Traversées N°67

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N°67 – Janvier 2013

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David Foenkinos – Je vais mieux – roman, nrf Gallimard (19,50€, 330 pages).

je vais mieux

 

  • David Foenkinos – Je vais mieux – roman, nrf Gallimard (19,50€, 330 pages).

David Foenkinos met en scène un quadragénaire frappé par une maladie taraudante, la maladie du siècle, dit-on. Le lecteur suit l’évolution de cette douleur fluctuante, dont l’intensité est traduite par un chiffre entre chaque chapitre et accompagne le héros dans sa souffrance, guettant l’accalmie. Il connaîtra de faux espoirs. Vouloir interpréter le visage, les paroles du radiologue génère chez lui une panique, une angoisse, que Woody Allen incarnerait à merveille. Ce silence médical, ces réponses laconiques suscitent chez le patient des doutes, des idées noires récurrentes. Aurait-il lu Mars de Fritz Zorn pour se convaincre qu’il est rongé par son propre chagrin ?

Les phrases, les mots (chaotiques) ressassent l’état de cet être crucifié par sa rupture, son licenciement, étayés par un bulletin « météo » de l’âme. On assiste impuissant à son naufrage. Serait-il hypocondriaque donc coupable de la pérennisation de ses maux ou victime des insuffisances de traitements ? Il est temps de réagir, de consulter.

Le narrateur surprend par son endurance, son opiniâtreté à confier son corps à tous les experts qu’on lui conseille, depuis la magnétiseuse, le psychologue, l’ostéopathe et même une professionnelle. Lequel d’entre eux réussira à éradiquer cette affliction, ce mal étrange, insidieux, à dénouer les tensions ? Et si ce stress était orchestré par des frustrations ? Le héros ne renonce pas et va décliner tout ce qui a pu miner sa vie.

L’auteur bouscule son personnage central pour lui réserver des surprises et une embellie sous les traits d’une inconnue, montrant que la destinée joue de nous comme avec des dés et frappe souvent là où on ne l’attendait pas. Regards échangés, voici le « vétéran de la douleur » hypnotisé. Grâce à cette « incroyable » rencontre, le héros redécouvre l’art de séduire, mais aussi les affres de l’attente, du manque. Pauline va changer la donne. N’est-elle pas sa « porte de Brandebourg » ?, et surtout sa « colonne de la Victoire » ? La magie des coïncidences leur aurait-elle souri ?

Le récit s’achève par une scène chorale, dans une ambiance festive, le couple providence ayant convié tous leurs amis ainsi que « les témoins des pires heures » du héros dans cet hôtel littéraire relifté, « panthéon des mots » où les livres seront à l’honneur. David Foenkinos rend un hommage à la littérature et à ses figures tutélaires : Gombrowicz, Kundera, Cervantès, Joyce, Tchekhov, Cioran.

Dans ce roman, l’écrivain brasse plusieurs thèmes universels.

Il radiographie un corps qui lâche. Sur un ton grave, il nous plonge dans les pensées, les craintes, les interrogations de son protagoniste, conscient de sa finitude.

Il scanne l’univers hospitalier, immersion d’une telle vraisemblance qu’il réussit à nous communiquer les appréhensions avant une IRM et réveiller nos névroses.

Il évoque les rapports amoureux, les liens du couple et démontre sa fragilité. Celui du héros gagné par la monotonie, la lassitude, l’enfermement explosa. Ses tentatives de rabibochage avec Élise échoueront. Celui formé par ses amis, Edouard et Sylvie qui sous des faux semblants en était au même stade de délabrement. Il souligne l’inadaptation à l’amour, la difficulté de la quête du bonheur de ces générations, comme Florian Zeller l’a aussi décrypté dans La jouissance.

Le seul duo à avoir résisté, démonstration à l’appui avec ce langoureux baiser de cinéma, « d’une grande intensité » s’avère être celui des parents du narrateur.

Il oppose les deux entités : amour, amitié(« salvatrice »), philia et eros. Une vague de sensualité traverse le récit avec l’« étrange pulsion » de Sylvie, prête à s’offrir.

Le romancier dissèque également les liens familiaux, pointant ce qui a manqué dans l’enfance du protagoniste : des parents aimants, mais qu’en est-il avec ses enfants ?

Sur le plan professionnel, il ausculte la vie en entreprise (rivalité, jalousie, harcèlement) et les rapports hiérarchiques, sujet déjà présent dans La délicatesse.

David Foenkinos développe une réflexion sur le bonheur « entreprise épuisante », tout en confrontant son héros à une succession de déconvenues (panne de machine) et impondérables (deuil, scène de ménage), apportant la note tragi-comique.

On retrouve avec délectation l’auteur coutumier des notes en bas de pages, des mots fétiches distillés dans chaque roman( cheveux, rhapsodie des rotules, cravate…)et des nationalités qui lui sont chères (polonais, suisse, allemand, suédois). On se nourrit de formules : « un Hiroshima du ciseau » (dont on ne se lasse pas et que l’on est tenté de mémoriser), d’aphorismes. Si Jean-Philippe Blondel recourt à des proverbes anglais (06h41), Jean-Claude Lalumière à un proverbe anglais (La Campagne de France), David Foenkinos privilégie les maximes françaises : « Demain est un autre jour » et les expressions idiomatiques comme: « en avoir le cœur net ».

L’écrivain nous livre un bel échantillon de son esprit vif et facétieux, de son humour (« On devrait vivre notre vie à l’envers pour ne pas la rater ») et confirme son originalité et son talent. Il joue avec la ponctuation, les quiproquos : « Il y a un problème » ou « Je vais prendre un avocat », les rebondissements et le suspense.

David Foenkinos signe un roman sculpté dans la douleur, pour lequel il a fomenté un happy end, annoncé dans le titre libératoire. On est soulagé, le héros a jugulé ses maux. « La géographie du désir » le fera voyager jusqu’à Berlin, avec Pauline où ils pourront entendre « la plus belle langue du monde », « la plus érotique ».

Je vais mieux est un récit tourné vers l’avenir, optimiste pour les vaincus de l’amour.

Pourquoi ne pas lui décerner le prix des Pyramides 2013 ?

©Nadine DOYEN

Narcisse & Cie, d’Antoine de Matharel, Editions Editinter, 2013

Antoine de Matharel

Antoine de Matharel

Davantage qu’un simple recueil, Narcisse &Cie est un livre de vie. Antoine de Matharel est bien connu pour ses critiques, analyses et essais dans la revue de haute tenue Poésie sur Seine. Il en est l’un des plus fidèles et des plus anciens animateurs, souvent au service des autres, avec talent et abnégation. Mais on n’avait jamais eu une vue d’ensemble de son œuvre poétique.

Tout d’abord, une superbe préface de l’écrivain Jean-Paul Giraux : Le poème est en premier lieu une exigence personnelle, ce qui n’exclut nullement le partage. Ou encore : …« évidence du présent », il est toujours, à sa façon souple et variée, un rêve plus réel que la réalité.

Avec cet ouvrage de 272 pages, Antoine de Matharel nous fait découvrir son monde où il joue avec les mots, les amadoue, les triture, les féconde en images réciproques. Le lecteur perçoit plusieurs styles différents (l’on aurait peut-être pu les analyser de manière chronologique si le recueil n’était organisé par thèmes), des mises en pages classiques ou singulières, une appétence tantôt pour la rime, tantôt pour une manière de prose rythmée. Respiration à la verticale ou bonheur d’anaphores, symétries ou contre-points, rudesse ou attachement : l’auteur surprend, défriche, éblouit.

L’humour acidulé, issu d’un échafaud du bonheur, n’est pas absent :

sacrements de mariage

sacrements de divorce

et l’espoir s’éteignait pour des parties de jambes.

Certains de ses textes sont écrits en hommage à (ou : à là…) Eluard, Valéry, Rimbaud, Baudelaire. Leur cosmologie est sienne. Je dirais en outre que Prévert, Desnos ou Fombeure veillent dans le pré :

l’avion qui passe va n’importe où

et c’est pourquoi je l’aime (…)

un scarabée trotte ma plume hésite (…)

un rayon de velours se pose sur mon cou.

Savoir observer en minutie, capter les choses essentielles. Énumération dans une ville, sur une tonalité de William Blake « hold infinity in the palm of your hand » pour achever, en miroir, son propre poème par : une ville enfermée dans le creux de ma main. Ou ce texte, précédé par une citation d’Érasme et de Nietzsche, en rupture avec une sagesse communément admise :

quand on devient aveugle à force d’être sage

quand l’avenir ressemble aux murs de la prison (…)

quand le temps moribond modèle à son image

l’espérance qui meurt à la morte-saison (…).

Ecriture engagée parfois :

le jour où retentit la guerre (…)

on crevait les yeux des étoiles.

Sans oublier une tendresse omniprésente aux accents lamartiniens :

adieu vives journées poussières d’apparence

vos yeux n’ont plus pouvoir de me vêtir d’aurore

ni d’émouvoir les miens que vous allez fermer.

L’un des plus beaux poèmes est le tout dernier, comme si l’écrivain voulait résumer ses souvenirs en une seule page d’Autoportrait :

parce que je suis vêtu

de draperies de deuil et d’ombre (…)

parce qu’un oiseau d’espoir

sortit de ma bouche et jamais ne revint (…)

parce qu’il n’y a plus la moindre raison

surtout de devenir autre.

Oui, cet important ouvrage est avant tout un kaléidoscope de vie. « Ce que tu écris  est ce qui te ressemble le mieux », dit un proverbe arabe. Certes dans le « connais-toi toi-même », Antoine de Matharel est à notre sens, malgré tout, davantage Sisyphe que Narcisse : 

à quoi bon penses-tu la force des tempêtes

à quoi bon ces rochers pétris entre tes mains

quel accueil cherchais-tu du fond de ta mémoire

quel imprévu refuge aux sources du matin …

Un Sisyphe introspectif, en quelque sorte, non seulement dans le vain combat de l’existence mais dans l’introspection, nous livrant doutes et sueurs, amour et masques.

©Claude LUEZIOR

RENCONTRES DU CERCLE DE LA ROTONDE

Rencontres du Cercle de la Rotonde

RENCONTRES DU CERCLE DE LA ROTONDE
animée par Marie-Clotilde Roose

Entretien et lectures avec
ISABELLE BIELECKI, EMMANUELLE MÉNARD, CLAUDE MISEUR, FRANÇOISE PIRART

Vendredi 18hVendredi 22 février 2013 à 18h
Bibliothèque de Tournai
AuditoriumAuditoriumAuditorium
Bd des Frères Rimbaut, 2
Tél. : 069 25 30 90
Entrée libre

Site : http://www.lecercledelarotonde.be

Isabelle Bielecki, devenue écrivain belge, a connu l’exil avec ses parents. Son recueil Le Labyrinthe de Papier (Ed. Le Coudrier, 2010), traite de la mémoire et du témoignage qu’est l’écriture. Son livre Petite musique pour cent interprètes ou comment devenir poète, présente des textes d’un genre nouveau : chaque ‘stichou’, humoristique ou réflexif, veut ouvrir le quotidien à la poésie, accompagné des encres subtiles de Suzanne Arhex. Isabelle Bielecki anime plusieurs lieux de rencontres littéraires, dont le Grenier Jane Tony.

Emmanuelle Ménard a fait paraître, en 2012, son premier recueil de poésie, Impressions new-yorkaises, aux éd. Le Coudrier avec quatre illustrations de ses peintures, et une préface du poète Jean-Michel Aubevert. Ce recueil, en bien des aspects, fait écho à son livre Deux jours comme l’hiver, édité chez L’Harmattan ; un premier roman sollicité par Erik Orsenna pour le prix Orange. Le titre résume la durée d’un monologue, muet de désespoir : François, quitté par sa compagne, se remémore le passé, l’intense bonheur comme les arêtes et les chutes. C’est aussi l’occasion de réflexions incisives sur la société.

Claude Miseur est resté longtemps discret sur ses propres écrits. Publiant sur son blog http://www.123website.be/Claude-Miseur, et en quelques revues comme « Traversées », il vient de sortir son premier recueil Variations et Sortilèges aux éd. Novelas, avec des encres légères, enlevées, de Patrick De Meulenaere. Echos à la nature, entrelacs d’émotions et d’images raffinées, ces poèmes ouvrent de vrais espaces où se rafraîchir. Ce mince recueil offre quelques poèmes brillant de simplicité et de grâce ; invitant à découvrir l’oeuvre d’un orfèvre de la parole, infiniment patient.

Françoise Pirart, romancière et nouvelliste, également biographe et animatrice d’ateliers d’écriture, a publié chez Luce Wilquin son dixième roman, Sans nul espoir de vous revoir, dont l’inspiration lui est venue d’un récit authentique, qu’elle a traduit avec Pierre Maury : un voyage à pied à travers l’empire russe, rédigé par un militaire britannique, John Dundas Cochrane, de 1820 à 1823. Y greffant une relation sentimentale entre un jeune homme promis à une brillante carrière de ténor, et la belle Elisabeth d’Ancourt, de vingt ans son aînée, ce récit palpitant atteste d’une grande intelligence de la construction narratrice et des ressorts intimes de l’âme. Un itinéraire à couper le souffle.
Marie-Clotilde Roose

Le Cercle de la Rotonde, 8 rue du Touquet, B-7522 Blandain.
Tel : 069.23.68.93 rotonde@scarlet.be
Site : http://www.lecercledelarotonde.be

Claude Simon,  « Œuvres , tome II, édition d’Alastair B.Duncan, collection Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1712 pages, 66,50 €.

Claude Simon

Claude Simon

 

Dans le roman comme dans la vie, le secret n’existe pas – ou  existe trop. Il ne signifie donc jamais en tant que tel. Son « exhibition » ne se reconstruit qu’à travers un réseau de résonances autant en aval qu’en amont d’une histoire individuelle ou collective. Claude Simon l’a bien compris. En ses grands romans  –  réunis dans le tome II et que l’auteur n’avait pas retenu de son vivant pour le Tome 1 – tout un mécanisme de reconstruction et de divers jeux de puzzles flèchent le secret familial qui irrigue le volume comme dans « L’herbe » ou « Histoire » – en lui donnant une universalité. Claude Simon a donc créé une fission plus importante qu’on l’a supposé dans la traque de l’intime.

En dépit de son Nobel, l’auteur a toujours été et demeure plus ou moins occulté. Pourtant Jean-Claude. Montel dans La littérature pour mémoire rappelle son rôle capital dans « sa lutte contre le retour massif de l’illusion expressive, contre l’aveu du secret en tant que symptôme comme s’il suffisait d’un peu de cul, d’un peu d’horreur et de crapulerie pour s’égaler au charnier, pour rendre compte du monstre ». Ce parti pris, cette remise en cause du statut et des conditions du romanesque ont rendu le romancier quelque peu lointain à bon nombre de lecteurs et même aux critiques. Ce fut le prix à payer pour ouvrir la voie à une autre expérience de la fiction qui atteint un nouveau romanesque et un  réel excorié de sa pure structure d’aveu d’un événement tu et caché dont les évènements autobiographiques ne sont que le prétexte.

Pour l’auteur de « L’Acacia » la monstration du secret ne pouvait passer par la loi traditionnelle de l’aveu biographique. Celle-ci implique au mieux un apparentement et ne déjoue en rien les poncifs de la représentation admise. Fonder la fiction sur l’aveu du secret revient à refuser d’accéder à une autre logique, à la région nue de l’expérience intérieure.Pour l’atteindre il est nécessaire de développer une langue parallèle etdérouler autrement le tissu de la fiction. Claude Simon a créé des trous dans la convention tacite du roman pour que chaque fiction devienne un travail de décryptage. Arraché à sa narrativité classique le romanesque est détourné du flux du lit de son fleuve tranquille.

Dès « Histoire » Claude Simon laisse émerger les horizons perdus de l’êtreselon une perspective chère à Blanchot où l’éloignement de l’aveu fait le jeu d’une proximité particulière. L’engagement déterminé dans le refus du mode narratif admis provoque une vision extrême hors exhibition, une clarté confondante qui n’a pas toujours été vue. Le « Tome II » permet de reprendre letravail de disjonction des jointures et des liens opérés par leur auteur. L’écrivain y atteint une zone de turbulence où le projet stendhalien de mise en miroir de la route du monde prend un autre sens par les nouveaux procédés de construction. Il ne s’agit plus de reconstruire à l’identique mais de créer des « hétéronymes » à la fiction classique.

Le roman est donc aboli de son statut de bloc de référence et de référent afin qu’émerge à nouveau de l’existence au sein d’une littéralité faite de fragmentations, dispersions, incisions, coupures. De ces bribes assemblées surgit – à l’inverse de ce qui se passe chez Pinget ou Beckett – non l’attrait du néant mais la quête du sens où la poétique de l’imaginaire prend des tournures paradoxales et inconnues. Si bien que chacun des livres de Simon reste l’approche ou le prolongement d’un livre entrevu. Non pas qu’il s’agisse du livre avenir, du livre idéal mais de celui qui répondrait par exploitations de nouvelles données et archives à la fois au « sommes nous » de Jabès et au « si je suis » de Beckett.

Dans cette stratégie, l’auteur pulvérise les voies de la prétendue transparence narrative afin de les métamorphoser. Pour l’auteur d’Orion Aveugle un livre n’a rien à raconter. En cela il reprend la recherche qui – après Joyce et Dos Passos – par-delà l’histoire d’une vie fait émerger certaines pièces qui en font partie et qui ne peuvent l’englober en sa totalité mais qui à l’inverse ouvrent des strates de l’Histoire. C’est pourquoi toutes ses fictions se présentent comme un puzzle, un assemblage de pièces disparates.

Avec Les Géorgiques il parvient à une sorte de « perfection ». Jamais la technique du puzzle n’a été poussée aussi loin. L’effet de bande (fragment) se complique, comme si – avec le temps et sous l’effet d’une mémoire de plus en plus chargée mais aussi parfois balbutiante – la structure du roman devait laisser apparaître des doutes voire des confusions et des absences. Tout semble y apparaître. Tout « sauf le secret » dit Claude Simon (in Entretiens, éditions Subervie, Rodez, 1972). Et l’auteur d’ajouter : « face àune idéalisation très influencé par la rêverie, il n’existe pas unpeuplement par les aveux mais par la splendide limpidité du Rien ». Mais chez le romancier, sous ce Rien, quelque chose remue. Le montage des romans le fait vibrer.

Claude Simon – on l’aura compris – refuse les tendances réparatrices du roman. La fiction joue différemment. L’auteur retourne l’aveu, le détourne de sa pseudo-réalité, de ses douces ou cruelles certitudes acquises. L’écriture travaille la présence autrement. Elle s’oppose à toute stéréotypie de représentation. Il n’existe donc jamais une inclination à régresser en une phase première, en une modalité frustre d’interrelation. Tout processus de transfert ou d’identification narcissique et primaire est transcendé. L’écriture, l’agencement, la stratégie de l’auteur vont à l’encontre de ce mouvement « naturel ». S’inscrit, par la stratégie de l’écriture, une déchirure pour atteindre ce que Deleuze nomma un « incompossible » auquel l’œuvre est chevillée.

©Jean-Paul GAVARD-PERRET