Rémy Cornerotte, Seul, poèmes retrouvés, avec des photographies de Jacques Cornerotte, éditions Traversées, janvier 2018, 68 pages, 15€ 

Cover SeulRémy Cornerotte, Seul, poèmes retrouvés, avec des photographies de Jacques Cornerotte, éditions Traversées, janvier 2018, 68 pages, 15€ 


Derrière ce titre énigmatique se retrouvent à l’instar des galets laissés un instant sur les rives par la mer, des poèmes polis par un poète sincère et discret qui semble confirmer derrière ce retrait que seul le poème importe et tellement moins son auteur que son lecteur. Ce voeux de discrétion, de pudeur respectueuse occupe une place centrale dans ce très beau livre des éditions Traversées.

Pour chaque poème, il faut savoir se créer une solitude. Pas celle de celui qui abandonne et fuit mais celle de celui qui sait partir et revenir, celle qui permet de tisser des liens avec le monde, celle qui nous connecte et déconnecte de la vie pour mieux en appréhender les détours, en savourer la naturelle simplicité. 

Ces poèmes sont restés longtemps inconnus et ont été retrouvés récemment et confiés au neveu de l’auteur. 

Les textes qui présentent l’ouvrage révèlent l’aventure cachée derrière ces poèmes retrouvés et dressent le portrait d’un auteur qui est avant tout un homme, dynamique et à multiples facettes: abbé, professeur de mathématique, peintre, sculpteur, amateur de musique, de théâtre, il semble avoir consacré sa vie à la rencontre de l’autre par des biais différents et qui ne se limitent pas à l’action ou à la réflexion religieuse. Ces textes nous livrent avant tout une réflexion poétique qui s’inclue dans une démarche artistique plus étendue, un positionnement éthique. Il est réconfortant de lire que les poèmes portent en eux une invitation, une vision humaine simple et dépouillée de la vie. Il n’est pas certain que l’auteur se soit positionné en tant que poète voulant transmettre une oeuvre. Les poèmes ont été écrits. Dans quels buts? Cela n’importe pas vraiment. La nécessité est intrinsèque au fait de les écrire. Écrire comme on respire.

La première chose à apprécier en eux est donc la solitude salutaire, indispensable au poème. L’auteur et son lecteur éprouvent ce même besoin de retrait. Se détache alors du texte une franchise  et une vérité similaire à celles que l’on retrouve dans les peintures abstraites du début du 20ème siècle. Une abstraction qui ne soustrait ni l’homme, ni le divin mais l’éloigne d’une représentation contraignante ou qui ne correspond qu’à son aspect le plus superficiel. Le poème est léger comme l’âme ou comme ce qui la transporte au delà d’elle même. Le poème est vie, vie spirituelle surtout. 

Je ne pense pas et cette lecture me conforte que la poésie soit parole, qu’elle se doit de transmettre un message, d’appliquer au monde sa pensée descriptive qui le compléterait. La poésie ne communique pas. Elle se tait. Elle invite le silence, elle le convoque, elle provoque, elle demande que l’on regarde, que l’on contemple au delà de l’apparence, la réalité.

C’est un peu la même invitation que l’on retrouve dans les photographies de Jacques Cornerotte. Au-delà de ce qu’elles montrent et cherchent à représenter, au delà des paysages, des objets, des bâtiments et des lieux, elles évoquent la trace, le signe presque invisible et indéchiffrable, la solitude de celui qui regarde et fabrique les images. Les photos invitent à voir au travers de ce qu’elles montrent. Ainsi le couloir vide montre celui qui s’y promenait. L’arbre devient le lieu de fraîcheur où il est bon de se reposer. Reposer son esprit, se libérer des contraintes descriptives strictes. Les liens que tissent les photos et les textes ne sont assurément pas ceux de l’illustration et de la démonstration. Ces liens sont ténus et visent à établir des corrélations entre les manières de voir et de percevoir, de sentir, de vivre et de transmettre au-delà des langages mis en place, une réalité qui ne porte pas de nom et se loge au fond de nous.

Rien ne vaut les citations lorsqu’il s’agit de partager l’émotion de la lecture et la portée puissante d’un livre de poésies tel que celui-ci. Je suis heureux et fier de faire partie de l’équipe qui oeuvre pour la revue Traversées. Les choix éditoriaux de Patrice Breno sont avisés et témoignent pour moi d’un long et sincère amour de la poésie sous ses formes les plus exigeantes, les plus justes. 

« Je chante la joie 

de ne rien faire,

dans le haut bois vert.

Et tandis que le monde

se lacère,

je suis hautement

l’heureux musicien »

Souviens-toi

et psalmodie les montées

—le sentier solaire, effroi et flamme

auprès des buis funèbres

—le pain de la terre

dans les emblavures du ciel

—l’or des Hespérides

dans le pré d’azur.

Et plus loin

—le balancement dans les flots matriciels

et la houle des mots indicibles

avec aux confins

—les marais salés de feu

—le mot et l’insurrection

—le cri et l’aurore initiale

©Lieven Callant



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Jean-Louis Massot : « Nuages de saison »

Une chronique de Georges Cathalo

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Jean-Louis Massot, Nuages de saison, Bleu d’Encre éd., 2017, 68 pages, 12 euros 

Clos des Tanneurs 2/33 – B 5590 Ciney


S’il est un sujet qui revient de façon récurrente chez les auteurs de toutes les époques, c’est assurément celui des nuages. De Baudelaire à Jules Renard, de Claude Roy à René Char et de Jean Malrieu à Christian Bobin, ce thème a suscité toutes sortes de dérives imaginaires, de créations originales et de poèmes dédiés.

 Inutile de nous plonger dans L’Atlas International des Nuages, allons directement vers les brefs poèmes de Jean-Louis Massot pour interroger le nuage et tenter de savoir « De quel message rassurant / Ou inquiétant » il peut être porteur. Rien de tel que les nuages pour nous faire prendre une conscience aiguë de notre finitude et la fugacité de toute chose.

Ces nuages parfois solitaires ou qui s’agrègent les uns aux autres « pour n’en former qu’un //Et se sentir moins seuls », ne sont-ils pas à l’image de nos existences précaires ? Comme nous, savent-ils où ils vont ou ce qu’ils vont devenir ?

« Nuages qui venez de loin / Ce que vous avez vu / Etait-il si innommable / Que vous êtes vêtus de deuil // Et gardez le silence ? ».

Et puis, il y a toujours à redouter ce jour où il n’y aura « pas une once de nuage, / Rien où s’accrocher ».

Les douze illustrations photographiques placées au centre du recueil prolongent l’envie d’évasion engendrée par la tonalité de ces discrets poèmes, une envie folle de se laisser porter par des vents contraires et de laisser filer le temps qui nous dévore.

©Georges Cathalo