La Grande Muraille de Rimes, Alain Helissen

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livre-boîte d’allumettes ; Collection matchboox, VOIX éditions. Non paginé ; 5 euros. Commande chez l’auteur : alain.helissen@live.fr

Alain Hélissen est un rime ailleurs, un escale hâbleur et un ripeur du verbe.

Cette fois-ci il s’attaque aux deux faces de la muraille de Chine qu’il réduit en un petit mouchoir de roche qui tient tout juste dans une boite d’amusette, pardon d’allumettes, soit dans un parallélépipède de 5,3cm / 3,5 cm /1,1 cm.

Parue chez Voix éditions, cette « muraille de rimes » permet au lecteur de déplier un « vers occidental libre ».

Là où « la force du vers égale l’éclair » et pourfend « les barbares analphabètes et cruels » qui voudraient l’empêcher de s’étendre à l’infini d’une liberté jamais acquise et toujours à garder à l’œil, Alain Hélissen nous met dans la poche un magnifique livre-objet qui s’ouvre comme une surprise faite à soi-même ou à nos nombreux amis à qui nous allons nous empresser d’en offrir un exemplaire.

□ Christine Van Acker

LES AMIS DE MILOSZ – l’Harmattan (Cahier 51 de l’Association, collection Mare Balticum)

O.V. De L. Milosz, c’est dans ma jeunesse que j’y suis entré par les Sept Symphonie. « Voici venir Vitold avec les clefs. » J’entends encore cette phrase dans la bouche d’un de mes oncles. Puis des années d’amitié avec Jean Cassou, l’Association à laquelle j’ai appartenu un temps – et cessé d’appartenir j’ignore comment, sans doute à cause des voyages ! -, l’édition des œuvres complètes, belle édition, chez André Silvaire, m’en ont appris beaucoup plus sur ce poète lithuanien de langue française tant aimé des initiés, peu connu des autres, dont la poésie ample, (mais parfois trop chiffrée, trop cryptée, ésotérique, rebute dans ses derniers livres ceux qui tout ignorent de la Kabbale), ravira cependant les lecteurs amateurs d’une poésie simple, d’un romantisme moderne, émouvante : une poésie tantôt classique et versifiée, tantôt extrêmement hardie, actuelle et pensive. Les beautés simples des œuvres de ce poète sont stupéfiantes, ce qui explique que depuis sa mort un cercle de fervents, cercle qui s’élargit lentement mais sûrement, en ait entretenu la flamme envers et contre tout, contre les modes surtout, avec une fidélité et une constance impressionnantes. Dans ce numéro des Cahiers, on trouvera entre autres trois préfaces de Milosz pour de jeunes poètes ainsi que trois lettres, un entretien inédit avec le cher Jean Cassou, le poète des « sonnets écrits au secret », qui disait de Milosz qu’il était son maître et citait ce repas avec lui où simplement, le poète des oiseaux, suggérait en guise de dessert : « Et si nous prenions une bonne confiture ! » Ce que Jean Cassou, ami aussi du Kabbaliste Carlo Suarès et de Joë Bousquet (vaste programme), racontait avec son accent de gourmandise inimitable. On trouvera également quatre études résolument passionnantes, l’une d’Édouard Glissant (le poète fameux décédé en 2011), une d’Alexandra Miekus de l’Université d’Alberta au Canada, une de la « miloszienne » Olivia Cohen, une page d’une autre « miloszienne » Janine Kohler. Et le dernier tiers du numéro contient diverses chroniques relatives aux événements concernant O. Milosz, mais aussi son neveu Czeslaw, le poète prix Nobel polonais, Jean Cassou, etc… assorties de photographies, d’un poème de O. Milosz et de notes. Cent cinquante-huit pages d’émotion, de souvenirs et de réflexions précieuses, pour découvrir ou redécouvrir une des grandes voix de la poésie française dont Apollinaire pensait que c’était l’une des premières de son temps.

□ Xavier Bordes

Revue PO&SIE N° 137-138. Ed. Belin

Je signale la sortie du Numéro double 137-138 de cette revue. Trois cent trois pages serrées de poèmes et de réflexions sur le poétique, avec hommage à Zanzotto, gros dossier sur Giorgio Caproni, Florence Delay qui parle de Garcilaso de la Vega le « cygne du Tage », des réflexions de trois auteurs sur Walt Whitman. Et beaucoup d’autres choses ; des traductions de poèmes de Brodsky (Thomas Tranströmer au piano), de sonnets de Garcilaso, de Pavese par Martin Rueff.

A cela s’ajoutent une dizaine d’essais et de groupes de poèmes (Régine Foloppe Ganne, Jean-Paul Gillet, Julien Stark), et plusieurs textes philosophiques et philologiques, notamment de Sandford Budick – traduit par Claude Mouchard – sur le rapport entre Kant et Milton, et de Bernard Vouilloux sur « la littérature dans la logique des frontières ». Pour les amateurs de lecture « substantielle et nutritive » !

□ Xavier BORDES

Xavier Patier

Chaux vive, Xavier PATIER, La Table Ronde, 2012, en librairie le 22/8/2012, 190p. ; 17€ – 1992, Bordeaux. Pascal, seul et solitaire (« je n’adressais jamais la parole à personne »), vit « dans le dénuement intérieur » et extérieur le plus complet. Sa chambre, spartiate (ni eau, ni four, ni frigo…), lui sert de refuge. Aubin, quant à lui, vit la grande vie, en apparence, et a tout à portée de main ! Bien entouré, bien fortuné, marié et père de deux enfants. Pascal et Aubain sont tous deux étudiants en histoire et anthropologie, à l’Université.

Tout les oppose ! Mais la loi de la contradiction universelle fait qu’ils se rencontrent et ne parviennent plus ou très peu à se passer l’un de l’autre. En toute logique, ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Mais est-ce vraiment si fortuit ?

Xavier PATIER nous livre là un roman philosophique où il pose l’air de rien les questions essentielles : qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? où allons-nous ?

C’est aussi un véritable thriller où le lecteur se demande sans cesse comment c’est possible, jusqu’où Aubain va entraîner Pascal, comment ce dernier peut se laisser duper et posséder à ce point.

Le terrain est posé d’emblée : un être fragile, issu d’un milieu très pauvre, très (trop ?) croyant, face à un requin qui ne lâche jamais sa proie… jusqu’à l’avaler toute crue…

L’auteur nous révèle une écriture sans faille, incisive aussi ; il nous donne à dévorer un livre qu’on ne peut lâcher qu’une fois lu d’une traite et nous porte à garder en mémoire des véritables scènes d’anthologie : le week-end en montagne, la visite guidée dans les catacombes, la parade amoureuse, l’escapade vers la mer…

A lire absolument !

Xavier PATIER, un nom à retenir, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a publié des essais, des nouvelles, du théâtre et plus de dix romans.

Patrice Breno