Entretien avec Serge Joncour

RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2014

Serge Joncour

Serge Joncour

Entretien avec Serge Joncour à l’occasion de la sortie de son roman:

L’écrivain national – Flammarion ( 400 pages – 21€)

Propos recueillis par Nadine Doyen

ND:Vous avez déclaré pour des romans précédents que le choix du titre s’avère souvent difficile. Qu’en a-t-il été pour celui-ci? S’est-il imposé d’emblée?

SJ: Oui, dès le départ. J’ai gardé le titre de travail.

ND: La Belgique a son poète national, l’Angleterre aussi, pensez-vous qu’un jour, en France, on puisse aussi avoir « Notre poète national ou écrivain national »?

SJ: Pour moi c’est et ça reste Victor Hugo. Mais à vrai dire l’appellation concerne tous les auteurs qui publient, aujourd’hui, chez un éditeur national…

ND: Le choix de l’illustration du bandeau fut-elle délicate?

C’est toujours délicat de choisir une image qui illustre son livre.

SJ: Je fais confiance à l’éditeur.

ND: Le lecteur ignore le travail en coulisses quant à la finition d’un manuscrit. Pour atteindre la perfection, pouvez-vous évaluer le temps consacré à la relecture et corrections?

SJ: Plus de deux mois. L’équipe Flammarion dirigée par Alix Penent l’éditrice, apporte un grand soin à ces dernières étapes d’un manuscrit devenant un livre. C’est à cette application et cette rigueur qu’on voit qu’un bon éditeur: c’est précieux.

ND: Horace Engdahl souligne le côté ingrat du métier d’écrivain qui « passe des heures et des heures à accoucher de quelques lignes » , bientôt « consommées par le lecteur en moins de deux ». N’est-ce pas le lot de l’écrivain «  cette disproportion flagrante entre lecture et écriture, désir volatil et dur labeur »? Quelle fut la durée de la gestation de ce onzième roman?

SJ: L’image qui me vient souvent à propos de cette disproportion là, c’est un peu comme les bâtisseurs de route ou de voie ferrée… Des années à l’édifier, et on roule à 300 km/h ! Mais il y a un grand plaisir à tracer cette route, à tracer ce chemin où passera le regard et l’esprit du lecteur. Deux années pour celui là.

ND: Inversement, quand vous êtes lecteur, pensez-vous au travail de l’auteur?

Portez-vous une attention particulière à l’écriture ou laissez-vous emporter par le récit? Votre héroïne, Dora, affirme que « pour savoir qui sont vraiment les gens, il suffit de jeter un oeil aux dernières pages ». Pour un auteur, rien de plus sacrilège que de lire la fin. Qu’en pensez-vous?

SJ: Je suis très attentif à l’écriture, toujours, lire un livre c’est d’abord trouver un ton, une voix, qui vous parle plus ou moins. Puis il y a la sinuosité plus ou moins vaillante de l’histoire, de l’intrigue, mais parfois la voix à elle suffit, à convaincre de continuer la lecture… Un livre, c’est très ouvert, et chaque fois différent, chaque livre a son propre dosage, entre fiction et réaliste, entre intrigue et style, les combinaisons sont infinies et c’est bien pourquoi le roman est inépuisable, quelle que soit sa forme.

ND: Votre roman est une vaste réflexion sur la création. Le fait divers qui alimente le suspense de votre roman vient-il d’un article lu dans la presse? Ou est-il déformé? Votre héros se dit réfractaire à piller la vie des autres, soulignant le danger de « se couper d’eux ». Que pensez-vous de vos confrères qui s’emparent de ces sujets?

SJ: Le fait divers est un véritable combustible de la littérature, et de la fiction au sens large.

Ce livre est la combinaison de plein de faits réels, d’anecdotes personnelles, de souvenirs, de rencontres, de personnages réels, de sites réinventés ou géographiquement déplacés, un mélange aussi de souvenirs, de lectures aussi, il faut des matériaux de toute sorte pour bâtir ce roman…

Le fait divers, j’aime le retrouver sous la plume des autres, avec tout de même cette réserve, de ne pas aborder le fait divers à chaud, les vérités sont toujours longues à décanter.

ND: Au coeur de votre roman, on sent, tapie, une certaine violence, qui contraste avec la douceur, la tendresse qui dominaient dans L’ Amour sans le faire.

Il y a L’écrivain national, exaspéré d’être espionné ou soumis aux interrogatoires.

Les circonstances du meurtre et de l’achèvement de la victime.

Et cette machine broyeuse affolante, cette rage à noyer les jerrycans..

Sans oublier certaines scènes d’amour avec Dora, torrides, voire sauvages.

ND: Nos vies sont faites de ça, de périodes plus paisibles et bienfaisantes, et d’épisodes où l’on est beaucoup plus « secoué ».

Là j’avais envie de secouer mon personnage, le décor, la forêt. La forêt aux abords de l’hiver, appelle cela en quelque sorte. Je ne voulais pas une forêt idéale au calme profond. Il y a toute une vie dans une forêt, autonome, comme dans un monde à part.

Pareil pour la campagne, je voulais ce contraste entre ce que l’on peut projeter d’une campagne paisible et rassérénante, et ce que mon personnage va en fin de compte y trouver: des hommes, des femmes, des conflits d’intérêt et des enjeux de territoire… ça existe ça, dans la vie. Souvent on se bat pour de simples questions de territoire.

Et le bois, le travail du bois, c’est quelque chose de féroce, abattre un arbre c’est lutter contre les éléments, ça met en oeuvre des machines, des forces, des usines, qui dépassent l’homme….

d’où cette référence amusée à Milon de Crotone à la fin…. !

ND: Ce qui n’est pas sans bousculer le lecteur qui reçoit de plein fouet cette charge. Doit-on y voir la rumeur d’une société plus violente, de tout ce que les médias nous assènent?

SJ: Disons que le monde de la nature, de la campagne traditionnelle, n’est pas moins violent ou ombrageux que l’autre. Le citadin.

ND: Martin Melkonian déclare dans son recueil d’aphorismes , Traces de secours: « L’écriture- pour l’offrande. La lecture-pour la trace. La parole-pour le relais ».

Avez-vous l’impression d’ offrir un cadeau à votre lectorat à chaque nouveau livre?

Quelle trace souhaitez-vous que l’on garde de L’écrivain national?

SJ: Je veux que les lecteurs, si possible nombreux, s’y lancent, s’y baladent, puis s’y fassent peur, et que finalement ils soient rassurés par la présence des autres… tant ils seront nombreux ! Enfin, je rêve là. Mais toujours est-il que c’est un livre que j’ai écrit en pensant au lecteur, le fait de le sentir là, derrière mon épaule, faisait que je pouvais davantage l’emmener là ou là, sur de fausses pistes, élaborer l’intrigue.

ND: Pour vous, les années précédentes, cela semblait irréalisable de commettre un roman de format plus conséquent.

Vous êtes-vous lancé un défi avec L’écrivain national, qui compte 400 pages?

Avez-vous eu besoin d’écouter de la musique pendant la rédaction de votre roman?

SJ: J’écoute de la musique, si je n’arrive pas à susciter assez fortement une émotion, ou une image. La musique comme une béquille. Mais bon, c’est un peu comme l’alcool, ça peut brouiller les choses, ça peut exalter la réalité du texte, lui donner plus de vie qu’il n’en a vraiment. J’écoute par phases, assez peu. Pour celui là en tous cas.

400 Pages, il fallait de la place, du souffle, pour parler à la fois d’un auteur, d’un fait divers, d’une communauté entière aux prises avec ses enjeux et ses rivalités, parler aussi des décors, et de cette vie sociale de l’auteur, de l’écrivain, telle que je la vois aujourd’hui, retranscrire toutes ces rencontres en librairie, en collège, en bibliothèque, ces ateliers d’écriture…

Un écrivain ce n’est pas seulement un être qui écrit, c’est aussi, quelqu’un qui va vers les autres pour parler soit de ses livres, soit pour les faire parler d’eux; les autres… !

ND: Vous situez votre écrivain national en résidence. En ce qui vous concerne, avez -vous rédigé une partie de ce roman en résidence d’auteurs ou non?

Où était-ce? Comptez-vous en faire d’autres?

Parmi les missions que vous avez effectuées, lesquelles sont les plus gratifiantes?

SJ: Oui, j’en ai fait, des résidences plus ou moins longues, et des dizaines de rencontres en librairie, et beaucoup d’ateliers d’écriture aussi, un peu partout. Quelques rares fois à l’étranger.

ND: La nationalité hongroise de Dora vous a certainement été inspirée par vos séjours en Hongrie, je suppose. Parlez-vous quelques rudiments de cette «  langue totalement incompréhensible, pas devinable »?

SJ: La nationalité de Dora est essentielle. Elle est un mélange de réelles personnes, rencontrées en Hongrie, et cet exotisme total de la langue, et d’une certaine façon, de leur regard sur le monde. C’est un pays fascinant, ou le passé insiste un peu, ou des peurs et des rêves cohabitent parfois douloureusement, toujours au bord d’un désenchantement.

ND: Votre « écrivain national » confie ne «  jamais écrire dans les cafés ». Pouvez-vous écrire n’importe où?

SJ: Non !

ND: William Burroughs disait d’un écrivain, «  c’est quelqu’un qui y est allé, sur le terrain ».

Avez-vous parcouru cette forêt de Marzy pour camper le décor de façon si réaliste?

Vous brossez la nature comme un peintre. Quel est votre rapport à l’art?

SJ: Oui, j’aime me balader en forêt. Mes grands parents en vivaient. La forêt dont je parle est en gros, celle du Morvan, avec une scierie que je connais, mais dans le sud-ouest, j’ai déplacé quelques maisons aussi pour les intégrer à mon décor.

C’est un travail de composition aussi, comme un peintre assemblerait plusieurs éléments de décor. J’avais aussi en tête des tableaux de Constable ou Rosa Bonheur. Je suis fasciné par les toiles de Rosa Bonheur, la vie qu’elle met dans les regards de ses boeufs !!! C’est un détail.

Et pourtant, ça vaut le coup d’aller à Orsay, y jeter un oeil…

ND: Vous évoquez la correspondance avec les lecteurs de votre protagoniste, dont certaines qu’il a dû couper. Quant à vous, les échanges avec vos lecteurs tiennent-ils, comme pour Amélie Nothomb, « une place énorme dans votre existence »?

Dans votre roman, L’écrivain national a tissé des relations privilégiées avec quelques lecteurs. On constate qu’elles peuvent être toxiques. Vous êtes-vous parfois retrouvé dépositaire de secrets, de confidences? Ou de devoir couper court à des échanges,comme Amélie Nothomb qui déclare avoir parmi ses admirateurs « des dingues, des furieux »?

SJ: Je ne gère rien, j’en ai bien peur. Pour le reste, bien venus sont ceux qui m’écrivent. C’est au moins le signe que le livre est en vie, quelque part, sous d’autres regards. Un livre c’est étrange. On l’écrit, puis il s’évapore sous forme d’exemplaires; devenu anonyme, mon propre livre devenu anonyme, échappé, parti… Alors qu’un musicien, un cinéaste, un peintre lors du vernissage, eux ils voient le regard que portent les autres, directement, sur leur travail. L’auteur lui ne voit rien. Il est bien rare de tomber sur quelqu’un dans la rue ou un train qui est en train de lire votre livre justement… Alors, le courrier, ça permet de juger de l’effet, c’est un signe de vie que vous envoie ce livre envolé !

ND: Philip Roth constatait en 2013 que « Le nombre des gens qui prennent la lecture au sérieux est en baisse », constatez-vous ce déclin lors de vos rencontres?

SJ: Non.

ND: Vous définissez « vos auditeurs providentiels », lors de vos rencontres, comme « un doux tribunal ». Votre héros sort déstabilisé de certaines rencontres, ce que l’on peut comprendre, vu le procès de ces « quatre zoïles vipérines ». Redoutez-vous les interviews ou les rencontres?

Comment réagissez-vous face à des lecteurs censeurs?

SJ: Non, je ne crains pas ça, au contraire, je le recherche. En général ça se passe bien, mais l’imprévu est toujours possible.

ND: Votre protagoniste multiplie des retards, pouvez-vous vous targuer d’être ponctuel? ( hors des problèmes de transport)

SJ: Je suis ponctuel.

ND: Vous arrive-t-il souvent, comme votre double, de trouver que vous n’êtes pas à votre place?

SJ: Souvent. Mais j’aime bien cette sensation.

ND: « Écrire, c’est se dénoncer », affirme votre héros. Pensez-vous que vos lecteurs seront capables de vous deviner, vous cerner, à la lecture de L’écrivain national?

SJ: C’est évident. Ce personnage m’a emprunté beaucoup, jusqu’à mes vêtements….

ND: Les auteurs ont souvent des objets fétiches. Philippe Jaenada ne voyage pas sans son sac matelot, Katherine Pancol dort avec un calepin et un crayon.

En avez-vous?

SJ: J’en ai tellement que je pars toujours avec une grosse valise. Et bien souvent, j’en trouve de nouveaux sur place…

ND: Vous êtes toujours en mouvement comme votre double qui déclare: « Bouger ouvre l’esprit », n’aspirez-vous pas à une pause? Comment s’annonce votre agenda 2014/2015?

SJ: Des rencontres j’espère, en librairie, et en salon du livre.

ND: A choisir, préféreriez-vous partager le thé avec Agatha Christie ou un whisky avec Alfred Hitchcock?

SJ: Je n’aime pas l’odeur du cigare…. !

Un incommensurable MERCI pour avoir accepté que je vous « grignote » de ce flot de questions, pour reprendre une de vos formules ( page110)?

Et souhaitons à votre roman la consécration qu’il mérite.

Ne manquez pas ce roman prometteur, et une fois découvert , savourez la remarque de Serge Joncour : « J’étais le vibrion septique sous le regard de Pasteur, L’ Amérique dans l’azimut de Colomb », « c’est dire que j’étais entré dans l’intimité studieuse de quelques-uns, que mes livres étaient passés de mon ombre à leur petite lampe, c’est vertigineux quand on y pense ».( page 47)

Pour conclure, Charles Dantzig voit la lecture comme un tatouage, et considère qu’un auteur est sauvé « si le lecteur en retient une, une seule ». Dans ce roman, c’est une pléthore de passages que l’on se surprend à surligner ou à recopier afin de les partager ( « Lire, c’est voir le monde par mille regards… ».

A votre tour de vous laisser hypnotiser par « L’ écrivain national », sauvé des eaux, de ce décor sous-marin, même si son Kangoo n’était pas amphibie.

(1): Lire aussi la chronique de Nadine Doyen sur :

L’écrivain national, Serge Joncour , Flammarion (400 pages – 21€)

Charlotte- David Foenkinos – roman nrf Gallimard ( 221 pages- 18,50€)

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RENTRÉE LITTÉRAIRE SEPTEMBRE 2014

  • Charlotte- David Foenkinos – roman nrf Gallimard ( 221 pages- 18,50€)

Un rappel pour les retardataires, d’autant que son auteur David Foenkinos décroche à la fois Le Renaudot et Le Goncourt des lycéens 2014. Félicitations.

A noter que c’est la première fois qu’ un auteur réussit ce doublé.

Que de chemin parcouru depuis le no 57 de Traversées (Hiver 2009- 2010).

Relisez ses nouvelles dans le no 72, juin 2014 et laissez-vous « charlottiser ».

Les prénoms semblent inspirer David Foenkinos. Après Bernard, voici Charlotte.

Mais qui est cette héroïne qui a hanté l’auteur pendant des années, au point de marcher sur ses pas, avant de coucher son destin sur papier ?

Comment et où a t’il débusqué cette graine d’artiste, considérée « un génie » ?

Au fil des pages, David Foenkinos fait des incursions pour nous révéler la genèse de ce roman, qui mit du temps à germer, travail de longue haleine. Il s’était d’abord intéressé à Aby Walburg et sa « bibliothèque mythique », conservée à Londres.

C’est en 2006 qu’il fit cette rencontre providentielle avec Charlotte Salomon au musée d’art et d’histoire du judaïsme. Il nous livre ses interrogations, ses doutes, sa quête du Graal pour s’imprégner des lieux où elle a vécu (son école, son appartement à Berlin, son quartier Charlottenburg, la maison de la riche américaine à Villefranche, le cabinet du docteur Moridis (son protecteur), l’hôtel de Saint-Jean-Cap-Ferrat, La belle Aurore). Il relate ses difficultés, essuyant parfois des refus ou découvrant que l’accès au jardin de L’Ermitage, autrefois « si accueillant », « à l’allure de paradis », dans lequel Charlotte a communié avec la nature, est « impossible ».

Les photos restent les liens de la mémoire, tout comme les lieux, les murs sont « les témoins immatériels du génie ».

Cet éblouissement, ce foudroiement que David Foenkinos a perçu en découvrant l’explosion des couleurs chaudes, vives, des tableaux de Charlotte, il lui « fallait l’écrire ». On ne peut que le remercier, à juste titre, de ce partage.

Un choc tel que celui de Guy Goffette devant Bonnard.

Le lecteur est cueilli à froid par une ligne du prologue : « Une peintre allemande assassinée à 26 ans, alors qu’elle est enceinte », puis par ces phrases taillées au couteau, ne dépassant pas 73 signes qui déroulent sa vie chaotique, d’errance.

Cela donne un caractère abrupt qui lacère le lecteur, mais lui permet cette respiration indispensable, comme le confie David Foenkinos : « Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite », tant c’était oppressant. Il a donc beaucoup tâtonné avant d’aboutir à ce style admirable et inoubliable. En un mot : somptueux.

L’auteur remonte le passé de son héroïne (ses grands-parents), évoque la rencontre de ses parents, puis son enfance, bercée par la voix de sa mère (« une caresse »), baignée dans le culte du souvenir avec ces visites au cimetière. La mort, elle y est donc confrontée très jeune. N’a -t-elle pas appris à lire son prénom sur la tombe de sa tante ?

Orpheline, très jeune, un père accaparé par son travail, elle se retrouve chez ses grands-parents en France. C’est une cohorte d’épreuves que Charlotte va traverser : ostracisme, exil, perte de sa grand- mère avec qui elle avait tissé un lien fusionnel, camp de Gurs, humiliation, vie en huis clos, se terrant avec son mari, dénonciation…). Déchirante, cette scène d’adieu, sur un quai de gare, quittant son enfance, son père, et surtout Alfred, « son premier amour », le professeur de chant de sa belle-mère. Toutefois, des parenthèses romantiques ont illuminé sa vie : la promenade en barque sur le lac, « un endroit magique de Berlin » et la musique (Bach, Mahler, Schubert).

Son don pour le dessin devient une évidence, reconnu par un professeur. Elle suit des cours aux Beaux-arts, mais le climat antisémite l’oblige vite à se terrer.

Son talent, le docteur Moridis l’avait pressenti, d’où son injonction : « Charlotte, tu dois peindre ». Dessiner devient son exutoire, « nécessaire à la cicatrisation d’une vie abîmée ». Peindre pour ne pas sombrer dans la folie. Emportée par une fureur créatrice, extatique, comme Frida Kahlo, elle se raconte dans ses gouaches.

Elle ajoute « le mode d’emploi de son œuvre », sous forme de notes explicatives.

Quand le grand-père jette à la figure de Charlotte le secret familial et décline la litanie des suicidés de sa famille, on imagine la gifle que Charlotte prend au point de songer à ajouter son nom à cette liste. Séisme d’autant plus violent qu’elle découvre qu’on lui a menti. Sa vie n’était donc que mensonge, « cette histoire d’ange » un leurre.

On devine l’intention consciente de l’auteur de frapper l’esprit du lecteur.

A travers le destin de cette artiste, David Foenkinos balaye les heures sombres de l’Histoire depuis la première guerre (« une boucherie des tranchées ») à « La nuit de Cristal ». Il rappelle qu’ « une meute assoiffée de violence dirige le pays. », en Allemagne, des barbares qui expédient les juifs à Drancy, puis à Auschwitz.

Des phrases phares ponctuent le récit : « Charlotte doit vivre », « La haine accède au pouvoir » ou cette phrase talisman : « La véritable mesure de la vie est le souvenir ».

Malgré la noirceur du sujet, cette biographie romancée de Charlotte Salomon reste

paradoxalement belle tant le regard de l’auteur est poétique, tendre, en empathie.

L’élégance du style impressionne, beaucoup d’implicite, surtout quand Charlotte nous quitte. Une porte se referme, la silhouette de Charlotte s’efface. L’auteur, avec délicatesse, respect, laisse place au non-dit. La littérature est là où le silence, l’indicible l’appellent. Mais on devine la révolte intérieure devant l’inéluctable.

Dans l’épilogue, on retrouve Paula et Albert, dévastés par la tragédie, détenteurs d’un bien précieux : les dessins de Charlotte, qui ont fait l’objet d’une exposition avant d’être légués au Musée juif d’Amsterdam.

Si « une œuvre doit révéler son auteur », dans ce roman on retrouve ce qui fait la touche, le charme, la somptuosité de l’écriture de David Foenkinos : la délicatesse , la pudeur des sentiments, même « Le dictionnaire est parfois pudique », les formules originales (« Il serait capable de se cacher entre les virgules », voire animistes : « On dirait qu’il est lui aussi en deuil » en parlant du sapin sombre), les éléments récurrents, à savoir les cheveux ( Alfred y plongeant son visage, tel un tableau de Munch) et les oreilles : « parfaits puits à confidences ».

David Foenkinos a su rendre attachante son héroïne, nous émouvoir et nous faire partager son émerveillement devant ses tableaux aux couleurs si éclatantes qui représentent, comme le confie Charlotte, toute sa vie. Le roman s’achève sur un gros plan de « Vie ? ou Théâtre ? », pétri de signes.(Souffrance, douleur, aussi espoir.)

David Foenkinos ressuscite son héroïne en lui offrant un tombeau de papier d’une beauté rare, servi par une écriture éblouissante. « La mémoire est la seule revanche sur la mort », confie Martin Suter. Ce roman appartient à la catégorie de ces livres qui agissent même quand ils sont fermés et fait du lecteur « un pays occupé ». Charlotte, un prénom sauvé de l’oubli qui fédère déjà un actif réseau d’adeptes.

David Foenkinos signe un roman intense, émouvant, qui met en lumière le talent de cette artiste allemande trop méconnue. Un challenge audacieux, incontestablement réussi, marquant une rupture avec les romans précédents, bien qu’entre les lignes cet opus couvait. A lire avec en fond sonore la musique de Schubert ou celle de Sophie Hunger, comme le préconise la talentueux David Foenkinos.

 

©Nadine DOYEN

Les Falaises de Wangsisina de Pavan K. Varma traduit de l’anglais (Inde) par Sophie Bastide-Foltz – Actes Sud, mars 2014. 240 pages, 21 €.

  •     Les Falaises de Wangsisina de Pavan K. Varma traduit de l’anglais (Inde) par Sophie Bastide-Foltz – Actes Sud, mars 2014. 240 pages, 21 €.Les Falaises de Wangsisina de Pavan K. Varma traduit de l’anglais (Inde) par Sophie Bastide-Foltz – Actes Sud, mars 2014. 240 pages, 21 €.

     

     

« Resserre ton monde et regarde comme il s’étend

Un œil plein de ciel, un monde dans tes bras »

Nida Fazli

Voici un roman rafraîchissant, profond, drôle, d’une haute teneur en vitamines spirituelles, dans la trame duquel viennent très naturellement s’insérer des fragments de ghazal, la poésie indienne :

Ce que nous appelons le monde est un jouet magique :

Un tas de sable quand on l’a, une pièce d’or quand on le perd

Un roman qui propose sans avoir l’air un enseignement précieux, imprégné de sagesse hindoue et de philosophie bouddhiste, en équilibre sur le fil fragile entre dukkha, la tristesse et ananda, la joie.

Au départ, Anand est un jeune et brillant avocat de New Delhi, qui a tout sacrifié à une ambition qui ne le mène à rien, sinon à être le pantin d’un associé moins compétent que lui qui l’humilie et se prend pour le patron. Aussi quand Anand apprend brutalement qu’il est atteint d’un cancer du pancréas et n’en a plus que pour quelques mois, il apprend aussi dans la foulée que sa femme le quitte pour épouser Adi, cet associé justement, dont elle est la maîtresse. D’un coup, tout s’effondre en lui et autour de lui. Passés le choc, la colère et le refus de se savoir condamné et abandonné de surcroît, mourant, par sa femme pour son meilleur ennemi, ce chaos total lui ouvre les yeux sur ce qu’a été sa vie jusque là, le non-sens de sa vie et de l’univers factice dans lequel il évoluait. Il réalise avec cet arrêt obligatoire combien il est passé à côté de tout, pour courir après des chimères, plus qu’amères à l’heure où il s‘en rend compte.

Il n’y a qu’aux êtres condamnés qu’est donnée la lucidité de voir à quel point ce qui leur avait paru important n’est que foutaise.

Anand cependant, nourri de poésie indienne, commence à entrevoir les prémisses d’une paix dans l’acceptation de ce qui est. Aussi, quand son médecin le rappelle pour lui dire qu’en fait, il s’était peut-être trompé, et que suite à une opération, il s’avère qu’effectivement ce n’était pas ce qu’on pensait, c’est comme une nouvelle naissance pour Anand, et cette fois il est bien décidé à vivre vraiment. Pleinement.

Il règle ses comptes, soulage son cœur et ne retourne pas travailler, refuse même de nouvelles offres encore plus avantageuses et comme il en a pour l’instant les moyens, il décide de ne rien faire, laissant ainsi son esprit se tourner vers des questionnements plus spirituels. Il prend enfin ce temps qu’il ne s’était jamais accordé, ni à lui, ni à sa femme, pour flâner, méditer, observer, humer et se laisser guider par l’instant présent. Ses pas le mènent ainsi plusieurs fois auprès du tombeau d’un grand saint soufi indien. C’est là qu’il fera la rencontre de l’ambassadeur du Bhoutan, rencontre qui va le propulser dans une toute nouvelle et très surprenante direction.

C’est là-bas, dans ce pays à la nature extraordinaire, où le bonheur national brut remplace le PIB, où les façades des maisons et des temples s’ornent d’imposants phallus magnifiquement colorés, que sa renaissance va vraiment avoir lieu, grâce à une vallée merveilleuse, à une rivière qui court aux pieds de falaises vivantes et de deux femmes. L’une, Chimi, sera celle qui lui louera une petite maison dans cette vallée et qui l’initiera à l’esprit des lieux. L’autre, Tara, est une Indienne comme lui, qui veut laisser définitivement derrière elle le monde et son lot de douleurs et de déceptions, en devenant nonne dans un monastère tout près de là. Anand va tomber fou amoureux d’elle, mais Tara ne veut pas renoncer à son vœu.

Leur rencontre étonnante avec un disciple de Drukpa Kunley, ce yogi tantrique tibétain du XVIe siècle, connu sous le nom de « fou divin », initiateur irrévérencieux, en apparence, d’une sage philosophie de liberté fondée sur le rire et le sexe, va les bouleverser tous deux et les emmener au plus près de la connaissance de soi et peut-être aussi au plus près d’ananda.

Ô Khusro, la rivière de l’amour suit sa propre loi

Ceux qui l’ont traversée s’y sont noyés à coup sûr

Ceux qui s’y sont noyés l’ont traversée

Amir Khusro

Il n’y a pas à hésiter, c’est un livre dans lequel il fait très bon plonger !

©Cathy Garcia

 

Pavan K. Varma

Pavan K. Varma

 

Diplomate, essayiste, traducteur, Pavan K. Varma est aujourd’hui ambassadeur de l’Inde au Bhoutan. Actes Sud a déjà publié Le Défi indien (2005, Babel n° 798), La Classe moyenne en Inde (2009) et Devenir Indien (2011). Les Falaises de Wangsisina est sa première incursion dans la fiction.

Virginia Woolf, « La promenade au phare »

La promenade au phare

  • Virginia Woolf, « La promenade au phare », roman traduit de l’anglais par M. Lanoire, préface de Monique Nathan, stock, Livre de poche, 1927.

La promenade au phare s’ouvre sur un tableau, celui que tente de peindre Lily Brescoe, le portrait de la famille Ramsay dans sa propriété de vacances au bord de la mer. Lire ce fabuleux livre de Virginia Woolf revient à entreprendre la fabuleuse traversée de phrases comme des vagues ou des coups de pinceaux toujours de plus en plus précis, onctueux de matière, de couleurs, d’ombres et de lumières. Lire revient à envisager l’écriture comme s’il s’agissait de se mettre à peindre un tableau. Un tableau en trois dimensions qui prend comme point de départ la question : « Irons-nous demain faire une promenade au phare ? » ou autrement dit « Quel est le but de la promenade qu’est la vie ? » « S’agit-il vraiment d’atteindre le phare, le but final qui illuminerait la vie et qui semble si difficile à atteindre tant les tumultes, les difficultés rencontrées en chemin semblent le plonger dans la brume ? »

Les personnages du roman ont a répondre aux mêmes défis que nous les lecteurs, trouver la voix qui nous libère et nous permet malgré les contraintes qu’impose la société, l’éducation, l’épreuve de la maladie, de la guerre, du temps qui passe à atteindre cet endroit intime au plus profond de soi qui comme un phare est l’axe autour du quel tourne notre identité personnelle.

Le livre comprend trois grandes parties dont la première, « La fenêtre » dresse le cadre, rassemble des personnages dans lesquels on ne peut s’empêcher de retrouver le reflet de Virginia Woolf elle-même. Mrs Ramsay mère attentive et attentionnée envers ses huit enfants et la neuvième plus dépourvue Lily, épouse à la fois sensible et soumise à son époux Mr Ramsay, maitresse de maison bienveillante et attentive pour ses hôtes. Rien n’altère l’harmonie dont elle est responsable. Mr Ramsay est un père absent et quelque peu tyrannique, époux égoïste dont l’amour propre doit toujours être rassuré par la sympathie qu’il demande à sa femme. Dans cette première partie, la trame générale de l’histoire, ne cesse de s’enrichir de phrases qui comme des éclats du temps qui passe, qui constitue aussi ce qu’il y a de plus éphémère et pourtant si nécessaire à accomplir la vie quotidienne. Virginia Woolf met bout à bout, ou superpose, ajuste les éléments de son roman, les phases d’une lente méditation inondée de poésie où l’action a si peu de place.

La deuxième partie du livre fait une parenthèse de dix ans. Dix ans pendant lesquels on apprend la mort de Mrs Ramsay et de deux de ses enfants, dix ans pendant lesquels la maison de vacances se vide, se détériore pour nous confronter à l’inéluctable fuite du temps et au chaos que vie et mort se mélangeant orchestrent sans que nous puissions avoir le moindre impact sur lui.

La troisième partie Le Phare, semble reprendre la phrase non terminée de la première partie, Lily Brescoe et avec elle, Virginia Woolf et ses lecteurs reprennent les pinceaux pour terminer le tableau commencé dix ans plus tôt. Saurons-nous rétablir l’harmonie perdue ? Alors que Mr Ramsay sur le bateau dont il a confié la barre à son fils James atteint le phare, Lily termine son tableau. Mais vu du phare, la maison n’est plus qu’un point qu’il est presque impossible de reconnaître comme le point du départ du voyage et le bateau vu du jardin lorsqu’il atteint le phare n’est plus qu’un trait très mince qui pourtant finit par symboliser une réconciliation, une réponse à un espoir. La vie s’écoule, nous échappe, et la mort nous surprend, nous suspend jusqu’à ce que la vie nous embarque à nouveau sur ses vagues et nous balance d’un petit miracle quotidien à un autre.

Quand paraît « La promenade au phare », Virginia Woolf a 45 ans et est une auteur reconnue et appréciée et des critiques et des lecteurs. Elle a publié « Croisière », « La nuit et le jour », « La chambre de Jacob » et surtout « Mrs Dalloway ». Elle dira de « La promenade au phare » qu’il est probablement le meilleur de ses romans. Je partage cet avis tant ce roman m’a révélé quelques principes fondamentaux de la création littéraire qui consistent à laisser évoluer librement de phrase en phrase le lecteur autour d’une structure stable et claire dont on aura supprimé toute lourdeur superflue comme pour une plante à laquelle on souhaite de grimper légèrement vers la lumière. Toute lecture est un travail d’écriture, écriture qui progresse à côté de celle de l’écrivain qui comme un jardinier laisse grandir dans notre jardin personnel une fleur étrange et imbibée d’un univers qui régale l’existence.

©Lieven Callant

Service de presse n°32

Service de presse n°32

Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

  • Les cahiers Pouchkine, Jean-Charles Beaujean, poésies, éditions Persée, 2013 :

    • Le mot de l’éditeur :

Paru récemment, l’ouvrage de Jean-Charles Beaujean, auteur de Belgique, est un florilège de textes poétiques enchanteurs et captivants. La forme originale de cet ouvrage transporte le lecteur entre poésies en vers libres, prose, nouvelle et fables poétiques. Certaines poésies en prose illustrent également, dans un chapitre, certains tableaux de l’artiste peintre Philippe Waxweiller. Ce recueil est un véritable hymne à la poésie et à l’Art.

  • Le 4ème de couverture :

Solidaire d’une société décalée dont elle vit sans relâche les souffrances, la poésie incarne à elle seule toute la condition humaine. Bonheurs interrompus, rires incontrôlés ou larmes de sang, le chantre conjure aujourd’hui encore la valse des « maux » à la lumière éparse de ses rêves…

Les Cahiers Pouchkine vous proposent un florilège de poésies réalisées en grande partie les yeux fermés. L’écriture qui en résulte ne fut qu’une suite d’intuitions couchées aussitôt sur une page blanche…

  • L’auteur :

Après une longue expérience dans le domaine commercial, Jean-Charles Beaujean décide de se consacrer à la littérature. Entre-temps, il crée sa propre société de coaching en relevant le défi de mener de front ses deux passions : la littérature et la formation d’entreprise.

  • De loin, suivi de Nébo, Rachel ; traduit de l’hébreu par Bernard Grasset ; éditions Arfuyen, 2013 :

    • Le 4ème de couverture :

En 2013 a paru dans la même collection la traduction du premier recueil de Rachel, Regain (1927). Bernard Grasset, grâce à qui cette œuvre était pour la première fois présentée au public francophone, propose ici la traduction des deux autres recueils de Rachel : De loin (1930) et Nébo (1932), publié un an après sa mort.

Née en Russie en 1890, Rachel est l’une des grandes pionnières de la littérature hébraïque moderne. Alors que, durant des siècles, l’hébreu n’avait servi qu’à la transmission du patrimoine religieux, il retrouve un second élan avec l’existence de communautés juives en Palestine. À nouveau, il est parlé dans la vie quotidienne. Alors que la poésie était demeurée l’apanage des hommes, l’écriture de Rachel rencontre immédiatement une large audience et joue un rôle essentiel dans l’adaptation de la langue hébrïque au monde moderne.

La Bible est la racine de la poésie de Rachel. Marquée par son vocabulaire et par sa thématique, elle en vient à regarder sa propre existence à travers celle des personnages bibliques. Ainsi de Rachel, d’Anne, d’Elie, de Mikhal, de Jonathan. Ainsi de Job à qui elle aime le plus à se référer : souffrant et attendant comme lui, dans la nuit du doute, que vienne la guérison.

Parlant d’elle-même, c’est la condition humaine que peint Rachel, et non pas certes de manière abstraite, mais, comme dans l’Ecriture, très concrètement, par la main (yad), le regard (‘ayin), la voix (qol). Il s’agit ici d’une poésie réduite à l’essentiel : un « chant de mille oiseaux », un chant de souffrance et de joie, un chant de l’être en exil et de la lumière. Pour qui a souffert et éprouvé l’intense scintillement du lointain azur, les ornements du langage sont inutiles.

Telle est l’expérience tragique et radieuse de Rachel, très proche au fond, dans un destin pareillement brisé, de celle d’Etty Hillesum, dont la mère Rébecca était née en Russie neuf ans avant la poétesse (en 1881) pour s’exiler non pas en Palestine mais aux Pays-Bas.

  • La demoiselle de massepain/Duduca de marţipan, Doina Ioanid ; édition bilingue français-roumain ; traduit du roumain par Jan H. Mysjkin ; Atelier de l’agneau ; collection transfert, 2013 :

    • Extraits de la préface de Jan H. Mysjkin :

Aussi intimement que ses poèmes puissent être ancrés dans sa vie, Doina Ioanid ne se limite pas aux faits autobiographiques, mais les mélange d’une manière souvent étreignante à des images venues de « l’irréalité immédiate ».

Les poèmes en prose de Doina Ioanid puisent leur force dans cette conjugaison de notations tantôt ordinaires, tantôt oniriques, ou plutôt dans le choc de ces images surréelles ou irréelles sur fond d’un réalisme sec.

  • L’auteure :

Doina Ioanid est née en 1968 à Bucarest. Pendant ses études de langue et de littérature roumaines et françaises, elle était membre du cercle littéraire « Litere » dirigé par Mircea Cărtărescu. Secrétaire de rédaction de l’hebdomadaire Observator Cultural, elle a publié cinq livres. Le premier, La demoiselle de massepain, en 2000, a obtenu le prix « Prima verba » en Roumanie. C’est aussi la première traduction en français de cet auteur, invitée au Salon du Livre de Paris 2013. On peut la lire dans les revues Seine et Danube, Conférence, Europe et Le Fram.

  • Nom de plume : Oiseau, Michel Duprez ; poèmes, 2013 :

    • L’auteur :

Né à Charleroi (Belgique) en 1950, Michel Duprez, auteur de plusieurs ouvrages de poésie et ancien collaborateur à des revues et quotidiens régionaux tels que 4 Millions 4, Marginales, L’Ethnie française, La Nouvelle Gazette/La Province ou Le Journal & Indépendance/Le Peuple, vit aujourd’hui à Forchies-la-Marche, dans l’entité de Fontaine-L’Evêque.

  • Le parapluie rouge, Patricio Sanchez ; poèmes ; préface de Jean Joubert ; éditions Domens, 2011 :

    • Vu par Jean Joubert :

Un porte-parole de la dictature condamnait en ces termes les écrivains exilés : « Quelques lâches, à Paris, s’obstinent dans leur éternelle nostalgie et écrivent de la poésie. » Pourtant la poésie restait l’un des recours contre la tyrannie et la violence. Elle résistait, à sa manière. Face à l’étouffement de la pensée, elle affirmait la primauté de la vie. Patricio Sanchez en témoigne, qui exprime tour à tour sa révolute et une célébration de ce que les surréalistes appelaient « le merveilleux quotidien ».

  • L’auteur :

Venu d’ailleurs, Patricio Sanchez est né en 1959 au Chili, où il a passé son enfance et son adolescence. Exilé politique à dix-sept ans, sous la sinistre dictature de Pinochet, il séjourne à Paris, en Espagne, aux Etats-Unis. Naturalisé français en 1993, il s’établit avec son épouse et ses trois filles dans un village de la garrigue languedocienne, à proximité de Montpellier. Il enseigne la littérature hispano-américaine à l’université de Nîmes.

  • Traversée, Marie-Hélène Lafon, Creaphis éditions et Fondation Facim, collection Paysages écrits, 2013.

    • L’extrait :

« La géographie est au sens premier du terme

une écriture de la terre, on ne saurait mieux dire,

ça m’écrase d’évidence ; l’immuable géographie

de mes livres dessine un pays archaïque, un pays haut,

pelu, bourru violemment doux, ardemment rogue,

perdu et retrouvé toujours, quitté et lancinant. »

  • La collection « Paysages écrits :

Chaque année, la collection invite un auteur contemporain à composer un texte inédit en toute liberté en s’inspirant de ses paysages familiers, qu’ils soient intimes ou géographiques.

Les revues suivantes :

  • Art et poésie de Touraine n°217, été 2014 :

  • La Braise et l’étincelle n°112, juillet 2014 :

    • Hommage à la Marseillaise ; émouvant témoignage d’Adrien Cannaméla : coup de grisou en Turquie ; deux curieuses conférences de Franck Viguié ; rubriques habituelles…

  • Le Gletton n°459, juin 2014 ; n°460-461 (Chemins de traverse : Habay-la-Vieille et Houdemont).

  • Portique n°95, juillet 2014 ; revue de création poétique, littéraire et artistique, membre de l’Union des Poètes Francophones :

    • Chris Bernard ; Stephen Blanchard ; Jacques Canut ; Joël Conte ; McDem ; Jean-Pierre Parra ; Erich von Neff…

  • Rose des temps n°32, printemps 2014 ; revue de l’association Parole & Poésie ; prix de la presse poétique 2012 de la Société des Poètes Français:

    • Max Jacob ; Benjamin Fondane ; Yvette Llères-Bonnaric ; Johanne Hauber-Bieth ; Jean-François Blavin ; Gabriel Eugène Kopp ; Howard Mac Dulinthe ; Louis Savary ; Korinna ; Nicolas Saeys ; Léna Le Flao ; Michelle Caussat ; Claude Lefort ; Olivier Millot ; Aumane Placide ; Patrick Picornot…

Les auteurs de Traversées ont aussi été publiés :

  • Alain Bertrand : L’Eté sous un chapeau de paille ; éditions Weyrich ; collection Plumes du Coq, 2014 :

    • Le livre :

« Les vacances ? Fuir de chez soi en croyant s’évader de soi. »

Trente-sept petites chroniques de vacances dues à la plume savoureuse d’un digne héritier de Blondin et de Vialatte. De drôles d’histoires drôles sur les mœurs de l’homo touristicus, ses rites, ses migrations vers le Sud…

« Certaines peuplades ne vivent que par beau temps. De ces privilégiées, on dit qu’elles ont tout – les jambes des filles et les brugnons mûris sur le pêcher. »

  • L’auteur :

Alain Bertrand (Gand, 1958 – Bastogne, 2014) est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, notamment Lazare ou la lumière du jour (Le Temps qu’il fait), La lumière des polders (Arléa), On progresse (Le Dilettante), Je ne suis pas un cadeau (Finitude) ou Jardin botanique (Le Castor astral). Son roman Le lait de la terre a paru dans la collection « Plumes de Coq ».

  • Éric Chassefière : Le peu qui reste d’ici ; poèmes ; éditions Rafael de Surtis ; collection Pour une Terre interdite, 2014 :

    • L’extrait :

Crépuscule

Serré dans l’absence des morts

le jardin attend la nuit

les lampes brillent dans les carreaux

sous les arbres le ciel bleu

hume la main muette d’un oiseau

  • Valentine Goby : L’échappée, Gallimard, 2007 ; Folio, 2008 :

    • L’extrait :

« Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l’avenue Janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d’immeubles en ruine, pendant des semaines c’étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j’imagine que c’était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n’ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j’étais terrée dans un couvent mais je sais tout, ils m’ont fait ce que la guerre leur a fait. »

  • Le 4ème de couverture :

L’échappée ou le destin d’une jeune paysanne bretonne coupable d’avoir aimé un pianiste allemand pendant l’Occupation. Avec ce quatrième roman, Valentine Goby signe un livre tragique et puissant sur l’identité et la liberté.

  • Abdellatif Laâbi : Les rides du lion, roman ; Minos & La Différence, 2007 :

    • L’auteur :

Né à Fès, en 1942, Abdellatif Laâbi est l’un des écrivains marocains les plus importants de sa génération. Il fonde en 1966 la revue Souffles, qui a joué un rôle considérable dans le renouvellement de la culture au Maghreb. La revue est interdite en 1972 et Laâbi emprisonné. Libéré huit ans plus tard, il s’exile en France en 1985. Son œuvre plurielle (poésie, roman, théâtre et essai) prend au fil des années la place première qui est la sienne.

  • Le livre :

Partant de son vécu personnel, Abdellatif Laâbi affronte dans Les Rides du lion une fêlure liée à la condition humaine que l’exil peut, selon les circonstances, engendrer en tout un chacun : bannis sans espoir de retour au pays d’origine, déplacés en quête de liberté ou de survie, chercheurs d’altérité et autres rebelles aux consensus. La littérature a depuis toujours scruté cette fêlure au point d’en faire l’un des lieux féconds de l’écriture. Mais rarement son effet de cataclysme sur la perception de soi et du monde a été aussi minutieusement disséqué que dans le récit que nous en offre Laâbi. Qui plus est, l’auteur réussit ici le tour de force de chahuter le désarroi et le sentiment tragique qu’une telle expérience provoque par une dérision proche du sacrilège. Pour parvenir à ses fins, l’écrivain-narrateur (Aïn), plutôt poète, s’aide d’un double caricaturiste (Hdiddane), davantage versé dans la fiction. Ils rédigent à quatre mains et cultivent l’ubiquité pour aboutir à un texte hors norme où l’aventure d’écrire et celle de vivre se réclament des mêmes exigences.

  • Werner Lambersy : Déluges et autres péripéties ; La Porte, 2014.

  • Yves Namur : Ce que j’ai peut-être fait ; choix de poèmes ; préface de Lionel Ray ; éditions Lettres vives ; collection Terre de poésie, 2013 :

    • Lionel Ray, extrait du Don de l’ombre :

La démarche d’Yves Namur me rappelle cette leçon professée par Mallarmé selon Paul Claudel : devant toute chose se demander non pas ce que c’est mais « qu’est-ce que cela veut dire ? »

D’où souvent dans la poésie d’Yves Namur, toute de tension et de retenue, cette hantise du manque, du vide, de l’absence. Sans négliger que c’est à partir de rien que le poète en fin de compte construit quelque chose. Leçon de Du Bellay, de Racine (« toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien »), de Flaubert, de Mallarmé (« Rien » est le premier mot de ses Poésies : « Rien, vierge vers… »).

Ce qui pour moi est aussi une marque d’excellence, et que cette belle anthologie affirme, c’est le refus de l’éclat, la sourdine en quelque sorte, le côté verlainien ou le refus des richesses trop apparentes. Mais l’importance accordée à la voir, à l’écho, au vibrato intime qui fait qu’une poésie comme celle d’Yves Namur ne ressemble qu’à elle-même…

  • Yves Namur : La tristesse du figuier ; prix Mallarmé 2012 ; éditions Lettres vives, 2012 :

    • L’extrait :

« Demain, dis-tu, est un autre jour,

Où

Mourir n’est pas une mince affaire

Et où vivre

Ne sera pas non plus chose facile.

Demain est tout simplement une autre histoire,

Où il n’y aura pas de place pour Dieu

Et ses amours,

Où regarder devant soi

Relèvera peut-être de l’exploit,

Où nous chercherons comme tous les hommes à savoir

Qui nous sommes ou qui nous devenons,

Où on dira peut-être

Ce que j’ai fait et comment je suis mort. »

Patrice Breno – Août 2014