Camille Cloutier

Cloutier 3

Camille Cloutier

De Bruxelles, Camille Cloutier recherche une dynamique subtile et l’équilibre parfait par les dessins les plus simples mais aussi d’une confusion très organisée afin que jaillissent les énigmes de l’être. Une légèreté se dégage : elle contrebalance l’accumulation des formes, leur donne tout son sens. Le vide qui circule libère une élégance des formes et des couleurs. Le dessin s’envole, il est parfait. C’est un oiseau qui danse en pleine majesté. Le regard est touché par une poésie visuelle : le charme du charnel prend une dimension verticale, aérienne. La beauté est en éclats et volutes élégants, lumineux.

Dans des architectures suspendues, des mariages se font. Un soleil perce dans des successions d’ovales. L’œuvre rend sensible le vide qu’elle tente de combler. Elle intervient comme une fuite en avant, une superfétation de formes et de couleurs dont le caractère parfois incertain signale le caractère ineffable d’une vérité qui ne peut se laisser enfermer. L’image repousse ce qu’elle aborde, refuse ce qu’elle est sur le point de recevoir. En cette « parade », le désir d’étreindre et celui de renoncer jouent à fond au sein des arabesques et des entrelacs. Chaque dessin figure l’en-dedans qu’il réussit à faire passer au dehors.

Cloutier 2

Pour cela, la créatrice fait appel à ses rêves d’enfants (nourrie des images premières de Maurice Sendak) : « C’est un sac que j’ai toujours sur moi , où je pioche quand je n’y crois plus » dit celle qui a renoncé à être immortelle et qui après avoir vécu à Annecy une enfance digne de punky brewster, à Charolles pour apprendre des valeurs profondes, à Marseille pour penser l’art en ébullition, à New York pour remettre à plat cette pensée a trouvé à Bruxelles  le clé « pour être une suite de soi » et repenser le dessin auprès de tous les irréguliers de l’art belge si peu enclins aux académismes. Celle qui écoute Christophe et ses mots bleus, Bashung pour son bleu pétrole et les Rita mitsouko pour leur cool frénésie a donc trouvé en « Plat Pays » sa route comparable à celle de Madison – car l’artiste aime se définir fleur bleue… Est-ce pour cela que, à travers leur humour, ils murmurent à l’oreille des nuages ?

Cloutier

Camille Cloutier a exposé récemment à « ART TRUC TROC », palais des Beaux arts, Bruxelles et va exposer à la Galerie Ruffieux – Bril, Chambéry, mars – avril 2015.

© Jean-Paul Gavard-Perret

La maison des horloges/Claire-Anne Magnès ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

    La maison des horloges/Claire-Anne Magnès ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

  • La maison des horloges/Claire-Anne Magnès ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Le recueil est constitué de 5 suites de poèmes en vers ou en prose qui s’échelonnent sur une trentaine d’années. L’auteure y évoque des lieux qui lui sont chers et ont su faire battre son cœur au rythme de l’ombre et de la lumière (La nuit gagne le jardin/à l’ouest le ciel est rouge/il fera beau demain/je te le dirai dans l’herbe).Par ailleurs, ce livre réveille aussi en nous les gestes simples propres à l’enfance et nous invite à un retour vers l’essentiel ; à savoir, les éléments naturels, les émotions subtiles et l’éternité un instant suspendue…

Si peu de jours/ Et telle résonance/ L’ampleur d’un chant que j’écoute grandir : musique de la joie à la courbe des hanches

Ici, à l’image de l’eau(l’écriture est une main tendue avec des mots dans la paume comme une eau à partager par-delà l’aridité du monde/Michel A.Thérien), la vie s’écoule fluide, heureuse, et tisse à foison une joie de plusieurs mondes. Et même si un parfum de nostalgie plane sur l’ensemble du recueil, l’auteure n’a de cesse d’approcher le monde dans sa dimension merveilleuse et secrète et nous dit en substance, qu’il n’y a que l’amour qui la fasse respirer un peu.

Les yeux fermés je te retrouve/ Et dérive avec toi dans l’espace du temps

Bref, ces poèmes tendres et délicats célèbrent avec ferveur notre présence au monde et construisent une ligne d’évasion qui, à force de sursaut, s’éloigne de l’ombre des secondes ; en effet, chaque texte semble ici remonter vers la source d’une vérité qui ne s’approche que par une transe et ne tire son plein épanouissement que de l’amour ; mieux, chaque texte semble incarner une vie qui n’aime que dans la joie juvénile et ne fait que rire dans un jardin allumé d’averses fraîches, de rires enfantins et d’un printemps jamais éteint. Après 30 ans de silence poétique, Claire-Anne Magnès signe ici un recueil admirable qui porte haut le réflexe de vivre à tout rompre voire de fabriquer contre la mort des morceaux de temps encore vivants.

Elle dit/je veux laver la maison/Que l’eau danse sur les dalles/que le vent balaie/moisissures et poisons/que le feu tire la langue/irrespectueux/des regrets empoussiérés/Elle parle je l’écoute/aux siens je mêle mes mots/Que le terreau noir/offre son haleine/vivante et profonde/aux bulbes que j’ai plantés/Femme obscure femme claire/devant la fenêtre/à s’emplir/de ciel transparent

©Pierre Schroven

Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

    Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

  • Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Rome sert de fil conducteur à ce recueil qui a obtenu à juste titre le prix Robert Goffin 2014. En effet, Il est question ici pour le poète de célébrer la clarté, le mystère voire la beauté d’une ville bercée par les rythmes et les mouvements d’une lumière à même de nous prolonger dans tous les sens et à tous les temps. En bref, ces textes courts et accessibles sont tissés d’instants qui brûlent sans se consumer, s’ouvrent aux risques du temps recomposé, ajoutent une dimension au quotidien et prennent sur eux toutes les errances…

Lumière nomade, oui, le long de ces rues romaines que divers séjours m’ont rendues proches comme des voix aimées/ Je sens sous mes mots la juste lumière de chacune d’entre elles…

Au gré de ses déambulations dans une ville « aérienne » traversée de rues, de rumeurs, d’odeurs, de visages et d’une lumière sans âge, le poète prend au fil des pages un malin plaisir à jouer avec le miroir du temps, à nous abreuver de mots aimantés d’appels et du bruit de fond insistant de la vie en marche (j’aime assez cette lumière qui tombe en dentelles, s’effiloche et gagne sa terre d’exil. Elle me ressemble). Mais si la plupart des poèmes qui composent le recueil ne visent qu’à emmener le lecteur au plus vif du désir d’exister et d’aimer, d’autres évoquent la difficulté d’être voire de trouver une forme de liberté susceptible d’authentifier notre présence au monde.

Nous apprenons l’air des rues, des villes. Notre instinct nous porte à voler quelques saveurs qui s’éventent si vite/ Nous en savons la légèreté sinon la fragilité/ Qu’est ce qui nous pousse à vivre ?

On est ici en présence d’une poésie simple, fluide, rythmée, subtile voire sensuelle qui s’accorde , à tout ce qui dans Rome, parcourt l’infini à heure fixe et abrite un ciel qui a la couleur d’un cœur à prendre.

Parfois, nous revenons de loin, de vent, de ciel, de plage. Avec des ailes en lieu et place des yeux.

Parfois nous sommes de terre et d’eau, les doigts lancés vers le temps.

Nous cheminons . Nous errons. Parfois, aimer semble se décliner à tous les vents.

Pareils, nous sommes de la même étoffe d’air. Du même souffle d’aube.

VIVANTS .

©Pierre Schroven

Entre-Musiques suivi de La ville-forêt/Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O, 2014

Une chronique de Pierre Schroven

 MEO-Thomassettie-Entre-musiquesEntre-Musiques suivi de La ville-forêt/Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O, 2014

La poésie de Monique Thomassettie est une tentative tant pour transformer le monde tel qu’il est perçu par le sens commun(la pensée se construit à partir de ce qui nous échappe, pas de ce qu’on voit !)qu’ouvrir les rideaux d’un éveil susceptible de rendre l’être à son espace premier ; on ne s’étonnera donc pas du fait qu’elle pose ici l’écriture comme étant un voyage initiatique intérieur, une forme de méditation spirituelle voire une source de libération profonde(les vraies portes ne s’ouvrent que vers l’intérieur/Léon Tolstoï).

L’oiseau ne connaît pas l’errance

Il sait le ciel

et les arbres reliant celui-ci

à la terre

Dans ce recueil aux confluents de la poésie, du récit intérieur, du théâtre et bien sur de la musique(Bien que mesure/la Musique est-elle mesurable ?/Limitée ?/Elle fusionne mesure et infini !/Temps et Espace illimité/Clefs de l’âme),Thomassettie se garde bien de suivre le fil rouge des apparences qui traverse le creux de nos vies mais cherche plutôt à arracher les masques d’un réel en représentation ; mieux, mettant à mal nos perceptions communes, elle brise la chaîne des certitudes qui fige nos vies, ouvre notre esprit à la présence des mystères et permet à notre regard de « voir à nouveau ».

Dans Entre-Musiques, chaque poème semble entretenir de nouveaux rapports avec le réel, dit le non-dit, s’interroge sur notre « être au monde » et traque ce que la vie dissimule(L’errance s’est faite aile/Qui se pose parfois au faîte du temporel/Au cœur de mon errance/dépassant Nuit et Jour/j’attends activement/mon tour) ; dans Entre-Musiques, chaque poème décroche avec la logique commune, approche ce qui se passe en profondeur dans l’immensité de notre psychisme et du cosmos pour mettre en joue une liberté respirant l’air sauvage d’une vérité sans visage.

Ici-bas

si tu lèves un coin de brume,

tu verras le matin s’éveiller

Mais n’imagine pas

que ce sera plus simple !

Même si…

©Pierre Schroven

Un coin de siècle : une odyssée/Xavier Forget ; Bruxelles :Editions M.E.O., 2013

  • Un coin de siècle : une odyssée/Xavier Forget ; Bruxelles :Editions M.E.O., 2013

coin-siecle-1c

Dans ce livre, Xavier Forget décrit lucidement voire ironiquement le quotidien étriqué des villes dont l’âme est de plus en plus capturée par la vitesse, le capital et le bonheur programmé ; à travers le récit exaltant de ses « impressions urbaines », le poète s’emploie à dénoncer tantôt notre mode de vie débilitant tantôt la pollution voire la surconsommation qui gangrènent le monde comme il va…

Avec parfois un humour caustique, Forget évoque le déclin de nos démocraties qui infantilisent ses sujets plus qu’elles ne les responsabilisent. C’est à ce titre d’ailleurs que la poésie de Forget s’inscrit ici avec force contre la puissance de la banalité, l’indifférence et l’exclusion sociale qui rongent nos sociétés industrialisées ; c’est à ce titre d’ailleurs que la poésie de Forget tente à chaque instant de ramener notre pensée voire notre vie, dans le droit chemin d’une liberté qui ne quitte jamais des yeux le grand large. 

Dans ce livre, le poète ne fait que réclamer un peu d’humanité et d’amour pour tout un chacun ; dans ce livre, le poète ne fait que rêver d’une société et d’une culture de paix susceptibles de permettre à chacun de s’épanouir ; dans ce livre, enfin, le poète ose tout et nous met en présence d’une poésie qui souffle sur l’imaginaire, tourne le dos aux évidences et guide les pas d’une révolution permanente.

 

Arcadie

Vraiment, qui veut mon destin ?

Il est en vente ou non prenez-le

car je vous le donne pour rien

mais laissez-moi une étincelle :

 

souhait d’un mot d’amour,

aérien de lune à orchidée,

qui rallume un cœur blessé.

Rend Arcadie au troubadour.

©Pierre Schroven