La revue « Paysages écrits »

 

Revue numérique, existant depuis août 2010, réalisée par Sanda Voïca et Samuel Dudouit. Sa publication est restée aléatoire jusqu’au numéro 8 d’octobre 2012, à partir duquel la revue est devenue mensuelle.

Dans la première série (N°1 à 8), ont paru, entre autres, des textes détournant Michel Houellebecq (A quoi bon Houellebecq de Sanda Voïca, Ressusciter de Samuel Dudouit, N°3), des poèmes (Matins, Samuel Dudouit, N°6), des nouvelles (Jamais l’automne ne fut plus beau, Sanda Voïca, N°6), des fragments de roman (La diligence de l’abîme, Samuel Dudouit, N°4) ou des textes critiques sur des parutions variées (Sanda Voïca sur Animal du cœur de Herta Müller, Samuel Dudouit sur La filière Esquiros et Le gai désastre de Serge Sautreau, La conférence de Vanves de Pablo Durán et la poésie de Cesare Pavese).

Dans la nouvelle série (N°9 et 10), la couverture est réalisée à chaque fois par un photographe (Vincent Giard) et la revue s’est ouverte aux contributions extérieures. Une thématique est annoncée, mais reste facultative. On peut ainsi lire des poèmes inédits de Christophe Béguin (auteur de Guerre de beauté, éditions Impeccables) et de Saïd Nourine. Tout le numéro 10 est illustré par des œuvres de François Réau.

Le numéro 11 attend des contributions autour du thème Regards et hors thématique.

Site internet : https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/

Jacques-François Dussottier : « Ô Femme. » éditions les Poètes français 2012 (couverture quadri – 67 pages.)

Dussotier Jacques François

Jacques-François Dussottier : « Ô Femme. » éditions les Poètes français 2012 (couverture quadri – 67 pages.)

« Ô Femme » ! L’auteur Jacques-François Dussottier n’en est pas à son coup d’essai, déjà il nous a érigé des temples, des autels lumineux et précieux en hommage à la «  Femme » portant haut son verbe comme un sacrifice à la gloire de l’Amour, quête permanente autant qu’utopie de l’homme.

« POESIE !

Sous mes doigts, tu deviens femme,

La chair de mon texte… »

Car entre le rêve et le réel la barrière est bien fragile, parfois imperceptible et vulnérable.

Simple, incisif, incontournable, bref, concis, le titre «  Ô Femme » est des plus évocateurs, il nous révèle déjà l’essentiel et nous en restitue les intimes saveurs.

C’est avant tout un vent de liberté qui souffle entre les pages de ce recueil.

L’auteur y laisse courir sa plume au fil de l’esprit, au rythme du ressenti, aux pulsions du cœur et de sa sensibilité intuitive.

« J’écris pour les femmes à perte d’encre… »

Le poète ici se livre entièrement, pas de fausses pudeurs, les mots sont dits avec justesse, simplicité, les sentiments y sont évoqués, la femme cette éternelle première, défiée !

Oser se confier à la page blanche, lui susurrer les pensées nuancées de l’intime, c’est déjà dispenser de l’amour.

« Ma Muse, je n’irai pas cette nuit

Rêver dans les étoiles

Car je t’attends dans mon poème. »

Sans doute est-ce dans la solitude et la délivrance que l’homme transpose ses plus beaux poèmes d’amour. Mystérieuse métaphore, singulière parabole !

Il est parfois nécessaire de monter sur le pont de la mémoire et de repartir en pèlerinage visiter les stèles de ses amours, filles des îles lointaines.

Jacques-François Dussottier compose ses poèmes d’amour comme une gerbe florale aux mille couleurs imagées.

Si nous nous laissons aller à notre imaginaire, il se peut que nous puissions y subtiliser quelques effluves charnels.

«…/…ventre de braise fougueuse,

faille de fauve moiteur

ton odeur m’enlace en des arômes fous. »

Par la subjectivité de la beauté il fait de nous des mendiants de l’amour, de pèlerins assoiffés de tendresse.

Naturellement il joue avec de remarquables parades au féminin, il caresse l’intimité du souvenir que l’on voudrait conserver dans l’herbier de nos amours.

Le poète se risque au surpassement, il tente une transgression et transfiguration des lois de l’amour.

Oui, en effet l’amour peut devenir un fabuleux voyage, mais également une terrifiante expédition, oscillant de l’exaltation incontrôlée à la désespérance la plus déchirante.

« J’irai rejoindre une autre déchirure

Car j’ai rendez-vous avec le reste de ma vie. »

La Femme, celle que le poète imagine, celle qu’il idéalise mais qui jamais ne viendra ou ne saura combler les vides de nos nuits, demeure éternellement le symbole d’un mythe inaccessible.

Il y a dans ce culte de l’Amour composé patiemment mot après mot, une forme de sacralisation, un sentiment d’éternité et de sublime fragilité.

©Michel Bénard.

Jean-Vincent Verdonnet, « Automnales », Editions couleurs d’encres, Lausanne, 48 pages

 

LA SAGESSE DU POETEVerdonnet Jean-Vincent

Contre l’urbanisation depuis toujours et face à la nature, la poésie de Verdonnet offre sa “rubanisation”. L’auteur ne propose jamais de taille pour réduire le monde à un jardin à la française. Tout reste sous la forme d’un flux si bien que les mers de glace de l’écriture craquent. Même des dures réalités surgissent des circulations intenses et chaque livre de l’auteur représente un fragment investi du temps de sa pérégrination existentielle.

Immergé désormais dans la douceur du Genevois Jean-Vincent Verdonnet se situe à l’opposé de l’illusion paysagère “réaliste” fidèle, objective, “naturelle”. Il ne cherche jamais à jeter l’épouvante, l’effroi, la terreur à travers ce qu’il évoque. L’auteur n’est pas l’homme des déchaînements et des convulsions qui déchirent. Il reste à la recherche d’une harmonie. La posture peut sembler peu héroïque. Mais il est toujours plus facile de se laisser aller aux déferlements des orages que de les dompter. L’artifice est facile surtout en littérature ! La méditation apaisée est plus rare. Surtout lorsque, comme le poète, on a connu des périples éprouvants.

« Automnales » dans ses évocations manifeste quelque chose du regard apaisé, conciliant. Se produit un avènement particulier. Il n’est pas de l’ordre du simple point de vue. Il ne constitue pas pour autant une mise en rêve ou en symbole du paysage et du temps de l’automne de l’existence, là où un

« monde autre en toi qui te hèle

aussitôt qu’arrive à son terme

l’ivresse éparse des racines ».

Chez le poète savoyard deux opérations ont donc lieu en même temps : concentration mais aussi ouverture du champ. Le regard sur le monde trouve une profondeur : il est l’inverse d’un l’œil butinant et virevoltant qui reste toujours pressé et se contente de passer d’un reflet à l’autre.

La contemplation poétique subvertit les notions habituelles de dehors et de dedans. Pour autant ce n’est plus néanmoins et comme trop souvent la mélancolie qui s’exprime. A une révélation romantique plus ou moins féerique est préféré le désir de rapatrier l’œil dans le regard et l’existence dans la nature. Face à tous les poètes dont le subjectivisme s’emploie – de manière morbide – à dévaloriser la couleur et à prôner l’autisme du paysage, l’auteur propose de redonner la perception du monde sa valeur d’instrument de rituel de connaissance de l’être. Il prouve donc qu’un art de la célébration du paysage est encore possible à condition de rapatrier l’homme dans cette Demeure que Klee nomme “un cosmos constitué de formes ».

©Jean-Paul GAVARD-PERRET

Fouad Laroui – L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Nouvelles

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  • Fouad Laroui – L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Nouvelles, Julliard (167 pages – 17,50€)

Fouad Laroui renoue avec l’esprit de son roman de 2010 : Une année chez les Français. Dans ce recueil de nouvelles, il ouvre les frontières et fait circuler ses protagonistes dans des territoires qui lui sont familiers: du Maroc à l’Europe du nord.

L’auteur crée un univers cosmopolite, un melting-pot où les étrangers, les exilés tentent de se comprendre, de s’accepter, de communiquer et même de s’aimer.

Il nous met en immersion dans un bain de langues, de cultures, de religions et autopsie l’étranger en phase d’intégration et souvent confronté à la barrière linguistique. Il souligne le parcours des déracinés, des baroudeurs qui ne savent plus à quel pays ils appartiennent et se retrouvent en quête d’identité.

On y croise un diplomate , des enseignants dont un maître et son élève, un ingénieur, des couples mixtes, qui se délitent, quand les deux cultures se télescopent. Les protagonistes sont en prise avec des situations délicates ou burlesques, grâce à l’imagination débridée de l’auteur. On devine aussi l’importance que Fouad Laroui accorde à l’oralité par ce narrateur qui a moissonné des nombreuses anecdotes, bribes de conversations ou récits entendus dans des cafés et se délecte à nous les relater.

La nouvelle éponyme qui ouvre le recueil nous transporte à Bruxelles, en pleine canicule. Imaginez la stupéfaction de Dassoukine au réveil, constatant que son seul pantalon a été volé ! Comment pourra-t-il remplir sa mission diplomatique avec ce contretemps ? Mais la Belgique n’est-elle pas la patrie du surréalisme ?

Les retrouvailles du maître et de l’élève donnent lieu à une vraie mise en scène et leurs échanges nous gratifient d’une parenthèse philosophique (carpe diem).

Les rapports sont inversés, un revolver est brandi. Suspense. La chute est irrésistible.

Le monde entier ne joue-t-il pas la comédie ? comme l’affirme Pétrone.

L’auteur pose un regard caustique sur la société (employés SNCF), ses contemporains et les gouvernements, dénonçant l’aberration de certaines lois, les erreurs administratives. Il épingle les sommités qui promulguent des circulaires ministérielles inapplicables, mais contournables grâce à l’ingéniosité d’un directeur qui propose : la natation sèche. Il s’interroge sur la pérennité de liaisons « longue distance ».

Dans chacun des récits , Fouad Laroui, doté d’un talent de conteur, a su maintenir son lecteur en haleine avant de servir la chute, parfois inoubliable.

La richesse de ce livre tient à la variété des niveaux de langue, du style, aux nombreuses digressions, références littéraires et cinématographiques (Lost in translation), aux formules savoureuses (« Je suis un professionnel jusqu’au bout de l’étamine ») qui émaillent les récits. Le tout servi par une plume mâtinée d’humour.

On peut y voir aussi un plaidoyer pour les langues, car de toute évidence l’auteur est polyglotte : « marocain par le corps, par la naissance, mais français par la tête…».

Fouad Laroui signe un recueil roboratif et nous régale de sa truculence verbale.

Merci à l’auteur de pourvoir à notre bonheur.

©Nadine DOYEN