Les évaporés – Thomas B.Reverdy – Flammarion (303 pages – 19€)

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  • Les évaporés – Thomas B.Reverdy – Flammarion (303 pages – 19€)

Yukiko est une jeune japonaise qui vit à San Francisco depuis 10 ans.

Prévenue par sa mère que son père a disparu, elle demande à Richard, son ex-petit, ami détective privé, de l’accompagner au Japon pour le retrouver.

On découvre ce récit à travers quatre personnages :

Kaze, le père qui a choisi de « s’évaporer », c’est à dire de disparaître sans laisser de trace, après avoir été mis sur la touche par son employeur.

Yukiko, sa fille, qui va retrouver peu à peu ses racines.

Richard, qui espère par ce voyage reconquérir Yukiko qu’il aime toujours.

Et Akainu, jeune garçon, seul au monde, qui zone dans les rues de Tokyo pour subsister après avoir quitté sa ville à la suite du tsunami.

Ces personnages évoluent dans un Japon éloigné des clichés touristiques. On est confronté avec les bas-fonds de la misère, les camps de réfugiés, les chantiers de déblaiement autour de Fukushima.

Thomas B.Reverdy signe un roman étrange et passionnant, à la fois thriller, roman de société, avec des touches de poésie.

Mais au fait a-t-on le droit de vouloir retrouver celui qui a choisi de disparaître ?

©Chronique de Catherine Mathieu

JOURNAL FOULÉ AUX PIEDS, Joël Bastard (Ed. Isolato).

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  • JOURNAL FOULÉ AUX PIEDS, Joël Bastard (Ed. Isolato).

 

Il y a trois personnes chez Joël Bastard. Un pérégrin, un impressionniste et un poète se donnent rendez-vous dans ses journaux. Que ce soit l’Afrique, ou ailleurs, dans le Jura par exemple, le pérégrin est partout chez lui dans la fréquentation observatrice des êtres humains, de leur vie, du milieu naturel ou construit au sein duquel ils évoluent. L’impressionniste excelle à consigner par petites touches évocatrices une ambiance qui allie le présent au passé, le lieu et le rêve : « Dans les arbres près de la Tour de la Dame de l’Isle, des corneilles discutent sur les branches argentées, comme dans toutes les gravures des contes pour enfants. »(p. 23) Si j’ai choisi cette notation typique – mais on en trouverait d’autres du même genre en abondance -, c’est qu’elle rassemble les trois personnages dont j’ai parlé : le pérégrin est celui qui accorde son attention à la précision du lieu (« la Tour, etc… ») ; l’impressionniste est celui qui note ce qu’il observe (« dans les arbres, les corneilles discutent sur les branches argentées»…) ; et cet « argenté » d’un mot prépare la comparaison par laquelle le poète ramasse le lieu et l’observation dans une « formule », eût dit Rimbaud, (« comme dans toutes les gravures des contes pour enfants. »). Du réel du lieu architecturé d’ici, on passe à ce qui anime ce lieu par nature, ce qui est l’étape transitoire vers le rêve de l’enfance, le seul vraiment intense et poétique bien sûr, puisque dans les gravures des contes lorsqu’on est enfant on entre véritablement par l’imagination, comme dans une expérience réelle. Nous avons ici un exemple de la technique poétique de l’homme qui dit « Je marche dans ce que j’écris. » et encore « D’un pays à l’autre, l’usure de ma présence. », ou « Je vais sans cartes. Ce sont les hommes qui me disent d’aller. ». Mais aussi : « La poésie reste sans preuve de son existence. » et « Je perds ma langue dans une nuit rêvée. », deux notations qui sont pures préoccupations de poète, et frisent par leur affirmation pensive l’interrogation métaphysique de celui qui voit « le sourire des roches animé de lumière ». Et c’est la marque des meilleurs poètes que d’avancer ainsi sur un chemin qui est à la fois vie, perception sensible, et écriture qui avance poétiquement, autrement dit en chiffrant pour nous le montrer ce qui est vu dans la vision du poète, en quelque sorte à la façon de la pince qui se pincerait elle-même, et déploie une vue des choses dont la différence intrigante et familière se traduira pour nous en un pur sentiment de jouissive beauté. C’est pour cet art que je me plais à fréquenter les livres fraternels de Joël Bastard.

©Chronique de Xavier Bordes

Un privé à bas bilan, Éric Dejaeger, Cactus Inébranlable éditions, coll. Cactus Noir – mai 2013. 218 pages, 15 €.

  • Un privé à bas bilan, Éric Dejaeger, Cactus Inébranlable éditions, coll. Cactus Noir – mai 2013. 218 pages, 15 €.

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Vous connaissez un privé à Babylone ? Voici le privé à bas bilan ! Frédo Loup et Kiki-la-zigue, voilà un duo des plus attachants, voire un peu tachant, pour ce polar décalé, plein d’humour – meilleur bien-sûr grinçant, voire un peu saignant. Un polar doté de toutes les qualités du genre : une bonne intrigue, un peu de violence (aïe !), du sucepince, un peu de sexe et d’alcool. Enfin, pas mal d’alcool et beaucoup de sexe, mais quand on est un privé qui débute dans le métier, grâce à un ticket à gratter gagnant et sans vouloir s’embarrasser de formalités administratives et autres légalités, finalement un priapisme chronique ça peut servir, et Kiki le fameux, participe pleinement et vaillamment, et plutôt deux fois qu’une, à l’aventure. Une enquête triquée donc et drôlement bien menée, entre bar à danseuses pas trop habillées et chaine porno cryptée, de villa à partouze à snoeuf mou-vit, le sujet est sérieux mais pas le livre, et notre Priape autoproclamé détective, puisque à plus de 28 ans, il se voyait sur le point d’être expulsé du domicile parental, comme il l’avait été du chômage, de glandeur né, plutôt alcoolo et qui entrave queue dalle à l’anglais, Frédo Loup, va se révéler en fait plutôt doué pour démêler entre ouisqui, pastis et les états dames de Kiki, les écheveaux d’une double enquête : retrouver une jeune strip-teaseuse disparue et prendre un mari volage en flagrant délit. Bref, couilles du diable, selon l’expression favorite de notre privé, un bon polar pour l’apéro, on ne s’ennuie pas une seconde, et il y a certainement d’autres Kikis qui apprécieront le talent de l’auteur pour les descriptions de faciès en tout genre, en contre plongée, vue de dos, du dessus, du dessous, bref du sérieux, excitant mais jamais vulgaire, qui détend autant les zygomatiques, que les orpions, voire les croupions. Et en plus c’est bien écrit. Peut se déguster avec une Chimay bleue.

 

©Cathy Garcia

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Éric Dejaeger (1958-20**) continue son petit mauvaishomme de chemin dans la littérature, commencé il y a plus de trente ans. Il compte à ce jour près de 700 textes parus dans une petite centaine de revues, ainsi qu’une trentaine de titres chez des éditeurs belges et français. Refusant les étiquettes, qui finissent toujours par se décoller et valser à la poubelle, il va sans problème de l’aphorisme au roman en passant par le poème, le conte bref, la nouvelle, voire le théâtre. Sans parler de l’incontournable revue Microbe, qu’il commet depuis de nombreuses années, de mèche avec Paul Guiot.

 Derniers titres parus :
Buk you ! – Ouvrage collectif autour de Charles Bukowski – Éd. Gros Textes (France, 2013)

Les cancans de Cancale et environs (recueil instantané 3) – Autoédition – Tirage strictement limitée à 64 exemplaires (2012)

La saga Maigros – Cactus Inébranlable éd. (Belgique, 2011)

NON au littérairement correct ! – Éd. Gros Textes (France, 2011)

Un Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage in Banlieue de Babylone (ouvrage collectif autour de Richard Brautigan), Éd. Gros Textes (France, 2010)

Je ne boirai plus jamais d’ouzo… aussi jeune (recueil instantané 2) – Autoédition – Tirage strictement limitée à 65 exemplaires (2010)

Le seigneur des ânes – maelstrÖm réÉvolution (Belgique, 2010)

Prises de vies en noir et noir – Éd. Gros Textes (France, 2009)

Trashaïkus – Les Éd. du Soir au Matin (France, 2009)

De l’art d’accommoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry et de Je suis un écrivain sérieux – Les Éd. de la Gare (France, 2009)


Blog de l’auteur : http://courttoujours.hautetfort.com/

 

 

 

A la rencontre de Serge Joncour, l’invité des Lectures nomades.

Serge Joncour

Serge Joncour

Serge Joncour est un auteur aux multiples facettes, un écrivain étonnant et un homme captivant. On l’aime parce qu’entre deux hésitations, il accouche d’une phrase qui vous happe. On l’aime parce qu’il n’a pas peur d’innover dans sa propre écriture.

Il publia son premier roman Vu en 1998. Dans cette savoureuse satire de la télé, on voyait le digne successeur de Marcel Aymé.

Puis UV, anagramme de VU, bravo l’artiste ! fut remarqué et salué par le prix Francetélévision 2003. Roman qui fut adapté à l’écran par Gilles Paquet Brenner.

Serge Joncour aussi scénariste a coécrit le scénario de: Elle s’appelait Sarah (d’après le roman de Tatiana de Rosnay) qui connut un brillant succès jusqu’aux USA.

A noter que L’idole, qui reçut le Grand Prix de l’humour noir Xavier-Forneret 2005,servit de canevas pour Superstar, le film de Xavier Giannoli.

Dans les dix-sept nouvelles de Combien de fois je t’aime, Serge Joncour ne fait pas rimer amour avec toujours. Il met l’accent sur l’incommunicabilité à l’ère du net.

Sans oublier L’homme qui ne savait pas dire non, Un grand cru ! Humour, situations rocambolesques, réflexion sur la société.

Son dixième roman L’Amour sans le faire remporta le Prix des Hebdos en région.

Ce roman, ayant pour thème le retour aux sources, plein de tendresse, hors du temps et des modes, est écrit à la bonne distance, entre espoir et fatalisme.

Serge Joncour habille la douleur d’une force qui devient pudeur. Le lecteur est ferré par une construction alternée, subtile, implacable. Tout est fluide, harmonieux.

Incontestablement son meilleur roman pour François Busnel. Un baume.

L’ironie mordante des précédents livres a cédé la place à une justesse de ton nouvelle.

Serge Joncour, c’est aussi une voix, le dimanche midi, aux Papous (France Culture), spécialiste des aires de repos, et fin décodeur du DLA (diagnostic à l’aveugle).

Présent sur les réseaux sociaux, il comptabilise une myriade de followers et amis.

Ses tweets suivent l’actualité, comme celui-ci : « A tous ceux qui ne peuvent pas aller dans leur magasin de bricolage le dimanche…Allez dans les librairies ».

Il y a du Raymond Devos chez Serge Joncour : au départ une situation normale, un léger dérapage et vous voilà pris au piège. Vous aussi vous craquerez pour son humour incisif, son imagination pétillante et sa subtile et vibrante écriture. Une écriture au plus près, juste, sensible, avec des moments de grâce qui vous cueillent.

Son péché mignon ? Le chocolat, je crois savoir ! C’est son carburant, confie-t-il.

Sa notoriété dépasse les frontières et le conduit régulièrement à Budapest.

Pour lui, rencontrer ses lecteurs n’est pas une sinécure mais un plaisir.

Alors profitez de sa présence parmi nous ! Et surtout lisez le !

Nadine Doyen, une joncourophile.

©Chronique de Nadine Doyen

L’accomplissement de l’amour – Eva Almassy – Éditions de l’Olivier.

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  • L’accomplissement de l’amour – Eva Almassy – Éditions de l’Olivier.

Eva Almassy explique en exergue qu’elle a transposé une nouvelle de Robert Musil à l’époque des réseaux sociaux. Elle arpente les territoires du sentiment amoureux et développe le thème de l’infidélité : entre tromper et trahir, où se situe la nuance ?

Dans ce roman, l’auteur autopsie le couple à travers le duo Béatrice et Angel dont elle retrace le passé. Le passé, Jérôme Prieur le définit comme « une bombe à fragmentation dont les particules restent fichées à l’intérieur du corps ». Le récit s’ouvre sur un différend agressif, des injures, des menaces : « Tu le regretteras » et le départ de l’héroïne. Celle-ci se décrit sans complaisance, « en négatif » et constate l’usure de son couple. L’addiction à l’ordinateur vient combler l’absence de dialogue, de partage avec Angel, « l’homme qui ne lui avait pas fait d’enfants », « un poids mort », « un masque de silence » depuis vingt ans, responsable de son corps sclérosé.

Pour tromper sa solitude et compenser sa carence affective, Béa va surfer sur un site de femmes. On peut s’interroger sur sa recherche d’une femme. Chercherait-elle « une compensation, une mère, un nuage de maternité » ? Aurait-elle une orientation bi ? D’ailleurs son pseudo « Bee » sera source de quiproquo pour Vanessa qui, très vite, va lui déclarer sans détours sa flamme, en la bombardant de mails.

Mais où Béatrice fuit-elle, avec autant d’euphorie ? Qui va-t-elle donc rejoindre ?

La narratrice nous tient en haleine dès le début et nous entraîne dans leur traversée de Paris, rythmée par l’écoulement des minutes s’évaporant « avec une paresse toute dominicale » ou les battements de cœur. Le récit épouse des lignes droites symbolisant la détermination de Béa, ou la flèche de Cupidon et des circulaires pour traduire son approche de l’inconnu ou les heures de la nuit encerclant la chambre.

Cette parenthèse amoureuse articulée en trois temps n’est pas sans rappeler le roman de Jean-Marc Parisis : Avant, pendant, après. Avant : c’est Béa, seule, qui aspire à l’accomplissement de l’amour, qui transpire de désir. On est témoin de son embrasement pour cet inconnu ou presque. L’inconnu, n’est-ce pas ce que l’on désire, ce qui est désirable chez l’autre ? Son emballement est palpable à la veille de la rencontre en chair et os. L’auteur sait décortiquer les états intérieurs de Béa causé par cette passion naissante. On pense au film Le temps d’une aventure où l’héroïne s’offreune passion d’un jour avec un inconnu.Et si son salut venait de sa rencontre avec un autre homme ? Pendant : c‘est la relation tendre, charnelle et fusionnelle des deux protagonistes, des étreintes , des baisers fougueux à la Rodin.

Après :c’est Béa qui retourne à sa solitude et sombre dans les affres de l’auto apitoiement. Dans de longs monologues, elle confie son désarroi de mener cette « vie de chien », depuis qu’Angel n’est plus qu’un « cinglé qui veut devenir un pur esprit ». Sa désillusion lancinante la rend pathétique. Faut-il conclure que des amours clandestines engendrent frustration et chagrin pour l’un et culpabilité pour l’autre ? Peut-on accepter une vie amoureuse dans l’ombre, l’attente et le mensonge ?

Eva Almassy nous plonge dans les pensées intérieures de l’héroïne. Béa, en femme échaudée prodigue à ses congénères de précieux conseils : « Femmes, mes sœurs, fuyez, ne faites pas comme moi, sauvez vous ». Parmi les digressions, elle se remémore la position d’une psychologue concernant les couples sans amour, qui y voyait «  de la bestialité ». Toutefois, l’auteur ne cherche pas à généraliser les conséquences d’une aventure clandestine, elle montre juste le fiasco pour Béa.

Le récit est scandé par les phrases : « C’est invraisemblable », « C’est incroyable », « C’est inimaginable », traduisant les états d’âme de Béa, un vrai maelström.

Eva Almassy explore le délitement du couple (mensonges, adultère, lassitude), aborde les relations amoureuses virtuelles qui ouvrent la porte aux frasques extra conjugales et en pointe les limites et les dérives. Elle interroge l’état des relations entre hommes et femmes liées à la trinité : désir, plaisir, souffrance et décrit avec justesse l’état psychologique de ce trio. Au final, l’héroïne se livre à un travail d’introspection d’une lucidité sidérante et douloureuse. Sont évoquées les ombres tutélaires de Virginia Woolf et Bergman. Eva Almassy signe un roman troublant, très contemporain, servi par une écriture fiévreuse, empreinte de sensualité dans lequel elle explose toutes les illusions possible sur l’amour.

©Nadine Doyen