farci de toutes sortes de merveilles succulentes poivrées, salées et parfumées (…) Tous s’entre-déchirent. Une seule recoud »  (p. 30)   

     « Au commencement (…) on pouvait nager autant dans l’air que dans l’eau. L’eau était lourde de sel et l’air était composé d’embruns épais d’un bleu inconnu aujourd’hui. Il arrivait aux poissons de s’élever de plusieurs centaines de mètres au-dessus de la surface des vagues avant de se rendre compte d’une différence chimique et de redescendre lentement dans l’eau. C’est à cette époque que les anges, issus de la mer, apprirent à voler, c’est à dire ramer dans l’air » (p. 40)

   Un phrasé logiquement virtuose, car ne sachant qu’utiliser à plein son outil (lexical, syntaxique, rhétorique …) :

          « le canal me bouche, la gencive me rétracte, la joue me creuse et je ne suis pas fatigué, le front m’obscurcit, la cuisse me bronze, l’aine me point, l’urètre me brûle et je ne suis pas fatigué, l’œil me pleure, le poumon me flambe, la nymphe m’étire, le groin m’éternue et je ne suis pas fatigué, la cyprine me tarit, la main me lâche, le bras me ballotte, le lait me coule et je ne suis pas fatigué … » (p. 60)

   Un esprit logiquement révolté (de voir les bibles sur les cheminées inspirer les scorpions dans les cœurs, de voir dépérir et mourir de faim la campagne même qui nous nourrit, de toucher de prudes dispositifs qui prétendent tout produire sans rien sécréter,  d’entendre les hommes cogner sur le rire des femmes par peur et ignorance de ce qui le déclenche …

                « Il la bat, dès qu’il s’en donne l’occasion, il la bat tant qu’il peut, cette femme et ses enfants, et la battant sans compter les coups, cette sœur lointaine, la battant c’est comme s’il se masturbait en différé, façon de surseoir à sa déconfiture, car incapable désormais de s’appliquer à lui-même pareille frénésie … »  (p. 57)

    Avec le même aplomb dans la disponibilité nue, la même furie dans la course à la présence, les mêmes lancinante noblesse et opiniâtre confiance qu’il formulait, dans son « Jérôme Bosch » (Flohic, 1994), et qui résume leur commun (Jérôme et Eugène) programme de désabusée fascination :

        « Nous dirons nos oies, nos arbres, nos montagnes, notre firmament, et nous les croirons nôtres pour l’éternité, si tant est que l’éternité existe et même si elle n’est que le petit-lait de l’infini, une mauvaise mouture du vide, une confusion entre le ciel et l’insondable profondeur, entre la bouse de vache et le magma » (Bosch, p.4)  

      Quand un vieux poète se regarde le corps, il se demande, sans nostalgie, d’où sortent ses organes, et, morphogénéticien inspiré et féroce, il en remontre aux spécialistes du développement et de la croissance structurale. Une finalité peu spirituelle, mais tout en élans, en contreparties, en calculs expressifs, en vœux d’y aller et soucis d’en revenir, commande :

           « la glotte naquit d’un soupir que la gorge voulait rendre (…), la bouche naquit d’une grimace que la face voulait accomplir (…), les dents naquirent d’un baiser que la bouche voulait rendre (…), les pieds naquirent d’un bourbier que le corps voulait enjamber (…), les yeux naquirent d’un néant que la grêle féconda (…), les mains naquirent d’un mouvement que les bras ne pouvaient contrarier (…), les oreilles naquirent d’un plaisir que le vide voulait partager » (p. 11-15)

      Le génie de la contemplation physiologique (à la fois burlesque et diligente, nomade et posée) est, on vient de le lire, tout de suite là : des bras sans mains, en effet, n’avaient rien pour les empêcher de pousser ! C’est qu’ici, chez le furieux et doux Savitzkaya, la nature est seule, ne disposant que des moyens du bord, tirant son infini de soi, mais aussi d’elle ses bords, ses pauses, ses sévères et bienheureuses limites. Exactement comme la parole poétique de notre auteur, à la fois infiniment riche et fermée, semble issue d’une langue qui n’aurait qu’elle.

     Une certitude, avec cet auteur prodigieux (plus bonobo que chimpanzé, préférant toujours la parade nuptiale à la militaire, dit-il lui-même, un Péguy de l’inconscient, un Michaux du maraîchage, alliant la malice d’un Jacques Roubaud à la cruauté d’un Bruno Krebs) : ce n’est quoi qu’il en soit pas la raison qui recoudra la présence humaine au monde :

              « On ne coud pas sans percer »

              « Écoutez sans comprendre » ! (p. 37)

©Marc Wetzel

Amir OR, Entre ici et là, poèmes traduits de l’hébreu par Michel Eckhard Elial, dessins de Sylvie Deparis, PO&PSY éditions érès, 2019, pochette non-paginée, 12€

Une chronique de Marc Wetzel

  Amir OR – Entre ici et là – poèmes traduits de l’hébreu par Michel Eckhard Elial, dessins de Sylvie Deparis, PO&PSY éditions érès, 2019, pochette non-paginée, 12€


   Amir Or est un homme très intelligent, polyglotte et cultivé, mais ce qui importe n’est pas qu’il ait lu Héraclite, Pindare ou Plotin, mais que ceux qui ne les ont pas lus puissent tout de même comprendre quelque chose à son oeuvre, et ceux qui les ont lus puissent pourtant apprendre de sa poésie quelque chose  de neuf, inattendu et essentiel. Et la double réponse est oui. Érudit primé, citoyen inspiré, pédagogue surdoué (= fondateur de la Helicon Poetry School arabo-juive), c’est d’abord et surtout un grand bonhomme et un auteur constamment décisif.

     Le titre de ce recueil (traduit par l’excellent Michel Eckhard Elial) vient du très court poème : 

« Aéroport :
entre ici et là
rien à moi »

   sorte de Haïkaï cinétique (qui restitue dynamiquement l’entre-influence des composants d’une situation), comme on le voit aussi quelques pages plus haut :


 « Un panneau stop
sur le chemin du retour
un chat écrasé »,

« Aube dans la ruelle
le balayeur ratisse
les monticules d’hier »

  Le poème éponyme cité plus haut (« entre ici et là/ rien à moi ») dit quelque chose comme : ce que nous ne faisons que traverser ne nous appartient pas. Nous ne faisons que traverser le temps, le monde, la vérité, le vide. Donc …

   Et tout est à l’avenant, pour suggérer que le dessaisissement local ( = la sagesse vient en poésie par la magie de ce qu’elle fait sensiblement aux mots – dit-il dans un entretien – et non, comme en philosophie, par la pensée de ce qu’elle opère intellectuellement sur eux !) a l’hygiène spirituelle d’un exode préventif.

    Dans son précédent livre traduit en français (« Dédale », 2016), Amir Or décrivait une « tentation » de l’âme de descendre vivre, trouver compagnie et se frotter à la chair du monde (au prix, écrivait-il, de rencontrer « pesanteur, mesure et destruction », mais y gagnant réalité à chaque nouvelle « ride de l’âme »). Dans ce livre, l’y voilà : Être, en effet, dans le monde, c’est exister « entre ici et là », ne conjuguer le verbe être qu’entre deux adverbes (d’espace ou de temps) ! On a sa langue maternelle entre une vulve et une tombe, on acquiert d’autres langues entre une douane et un dictionnaire, mais c’est la possession de la parole qui change tout : l’animal n’est qu’ici, et ne va que là. L’homme, rendu présent à la présence par son verbe conscient, réside littéralement, et extraordinairement, « entre ici et là » : toutes ses performances mentales l’attestent (imaginer, c’est voir ça d’ici ; vouloir, c’est désirer d’ici-là ; se souvenir, c’est aller ici etc.). La poésie est alors ce qui donne un monde à ces acrobaties natives de l’esprit, et ce qui éduque les mots à plus réel qu’eux.

         « Souffle sur moi aussi, vent,
apprends-moi à bercer
les mots grâce à mon esprit

   La parole humaine fournit, on le sait, ces négation, généralité, conjugaison, indexalité, parenthèses, citations … ( qui, au contraire des voix animales, font voyager entre être et néant, ou séparent autrement ici de là), et la poésie est alors la parole du coeur, au sens où

         « seul le coeur estompe la limite
entre ce qui est et ce qui n’est pas »

   D’où les merveilles ubiquitaires et anachroniques de cette poésie. Par elle, le serpent retente (mais autrement) Eve :

          « Je t’emmènerai la nuit avec moi vers l’Éden
 pour renouveler notre amour dans le jardin de jadis 

        Par elle, la caresse est comme la confidence d’un geste intérieur :

             « Je touche, et j’envie ma main qui touche,
 je touche, et je languis de toucher. 
Frayeur de ce moment immobile : 
tu es à l’intérieur d’ici »

        Par elle, le couple humain est la première égale domestication croisée de la Création :

            « L’animal entre mes jambes hurle
à l’animal entre tes jambes
.La lune entre mes dents hurle 
à la lune dans ton coeur ».

   La poésie fournit un monde charnel aux possibilités formelles du langage. Elle ment en rendant réel ce qui est irréel, mais elle renouvelle la vérité en ce que sa parole permet l’expérience de ce qu’elle sauve de l’irréalité. L’expérience spirituelle de notre poète est là, l’esprit mettant en mots ce qui lui permet d’avancer sans eux.

   Ainsi, cette extraordinaire déclaration d’amour, qui fait saisir a contrario l’infidélité de Don Juan par l’oubli et la négligence des mots qui tiendraient éveillée l’odeur de sa compagne :

        « Sur mon lit,cette nuit,
l’odeur de ton corps
ne s’endort pas »   

 Ainsi, cette autre expérience, où la parole sait révéler ce qui la dépasse : qu’il y ait du temps signifie que le présent ne cesse de voler de moment en moment ; alors déplumer le devenir (comme seul peut faire le pouvoir abstractif du langage), c’est accéder à l’armature même du temps, au squelette de toute transitivité :

    « Le vide enfin – 
pas une plume n’est restée
sur les ailes du monde »

   Le sommet de ce recueil est sa dernière partie, parfaitement titrée « Poèmes-prières » : évocation et invocation y vont en effet de pair. Poèmes parce que les choses viennent y chanter pour nous ce qui les englobe, prières parce que nous y supplions l’absolu (« Aide-moi, ô Grand Tout … ») de nous laisser avoir part à lui.  Prier sans poésie, ce serait vouloir prosaïquement soigner sa finitude ; et composer sans prier serait ignorer l’humour d’une mort jamais nôtre (ni avant, ni pendant, ni après elle). Amir Or écrit ceci :

 « Artiste de l’Être, fais de moi une musique. 
Sans ton esprit qui touche mon esprit
sans ton regard qui voit à travers mes yeux,
 je suis un tronçon d’arbre, sans ressenti ni conscience,
et mon existence ne souhaite que remède.
Viens peindre mon monde
à présent laisse-moi l’aimer sans peur,
croire en mon coeur que ce n’est pas en vain
que j’ai envoyé mes mots pour le toucher »

      Un poète, donc, d’une rare acuité, et d’une loyale profondeur, qui fait l’effort de saisir pour nous les efforts propres du monde, la mouche du coche de la Providence théorique remise à sa place : 

« Qui peut décrire ce moment ?
Moi assis là solitaire
à regarder tout sans mots :
le miel en suspens dans l’air, le vert partout.
Seule l’unique mouche de la pensée
survole cet Éden du matin. »

© Marc Wetzel

Anka ŽAGAR – Murmure de la matière – traduit du croate par Martina Kramer, l’Ollave, décembre 2018, 64p., 13€

Une chronique de Marc Wetzel

     Anka ŽAGAR – Murmure de la matière – traduit du croate par Martina Kramer, l’Ollave, décembre 2018, 64p., 13€


     On ouvre ce recueil pour son titre (« Murmure de la matière »!), et la poétesse croate (née en 1952) qu’on y découvre – farouche et peu saisissable, mais si incisive et profonde ! – touche et instruit.

    Ce murmure de la matière (poème éponyme pages 30-33) restitue parfaitement  ce qu’on en attend : l’immense, indistincte et collective expression de la présence des choses. Anka Žagar rend constamment cette sorte d’entrelacement grondant qui fait le tissu du réel, ce ronron fonctionnel d’êtres partout tenus les uns par les autres, d’une solidarité souvent peu voulue, et d’une remarquable ambiguïté globale. Flux à la fois léger et confus, discret et récriminant (un devenir qui proteste à bas-bruit, l’universalité tâcheronne d’une matière qui noue et dénoue tout ce qui arrive), qu’une sorte de lucidité enchantée, propre à cette auteur, intercepte pour nous.

   Murmure du vent par les interstices mêmes de feuillage qu’il fait vibrer :

      « il suffit qu’un vide entre les branches

         enchevêtrées se mette à chanter

         juste un peu

         et l’amour maigrelet sur le champ

         commence à écrire à cent kilomètres à l’heure

         et la frondaison devient pétillante

         alhambra en résonance … » (p. 38)

    Murmure du sol par les jeux d’ondes du saute-mouton spatial et temporel de ses archives toujours rebrassées, de ses plaques en maturation indéfinie, de ses creux et pointes identiquement enfouis :

       « des sédiments de vie entassés

          des amphores coulées

          scellées par des regards tranchants

          si tu les déterres, si tu les ouvres

          tu peux te couper sur ton propre regard

          comme l’Inde s’est enfoncée dans l’Asie

          et a repoussé les monts dans l’Himalaya

          dans la puberté éternelle de la croûte terrestre

          il n’y a pas de tunnel nous sommes dedans »  (p. 41)

       Murmure des conditions générales et dynamiques de toute présence, qui, parce que toute forme naît par chevauchement et organise son sursis par lest et décharge, font de toute consistance (chèrement) acquise un « relief sacré » (même celle d’un cœur d’artichaut!) :

          « la solitude est

            éloignée d’elle-même aussi pour ne claironner

            toutes sortes d’intimités dans le poème

            oh comme elle crie

            le cœur de ton univers vieillit rapidement

            plus les artichauts sont vieux

             plus leur foin occupe grand espace dans le cœur

             et pousse encore »   (p. 32)

          La raison pour laquelle la poésie est, parmi les arts, le plus fidèle témoin de cet assidu et plaintif enchevêtrement du réel, est éclairée ainsi : la parole humaine, en rebattant indéfiniment les signes sonores et écrits des choses, déplace tout d’elles, les relie et délie comme elle l’entend, dissocie et recompose à loisir les ingrédients de toute présence donnée. Un délire verbal par nature pulvérise et conglomère, convoque et congédie, incise et gomme tout ce qui est à portée d’esprit, capable d’avalanches domestiques, soutirant les confidences de l’infiniment moyen …

          « le silence des places

             la chose taiseuse autour d’elle

             je pousse la neige à travers la pièce

             à qui est-elle, comment savoir, je ne sais pas

             les mots ont dépassé les bornes … »  (p. 35)  

   C’est là que la poésie vient refaire monde, sauver l’imagination verbale du chaos qu’elle induit. Elle incarne, suggère mystérieusement Anka Žagar, la permanence des lignes de la paume sur la main par ailleurs indéfiniment agitée du sens :

      « dieu s’est assis dans mes paumes

         dans chaque pli, dans la ligne de vie

         pendant que je pousse la neige d’autrui à travers la pièce » (id.)

   Comment y parvient-elle ? Elle sait, en tout cas, entrer là où la prose (même infailliblement libre) du langage ne peut accéder : « avant soi » (p. 13), dans les situations où « la montagne s’en va » (p. 14), là « où allait la pluie » (p. 25), là où « la mer flotte toute seule » (p.44), en sachant « écouter » les pensées mêmes « disparaître de la tête » (p.28), mais écouter aussi bien, « au jardin botanique, pousser les plantes » (p. 45), et surtout en pénétrant ce qui, sans elle, demeurerait pour la parole sa muette préhistoire :

       « quand la parole était enfant

          elle allait comme la pluie quand elle était

          quand dieu était enfant (…)

          quand la parole était enfant

          elle allait non-écrite

          je l’ai flairée

          comme un jeune chien » (p. 25)

         Comme Nikola Šop, Vanda Mikšić, Slavko Mihalić, Sibila Petlevski, Marija Čudina (magnifiques voix croates récentes ou contemporaines – découvertes grâce à la collection dédiée de l’Ollave, animée par Jean de Breyne), Anka  Žagar bouleverse, par l’insistante et énigmatique armada

         « … de petits traits que toute seule

            de son pouls elle découpait »  (p. 50)

    Et par la belle traduction de Martina Kramer, le murmure pour nous d’une insaisissable langue fait ce délicat, mais cruel, bruit de pensée (p. 57) :

          « comme un chirurgien qui opère les tumeurs

             toute la vie une seule et même tumeur

             jusqu’à ce qu’au tout dernier patient

             le tournesol ne s’éteigne dans la tête »

©Marc Wetzel

Michel MONORY & Michel ARBARTZ – C’est le cœur qui est grec – Une correspondance, Le Temps qu’il fait, dec.2018, 296 p., 25€

Chronique de Marc Wetzel

Michel MONORY & Michel ARBARTZ – C’est le cœur qui est grec – Une correspondance,  Le Temps qu’il fait, dec.2018, 296 p., 25€

« Je n’ai plus ce culot adolescent de me prendre pour Artaud. (Tu m’as rappelé cette anecdote : tu nous lis en classe un texte du Mômo ; je t’interromps, avec le culot de ma jeunesse catégorique : « Monsieur, ce n’est pas comme ça qu’on lit un texte d’Antonin Artaud ! ». Tu m’invites très pédagogiquement à donner ma version à l’estrade ; alors, sur le perchoir, je me balance un magistral coup de poing à l’estomac et je débite tout le texte sur un râle de mourant. Avant ton rappel, je n’en avais aucun souvenir) »

    (Arbatz à Monory, p. 63)

Voilà un livre d’une teneur singulière (la correspondance d’un maître et de son élève, se retrouvant quarante ans après leur dernier contact !), par deux êtres plus singuliers encore :

Michel Monory – 1930-2014 – professeur de lettres classiques, ayant, après une dévastatrice guerre d’Algérie, fait l’essentiel de sa carrière dans les centres ou instituts culturels français à l’étranger, Londres, Turin, mais surtout Athènes, où son amour éperdu de la Grèce survit à la cruelle et fantasque dictature des colonels !

Michel Arbatz, de vingt ans son cadet, fils d’ouvrier communiste, formé par l’autre Michel, dès ses seize ans, à la poésie et au théâtre, mais bientôt adepte (jusqu’à la case prison) d’un maoïsme radical, puis vivant, en autodidacte du sort, en Brière, dans les Cévennes, en Irlande du Nord, toutes les marges révolutionnaires disponibles à quelqu’un de sa génération. Il « zone » , bricole diverses survies, développe ses talents de chanteur, conteur et acteur (y compris en travaillant avec Armand Gatti, Jacques Lacarrière ou Jean-Louis Trintignant), invente peu à peu son métier de « phoniste » – l’équivalent, dit-il, du copiste d’après l’écriture – qui peut se résumer à la mise en voix systématique, sur tous les tréteaux du monde, depuis Villon jusqu’à Dubillard, en passant par Desnos et Brassens, du phrasé français !

Ces deux-là, qui se sont perdus de vue dès 1967, ne se retrouvent donc (par Internet) qu’en 2009. Et ils s’écrivent, pour fêter, on va le voir, leur commun « cœur grec », en croisant les anecdotes des sortes de jumeaux divergents que sont alors leurs destins.

C’est Michel Monory qui fournit et restitue la base grecque de leur pensée. La Grèce ancienne (et la Grèce éternelle, si l’on en accorde une), tient, on le sait, en quelques mots d’ordre simples et limpides : pas de justice sans courage (l’héroïsme) ; pas de joie sans beauté (la statuaire) ; pas de mesure, enfin, sans lucidité (le débat réfléchi, l’analyse critique mutuelle) – ou pour le dire plus clairement : pas de sagesse sans intelligence (sans attention, comme dit Marcel Conche, à « l’appel du réel »). Les deux Michel en sont d’accord. Lorsque les monothéismes font trembler ou délirer Dieu, lorsque le capitalisme se ruine et la mondialisation se rend inhabitable, redevenir cœurs grecs nous reste, par précaution, toujours loisible. Cela, au fond, demande peu : vaillance, rayonnement et perspicacité sont seuls ensemble requis. Qu’on imagine, par exemple, face à nos sportifs ahuris, chargés et véreux, ce que serait simplement un athlète (de corps ou d’esprit) heureux d’être fort, lucide sur le terrain comme loin de lui, maître de son exercice de vie, et sachant sobrement (s’il le faut) expliquer sa virtuosité et justifier l’intérêt d’y parvenir,  cette figure de nos jours quasi-miraculeuse serait pourtant l’ordinaire dans les beaux jours d’une vie grecque.

Mais si Monory est un érudit sensible et solide, il n’a pas l’infatigable fantaisie d’Arbatz, ni son éperdue créativité. Monory ne sait vaincre (partiellement) sa mélancolie que par sa pensée de l’art, et non, comme Arbatz la sienne, par l’art lui-même. Monory, malgré son humour et sa bienveillance, reste un homme d’institution, un calligraphe, un commentateur des styles de vie et de la vie des styles ; Arbatz au contraire, est – comme physiologiquement – un baladin, un aventurier de la voix, un metteur en vie, et lui-même un styliste, actif et aigu ! Cet homme de scène est un remarquable écrivain. Trois exemples : d’abord, à la mort du voisin Gébelin, ermite cévenol (p. 165)

« C’est ainsi que j’ai creusé, avec d’autres, la première tombe de ma vie dans le petit cimetière à l’abandon qui jouxte l’église d’Elze où aucun office n’a été célébré depuis des décennies. Marcel convoya le corps dans son cercueil sur le plateau de sa 404. Nous le descendîmes ensemble avec des cordes dans la fosse, maladroitement, tâchant, par un respect désormais inutile, d’éviter les chocs, puis nous l’avons comblée à tour de rôle. Quand tout fut fini (je ne me souviens d’aucune homélie d’un prêtre quelconque, ni d’un discours d’un d’entre nous, nous n’avions encore aucune familiarité avec la mort), quelqu’un constata soudain que nous avions enterré le corps dans le sens inverse de tous les autres défunts du cimetière. Il y eut un long conciliabule, puis nous décidâmes d’un commun accord que cette situation à contre-courant conviendrait au fond très bien pour l’éternité au « cher disparu ».  

Ensuite, quelques pages plus haut, la vie de ces (à la fois épiques et  indolents) babas ruraux est rendue ainsi :

« S‘isoler sept années durant, loin de tout (le premier commerce était à 10 km) tout en rêvant de vivre de son art, avait un côté un peu fou (complètement, après tout). C’était la lutte interne entre la musique et la maçonnerie. Les mains gonflées, les ongles cassés, la température moyenne à 11° l’hiver dans la maison. L’eau venait par hasard. Nous avions un tuyau en polyéthylène de 600m qui amenait l’eau captée plus haut du ruisseau (chacun possédait son installation de fortune). L’été, le ruisseau était quasiment à sec ; à l’automne, les pluies assuraient un bon débit, mais les feuilles mortes bouchaient l’entrée de la captation ; l’hiver, l’eau gelait dans les zones à l’ombre ; au printemps, le courant était tel qu’il emportait le tuyau. Donc l’eau arrivait par grâce. Mais cela n’empêchait pas d’admirer en hiver les féeries glacées provoquées par l’éclatement du même tuyau dans un bosquet d’arbres » .

Ou ce commentaire (p. 66) idéologiquement incorrect de son propre répertoire :

« J’ai chanté longtemps une Java marxienne, dont je ne rougis pas, et qui ne m’a pas fait que des amis à l’époque : Marx quittait le cimetière de Londres, tentait, pour se constituer un capital, de récupérer des droits d’auteur à Moscou, se faisant interner dans un asile pour « délire réformateur » et se saoulant la gueule dans ma cuisine, achevait son récit en déclarant : « Prolétaires de tous les pays, excusez-moi ».

Et l’humour, chez notre chanteur et poète, n’exclut ni beauté ni profondeur, comme (p. 142) en cette anecdote …

« … qui a pour cadre le village de Ribbeck, dans la campagne environnante de Berlin, au milieu du XIXe. Le châtelain du lieu avait plusieurs poiriers magnifiques, et à la saison du fruit, il avait coutume de se promener toujours avec quelques poires dans les poches, et d’en offrir à qui en voulait. La générosité de ce geste n’avait rien à faire avec un quelconque paternalisme; plutôt une obsession d’affirmer la gratuité des dons de la nature, et de s’en faire le simple messager. C’est du moins la façon qu’avaient les villageois d’en rendre compte. Quand le châtelain mourut, on l’enterra avec plusieurs poires dans les poches, tant cette image était ancrée dans la population. Il se passa, en moins de temps, la même chose qu’avec la noix dans la poche du guerrier médiéval (enseveli) dans l’anecdote de Char : un poirier poussa à côté de la tombe »  

Monory lui-même mourra pendant ces ultimes années d’échange. Avec lucidité (« Le naufrage est toujours au bout du voyage », p. 77), même quand les soins du cancer se font eux aussi tragiques (« Dois-je m’arrêter ? Ma main, à cause de la chimie, se contracte vite et je dois m’accrocher pour la mater » (p. 250).  

Comme en ce passage (p. 233) qui bouleverse :

« … l’esprit encore clair et non embrumé par les médecines qui m’attendent au tournant, encore « d’attaque » et combatif pour redresser l’échine penchant dangereusement, pour fréquenter, non pas courageusement, mais poétiquement, les régions de l’ombre. Réduit à peu, a paltry thing, comme dit Yeats de l’homme âgé, j’ai toujours l’impression d’avoir froid, je suis déjà las, après de brefs séjours à l’hôpital d’Antony, du « triste hôpital et de l’encens fétide », et je me tourne bien sûr vers l’azur comme Stéphane … »

Dans sa suggestive préface, Juliette Simont – qui rappelle l’étrange réalité d’un verbe au présent dans le fameux vers de Villon : Frères humains, qui après nous vivez –  nous assure (p. 14) avec raison que « tout cela – et bien plus que cela – », dans cette formidable correspondance …

«…  nous est offert avec cocasserie souvent, une lucidité sans complaisance, l’énergie joyeuse et parfois mélancolique de la vie pensante, et toujours en beauté. De ce trésor à visiter, le lecteur dressera son propre relevé et sa propre carte »

© Marc Wetzel

Raymond PRUNIER – Poèmes 14-18 – Editions La Porte – 4eme trimestre 2018

Une Chronique de Marc Wetzel

  Raymond PRUNIER – Poèmes 14-18 – Editions La Porte – 4eme trimestre 2018 (non paginé, disponible, selon la singularité de cette collection, par abonnement ou commande*)

           « Non ce n’est plus le temps des meurtres appuyés d’artillerie

              Les saisons sont revenues

              Nous n’irons plus au bois massacrer les cousins

              Au Chemin des Dames roule la paix

              Enfin »

   Un siècle après, par petites touches incisives et sensibles, un auteur contemporain restitue, plutôt que les malheurs de la Grande Guerre, les folies, les ruines intimes, de la condition combattante d’alors.

    Il est ainsi, pour nous, à la fois le soldat et devant lui ; il passe de la dernière missive reçue aux parents (mère, père, fiancée) du mort ; il est dans les endroits que quelqu’un ne connaîtra plus, les moments qu’il ne partagera plus, et, en même temps, un homme encore vivant dans les tranchées regarde avec nous la guerre en cours, ignorant de quel côté du deuil l’armistice le trouvera. Ce n’est pas un pacifiste (une vie est la seule arme d’être, qu’on doit pouvoir défendre), ce n’est pas un belliciste (la guerre réserve à ses servants une dignité de taupes, et détruit toutes les fins dont elle se targue), c’est un combattant qui médite, qui réfléchit sans faire d’histoires ni s’en raconter.

     Il se sert des rares atouts de la guerre (l’extrémisme naturel, la mise à nu du destin, l’égalité d’insécurité) pour penser aussi loin et fortement qu’elle : il tend sa volonté, défie son imagination de rivaliser avec ce qu’il voit, fait une sorte de grand ménage d’automne dans sa mémoire, affine son intelligence pour lui donner la minceur d’une ombre-témoin. Ce combattant rétrospectif, qui vient offrir comme une lucidité posthume aux millions qui, parce que morts, resteront du camp des combattus, est un poète étonnant, vif et miséricordieux, qui redonne, en mains propres, les terribles clés de la guerre aux insoucieux héritiers de la paix, ses lecteurs, rappelant :

        « Pas d’armistice pour les bousculés »

       Tout est ici caractérisé de la monstrueuse rationalité de la guerre : une méthode à tuer des résultats, à couper les souffles, à égarer la vérité, et d’abord bien sûr à flétrir et brûler les idées :

          Tout l’est aussi de sa croissante imprévisibilité : même quand il y a des règles de guerre, il n’y a pas de limites dans leur usage, puisque chaque camp ne finit utilement une guerre qu’en forçant la reddition sans conditions de l’autre :

        Tout l’est encore de la paradoxale santé de la guerre, de l’inépuisabilité de ses ressources mortelles : si chaque homme n’a jamais que six litres de sang à perdre, plusieurs années s’ouvrent aux généraux pour que des millions aient achevé de s’en vider.

              « Solange

                 Chère femme

                 Dis aux petits que je marche vers le front de la loterie majeure

                 Ils comprendront (…)

                 Je vois notre passé

                Si je tire le gros lot (promis)

                Nous irons pique-niquer là-haut

                Soyez patients

                Il viendra bien le temps de la guerre démodée

                Elle dégoûte tellement

                Avec ses bottes ses rats sa boue ses effluves folles

                Dans cent ans je le jure ils auront nos crimes en horreur

                Pour le bébé que tu attends

                Attends

                Ne l’accouche pas trop tôt

                Ce monde ne le mérite pas encore

                Quand il viendra (avec la paix)

                Il sera le seul ange du temps de grâce très pure

                En attendant

                J’entends le claquement des culasses

                Il est douteux que je t’embrasse un jour prochain »

     Les « fantômes » qui reviendront ne veulent ni hommage rendu ni dépôt de gerbes (une gerbe est absurde comme une botte d’ombres, obscène comme une giclée de chrysanthèmes) mais réclament simplement qu’on rende autant qu’il dépend de nous la vie aimable, qu’on dilate la perfection disponible :

    « A peine nommés par vos mères vous fûtes expédiés chez les ancêtres

       N’ayez crainte nous allons vous rendre hommage et déposer des gerbes

              Mais non disent-ils tour à tour

       Et la rumeur de mille voix enchevêtrées

       Fait fuir d’un coup tous les corbeaux

       Comprends enfin notre retour qui te dit de rire

       – Les mâchoires encore encombrées de glaise et de craie

       Soudain me reprochent mes chagrins et ma peur de l’hiver –

       Danse clament-ils danse sur les ombres très obliques de nos croix qui prennent la terre entière

          Rougis les radis  jaunis les blés

          Croque les pommes du temps

          Explose de joie simple

          Vis

           Et ton hommage de novembre vaudra toutes les fleurs »  

   Il y a l’humanité minimale que la guerre rend inimaginable, comme les impossibilités objectives qu’un tortionnaire puisse caresser, un violeur inspirer confiance, un mitrailleur prendre en compte les mérites ou arranger les choses. Alors, le reclus des tranchées rêve, pour plus tard, de sa douceur, de sa loyauté, de sa délicatesse jurées de candide (!) survivant :

   « Tu seras ma marquise

      Je prendrai le temps de toucher nos peaux à travers les tissus »

    « L’horizon au bout des bras nous irons cueillir les violettes de mars et d’avril désarmés

       Tu murmureras

       Ne marche pas si vite

       Je ferai comme tu dis »

     « (Leurs consolations je n’en veux pas)

        Je veux tes yeux

        Vivre à la lumière de ton estime

        Être libre avec toi »

    La consolation est impossible, chante Raymond Prunier, quand de l’avenir est mort pour rien ; le désespoir est dépassé quand tombe celui dont l’espérance était plus jeune, plus pure, plus légitime que celle même des endeuillés. Une compassion normale échoue à supprimer les causes du chagrin qu’elle considère, mais la pitié extraordinaire du champ d’honneur doit oublier le défaut de toutes causes, et s’arranger avec ce qu’elle ne peut même pas concevoir :

      « Un Père.

         Il avait fait cent mille pas

         Il avait même tenté de dormir deux cent nuits

         Depuis la seconde où il l’avait appris

         Mais il était resté sur la place à jamais

         Debout

         Stupéfait

         Granitique (…)

         Quand le maire avait osé dire – neutre féroce grave –

         Il est mort ton gars ton soldat

         D’autres mots s’étaient bousculés

         Héros médaille champ d’honneur

         Il avait repoussé le maire des deux mains

         Il avait senti qu’il n’oserait plus dire

         Mon fils (…)

         Il avait fallu ensuite

         Rouler une cigarette acheter le journal boire avec femme et amis

         Toutes choses à jamais impossibles impossibles impossibles »

     Ce dense recueil (une quinzaine de courts textes, on le voit, profonds et nets) pose, sans concepts ni emphase, des questions vraiment essentielles : comment empêcher la guerre (avec sa liberté de détruire, son égalité de spectres et son impitoyable fraternité d’armes) de ridiculiser, en nos cœurs, les valeurs de la démocratie ? Comment empêcher la religion de revenir prétendre, par compensations surnaturelles, qu’à la guerre on ne meurt pas historiquement pour rien ? En nous rendant, par sa force des choses, hyperadultes devant la mort, la guerre ne nous fait-elle pas régresser en irresponsables et puérils vandales de la vie ? Comment enfin désamorcer la fatale leçon d’immoralité (que le meilleur nuise et que le pire gagne ! Qu’advienne exclusivement et comme industriellement un Inconnu qui nous veut du mal !) de la condition guerrière ?

    Il y a chez Raymond Prunier (dramaturge et traducteur, né en 1947) – je dis crânement mon admiration – la magnifique ingénuité d’un Apollinaire, le courage nu d’un Péguy athée, l’âpre et inventive sollicitude d’un Pierre Garnier (autre germaniste, autre type bien et lui aussi humaniste inconsolable). Parmi nous, donc, un poète libre, lucide et bon – qu’on est surpris de découvrir et content d’aimer.  

© Marc Wetzel

    * Yves Perrine, Editions La Porte – 215, rue Moïse Bodhuin, 02000 Laon