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Les yeux de Milos, Patrick Grainville, roman, Seuil.

Chronique de Nadine Doyen

Les yeux de Milos, Patrick Grainville, roman, Seuil.


Date de parution 07/01/2021
21.00 € TTC
352 pages
EAN 9782021468663 

Ceux qui ont lu Falaise des fous de Patrick Grainville  ont déjà été séduits par son écriture flamboyante et connaissent son goût pour la peinture, la mer et les mots, « ses seules armoiries ».

Dans ce roman on change de cadre, on quitte la Normandie pour la côte d’Azur, Antibes, cette ville dominée par le château Grimaldi, qui abrite le Musée Picasso, et où on peut admirer des sculptures de Germaine Richier. Sa terrasse ouverte offre une vue panoramique sur « La corne d’abondance de la Méditerranée qui dégorge sa jarre de lumière ». Éblouis, nous sommes, aveuglés même par ce « bleu de démiurge, bleu de Cyclades… ». Quoi de plus naturel de s’intéresser aux sommités de sa ville natale pour les protagonistes du roman.

L’Académicien met en scène Milos qui doit son prénom à une île des Cyclades où sa mère Myriam a vécu sa première aventure amoureuse initiatique. Le titre met en exergue les yeux du protagoniste, car à 10 ans, il était considéré comme « un phénomène » à cause de ses yeux bleus d’une beauté absolue, de son regard foudroyant «  d’un bleu royal, d’azur irréel « qui «  happait l’attention ». 

On suit sa scolarité, il est placé en établissement privé à la suite d’une agression. Excellent élève.

Le bac en poche, il s’oriente vers des études d’archéologie et de paléontologie. Marine choisit des études d’anglais.

Beaucoup de mystère quant à l’impact de son regard, à son port de lunettes fumées. Il prend conscience de son rayonnement lors d’une chute/glissade  et croise le sourire d’une douceur angélique de Marine dont il tombe amoureux. Marine qui devra s’accommoder d’être «flanquée de ce mystère d’homme masqué » ou parfois se résoudre à porter elle-même un masque.

Milos est présenté par sa mère comme doté d’ un caractère intempestif, susceptible. Les séances de psy sont un échec.

Le coeur de Milos, aux lunettes d’aveugle, est écartelé entre deux femmes, l’amie d’enfance Marine et Samantha, amie de sa mère. Samantha, qui a rédigé une thèse d’histoire de l’art sur Picasso, nous dévoile une facette peu sympathique du Minotaure, amateur de femmes, au nombre  pantagruélique de maîtresses. Elle cherche à débusquer une histoire secrète sur cet « Andalou ithyphallique ». Elle relate ses frasques, « les cages dorées de ces héros de la libido ».C’est une galerie d’inconnues qu’elle a rassemblée dans un album qu’elle commente à Milos. Elle présente Picasso comme « un monstre, un démiurge, un vampire tentaculaire, mais aussi comme un génie ». Génie dans la cruauté, note le narrateur. On croise ses épouses et ses amantes et Muses les plus célèbres :  Dora Maar qui partage «  le grand Pan » avec la sensuelle Marie-Thérèse. La couverture du roman représente le portrait de Marie-Thérèse Walter que l’on peut voir au Musée Picasso de Paris. 

Le mouvement #metoo aurait eu de quoi réagir quant aux différences d’âge (70 ans pour lui , 20 , 19 ans pour elles). Femmes que le prédateur irrévérencieux a souvent broyées, poussées au suicide. 

Milos, qui se soumet aux désirs sexuels de Samantha a peur de  perdre Marine ! Celle-ci, fatiguée par les incartades de son amant, le somme de choisir et décide d’aller enseigner Outre -Manche. 

Son job au musée de l’Homme, lui permet de découvrir où Picasso et Nicolas de Staël ont vécu et peint et où ils sont exposés. « La tour Eiffel lui fait  du bien », tout comme la Vénus de Lespugne.

L’éloignement de Marine avait d’abord provoqué chez Milos un grand tsunami,mélancolie, dépression.  Mais très vite il se laissera envoûter par Vivie , « Minoenne de charme », qui le blessera gravement par jalousie une fois Marine revenue vers son cher Milos. Intermède qu’il avoue à Marine.

Certains peuvent être mal à l’aise devant la pléthore de scènes d’alcôve. Patrick Grainville n’a-t-il pas été catalogué comme « l’Académicien le plus  priapique » par les critiques du Masque et la Plume ?!

Le romancier excelle dans la peinture /la poétique des paysages. Il y a des lieux où on aimerait se poser, comme sur la terrasse ouverte du château Grimaldi ou près de la rivière Siagne. Pour Serge Joncour, « il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. » 

Suivre Milos sur les traces des peintres, « Pic et Nic », c’est s’éloigner d’Antibes pour faire halte à la plage de Garoupe, à Mougins, à Vallauris, Nice, passer par Paris, Deauville.  Milos et Marine enquêtent pour connaître le lieu exact où Nicolas de Staël  a peint Concert,  l’ultime tableau avant son suicide. Ils nous embarquent à Londres, dans les musées de la capitale comme la Tate Britain et le colossal British Museum, se prélassent dans St James’s park, longent la Tamise et partagent leur bonheur. Nouvel éblouissement devant les toiles de Turner, « le roi des peintres modernes » aux « paysages hallucinatoires ». 

En tant que futur archéologue, Milos explore le Périgord, les grottes, s’envole jusqu’en Namibie sur les traces de l’abbé Breuil pour voir « l’archive brute de la fresque de la Dame Blanche » dont il relate le mythe,il participe également à des fouilles à Monaco. En Espagne, il visite Altamira.

Dans cet ouvrage qui sent bon le midi s’exhalent des odeurs citronnées, de menthe, d’eucalyptus.

Pour profiter pleinement de ce roman foisonnant, truffé de descriptions de tableaux de deux maîtres, des lieux qu’ils ont fréquentés,  il est vivement conseillé de se procurer des livres sur les œuvres des deux peintres, afin de les voir de visu et de faire une escapade en images à Antibes et dans les autres lieux évoqués. Si vous nourrissez, comme Milos et Marine, « une fringale d’échappées, d’espace, d’extases inédites », vous serez comblés. Ils nous entraînent même à Java ! 

L’auteur multiplie les références artistiques, mythologiques et littéraires, il glisse du Baudelaire (« Ordre et beauté luxe calme et volupté ») et du F.Scott Fitzgerald ( « Tendre est la nuit »).

Le récit se termine par le rêve «  arfelu » et délirant de Milos, qu’il a consigné « pour le fixer ».

Patrick Grainville  signe un roman érudit où sont déclinés les portraits et destins de Picasso et de Nicolas de Staël de façon chorale, où se mêlent érotisme et lyrisme, servi par une langue recherchée et une écriture riche. Beaucoup de phrases nominales.Profusion de couleurs. Prodigieux.Lumineux !

On connaît le bleu Klein, il y a maintenant le bleu « séraphique » de Milos et le bleu de Staël ! 

Une invitation à déambuler dans les Musées. Un appel urgent à les voir nous ouvrir leurs portes ! 

©Nadine Doyen

Takiji Kobayashi, Le 15 mars 1928, traduit du japonais par Mathieu Capel, Éditions Amsterdam, juillet 2020,121pages, 12€.

Chronique de Lieven Callant

Takiji Kobayashi, Le 15 mars 1928, traduit du japonais par Mathieu Capel, Éditions Amsterdam, juillet 2020,121pages, 12€.

Le 15 mars 1928, les militants communistes et socialistes de la petite ville d’Otaru, sont par la police japonaise, arrêtés et emprisonnés de façon arbitraire. La presse de l’époque préfère se taire.

Takiji Kobayashi « figure majeur de la littérature prolétarienne japonaise » décide alors d’écrire un roman afin de documenter les évènements du 15 mars 1928.

Takiji Kobayashi commence son roman en adoptant le point de vue de l’épouse (O-Kei) d’un des militants arrêtés ce fameux 15 mars 1928. La description de l’intrusion en pleine nuit, de la police au domicile ne nous apparait que plus arbitraire et violente.

Toute la maison est fouillée jusqu’à la chambre de leur enfant qui terrifiée par les bruits de saccage préfère faire semblant de dormir. Á la violence quotidienne de la pauvreté s’ajoute celle de la répression policière.

Car la situation sociale et économique des militants est plus que déplorable. Les conditions de travail ruinent la santé des travailleurs qui disposent à peine de quoi survivre. Les habitations modestes sont à peine chauffées. Certaines familles n’ont pas toujours accès à l’électricité faute de pouvoir payer les factures. 

Il existe pourtant entre les travailleurs une réelle solidarité. Grâce à l’organisation syndicale naît chez certains l’espoir d’un avenir plus juste même si la route semble longue et qu’il reste encore du pain sur la planche pour alerter les consciences sur le sort des plus démunis.

—« Elle avait entendu dire que, lorsque les colonnes de fourmis changeaient d’habitat et trouvaient une rivière en travers du chemin, celles de devant pénétraient dans l’eau et s’y noyaient, en montant les unes sur les autres, de manière que leurs cadavres fassent un pont pour les suivantes. Nous devons être les fourmis de tête, disaient souvent les plus jeunes du syndicat. Et c’était bien cela qu’il fallait faire.

« Il nous en reste du chemin! »—P42

« Pourtant, personne ici ne paraît s’en soucier. Ça ne peut être vrai. Comment—alors que des dizaines, des centaines de gens mettent leur vie en jeu, non pas pour leur intérêt personnel, mais pour les masses prolétaires — comment peut-on y être si indifférent? »

« Pour qui son mari et les autres faisaient-ils donc tout ça? O-Kei éprouva étrangement un sentiment de solitude et d’insatisfaction. Ils sont en train de se faire avoir! Mais non, ne dis pas de bêtises, enfin! Une forme de tristesse pourtant ne la quitta plus, obstinée comme un taon. »

TaKiji Kobyaki opte pour placer la suite son récit au niveau de chacun des prisonniers. Pris individuellement, le sort inhumain qui leur est réservé révèle au lecteur l’aspect systématique de l’oppression, son caractère irrévocable, irrémédiable. N’importe lequel d’entre nous est susceptible de subir ce qui est infligé à RyūKichi, Suzumoto, WaTari, Sakanihi, Saito, Ishida, Shibata, Kudo ou Sata.

En prison, après la stupéfaction de l’arrestation arbitraire et l’incompréhension quant aux motifs illégaux qui tentent de la justifier, l’espoir de justice sociale s’estompe de plus en plus. À l’absence d’explications quand aux motifs et à la durée de leur arrestation s’ajoute la privation de sommeil. Les repères habituels disparaissent. La peur est permanente. 

« Sous la lumière de l’ampoule sale et terne, les contours de chacun s’estompaient, comme si ne bougeaient que des ombres. » P56

Les graffitis sur les murs de la cellule forment comme des dialogues entre les divers personnes passées par ces lieux. Un lien se forme entre prisonniers qui ont été enfermés à un moment donné, qu’ils aient ou non commis un crime. Toutes ces marques poursuivent le même but: le souvenir, comme si lutter contre l’oubli était désormais le seul espoir. La seule manière d’obtenir justice. 

Un des graffitis résonne d’ailleurs comme un haïku.

« Et me voilà aux mains de la police. Un homme bien triste » P69 

RyūKichi, « tue le temps » en écrivant lui aussi longuement sur les murs de la cellule:

« Nous, les travailleurs, on travaille et on travaille encore jusqu’à tomber par terre, et on est toujours aussi pauvres. Quoi de plus absurde! »

Un à un, les prisonniers sont interrogés et torturés.

« Quel visage?! Si tant est que ce soit encore un visage. Gonflé, violacé comme une aubergine pourrie. Un visage littéralement ravagé, et ce visage, mais n’était-ce pas celui de Watari? » p75

« Certains se retournèrent dans leur sommeil, des soupirs, des mots incompréhensibles éclatèrent çà et là comme des bulles de méthane à la surface d’un marécage. » p85

Peu à peu, de terreurs en horreurs, le piège se referme sur les prisonniers. 

« Chaque fois qu’il se retrouvait au commissariat, il finissait par éclater de rire à l’idée qu’en ville on puisse leur donner du « Monsieur l’agent » et les tenir pour des hommes remarquables qui préservent « paix », « bonheur » et « justice ». Au fondement de la pédagogie bourgeoise: la prestidigitation. Pour faire passer, auprès de la plupart des gens, le blanc pour du noir, ils étaient d’une habileté, d’une méticulosité qui forçaient l’admiration. » p90

« La torture matérialisait en tant que telle l’oppression et l’exploitation de la classe prolétarienne. » P92

De nouvelles limites que l’on croyait infranchissables sont dépassées par la torture physique qui s’éternise plusieurs heures. 

« Puis, quand s’achevèrent ces trois bonnes heures de torture, il fut jeté dans une cellule, comme de vulgaires abats. » P93

« Quand il se retrouva dans le couloir, titubant, appuyé à l’épaule d’un policier, sans plus savoir si son corps était bien le sien, il comprit désormais que tout ce qu’il avait pu imaginer ou redouter de la torture sans l’avoir jamais subie, ce qu’il avait pu anticiper de l’état misérable où vous plongeait tant de cruauté n’avait absolument rien avoir avec la réalité. (…) On crie : « tuez-moi, tuez-moi » mais sur le coup, en vérité ni la cruauté, ni la souffrance ne comptent plus. C’est plutôt cette tension extrême — oui, cette tension portée à son extrémité dernière. « Je ne vais pas en mourir », se dit-on: en tant que tel c’est exact. » p103

On comprend très vite que la vérité, l’obtention d’éventuelles informations pour les policiers et ceux qui les commandent n’est plus un but en soi. On veut détruire, on veut anéantir et faire ployer l’individu. 

Certains concepts comme la liberté, la justice, la légalité deviennent complètement flous. D’heure en heure s’assombrit la situation des prisonniers puis arrive le moment où un enfer cesse, certains compagnons sont libérés, d’autres sont transférés. Tous passent d’un enfer à un autre.

Le 20 avril, le commissariat d’Otaru est à nouveau vide et silencieux, subsistent sur les murs des cellules les graffitis.«N’oubliez pas le 15 mars 1928!»

Le roman se termine sans nous dire le sort qui sera finalement réservé aux militants transférés à Sapporo.

Le roman de Tajii Kobyashi m’a bouleversé tant ses récits résonnent avec l’actualité qui a révélé des violences policières systématiques à l’encontre d’une partie de la population en ces temps troubles d’état d’urgence sanitaire. La dérive autoritaire de nos dirigeants se fait toujours plus grande. Un climat de peur, de défiance de l’autre s’installe peu à peu. Nos libertés ordinaires sont rognées. 

Si ce roman se veut être le témoignage brûlant du sort réservé il y a presque un siècle aux opposants à un régime réactionnaire et d’une manière plus profonde du sort réservé aux ouvriers pauvres de la même époque, il met à jour des procédés, un mécanisme de domination et d’aliénation de l’autre. Méthodes que n’importe quel pouvoir peut nous imposer dans ses dérives autoritaires. Toujours plus de surveillance, et de restriction de nos libertés individuelles. La solidarité, le droit pour tous de vivre dignement, d’avoir accès à l’enseignement, à la santé nous sont présentés comme un luxe à mériter et non plus comme les droits essentiels de chaque humain. 

Ce livre me rappelle qu’on ne peut fermer les yeux sur ce que subissent ou ont subi nos semblables pour avoir simplement le droit de se demander dans quel monde choisissons-nous de vivre? 


©Lieven Callant

LA FAMILLE MARTIN – David Foenkinos ; Gallimard (226 pages – 19,50€)

Chronique de Nadine Doyen

LA FAMILLE MARTIN – David Foenkinos ; Gallimard (226 pages – 19,50€) 

Madeleine Tricot cela aurait pu être vous, si vous aviez été la première personne que David Foenkinos avait croisée ! A condition d’habiter dans le même arrondissement.

En exergue une citation de Milan Kundera, sorte d’hommage à cet écrivain qu’il vénère.

Le roman s’ouvre sur un écrivain en panne d’inspiration et nous plonge dans ses états d’âme :  « vertige d’ennui » et déroule « le making of » de celui qui s’écrit sous nos yeux. A l’inverse l’angoisse de la page blanche pour Tesson c’est de savoir s’il aura assez de papier pour tout dire !

Alors David Foenkinos décide de prendre au mot (mots qui ne viennent pas) la suggestion de lecteurs « d’écrire sur leur vie ». Et si passer de la fiction à la biographie romancée d’inconnus était le sésame. ? Ce sera donc une dame veuve, d’un âge respectable, rencontrée dans son quartier que l’auteur, ayant « la tête de l’emploi »,va apprivoiser avant qu’elle ne lui déroule sa vie et lui présente sa fille. De fil en aiguille, elle ne sera pas la seule à être la clé de voûte du roman, en effet graviteront aussi ses filles, son défunt mari, « l’homme pansement », et même son premier grand amour. L’écrivain se frotte les mains, il aura matière à broder un roman intergénérationnel avec les deux ados ! Encore faudra-t-il les amadouer ! On devine la déférence de l’auteur des Souvenirs pour Madeleine, qui n’est pas sans lui rappeler ses grands-mères. Il est délicat d’aborder la vieillesse, surtout quand la maladie s’incruste…, que la mémoire joue des tours. 

Ce qui est original, c’est que David Foenkinos instaure une sorte de dialogue avec son lecteur et  partage ses réactions durant ce « work in progress ». En général, le choix des noms, prénoms est un vrai casse-tête, pour bien les cibler en fonction du caractère. « Certains prénoms sont comme la bande annonce du destin de ceux qui les portent ». On sait son attachement pour les Nathalie !

Le nom de Madeleine Tricot lui arrive comme sur un plateau, et en plus il découvre qu’elle porte un aptonyme !(1) ayant travaillé auprès de Karl Lagerfeld. Une occasion rêvée pour révéler des anecdotes sur le célèbre empereur de la mode par le prisme de son héroïne couturière, quand les personnages ne se livrent pas assez. « Sujet de secours excitant » que ce grand créateur allemand !

Ainsi on apprend à quel destin une voyante le destinait. 

Remercions l’auteur pour ses chapitres récapitulant les informations sur cette famille Martin, nous épargnant de faire des fiches. Il met en évidence la façon dont se tisse progressivement le roman.

Après des repas pris en commun, il a été convenu que voir un seul membre de la famille à la fois était préférable. N’est-il pas là pour chaparder, grappiller, des bribes de leurs vies ? 

Au cours de son tête-à-tête avec Valérie, prof, David Foenkinos se livre, devenant acteur à son tour. Ils abordent la question de la reconversion et on sourit à cette idée d’ouvrir une fromagerie ! (fantasme que l’écrivain avait révélé dans une interview). Il souligne combien le métier d’enseignant est devenu difficile au point d’en perdre la motivation : « Les professeurs devenaient les exutoires d’une société en crise ». Valérie finira par confier au narrateur sa décision de quitter son mari, éprouvant cette urgence à vivre autre chose, avançant comme argument : « La vie est brève et le désir sans fin » pour reprendre le titre d’un roman de Patrick Lapeyre.

Lors d’une autre entrevue, Valérie révèle le différend qui l’a définitivement éloignée de sa sœur Stéphanie, ce qui permet à David Foenkinos d’explorer leur lien sororal, de remonter aux sources de leur rupture : jalousie concernant la réussite, perversité, rivalités amoureuses…. «  Le poison de la comparaison s’était mis à gangrener progressivement leur relation ». Fabrice Midal préconise d’ailleurs de cesser de se comparer dans son ouvrage « Foutez-vous la paix » ! 

On est témoin d’une violente réaction de Patrick, le jour où il voit sa femme revenir légèrement ivre ! Explosion de colère qui plonge les ados et le biographe dans la sidération.

La poursuite du livre va-t-elle être remise en question après un tel esclandre ? 

Dans les romans de David Foenkinos, les couples font souvent naufrage. 

Ici , le suspense est total : l’un est en crise, l’autre perçoit des indices prometteurs pour renouer.

Rebondissements en chaîne dont l’un causé par les conséquences de l’entretien de Patrick avec son chef ! Patrick incarne les victimes du harcèlement au travail… #Balancetonboss !

Le romancier dépeint une famille où la télé a remplacé le dialogue et où le père, miné par ses soucis professionnels, s’était éloigné. Il tacle twitter, « l’équivalent d’une cigarette en intérieur ».

Il brosse aussi le portrait des deux ados, pas faciles à apprivoiser, peu impressionnés par sa présence. (C’est Mbappé l’ idole de Jérémie !). Il soulève la question des programmes de Lettres, montrant un jeune lycéen de 15 ans guère enclin à avaler Villon ! Si Amélie Nothomb réussit à faire lire des classiques à son élève particulier, le professeur Martinez ne rencontre pas la même adhésion ! Des ados qui ont suffisamment de culot pour insulter cet intrus, cet espion qui vient semer la zizanie dans leur famille et saborder la relation de Lola avec son amoureux Clément.

Coup de théâtre quand Madeleine vient confier à son biographe sa décision de s’envoler pour L.A.

« Un premier amour ne se remplace jamais », selon Balzac. On suit leurs formalités avant la quête du Graal ! Ne dévoilons rien de l’accueil sur place et du mystère entourant son départ de France.

C’est avec émotion qu’on la voit préparer son voyage et peut-être « la dernière valise de sa vie ».

On devine le choc causé par la révélation d’Yves …Loin de ce que le lecteur avait pu imaginer.

En devenant le biographe des Martin, David Foenkinos incarne parfaitement la définition de Nancy Huston : « Les écrivains sont des pies voleuses, des chapardeurs, perpétuellement aux aguets, à la recherche d’histoires, de bribes étincelantes qu’ils pourront sertir …dans leur projet ». 

En tant qu’écrivain, il aborde les questions de propriété intellectuelle, de censure. Peut-on publier sans l’aval des personnes concernées dans le roman ? On connaît les polémiques autour de certains récits, à la veine autobiographique. Fera-t-il lire son manuscrit avant sa publication ?

On peut s’interroger sur le sommeil des écrivains ! Si Mathias Malzieu reçoit dans ses rêves la visite de Gainsbourg, Bashung, Vian (qui lui donne des conseils), David Foenkinos, lui, regrette que le passage de Milan Kundera soit muet, nous rappelant son lien particulier avec cette figure tutélaire. En plus il confie « adorer glisser des K » ! 

Lire David Foenkinos, c’est retrouver les notes de bas de pages. (Et c’est contagieux !)

Lire David Foenkinos, c’est aller à la cueillette de ses mots fétiches. Si Amélie Nothomb glisse son sempiternel mot « pneu », chez l’auteur de La délicatesse, on débusque : « suisse »(2), « deux Polonais », personnages qui lui ont porté chance, ont fait basculer son destin d’homme de lettres. 

Lire David Foenkinos, c’est  surligner à chaque page des formules qui font mouche, c’est retrouver  des allusions à ses romans précédents : Deux sœurs, La tête de l’emploi... ou son clin d’oeil indirect à John Lennon, par le prisme de Yoko Ono.

A saluer le talent du dramaturge, certaines scènes faisant penser à du vaudeville, ainsi que la griffe du scénariste dans les savoureux dialogues. Une expérimentation littéraire réussie.

David Foenkinos signe un roman pétri d’autodérision dans lequel il se livre quant aux rouages de l’écriture et fustige les médias assassins dont il a su prendre du recul. Une lecture divertissante, teintée à la fois d’humour, de légèreté et de gravité, qui montre que « dans toute autobiographie » ou biographie, on a la tentation de flirter avec l’imagination » pour la rendre romanesque.

© Nadine Doyen

 

(1) aptonyme : « quand un nom possède un sens lié à la personne qui le porte ». Ex : nom de métier.

(2) Dans le beau livre sur Paris à vol d’oiseau, l’oiseau vient de Suisse !

Service de presse n°61

©cc

Traversées a reçu : 

Les recueils suivants :

  • A demi maux, poèmes de Nicole Piquet-Legall et Stephen Blanchard…

« Stephen Blanchard et Nicole Piquet-Legall ont décidé d’entrer en un dialogue où chaque poème en vis-à-vis a en commun le premier et le dernier (groupes) mot(s). se construit sous nos yeux, en camaïeu gris-bleu, un livre de rappel où le langage devient territoire d’accueil pour nos mondes perdus…

Alors, lecteurs, peut-être ces deux poètes, donnant à voir leurs propres failles et questionnements, ouvriront ils en toi cette béance intime par où s’engouffrent désir et attente. Alors peut-être auras-tu, sans en avoir conscience créé les conditions pour que se bâtisse un espace en creux de la parole. » 

Jean-Louis Bernard.

  • Å itinéraire suédois, poèmes de Piet Lincken et d’Edith Södergran (Finlande, d’expression suédoise), traduits par Piet Lincken, Atelier de l’agneau, 2020, 104 pages…

Ce livre est une rencontre où le jour oscille (Lincken) non loin du centre tremblant de nos illusions (G.Hons). Dans Å, itinéraire suédois, Piet Lincken inclut à sa poésie des poèmes d’Edith Södergran qu’il traduit. L’écriture de Lincken tout comme celle d’Edith Södergran, poète majeure en Scandinavie (1892-1923, finlandaise d’expression suédoise), montrent un travail sur la notion de rive, de limite, et aussi sur la langue. S’en suit une vie jaillissante, panthéiste.

L’auteur-traducteur, par ses pérégrinations de l’esprit et du corps, balise ainsi un espace, dans un parcours intime de thèmes et d’images, et intègre au livre des relevés de tous ordres : climatiques, latitudes, lieux, lettres et mots prenant un caractère incantatoire, etc. Itinéraire dans la langue, itinéraire géographique, itinéraires dans le temps et dans la pensée, ce livre polyphonique est réédité ici dans une nouvelle version augmentée de nombreux textes et visuels.

J’existe rouge. Je suis mon sang.

Je n’ai pas renié Eros.

Mes lèvres rouges brûlent

sur tes froides dalles sacrificielles.

E.S.

Si les dieux font que je m’écarte

des sentiers balisés,

alors que je ne revienne plus

P.L

  • Ailleurs, toujours, est au soleil, poèmes de Michel Dunand, L’Harmattan…

Le mérite de ce petit livre léger et intense est que voyage et écriture finissent par se confondre en un seul geste. Celui de casser les habitudes, celle de la perception, celles de pensée, pour être là, dans la nudité de la première fois: « Je me retrouve – écrit Michel Dunand- aussi nu que le désert. Un goût de mirage au fond de la bouche ». En quoi il est poète, lui qui, dans l’espace de méditation du poème, sait être, selon la belle formule de Wallace Stevens, « la transparence du lieu où il se trouve ».

  • Le cabaret de la souris rugissante, poèmes d’Erich Von Neff, Atelier de l’Agneau, 2019, 85 pages…

Frieda et Gitta ont pris leur Bugatti pour aller au cabaret de la Souris rugissante. Le temps a passé, elles se sont retrouvées au Bar du Piano rouge. Avec la complicité de Louis la Fouine, elles sont entrées en possession des plans secrets des allemands et les ont donnés à la Résistance. Par la suite, dans un rêve haché, les chaussures d’un sans-abri pointent sous sa couverture. Cependant, dans la bibliothèque de l’esprit, un Jésuite est resté assis sur un bloc de glace qui fond lentement.

  • Carnet de petits bleus à l’âme, poèmes de Chantal Couliou…

Petit format carré pour un recueil poétique tout en douceur. La place est faite au blanc sur chaque page. Cela laisse une respiration, une ponctuation entre chaque poème. A nous de nous évader à partir des mots, de nous laisser emporter par leur musique et leur charme. Un petit bonbon pour les gourmands de poésie !  » L’averse ignorée, la terre poursuit ses rêves. » 

Chantal Couliou est née le 12 mai 1961 à Vannes. Mariée et mère de deux enfants, elle est institutrice. Auteure de plusieurs recueils de poésie et de livres pour enfants, membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs pour la Jeunesse, ses poèmes et nouvelles sont publiés dans de nombreuses revues littéraires et ouvrages collectifs. Chez le même éditeur Une poignée de mots et Croqués sur le vif.

Dany Lecuyer est née en 1946. Originaire du Finistère, elle vit à Brest depuis une quinzaine d’année. Ancienne élève de l’école des Beaux-Arts de Quimper, elle a récemment illustré Point d’attache recueil de Chantal Couliou paru aux éd. Gros Textes.

  • Ces douleurs mises à feu, poèmes de Claude Luezior, prix de poésie 2015 Yolaine & Stephen Blanchard, Les presses littéraires, 2015, 53 pages…

Lorsque CLAUDE LUEZIOR, l’un des premiers stylistes contemporains, comme le souligne le poète Jean-Louis Bernard, laboure les broussailles  de l’aube aux reflets de lignite, les mots/ tels des loups se lancent à sa poursuite. Somptueux hallali où résonnent en gonds vibratoires des images qui s’encastrent dans les armatures de l’ossature du destin.

Passant de l’ivresse à l’ascétisme, l’angoisse en bandoulière, complice des dieux,  il dérègle l’heure du malin ; et lorsqu’il met ses douleurs à feu, l’aube devient alors plus lumineuse. Claude Luezior n’est pas pour autant pyromane : en Vulcain moderne, il actionne sa forge matinale pour faire jaillir la lumière sur le rivage de cormorans, là où volètent des arpèges parfumés. Même si , parfois, le feu a des avant-goûts de cendre, ce sont des cendres de rosée. La germination pousse sous la braise. Se constitue alors un livre d’heures, une caverne où stalagmites et stalactites se tutoient, se tressent. À chacun d’y pénétrer pour entrer en résonnance avec le poète.

Claude Luezior est torturé de doutes, de promesses/qui délivrent, de croyances qui empoisonnent, il  prie entre l’angoisse du devenir et la trace du souvenir. Il est un navire qui voit souvent l’horizon se noyer dans des ombres au sourire  de bruine. Alors se rapproche le seuil dans les caprices d’un crépuscule qui rôde. Même si aller au-delà du seuil est toujours angoissant, dans la texture/ de mes insomnies/ errent sans cesse/ des loques impies : celles de la camarde, la peur ne taraude pas le poète à condition de mourir / pour quelque chose d’utile / pour quelqu’un. Dans ses textes qui bourgeonnent, se concentrent/ les saveurs du désir / où se réfugient / les velours/ d’une tendresse. Chez  Luezior, le désir brûle toujours jusqu’aux bornages de la souffrance.

Nicole Hardouin

  • Chansons de gestes, poèmes de Richard Roos-Weil, L’Harmattan, 2020, 76 pages…

Et ces lieux proches des brindilles
Et des attroupements de couleurs ?
Un parfum de feuille et de mousse persistait
Et l’image de la pierre n’était plus la même
S’écrivaient en langue des signes
Se dessinaient par les fenêtres traversantes
Des chansons de gestes

  • Le chant de la mer à l’ombre du héron cendré, poèmes de Sonia Elvireanu, L’Harmattan, 2020, 123 pages…

Après l’immense chagrin confié au « Souffle du ciel », terrible et douce, la poète nous offre un recueil qui ouvre une sorte de  parcours  initiatique. « Dans le labyrinthe de la nuit », le fil des métamorphoses se déroule à la lueur de l’Etre Aimé.

La solitude s’allège doucement de ses fardeaux anciens.  Après  l’errance,  le désert, il vient l’instant de trouver la Voie, rencontrer le héron cendré, le cygne des confluences,  le rêve d’autres rivages.

En « quête d’infini », elle apprivoise les lointains, le chant de la mer, la soif, le berceau où la lumière se pose. Alliance d’eau et d’espace.

La présence de l’Etre aimé, devient indicible rayonnement intérieur, avec la grâce de l’horizon retrouvé,  « enfants de lumière, nous galopons le ciel dans les bras ».

L’errance devient légère. Un bleu nouveau, la Beauté chante, le brouillard fleurit dans l’Arbre.  « Le cœur du jour » accepte la coexistence douleur et joie sur la même branche.

L’Ombre et la lumière, réunis,  la neige et l’été brûlant, l’herbe et la mer, l’écorce et le nuage.

L’Amour est la grande force qui soulève l’écriture vers l’harmonie paisible des paysages, l’âme liée au secret d’une parcelle d’éternité.

Ecriture née de l’expérience d’un état extrême qui brise les limites, foudre dans le cœur où se niche la poésie. Passage du personnel à l’universel, le chant touche le lecteur, par son émouvante limpidité. Les  mots de Sonia Elviréanu  sont autant de galets ronds posés sur les traces de l’Etre aimé, jusqu’au rivage où « un mot s’élève de la mer » le mot de la Renaissance.

  • Chants de nuit pour un jour à venir, poèmes de Mario Pelletier, Ecrits des Forges, 2020, 60 pages…

en ces charrois de misères

sous l’acide pluie de l’absurde

qui sans merci décervelle

dans cette traversée de nuit assassine

quelle parole nous fera jamais lumière ?

Par-delà le tragique, Mario Pelletier présente, dans Chants de nuit pour un jour à venir, l’expression réconfortante d’une continuité possible, appelée de tous ses vœux par l’auteur, par le biais d’un monde intime créateur de liens et d’idéal :

Certains soirs

le passé rallume des plages si vives

qu’on s’y croit revenu à rebrousse temps

dans un autre soi-même plus intact

avant l’usure et la déformation

  • Le chemin du ciel et la chute des damnés, poèmes de Michel Butor, une lecture de Dirk Bouts, Invenit éditions, 2011, np…

Devant la dichotomie effroyable qui oppose deux panneaux peints par Dirk Bouts (vers 1470), Le Chemin du ciel et La Chute des damnés, réunis au Palais des Beaux-Arts de Lille mais, selon toute vraisemblance, orphelins du panneau central avec lequel ils formaient un tryptique, Michel Butor se livre à une observation poétique du chef-d’oeuvre flamand. L’écrivain se cherche dans  » ce miroir à double face « , prisonnier lui aussi, à l’image de ces hommes et ces femmes apeurés et trompés par leurs vertus perverties. Au terme de ce voyage sensoriel et méditatif surgit la révélation tant attendue car c’est dans l’écriture que le poète trouve l’éternité.Devant a dichotomie effroyable qui oppose deux panneaux peints par Dirk Bouts (vers 1470), Le Chemin du ciel et La Chute des damnés, réunis au Palais des Beaux-Arts de Lille mais, selon toute vraisemblance, orphelins du panneau central avec lequel ils formaient un tryptique, Michel Butor se livre à une observation poétique du chef-d’oeuvre flamand. L’écrivain se cherche dans  » ce miroir à double face « , prisonnier lui aussi, à l’image de ces hommes et ces femmes apeurés et trompés par leurs vertus perverties. Au terme de ce voyage sensoriel et méditatif surgit la révélation tant attendue car c’est dans l’écriture que le poète trouve l’éternité.

  • Chien, forêt suivi de Louve, poèmes de Catherine Baptiste et Peintures de Rose-Marie Marc’halant, éditinter, 2020, 81 pages…

Catherine Baptiste sort son septième recueil de poèmes. Son titre évoque déjà la nature inspiratrice : Chien, forêt suivi de Louve. Les textes sont accompagnés de quinze peintures de la plasticienne Rose-Marie Marc’halant, installée près de Tours. La plaquette se présente dans un format à l’italienne sur papier couché brillant, ce qui ne manque pas de mettre en valeur et les textes et les illustrations.

« Forêt ! Tu franchis la barrière du temps […] pour y retrouver mes six ans… », écrit-elle. Art-thérapeute à la ville, l’auteure connaît mieux que quiconque ce que l’on doit à l’enfance dans ses émerveillements ou ses dysfonctionnements. Elle en est fascinée. « Dans la forêt, l’enfant s’égare ou se réfugie. Les arbres et les hommes sont frères. La forêt a un côté universel », confie-t-elle avec foi. À quoi répond Rose-Marie Marc’halant, Malouine d’origine : « C’est comme la mer : on peut toucher du doigt l’éternité. »

Quant au chien, il est le fidèle compagnon dans le combat du quotidien avec « cette pertinence à vivre », évoquée par le rouge sang omniprésent. Louve ramènerait plutôt le lecteur à la nature originelle d’où s’échappe le vivant.

Les peintures de Rose-Marie Marc’halant laissent la part belle à l’arbre. Elle sait jouer de l’ombre et de la lumière, du jour, de la nuit, des saisons. La faune et la flore éclatent sous sa palette originale. Des phrases du recueil s’incrustent parfois directement sur la composition dans une sorte d’alliage entre le mot et le dessin, formant comme un calligramme.

  • La chaumière anglaise, poèmes (1980-2010) de Ruth Fainlight, traduits de l’anglais par Michèle Duclos, éditions Alidades – bilingues, 2019, 47 pages…

Les thèmes qu’aborde Ruth Fainlight durant toute une vie de création littéraire vont du plus intime à une relation inquiète avec le cosmos et la société. Dans nombre de ses poèmes l’errance de l’insomnie est liée à la lune amie et complice dont les phases manifestent l’instabilité liée à la mutabilité du monde des apparences et à la fluidité du temps perceptible dans la récurrence des saisons. Le poète a fonction, telle la Sibylle, figure mythique à qui elle a consacré de nombreux poèmes, d’être psychopompe.

Par delà cette relation cosmique fondamentale, Ruth Fainlight a dans toute son œuvre, manifesté une sensibilité aux injustices sociales, raciales et ethniques. Elle dit son souci du regard blanc haineux ou hostile que perçoit l’homme de couleur sur un quai de métro londonien. Derrière les mythes qui unissent Méditerranée et Atlantique, elle dit sa réaction douloureuse tant au sort des «boat people» qui tentent leur chance entre l’Afrique et l’Europe qu’à celui des populations irakiennes puis syriennes exposées à la mort en même temps qu’à la destruction de leurs prestigieux trésors architecturaux. Elle-même s’est toute sa vie, fût-ce en imagination, sentie exposée et solidaire des exilés de l’intérieur. Devant les ruines prévisibles de la guerre récurrente, son thème le plus intime recoupe celui d’un Jardin d’Eden condamné.

Elle aborde avec grâce et litote les plus évanescentes de nos réactions et sensations, le plus infime des incidents ou des réflexions de la vie quotidienne et de l’écoulement du temps. Elle se pose en observatrice détachée à mi-chemin de l’étonnement amusé et de la curiosité ironique. Mais sous cette attitude perce le sérieux et la profondeur d’une femme animée par la spiritualité et des interrogations métaphysiques constantes.

Les poèmes que nous publions sont extraits des recueils de Ruth Fainlight parus entre 1980 et 2010, et donnent à connaître différentes facettes d’une écriture qui, en français, n’avait jusqu’alors été accessible qu’en revues.

Ruth Fainlight est née en 1931 à New York. Après des études d’art, elle a d’abord vécu aux Baléares, où Robert Graves a encouragé sa vocation de poète, puis à Londres où elle demeure aujourd’hui. Elle a publié, outre une vingtaine de recueils de poèmes, deux livres de nouvelles, des traductions de l’espagnol, du portugais et du grec. Elle-même a été traduite en de nombreuses langues, dont l’hébreu et le croate.

extrait :

La chaumière anglaise (extrait)

Adolescent, mon père était patriote,
travailliste bon teint. Mais bien
qu’il se sentît tout à fait anglais, le fait
est que pour les natifs de toutes les classes
il était un levantin retors et gras
et le resterait. La solution fut pour lui
de quitter le pays, de partir assez loin
de “passer pour un blanc” là où il pourrait
jouer à l’Anglais cent pour cent authentique
(mais plus fier encore d’être Juif).

Peut-être parce qu’elle venait de la Bucovine,
ma mère n’avait pas d’illusions. Elle était habituée,
de naissance, à être rejetée. D’abord le choc
d’Ellis Island : un autre monde, une autre
langue (je savais le mal qu’elle s’était donné). Puis
encore le déracinement ; bien que les années trente
ne fussent pas vraiment propices : son mari agité,
– beau, rêveur, apolitique –
sujet au mal du pays, la traîna vers l’Angleterre.

Je me précipitai au cœur du feu,
au plein centre des ennuis, de l’éclat, du danger ;
dansai comme Esméralda, sur le Table Ronde,
aussi désespérée que s’il en allait de ma vie.
Telle fut ma tactique en ces temps anciens.
Aujourd’hui (même si je fais scrupuleusement l’autochtone)
toit de chaume et poutres apparentes ne peuvent camoufler
l’étrangère. Le carillon se moque de moi.

Parfois je me demande si cela aurait pu mieux aller :
sourire gentiment et manger le plat
de lentilles – mais ne vendre jamais
mon droit d’aînesse pour une chaumière anglaise.

  • Chemin d’heures, poèmes de Thérèse André-Abdelaziz, éditions Chloé des Lys, 2019, np…

Thérèse André-Abdelaziz, poète, nouvelliste, romancière et dramaturge, est l’auteure de huit ouvrages dont  Je, femme d’immigré. De pièces radiophoniques et théâtrales. La dernière, Aigre-douce-amère, a été créée les 2 et 3 novembre 2018 à Nantes. Son écriture est axée sur la mémoire – des lieux et des gens dont on ne parle pas – la discrimination et l’exclusion.

Heures rebelles. Heures nomades. Heures tendres. L’essence d’une vie.

Chemin d’heures

à l’envers

ne peut se faire

« Poésie consciente, qui donne conscience : conscience poétique (…)  D’un mot qui luit, qui vole, ou qui saigne. Sans parler du rythme, qui peut être haletant, comme le cœur de celle ou de celui qui marche, qui parcourt le chemin, qui marche son poème »

Eric Simon, poète

Extrait :

Chemin d’Heures

Chemin d’Elle et de Lui

Chemin d’Eux

le front

à tutoyer les nuages

à chuchoter le langage

des oiseaux et des feuilles

plumes et joailleries

Chemin Prieur

chante liturgie

psaumes de vie

et litanies

dans les eaux du soir

vivier de la mémoire

Chemin d’Heures

pèlerine à pas menus ou pressés

pose sur Elle pose sur Lui ses mains

toutes ses mains du jour

des hiers et des demains

Chemin d’Heures

à l’envers

ne peut se faire

  • Le Chemin du ciel et La Chute des damnés, une lecture de Dirk Bouts, éditions Invenit, 2011, np…

Devant la dichotomie effroyable qui oppose deux panneaux peints par Dirk Bouts (vers 1470), Le Chemin du ciel et La Chute des damnés, réunis au Palais des Beaux-Arts de Lille mais, selon toute vraisemblance, orphelins du panneau central avec lequel ils formaient un tryptique, Michel Butor se livre à une observation poétique du chef-d’oeuvre flamand. L’écrivain se cherche dans  » ce miroir à double face « , prisonnier lui aussi, à l’image de ces hommes et ces femmes apeurés et trompés par leurs vertus perverties. Au terme de ce voyage sensoriel et méditatif surgit la révélation tant attendue car c’est dans l’écriture que le poète trouve l’éternité. 

  • Cristal, recueil de poésie d’Alain Clastres, éditions Unicité, 2020, 67 pages…

(Il est rare qu’un poète s’exprime sur l’unité afin d’en faire ressurgir l’évidence. Puis se déploient ensuite les mouvements de la nature et des êtres que nous décrit Alain Clastres dans une observation neutre qui nous enseigne que ce qui émane de cette diversité apparente n’est autre que le regard qu’il porte en lui. Ainsi les choses les plus banales a priori s’élèvent comme un silence salvateur qui fait taire les bruits du mental et, par sa simplicité, lui permet de nous faire sentir l’ineffable de chaque instant déployé.)

  • Topiques pour le monde actuel, textes d’André Doms, peintures de Jean Morette, éditions L’herbe qui tremble, 145 pages… 

(« Topiques » contient 199 comprimés efficaces contre la cataracte et le glaucome à angle fermé. Ils facilitent la correction des illusions optiques et de divers troubles de la vision fondamentale. Des effets secondaires ayant été constatés en milieux clos, il est conseillé de suivre les indications de votre libraire. En lecture libre, « Topiques » n’est pas soumis à prescription.) 

  • Vent dominant, poèmes de Georges Drano, Rougerie, 2014, 60 pages…

Philippe Leuckx

Le poète, né en 1936, déjà honoré de quelques lignes dans le « Dictionnaire de la poésie française contemporaine  » de Jean Rousselot (Larousse, 1968, p.83 : « « lyrisme amoureux et paysan, dont l’imagerie st souvent très heureuse »), décline lyriquement le vent, sous toutes les espèces, en poèmes de formes diverses (versifiés, en prose, haïkus numérotés…), vrillant l’air, « toute vie dehors » (p.22), racontant ce que le vent méchant a pu commettre (« Le grand vent tenait la porte fermée… » (p.50), tentant de le définir, de le classifier, jouant de lui, jeu de mot, bout d’air (« Serrer le vent de plus près/ pour s’y hausser/ avec les mots. », p.55)

Le poète Drano distille mille et une approches de ce donneur « de coups de griffes » ; puisque « chacun a le sien », ce « Vent mal taillé », et comme dans les contes d’enfants, avec l’émerveillement de ceux-ci pour le mystère des choses : « Derrière le vent existe-t-il un pays » ?

Une entomologie du vent par un artiste léger de plume, d’une fluidité imparable, sans jamais verser dans le convenu, non d’une légère gravité comme le beau qui tombe, comme le juste qu’aggrave le mot.

Un beau livre, qui ne se contente pas de faire constat du réel, mais qui l’interroge souvent (« Pouvons-nous entrer/ dans la blancheur/ pour ne plus revenir/ sur nos propres traces ? »)

J’en aime beaucoup ses « Coups de vents », qui closent le volume, tout en l’aérant :

Il faut changer de vent
sinon il vous déborde.

Ni chasseur, ni pêcheur le vent
Cueilleur qui laisse pourrir
sa récolte

Au moindre souffle
Est-ce le vent qui cherche
notre ardoise ?

  • Vertige, poèmes de Jos Garnier…Vertige, poèmes de Jos Garnier…

Publié par les Éditions Tarmac, « Vertige » est le premier livre édité de Jos Garnier.

Pour moi, cette première édition est pleinement justifiée, même si j’en fais une lecture plutôt distanciée. 

Je m’explique.

Au lieu d’y voir un seul poème, comme l’analyse Jean-Christophe Belleveaux dans sa préface, j’y vois un ensemble de poèmes dont chacun forme un tout.

Et je recommanderais volontiers de lire ce livre en plusieurs fois plutôt que d’une seule traite. Pour le dire avec humour, quand je constate autant de souffrances dans chaque poème, je me dis : ça doit être atroce de se retrouver avec le corps découpé en morceaux (ou presque) à chaque page. Comment la protagoniste de ce livre peut-elle renaître 56 fois (nombre de textes) ?

Il faut reconnaître, d’ailleurs, que souvent, ce corps tombe en syncope, qu’il connait des défaillances, avant de repartir. D’où peut-être ce vertige ressenti.

Ceci dit, et derrière ce constat humoristique du parfait lecteur terre à terre, je suis saisi par l’indéniable force de chacun de ces textes et par le rythme assuré, aussi, qui s’en dégage.

Jos Garnier étant comédienne, ça se sent qu’elle doit mettre ses mots en bouche, et puis qu’elle les triture et les malaxe, qu’ils ne sont pas uniquement posés sur la page, mais qu’ils doivent se forer un passage à travers l’espace.

Non, décidément, ça ne plaisante pas chez Jos Garnier.

Tantôt vers libres, tantôt blocs de proses, j’observe enfin que les textes numérotés en haut de pages ne se suivent pas. Hasard ou pas ? Pour le lecteur, cela ne me semble pas avoir d’importance, en tout cas.

J’ajoute que l’image de couverture est d’Antho Valade.

Extrait de « Vertige », de Jos Garnier :

« retour dans le grand bazar dilaté pupilles extérieur intérieur paupière lourde jus de grenade dégoupille ouste pas le temps de passer à autre chose pour le cœur écume tu reviendras à la sainte trinité stylo équarrisseur objectif on pèle les mots sans retenue au motif monumental et effrayant langue écartée prête à vomir tout vert c’est ouvert prendre le droit pour le faux ajuster sa petite culotte pour démarrer en côte longue pente descente antennes surexposées aux arnaques stop destop je coule en tourbillons jaune caca dégueulis pas beau tout ça nettoyez moi rendez moi peau neuve et blanche comme colombe comme celle que l’on tire à la foire aux astres pratique pour faire place nette compteur à gogo retour case vide petite laine pour bourrasque imprévue et anéantissement d’un bloc c’est du vent »

Publié par Traction-brabant

  • Vous dire la Nuit, poèmes et photographies de Catherine Baptiste et Julien Chaume, éditions du Cygne, 2008, 95 pages…

Cette œuvre à quatre mains est une flânerie au long des nuits de différentes villes d’Europe.

Voyage dans la Nuit pour le photographe, cheminement imaginaire pour la poète, ce livre invite à des rencontres humaines déjà passées ou jamais concrétisées.

La poète dit qu’en chaque photographe se niche une cécité fondatrice : celle du silence. L’aveuglement de la lumière réelle est le stimulus aigu de son geste fulgurant. Le déclic. Le clic. Le cliché qui fixe, révèle, écrit la lumière.

Le photographe dit qu’en chaque poète se niche une lumière fondatrice : celle de la page blanche. Les éclats d’encre qui s’y lisent et s’y lient sont la vision précise de sa voix intérieure. L’attache. La tache. La tâche qui donne le rythme, la cadence, le récit de la lumière.

La nuit n’est pas noire, elle n’est pas négative et ne fait pas peur, elle se ferme aux angoisses et s’ouvre à l’autre. C’est une ballade sentimentale de mots et d’images. Labyrinthique. Erratique.

Les rêveries romantiques de la poète sont les contrepoints des contemplations du photographe prenant la forme d’un dialogue qui a la couleur de la lassitude après l’amour.

  • Les yeux de Sacha, récit de Karel Pecka, traduit du tchèque par Hana Barraud, éditions Alidades, 2019, 47 pages…

C’est l’hiver dans les marais de Bohème. Le froid et la neige s’abattent sur cette contrée de grande pauvreté. Mila et Macek y sont « relégués », comme le fut jadis Karel Pecka (et beaucoup d’autres) durant la période dite « de normalisation » qui suivit le printemps de Prague en 1968. Ils sont chargés de pomper l’eau des marais et logent dans une roulotte qu’ils déplacent de village en village. Leur vie est austère et monotone jusqu’au jour où apparaît, sorti de nulle part, un chien famélique dont les yeux ressemblent à ceux d’Alexandre Dubček, l’homme qui tenta de créer « un socialisme à visage humain » en Tchécoslovaquie avant d’être destitué et relégué, lui aussi, pendant vingt ans, dans les couloirs sombres d’une fantomatique administration forestière. C’est ce regard triste et malheureux qui incitent les deux hommes à appeler le chien Sacha (diminutif d’Alexandre).

« J’observai le chien un moment ; il le sentit et leva vers moi ses yeux, incertains et coupables, comme s’il avait fait quelque chose de mal, comme s’il s’excusait d’être au monde. »

Ils s’attachent à Sacha. À cause de son regard défait bien sûr. Mais aussi parce que son existence de paria et de chien errant s’apparente étrangement à celle d’un homme (Dubček) en qui ils ont cru. Mila et Macek finissent par adopter l’animal mal en point. Il va avec eux à l’auberge. Il dort à l’entrée de la roulotte et bientôt dans une niche qu’ils vont lui confectionner.

« Sacha flaira l’entrée de la niche avec méfiance, puis il se retourna. Il me regardait, inclinant la tête d’un côté puis de l’autre. Je compris que ce chien n’avait jamais eu de niche. »

En ces lieux, et à cette époque, le bien-être et le répit ne peuvent être qu’éphémères. Les pompeurs d’eau le savent depuis longtemps et vont à nouveau en faire la douloureuse expérience. Il y a dans les environs des êtres qui n’aiment pas les chiens. Et d’autres qui, affamés, sont amenés à les aimer autrement. Ce sont ces destins tragiques, scellés par l’absurde et redoutable pouvoir en place, que dévoile ici, en à peine quarante pages, le subtil et percutant Karel Pecka (1928-1992).

  • Et aussi :
  • Amour quelque part le nom d’un fleuve, poèmes d’Alain Dantinne, peintures de Jean Morette, L’herbe qui tremble, 2020, 272 pages…
  • Brise, poèmes de Bernard Grasset, Jacques André, 2020, 48 pages…
  • Chansons de gestes, poèmes de Richard Roos-Weil, L’Harmattan, 2020, 76 pages…
  • Chants multiples, poèmes de Minia Gabarz-Kaufmann, Chloé des Lys, 102 pages…
  • Le ciel à sa place, poèmes, anthologie…
  • Citations pour un jour de pluie, citations illustrées par des photographies de Laure Seguinaud, Bod, 2019, 34 pages…
  • Clames, poèmes à dire, Claude Luezior, Tituli, 2017, 82 pages…
  • Les confins, collectif Meteor, La Chouette imprévue, 2020, 69 pages…
  • La couleur de l’oubli, poèmes de Lisa Geppert, Chloé des Lys, 2019, 79 pages…
  • La croix de Mia, roman de Jean-Pierre Balfroid, M.E.O…
  • Dans la valllée où flamboie le diamant bleu-noir suivi de Errances spirituelles et de Le Chant du hêtre, poèmes de Daniel Hartmann, Indola, nd, 174 pages…
  • Dans le refuge de la lumière, recueil de poésie de Martine Rouhart, éditions Bleu d’encre, 2020, 53 pages…
  • « J’ai laissé filer / les mots / dans un courant d’air / trois fois rien / parti se perdre / dans une envolée / de plume » https://www.areaw.be/martine-rouhart-dans-le-refuge-de…/ 
  • Décalage horaire, Alain Dantinne…
  • Dénouements, Valery Molet, L’échappée belle, 2020, 56 pages…
  • La dernière pierre, Christine Van Acker…
  • Des miettes dans le lit, poèmes d’Alain Van Kerckoven, Chloé des Lys, 2019, 50 pages…
  • Des mots des images, poèmes de Colette Paillole et photos de Micky Szekely, Atelier d’édition Bordematin, Villefontaine, 2020, 110 pages…
  • Eblouissements d’exil, poèmes de Rio di Maria…
  • En vers et contre tout, Aline Da Silva Marcelino, Chloé des Lys, 2019, 63 pages…
  • Entre écritoire et table à cartes, poèmes de Patrick Joquel, éditions Corps Puce, collection Liberté sur parole, 2006, 119 pages…
  • Le fil de l’épée, Christine Van Acker…
  • Fluide, poèmes de Claude Luezior, La Bartavelle, 2002, 74 pages…
  • Formegisante, poèmes de Philippe Thireau, aux éditions PhB, 2020, 63 pages… 
  • Fragile, poèmes de Claude Luezior, La Bartavelle, Collection Le manteau du berger, 1999, 110 pages…
  • Furtive, poèmes de Claude Luezior, La Bartavelle, Collection Le manteau du berger, 1998, 62 pages…
  • Ghost notes, poèmes de Christian Degouttte…
  • Golgotha, poèmes de Claude Luezior, Librairie-Galerie Racine, Paris, 2020, 94 pages…
  • La grâce ou l’oubli, prix de poésie Yolaine & Stephen Blanchard, poèmes de Laurence Chaudouët…
  • Halte à Zaporijia (notes sur peu de choses) suivi de Jusqu’à Irkoutsk, textes de Jacques Boise, texte liminaire de Werner Lambersy, accompagné de six photo-images de Léo Vierle, A l’index, 2020, 45 pages…
  • Haute couture, poèmes de Claude Luezior, L’Harmattan, 2006, 100 pages…
  • L’Hespérie, pays du soir, poèmes de Jean Mambrino…
  • L’homme au capuchon vert, poèmes de Christiane Efoutame…
  • Hors piste, poèmes de Michel Dunand, L’Harmattan…
  • Hygiène de l’intestin, Alain Dantinne…
  • L’immédiat de Vivre, poèmes d’Eric Chassefière, Sémaphore…
  • Jardin (s), suivi de La femme trouée, nouvelles de Francis Denis, éditions La Route de la Soie, 2020, 159 pages…
  • https://www.babelio.com/livres/Denis-Jardins/1219162 
  • Les mouettes d’Ostende, poèmes de Patrick Devaux…
  • Mourir d’aller, poèmes de Michel Dunand, Jacques André…
  • Oeil ouvert, œil fermé, poèmes de David Giannoni…
  • Office de la patience, poèmes d’Eugénio de Andrade
  • Ombre, silence et poésie, poèmes de Fidèle Mabanza…
  • Ombricide, poèmes de Guillaume Toumi…
  • L’orpailleur, poèmes et aphorismes de Claude Luezior, L’Harmattan, 2002, 109 pages…
  • La pampa secondaire, poèmes de Gaëlle Fernandez Bravo, éditions Sans escale, 77 pages…
  • Pas tout à fait la nef des fous – Cadavre exquis démasqué, sous la direction de Michel Cassir et Christian Cavaillé ; présentation de Michel Cassir, L’Harmattan, collection Levée d’ancre, 2020, 62 pages…
  • Le pérégrin de Brabanterre, poèmes de Patrick van Wessem, Ipagination, 2018, 164 pages…
  • Poésie complète 1980-2020, poèmes de Jacques Guigou, L’impliqué, 2020, 710 pages…
  • Poésie en goutelettes, épigrammes d’Antonia Iliescu, Chloé des Lys, 2020, 85 pages…
  • Pour un tesson de lune, poèmes de Claude Luezior, préface de Jean Desmeuzes, L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents, 2001, 80 pages…
  • Rebonds , poèmes et illustrations de Jeanne Champel-Grenier et Louis Delorme, éditions Thierry Sajat, 2020, 125 pages…
  • Les Régaux, poèmes de Michel Stavaux, Muse, 2017, 42 pages.
  • Saisir l’instant, poèmes de Martine Rouhart…
  • Si peu de tant, poèmes de Daniel Roualland, Chloé des Lys, 2019, 88 pages…
  • Soleil levant, poèmes de Claude Luezior, L’Harmattan, 2009, 112 pages…
  • Songe de Somme, poèmes de Jean-Marie Ferré, La chouette imprévue, 2020, 49 pages…
  • Sur les chemins de Miloud Keddar, Lecture de quelques œuvres peintes ou écrites de Miloud Keddar, par Jeanne Champel-Grenier et Alain Wexler ; postface de Michel Lagrange, France Libris, 2020, 42 pages…
  • Témoin de l’histoire, poèmes de Fidèle Mabanza…
  • Tes mots dits ou tu/s, poèmes de Gérard Leyzieux, Stellamaris, 2020, 70  pages…
  • Tony’s Blues, poèmes de Barry Wallenstein, anglais-français, choisis et traduits de l’anglais ‘Etats-Unis) par Marilyne Bertoncini, gravures d’Hélène Bautista, Editions Pourquoi viens-tu si tard ?, 2020, 92 pages...
  • Tout est dit, poèmes de Michel Dunand…
  • Tunis ou Tunis, poèmes de Michel Dunand…
  • Turbulence, poèmes de Madeleine de Boysson, Chloé des Lys, 2019, 79 pages…
  • Uzès ou nulle part, recueil de poésie de Corinne Hoex, éditions Le Cormier, 2020, 91 pages
  • Vanuit mijn donkere raam, poèmes espagnol-néerlandais de Santiago Montobbio, Uitgeverij Piaam, Deventer, Pays-Bas, 2016, 173 pages…

et aussi les revues suivantes :

  • Les Amis de l’Ardenne ; Vouziers, France, Dossier Thomas Owen, Prince du fantastique
  • Arpo ; Carmaux, France
  • Art et poésie de Touraine ; n°241 et 242, été et automne 2020 ; Nicole Lartigue, St-Cyr-sur-Loire, France;

https://artetpoesiedetouraine.com

  • Athena, le mag scientifique ; 5100 Jambes
  • Le bibliothécaire ; n°3/2020, 3ème trimestre 2020, Michel Dagneau, 1470 Genappe, rue de Bruxelles, 87, Belgique
  • Bleu d’Encre ; n°43, été 2020, Claude Donnay, Blocqmont, 5B, 5530 Yvoir, Belgique
  • Cabaret ; La Clayette, France
  • Le carnet et les instants ; Bruxelles, Belgique
  • Chronique des musées gaumais ; Virton, Belgique 
  • Comme en poésie ; Hossegor, France
  • Coup de soleil ; n°110, octobre 2020 ; Michel Dunand,  74000 Annecy, 12,avenue des Tresums, France
  • Debout les mots ; n° 78, octobre à décembre 2020, périodique d’information bimestriel de la Maison du Livre, 28, rue de Rome, 1060 Bruxelles, Belgique
  • Décharge ; Auxerre, France
  • Eclats de rêves ; Gaillac, France
  • Florilège ; n°179, juin 2020 ; Stephen Blanchard, Dijon, France ; aeropageblanchard@gmail.com 
  • Le Gletton ; Chantemelle, Belgique
  • Gong ; 69, octobre-décembre 2020 + hors série n°19, octobre 2020 ; Jean Antonini, 10, Place du Plouy Saint Lucien, 40000 Beauvais, France
  • Haies Vives ; Donnery, France
  • L’hôte n°1 à 9…
  • Interventions à Haute Voix ; Chaville, France
  • Le jardin d’essai 2020 ; 75013 Paris
  • Lectures – Cultures ; 1080 Bruxelles, Belgique, www.bibliotheques.be 
  • La lettre de Maredsous ; Yvoir, Belgique
  • La lettre des Académies ; 1000 Bruxelles
  • Libelle ;n°323-324, septembre-octobre 2020 ; Paris, France
  • Les moments littéraires ;Paris, France
  • Nos lettres ; Bruxelles, Belgique
  • Plumes et pinceaux ; Mons, Belgique
  • Poésie sur Seine ; n°102, septembre 2020, Pascal Dupuy, Mairie de Saint-Cloud, 13, Place Charles de Gaulle, 92210 Saint-Cloud, France Saint-Cloud, France
  • Portique ; Puyméras, France
  • Reflets Wallonie-Bruxelles ; n°64, avril à juin 2020, 65, juillet à septembre 2020, Joseph Bodson, rue de la Mutualité, 109, 1180, Bruxelles 
  • Regard ‘Ardenne ; La Roche-en-Ardenne, Belgique
  • Rose des temps ; n°36, janvier-avril 2020, Patrick Picornot, 12, rue Théophraste Renaudot, 75015, Paris, France
  • Science connection ; Bruxelles, Belgique
  • Septentrion ; 2020 ; Rekkem, Belgique
  • Soleils & cendre ; n°133, avril 2020, Hervé Tramoy, 99, Bd des Mians, 84260 Sarrians, France
  • Spered Gouez, L’esprit sauvage, n°26, 4ème trimestre 2020, Marie-José Christien, 7, allée Nathalie Lemel, 29000 Quimper, France 
  • Traction-Brabant ; n°88 à 91, mai à novembre 2020, Patrice Maltaverne, Appt 245, 1, rue des Couvent, 57950 Montigny Les Metz, France
  • Transparence ;Ottawa, Canada
  • Verso ; Commelle, France

Les recueils de poésie ainsi que les revues compléteront la poémothèque d’Ethe (Virton)… Merci à toutes et à tous !