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Rémy Cornerotte, Seul, poèmes retrouvés, avec des photographies de Jacques Cornerotte, éditions Traversées, janvier 2018, 68 pages, 15€ ==> lire la chronique  
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Frédéric Chef, Poèmeries, préface de Bertrand Degott, Éditions Traversées-Poésie, 96 pages, Juin 2018, 15€
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Paul Mathieu, Le temps d’un souffle, illustration de Blandy Mathieu, Éditions Traversées, collection images, 72 pages, 18€
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Frédéric Chef, Poèmeries, préface de Bertrand Degott, Éditions Traversées-Poésie, 96 pages, Juin 2018, 15€

Une chronique de Lieven Callant

 

Frédéric Chef, Poèmeries, préface de Bertrand Degott, Éditions Traversées-Poésie, 96 pages, Juin 2018, 15€

 


Le titre donne le ton à ce nouveau recueil des éditions Traversées: on joue et on se joue des codes traditionnels de la poésie avec une certaine science légère et amusée qui permet malgré tout à son auteur et aux lecteurs d’apprécier avec lucidité des messages complexes et vrais, critiques surtout vis-à-vis d’eux-mêmes. Ces jeux réintroduisent ce qui manque parfois ailleurs, la fantaisie, l’audace, l’humour.

En se ré-appropriant d’une des formes clés de la poésie: le sonnet, Frédéric Chef me rappelle qu’on peut innover sans céder à la facilité voire à la grossièreté, sans rester prisonnier des codes multiples qui portent la poésie ou la sculpte parfois avec trop de rigueur. Les règles, les formes ne se figent pas mais servent de tremplin à l’écriture.

Vanités, hommageries et voyageries  partagent les sonnets selon leurs caractéristiques comme on partagerait des pâtisseries selon leurs goûts et leurs textures mais aussi leurs valeurs nutritives et l’effet que ces délices procurent à ceux et celles qui les goûtent. Les « Poèmeries » seraient donc des friandises, des mets de choix.

Les poèmeries peuvent tout aussi bien être des gamineries autrement dit des enfantillages ou des espiègleries. Le poète reste un enfant après tout, en garde la spontanéité et une certaine joie de vivre, de goûter l’instant présent et de faire de la vie un jeu. De s’habituer à la vie par le jeu. Le poème nous aide donc à nous habituer à la vie.

Le suffixe –emerie fait aussi référence à un lieu de fabrication. Dans les poèmeries, on fabrique des poèmes, dans les hommageries des hommages, dans les voyageries, des voyages.  

Le poème comme une notion à la fois et vague et précise devient aussi le lieu de rencontre de tous les poèmes et de tous les poètes. Lire-écrire, comme le fait Frédéric Chef et comme il nous invite à le faire par ce recueil est sans doute la meilleure façon de saluer le poète, les poètes et les poèmes.

Le poème est le lieu où l’on aspire à être soi, se retrouver dans les mots de l’autre. Il est l’endroit où tout au contraire on aspire à ne rien retrouver d’ancien, de connu et où l’on peut aisément disparaitre entre les mots et leurs saveurs, entre les images et les tableaux.

Le poème est un voyage d’exploration de lieux qui n’existent qu’en lui, ces lieux que l’esprit invente, répertorie ou cache. Pour ce voyage, il n’est pas forcément nécessaire de se déplacer matériellement d’une ville à une autre, d’un pays à un autre. Le poème est un univers en lui-même. Si de nombreux poètes sont de grands voyageurs, des aventuriers, d’autres explorent en restant cloués à un lit par la maladie, l’infirmité, l’angoisse, l’emprisonnement, la mort. Ils s’aventurent en des régions qu’ils sont les seuls à explorer pour l’instant. Pour l’instant seulement, car nous sommes tous condamnés.

François Villon, Georges Perros, Armand Robin, Amen Lubin, Ted Hughes, Roger Bodart, Jacques Borel, Pierre Morhange, Francis James, Ivan Bounine, Charles Baudelaire, Harry Martinson, Théophile Gautier, Pierre Loti, Alain Bertrand, et d’autres sont évoqués au fil des mots. Quelque chose venant d’eux rythme notre lecture, impose un souffle nouveau à l’écriture dans les trois parties que comporte ce très beau livre.

« je lis les poètes un peu comme on se lit

soi-même dans le miroir déformant des mots

essorant les poèmes les buvant jusqu’à la lie

trouveront-ils un soir pour apaiser mes maux » P40

 

« mais aucun poème ne ressuscite un mort

tu t’accables de vivre sans elle qui fut

ta joie ton feu autant le poids du remords » p44

 

« sorti du vide ce poème ou de la main

qui trace un chemin dans la poussière du temps

l’esprit se perd et se trouve un refrain

de l’espoir et l’abondance à contretemps

 

le cerveau est une chambre sans meubles

et sans tapis qui résonne et sonne le creux

et les mots mensongers ce décor meublent

nos regrets et cet appartement spacieux

 

pourquoi ce coeur bat-il encore? envahi

de doute et tremblements comme par la nuit

en nous les cris et le chant des fantômes

 

toi seul poète chasse de nous les araignées

clameur de trompe tous ses vers non alignés

peuplent cet univers vide que nous sommes  p47

 

Les éditions Traversées nous offrent comme à leur habitude, un livre de qualité tant par son contenu que par par sa présentation graphique soignée. L’illustration de la couverture est une aquarelle de Jean-Claude Pirotte. Bertrand Degott a assumé la « préfacerie » 

©Lieven Callant


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Hommage à Jean-Claude Pirotte par Frédéric Chef

 

Pour Jean-Claude Pirotte, i. m.
Pirotte
Te voilà sur les bords de la Sambre
parti la Meuse le Léthé ou le Styx
peut-être commences-tu à descendre
dans un poème toujours aussi prolixe

pourtant locataire sous le vocable
de la Vierge qui te faisait rempart
tu tirais par les cornes ce Diable
ignorant qu’un jour le temps sépare

ce qu’il a réuni comme un bouquet
de membres de chair et de pensées
au-dessus l’âme ou quelque chose

approchant ? les poètes ne meurent
c’est connu jamais souffre-douleur
ils se piquent pour nous à toutes les roses

…………………….
tu poursuivais la chimère du vieux-temps
au fil des jours dans l’usage des poètes
et la lumière remisée des jours d’antan
où tu vivais loin d’être anachorète

sur le seuil derrière le rideau du ciel
tricotant l’ordinaire d’un fil ténu
ou fixant d’un pinceau d’aquarelle
tes humeurs et ton âme aux nues

pour que naisse un double de toi
qui volerait par-dessus les toits
parmi les anges et les diables cornus

je ne crois pas du tout que tu sois
mort c’est sur ce fil de soie
tricoté par les vers que tu as “disparu”

©Frédéric Chef, 27 mai 2014

Pour Alain Bertrand, i. m.

Herbeumont Semois2

 

 

Alain tu t’en allais l’autre jour sous la pluie

ton sort était scellé comme un cercueil de chêne

où tu dormais dans ce plumier comme un étui

à violon sur quoi se tendait notre peine

 

tes amis ta famille tes élèves alignés

droits et dignes sous cette voûte à lanternes

écoutaient la parole de l’Église indignés

par ce départ fortuit qui pour le moins consterne

 

tes livres ensuite effeuillés comme un bouquet

de fleurs blanches en couronne mortuaire

sur le vide que tu découvrais au cimetière

 

mais absent parti déjà au fil de la Semois

chercher d’autres images quelques écrits

des mots pour nous qui prolongeraient la vie

 

 

Frédéric Chef