Un article de Georges Cathalo sur le N°80 de Traversées- pour la revue Texture

Un article de Geoges Cathalo sur le n°80 paru originellement sur le site de la Revue Texture, le site de Michel Baglin


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Patrice Breno ne souhaite pas faire les choses comme on s’y attendrait puisqu’il faut aller à la page 184 pour trouver son édito dans lequel il rend un hommage appuyé aux membres de son Comité. Le bonheur qu’il éprouve à composer chaque numéro est ressenti par le lecteur qui devine que chaque écrit a été choisi avec soin. En parallèle avec le Printemps des Poètes, Traversées a souhaité consacrer un dossier de 80 pages à la collection Poésie Gallimard qui fête ses 50 ans. Sous la houlette de Xavier Bordes les douze derniers titres de cette série sont ici présentés. Pour chaque poète, après une brève présentation, on lira quelques poèmes représentatifs du style de l’auteur au sein d’un florilège de grande qualité.
S’en suivent les écrits de 21 poètes présentés par ordre alphabétique, de façon à ne pas imposer une quelconque hiérarchie dans le choix. C’est là que l’on peut constater la diversité des écritures actuelles qui se présentent sous différentes facettes, attractions ou répulsions selon chaque lecteur. Retenons, dans ce riche corpus, l’écriture choc de Fred Bonnet, le poème désarticulé de Jean-Marc Couvé, la douce voix de Michelle Hourani, les étonnants flashs d’Anne Léger ou les étranges « planches d’une encyclopédie imaginaire » d’Eric Godichaud. En relisant l’ensemble, il apparaît que ce serait finalement tout qu’il faudrait citer tant ce numéro de Traversées est, une fois de plus, entièrement réussi.

©Geoges Cathalo

Barnabé LAYE – Fragments d’errances – ACORIA Editions 2015 –

Chronique de Michel Bénard 

 

Barnabé LAYEFragments d’errances –  ACORIA Editions 2015  – 

21 ½ x 13 ½ – 74 pages.  Préface de Giovanni Merloni. Illustrations photographiques Laetitia Laleye & Colette Senghor.   


 

Afin de m’imprégner comme il se doit de cet ouvrage sensible à la vie globale, je me suis assis seul sous l’arbre à palabres, je me suis rapproché de la mer et de la terre africaine, pour mieux écouter la musique des rêves, et la parole du poète Barnabé Laye. Belle voix africaine.

Ce nouveau recueil « Fragments d’errances » se révèle encore être une pièce d’anthologie, d’ailleurs son préfacier le poète et peintre Giovanni Merloni le confirme : « Barnabé Laye est un poète, un grand poète, mais il  est aussi un écrivain, un grand écrivain. »

Oui, notre ami le poète Barnabé Laye vient de poser son sablier sur la table et regarde s’écouler irrémédiablement les poussières du temps.

Il défie l’épreuve du miroir, mythe ancien, souvenez-vous Narcisse, lié à l’interrogation, à l’éternité, à la remise en question de nos vanités aveugles. Il lance un défi provocateur à l’œuvre incontournable du temps.

Regarder le miroir en face c’est s’affronter à la vie, ne pas lui céder une once de terrain, ne pas sombrer dans l’imposture, ni l’illusion et saisir à bras le corps la réalité, oui :

 

« Un jour il faudra briser la glace. »

 

Il y a toujours ce miracle d’aube, du jour nouveau où la beauté vibre sous la profusion de lumière. Nous l’appellerons l’espérance !

Barnabé Laye souligne avec subtilité l’inconstance de l’homme à la fois ange à ses heures, mais le plus souvent démon, toujours insatisfait, qui lorsqu’il possède un peu de bronze désire déjà ardemment détenir l’or.

Mais ce dernier sait aussi s’illusionner, car il lui suffira parfois d’un simple coin de ciel bleu pour croire au miracle !

Le poète sait qu’il faut nous méfier des fausses paroles, des verbiages hypocrites, des mensonges masqués par les dogmatiques, politiques, moralistes, religieuses, les écrits apocryphes dont même les animaux se détournent.

 

« Il faut oublier dans les décombres

Les prophètes des brûlantes Géhennes

Les prophètes des harems aux quarante vierges

 

Voici venir

Les mots pour incendier les mensonges.

 

Les éléphants s’en vont jouer à la marelle. »

 

Notons cependant que la nature dit vrai, lorsqu’il pleut des soleils, que le désert devient vert et que le ciel s’imprime de bleu.

Le poète ici prend conscience de la valeur du temps et de sa fuite effrénée. Le compte à rebours nous marque implacablement de son sceau.

Nous avançons pareils à des aveugles sur nos « Fragments d’errances » et fragiles espérances.

 

« Gravées sur la peau du temps nos lignes de vie nos errances

Et l’obscur destin qui nous pousse en avant. »

Comme des moines Chartreux ou bouddhistes, il nous faudrait pouvoir entrer en prière, nous fondre dans les lumières mystiques du matin et nous préserver derrière nos rêves.

Le poète qu’incarne Barnabé Laye parle au vent, aux arbres et aux oiseaux, un peu comme Saint François d’Assise, Khalil Gibran ou Rabindranath Tagore,  il se fait détenteur et porteur de mémoire.

Nous surprenons aussi notre ami à jongler avec les couleurs de la vie jouisseuse. Pareils à Rabelais ou Epicure, il a le sens de saveurs fragiles, délicates et volatiles de la vie qu’il met en bouche comme un vin rare, précieux, capiteux, il en savoure les arômes, les finesses, les subtilités de terroirs. Un vieil armagnac et un bon havane peuvent être en certains moments privilégiés les bienvenus, ils sont bien là aussi de merveilleux fragments d’extases.

Et si la poésie était, comme le disait le regretté peintre-philosophe Ladislas Kijno : «…/… savoir encore s’étonner à partir de rien, le grand étendard des signes, une possibilité de ralentir le temps. » Et si la poésie était : « …/… savoir ramasser les feuilles mortes des galaxies perdues, une caresse métaphysique. Si la poésie c’était sortir du désespoir pour nous conduire vers l’Amour ? Si la poésie était l’antidote des catastrophes ? »     

Barnabé Laye se fait peintre d’images sensibles et révélatrices qu’il colore souvent en choisissant chaque mot sur sa large palette en y mêlant ses nuances.

Tendresse, intimes senteurs d’amour, il écrit à fleur de peau sur l’épaule de la bien aimée. Délicatesse émouvante de la métaphore.

 

« Le voyage jusqu’au bout de ton corps

Jusqu’au bout de ton cœur

Jusqu’au bout de nos envols. »

 

Nous quitterons momentanément les chemins de la versification pour ceux de la prose narrative, mais la voix de la poésie est toujours au rendez-vous, éclatante comme :

 

« …/…les roses de sable nées de l’étreinte du sel et du sable dans le ventre chaud de la terre. »

 

Il nous arrive de croiser  quelques textes poétiques quelque peu anecdotiques, comme par exemple celui de Dédé l’indétrônable pilier de bar et ses acolytes, une façon de détourner le drame d’un terne quotidien et de jouer de la dérision.

Ici et là nous rencontrons quelques aventures imprévues, les rencontres furtives du hasard dans le métro avec une jolie inconnue qui disparaît à l’angle d’un couloir. Mais le hasard existe-t-il vraiment ?

Thème récurrent chez Barnabé Laye il y a toujours un retour au jardin de l’enfance, au rêve de sable humide, de grands soleils flamboyants et de paquebots en partance pour des îles inconnues. Tout n’est que gestes simples et naturels, paroles réconfortantes, souffle sur les braises pour raviver la flamme.

Nous sommes les jouets de la temporalité, tout est éphémère, provisoire, la camarde est déjà là avec sa faux en filigrane dans un lointain encore indéfini. La parade est de résolument lui tourner le dos pour retourner vers la lumière et la poésie de la vie si énigmatique.

En admettant que la poésie soit l’arbre de vie ! ?

Vite il faut aller planter un arbre sur le placenta et la délivrance du dernier né de la tribu  et attendre patiemment l’heure de l’éclosion du premier bourgeon.

Barnabé Laye place dans le silence des mots le droit de croire au bonheur des aubes nouvelles, ces mots qui font tomber les masques et teignent de bleu l’horizon et pour qui :

 

«  Seul le bonheur est vrai

Tout le reste est palabre. »

 

Il arrive aux plus vaillants missionnaires humanistes au terme d’un combat pour l’équité, la sagesse, la paix, l’abolition de l’ignorance, la tolérance, d’être saisi de lassitude, avec un peu ce sentiment de se battre contre des moulins, alors les larmes deviennent :

 

« …/… paysages bleus des poèmes

Des silences cachés aux creux des mains enlacées

Filles des extases soudaines et des émerveillements. »  

 

Alors il ne reste plus qu’à reprendre courage, à ne surtout pas marcher à contre sens et selon la devise du grand poète et homme de lettres franco- libanais Salah Stétié : «  Passons outre ! »

Du miroir au masque il n’y a qu’un pas pour aller vers les étoiles qui retombent en poussière apaisante.

 

« Afin que brille au petit matin le soleil de tous les possibles. »

© Michel Bénard 

SOYONS LE CHANGEMENT … Une anthologie, Levant et Euromedia

Chronique de Marc Wetzel 

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SOYONS LE CHANGEMENT …

Une anthologie, Levant et Euromedia,  mai 2016  (direction : Angela Biancofiore* ; traductions : Manon Rentz, Sondes Ben Abdallah, Romano Summa, les deux derniers ayant aussi participé au choix des textes) 


Soyons clair : cette anthologie de (courts textes de) littérature italienne contemporaine est une bénédiction. Comme littérature (parce qu’elle nous décrit comme en direct ce que nous – Européens, en tout cas – sommes en train de faire et défaire de nous-mêmes), comme italienne (parce que le réalisme psychologique de l’âme transalpine, son objectivité plastique, la passion sans illusions de sa liberté concrète, tout cela à la fois nous manquait et nous instruit !), comme contemporaine surtout (parce que les textes vifs et variés ici proposés évoquent admirablement l’espèce de guerre que l’histoire humaine s’est récemment déclarée à elle-même),

… et je dis guerre, parce que les trois suggestives parties proposées du livre (sur les thèmes successifs de la diversité culturelle dans la mondialisation, de l’interpellation par une jeunesse sacrifiée de notre rente de situation obtenue d’elle, enfin de ce que peut et doit l’art des mots face à la destruction technologique de la nature) disent toutes la tragédie, désormais, d’une lutte interne à la condition humaine : mêlée (et démêlés !) des cultures dans la merveilleuse uniforme langue de l’insignifiance – tous se comprenant enfin au moment même où ils n’ont plus rien à dire – , âpre concurrence des générations puisque les groupes sociaux vivent les uns des autres d’abord temporellement, et enfin revanche aveugle d’une Nature dont une raison aveugle à ses équilibres a kidnappé le volant).

On n’est donc pas surpris des personnages récurrents ici rencontrés (dans la bonne vingtaine de textes proposés) : les migrants, les humanistes dorlotant ou raillant leur propre fiasco, les travailleurs déclassés, les esclaves aseptisés de centres d’appel, les enseignants aphones, les écologistes sentencieux, les femmes jouant des coudes pour passer enfin du bon côté du secret, les indignés qui ont honte « pour ces gens qui ne savent plus avoir honte » (Dora Albanese, p. 77), mais présents dans des situations neuves, justes, et, – bien que souvent singulières ou ironiques – représentatives, authentiques, éclairantes, bref : de la restitution pertinente de destins !

Par exemple, voici quelques profs perplexes aux réactions miraculeuses : chez Alessandro d’Avenia, telles (p. 121) les quelques admirables lignes de « programme de vie scolaire » qu’il concocte en une sorte, non de document confidentiel, mais à l’inverse d’une confidence documentée aux élèves qu’il distribue au premier cours :

« Vous êtes si jeune, si neuf devant les choses, que je voudrais vous prier, autant que je sais le faire, d’être patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement, en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses »

On voit aussi chez Andréa Bajani (car Erri de Luca n’est pas le seul esprit génial présent dans ce florilège), un professeur rétorquer (à une jeune fille de quinze ans, assénant publiquement que l’école ne servait à rien) deux choses. D’abord que, tout comme lors d’un tremblement de terre soudain, l’enseignant aurait pour unique souci, leur criant de « rester tous ensemble » de « les amener dehors tous vivants » (p. 84), de même l’école veut pouvoir jeter dans le monde des enfants qu’elle aura su objectivement faire grandir ensemble, dans un espace serein, disponible et légitime dont ils sauront faire vivre leur liberté de plus tard. Ensuite et enfin que, comme une femme de ménage têtue et farouche replaçant chaque semaine, dans la maison qu’elle bichonne, les meubles à son idée (p. 88), et finissant par convaincre le propriétaire excédé par cette insolente insistance d’aller, à son immense surprise, constater que de la nouvelle position du divan, on voyait étonnamment mieux le clocher, le quartier, la ville, la vie, de même l’enseignant modeste et résolu, épuisant notre résistance même à la métamorphose, cherche seulement à « placer la disposition de ce que nous sommes ».

Il faudrait, pour rendre justice à l’étonnante qualité de cet ensemble, citer bien d’autres extraits, sur les thèmes annoncés. On se permettra juste, pardon, trois très courts exemples, sur l’idée commune de l’apocalypse logiquement advenue.

Laura Pugno (p. 126) évoque ainsi les institutions tuées, au moyen de leurs bâtiments désaffectés ou dévastés :

« Les salles du Musée étaient devenues un refuge pour vagabonds qui dormaient dans les vitrines vides, en miettes, parfois même sans se préoccuper de balayer les vitres cassées ».

Mauro Corona (p. 167) restitue ainsi le court dialogue entre les mourants de la Catastrophe et leur officiel Sauveur :

« Ah, Seigneur Jésus, pourquoi nous avoir punis ainsi ?

– Vous vous êtes punis vous-mêmes, dit le Seigneur. Je n’y suis pour rien »

Le même précise, cliniquement, plus loin (p. 177) :

« Les hommes ont commencé à se punir quand ils ont cessé de se servir de leurs mains et, par conséquent, de leur cerveau. Ils se sont castrés tout seuls, ils ne savent même plus allumer un feu. Les gens des montagnes et de la campagne échappent à la règle, mais pas tous. Seulement ceux d’un certain âge. Les dernières générations ne savent rien faire de leurs mains. A part la branlette et les ordinateurs, ils ne s’en servent pas ».

Et voici la conséquence :

« Les pauvres (…) sont devenus les phares de la ville. Ils se donnent du mal, ils inventent, résolvent des problèmes, proposent des solutions. Chose la plus importante : ils restent calmes. Ceux qui étaient aisés, il fut un temps, s’agitent, ont une peur bleue de crever, ils foutent le bordel, hurlent, pleurent, n’ont pas de couilles. Et ça peut se comprendre. Habitués à tout avoir en sortant leur portefeuille, ils sont désormais des agneaux sans leur mère. Des agneaux au milieu des loups. Sous les dents d’une condition extrême. Les pauvres au contraire sont plus forts. Ils résistent longtemps et meurent plus tard. Ils sont aussi plus cruels (…). Maintenant que la belle vie est finie et que nous sommes tous assis à la même table, ces gens-là, qui portaient le fardeau de la misère, sont les plus costauds ».

Bref, les riches, désormais, sont …

« nus comme des vers. Et comme des vers, ils risquent d’être décapités par la pelle de la faim »

C’est que, pour parler franchement avec Cosimo Argentina, ce qui distingue les pauvres, c’est qu’ils connaissaient déjà la Fin du Monde avant sa mise en œuvre officielle :  en témoigne ce discours funéraire, prononcé, en bousculant le prêtre et les officiels, par l’un des collègues de Lamanna, tué lentement mais sûrement par les gaz de la cokerie (p. 148) :

« Nous savons que ce cri de douleur naît et meurt dans cette église. Nous savons que ceux qui s’enrichissent avec notre travail sont sourds et insensibles aux mots. Ce sont les mêmes qui économisent sur les harnais, sur les casques, les chaussures de sécurité et sur le respect des émissions polluantes. La tumeur de Lamanna est un évènement qui n’a pas d’importance, pour les chefs. Moi aussi, j’ai une tumeur au poumon gauche. Je serai opéré à Lecce la semaine prochaine et les probabilités de survie à l’intervention sont de 50%. Les morts à cause du travail ne devraient pas exister … c’est une contradiction dans les termes »

Mais ces sortes de travaux dirigés du Sort, superbement écrits et commentés par nos auteurs, n’empêchent pas les saillies émues ou hilarantes :

… ainsi d’un coup de foudre magnifiquement imagé par Carmine Abate (p. 51) :

« Tu connais le grondement d’un coup de fusil dans les ravins ? – me demanda mon père (…). C’est un bruit qui vient de partout et qui semble ne jamais prendre fin. Ça m’a fait ça la première fois que je l’ai vue … »

… et le même précise (p. 52), que de la boutique où la fleuriste inconnue vient à jamais, d’un regard, de tuer son passé de geignard solitaire,

« je sors, mais je voudrais rester là toute ma vie … »

Je ne suis pas du tout spécialiste de la pensée de l’Italie (je n’ai parcouru, de ses écrivains, que Dante, Machiavel, Galilée, Vico et Buzzati), mais j’ai été extrêmement sensible, via ce dense et probe recueil, à la continuité, dans sa relève pourtant la plus progressiste, du génie italien : c’est, comme depuis toujours, un monde certes sans sentimentalité,  sans esprit de sacrifice, sans vocation contemplative (la noblesse qu’il y aurait à regarder finement dans le vague a toujours fait rire l’Italien, pour lequel la considération pour elle-même de ce qui est n’a justement aucun titre à être !), mais aussi, par cela même, un monde sans vaine obscurité, sans maladive indécision, sans complaisant scrupule (comme disait Elie Faure, l’Italien a d’abord un loyal problème de condition, et non un retors et alambiqué problème de conscience). Nous avons beaucoup à en apprendre : par exemple la France présente se perd dans son vaniteux refus des migrants, comme l’Allemagne, peut-être, dans sa trouble générosité à leur égard, mais l’Italie, elle, n’a pas le loisir d’osciller ainsi entre barricade et ouverture, car elle sait et vit qu’on ne ferme pas la mer,  elle sait et vit que Lampedusa est plus au Sud qu’Alger ou Tunis, elle abrite en son coeur un pape non-italien plus chrétien que tous les Italiens réunis, elle est donc aux premières loges d’une vérité qu’elle affronte (comme, dirait aussi Elie Faure, elle affronte corrélativement les illusions qui séparent de nous le désir même de vérité !).

On peut même tenter de comprendre, par ces textes souvent prophétiques, ce qui, dans la Péninsule, n’arrive plus à se produire : la mondialisation, qui exacerbe les petites passions, émousse les grandes, dont se nourrissait exclusivement la vertu italienne ;  la pression migratoire (parce qu’elle montre que Dieu a créé l’étranger comme davantage que nous-même) complique l’héroïsme italien (qui ne s’engageait que pour un Dieu capable de lui, et coupable des autres) ; le réchauffement climatique même menace l’équilibre acquis de l’âme collective, car les Italiens n’ont su jusqu’ici transfigurer la laideur extrémiste de leurs inclinations que parce que leur assise terrestre, leur chair géographique, était bénie des dieux, était la plus gracieuse et poliment modérée des terres habitables (or, c’est fini, l’Ombrie et la Toscane mêmes seront bientôt peut-être poubelles embrasables) ; même les Droits de l’Homme étouffent peu à peu la part noble de la vendetta (cruelle, mais décisive pour punir ceux qui ont voulu rendre impossible d’aimer).

Une dernière chose : il n’y a pas de fil chronologique dans ce recueil. Mais cela même est italien ; ce déploiement par échos architecturaux, qui ne s’étaie pas sur la vaine assurance d’un devenir unique, inévitable, totalisant, a le mérite (très représentatif de ce peuple) d’une rare hospitalité à l’égard des nuances, d’une intelligente et lente assimilation de ce qu’on ne peut ni modeler ni négliger, d’une radicale franchise de soi à soi (comme une lucidité exclusivement privée) qui fait dire, non pas « Dieu est mort » – et son imbécile cortège d’inconsolables blasphémateurs et de revanchards fanatiques – mais simplement : « Un autre monde ? Peut-être, mais pour quoi faire ? ».

C’est donc légitimement qu’Angela Biancofiore, qui supervise et préface ce recueil (avant une remarquable introduction de Romano Summa et Sondes Ben Abdallah) nous rappelle que « la littérature a la responsabilité du monde », parce que,  suggère-t-elle,  l’homme, de toute façon, ne survivra … qu’à une nouvelle compréhension de lui-même (que ces souvent jeunes auteurs contribuent nettement à inaugurer !).

Le titre de ce livre évoque explicitement l’aphorisme de Gandhi : « Soyons le changement que nous voulons dans le monde » ; il ne prétend pas nous dire qui être, mais seulement comment un peu mieux le vouloir. Et son utile secousse est comme une bourrade de réenchantement.

*dans le cadre de son activité au dynamique centre de recherche LLACS (Langues, Littérature, arts et cultures du Sud) de l’Université Paul-Valéry de Montpellier,

http://www.univ-montp3.fr/llacs

©Marc Wetzel 

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Service de presse n°44

 

Traversées a reçu :

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Les recueils suivants :

 

* A l’envers des cimes

Michel Ferrer

Clapas, Franche Lippée, 2016; 8 pages

* Allers… et retour – Idas… y vuelta

Jacques Canut

Cálamo, 2016; 15 pages

* Alphabet – De A à M

Philippe Jaffeux

Passage d’encres/Trace(s), 2014

* Anamnèse

Claude Bardinet

Librairie-Galerie Racine, 2014; 55 pages

Depuis l’aède, en passant par le barde, le troubadour, le trouvère, le félivre, la poésie véhicule autant d’antécédents que de sensibilités nouvelles. L’anamnèse est le récit des antécédents. L’intrication poétique témoigne de la relation du poète aux poètes et à l’univers poétique. La sérendipidité est le talent naturel de ceux qui ont la chance de faire par hasard des découvertes inattendues, en particulier en sciences, et de savoir les rendre intéressantes ou valables. L’homme est sous condition de nature, mais il a vocation à faire des découvertes inattendues, et pas seulement dans les sciences. L’existentialisme n’est pas un humnaisme, car l’homme n’existe pas librement, mais évolue dans un flux de nature, sans liberté de destin. Il peut seulement bâtir l’imaginaire des risques, mais ne peut contraindre la nature à se plier à toutes ses volontés.

* Antichambre

Christian Castillo

recueil de poésie aux éditions Indescriptible

8, rue Anselme payen à Paris 15

* L’Antigone manquée

Catherine Baptiste

Gravures de Jérôme Bouchard

Bleu d’encre, 2016; 71 pages

« J’ose moi aussi

ces rivières soudaines

épaisses de résine,

longuement nourries au coeur du fruit,

hurlées en pointe de rose.

Et quand cette fleur de mots

s’empourpre

dans la surrection des hivers,

l’insurrection est un olivier jaseur,

Une femme

Une fleur éclatée

sous terre d’oliviers »

* Bonne nouvelle… la vie est belle! – Petit papillon, prends ton envol…

Anne Bousman

Chloé des Lys, 2015; 27 pages

C’est l’histoire d’un petit papillon qui est confronté à ses complexes, à ses difficultés à s’assumer.

Il va retrouver le goût de la vie grâce à sa maman…

* Carnet de Corée

Eric Chassefière

Encres Vives, 2014; 16 pages A4

* Le cauchemar de Marianne

Jean Gualbert

Chloé des Lys, 2015; 39 pages

* Ce regard qui nous vient du monde

Eric Chassefière

Rafael de Surtis, 2015; 69 pages

* Le chemin de Casaluz – En terre de Camargue

Jeanne Champel Grenier

CCCM, 2014; 162 pages

Quand il faut tout quitter pour enfin se trouver… « Le chemin de Casaluz », c’est l’itinéraire émouvant d’un peintre qui ne trouve sa route qu’à la lumière de l’amour.

Un roman sur le mystère de l’acte créatif mais aussi un grand hommage à la Camargue sauvage.

* Chemin de fer

Michel Joiret

M.E.O., 2016; 148 pages, roman

Un circuit sur la moquette: rails, motrice, quatre wagons, la gare, le sifflet… Une enfance comme un voyage perpétuellement fantasmé. Jusqu’à ce que la famille se dédouble, deux chambres en alternance, plus de place pour le circuit et presque plus d’enfance…

La retraite venue, Valentin Duvalois restaure son rêve: un appartement proche de la gare du Midi, les songeries sur un quai d’où il ne partira jamais, le précieux album des coupons mauves d’autrefois… Les départs et les arrivées des autres accélèrent le passage des jours. Roulements des boggies, sourire de la jeune Africaine qui officie au snack, trilles du canari Aristote – un présent de son ami Karim, l’épicier de la rue. Puis cette grève des cheminots, pétards le jour, silence la nuit… Et ce wagon éclairé sur une voie latérale. Immobile, improbable.

* Le chien de Zola

Laurent Grison

Editions Henry, La main aux poètes, 2016; 91 pages

* Choses dites choses tues

Nathalie D. Druant

Chloé des Lys, 2013; 60 pages

* Déclives

Michel Santune

Poèmes chez France-Libris, 2016, 55 pages

* En marche laisser jaillir les mots des maux en marge!

Extraits de critiques & autres entretiens à propos de l’écriture de Rome Deguergue – 2003-2013

Schena editore, 2013; 200 pages

Dans cette anthologie critique autour de l’écriture de Rome Deguergue, il n’est pas tant question de faire du nouveau, mais bien d’être à l’écoute de ce qu’il y a de plus originel et empathique, dans le but de faire du texte un lieu de liberté, où le rapport au langage stabilisé par l’acte même de se former, de se déformer et de se conformer à certaines règles, confère de l’énergie mentale, seule capable de rendre supportables le mal, la souffrance, la culpabilité, l’inquiétude du sentiment amoureux, et même l’honnêteté et la beauté, bref de scruter, au coeur de l’état humain trop humain, ces empreintes inscrites dans le corps et l’esprit, desquelles découlent nos credos.

Ne serait-on effectivement que ce dont on se souvient? Ecrire c’est aussi tenter de donner une éclaircie à notre être intranquille, mieux respirer et savourer le monde. Rome Deguergue mérite toute notre attention, et celle des éditeurs. Le lecteur suivra. Par sa parole nouvelle, cet écrivain nous donne le plaisir et le voyage, et nous fait rêver, en ce début confus du troisième millénaire.

Giovanni Dotoli

* Entre les griffes du rire

Vasile Ghica

Traduit du roumain par Constantin Frosin

Le Brontosaure, Littérature roumaine, 2014; 145 pages

Tout d’abord un contemporain, Vasile Ghica, auteur d’aphorismes dignes d’un La Bruyère ou d’un La Rochefoucaud roumains, aussi

satiriques et aussi vrais que ceux-la. Le plus souvent simples lignes, où la fantaisie verbale de Frosin se donne libre cours, totalement légitime cette fois jusqu’en ses dérives langagières.

Paul Van Melle

* Etonnante nature… révélant la nôtre!

Raymond Calmettes

Clapas, Franche Lippée, 2014; 8 pages

* Je suis poète

Louis Savary

Les Presses Littéraires, 2015; 100 pages

* Nouvelles du couple

sous la direction de Samuel Dock, textes d’Alain Vircondelet, Valérie Bonnier, Jérôme-Arnaud Wagner, Hafid Aggoune, Frank Bertrand, Stephanie Le Bail, Rebecca Wengrow, Marc Villemain, Erwin Zirmi…

France-Empire, 2014; 142 pages

Le couple, voilà un sujet qui inspire l’humanité depuis l’Antiquité; une histoire qui semble immuable. Un être en rencontre un autre. Pour une raison occulte, inaccessible et mystérieuse, ils se lient entre eux. Processus éternel de deux êtres qui parviennent à n’en former plus qu’un: le couple transparaît comme un être vivant qui naît, grandit et meurt. Mais aime-t-on encore lorsque tout s’arrête? Que reste-t-il de ces amours? Une infinité de personnalités, de rencontres, de hasards, de choix s’expriment au fil des nouvelles réunies dans ce livre. Samuel Dock, jeune auteur et psychologue, est parti à la rencontre d’écrivains d’horizons très divers avec une unique demande: donnez-moi des nouvelles du couple. Narcissique, complice, tendre, émouvant, voire érotique, parfois destructeur, des auteurs sans concession racontent avec brio le couple dans tous ses états. Dans notre société hypermoderne, prônant l’avoir au détriment de l’être, la définition de l’entité couple a-t-elle encore un sens? A l’heure de l’individualisme et de l’hédonisme de masse, que reste-t-il de ce qu nous connaissons du couple? L’amour peut-il encore durer?

* Pages sans défense

Pierre Schmacher

Chloé des Lys, 2015; 58 pages

* Petites crispations juvéniles

François Harray

Traverse, 2015, 100 pages

Gabriel est un tamponné de la vie, du sexe, de l’amour. Un mal parti en apnée dès sa naissance malgré son sang bleu. Voici six nouvelles qui se déclinent en autant de périodes de sa vie. L’adolescence, la post adolescence, les prémices de la vie d’adulte, la découverte du vrai amour, la création d’une famille et la découverte de la paternité. Il ne s’agit pas d’y voir une quelconque adaptation à la norme sociale hétérosexuelle. Encore moins aux convenances. Gabriel est en permanence dans le rouge rugissant des tours minutes de la vie. Le crash peut survenir à tout instant. Six étapes dans un monde bancal.

* Poèmes poitrinaires – Récitatif

Nicolas Jaën

Clapas, Franche Lippée, 2016; 8 pages

* Profonde la lampe d’autrefois

Eric Chassefière

Encres Vives n°437, 2014; 16 pages A4

* Ricochets

Jacques Canut

Carnets confidentiels, 2016; 11 pages

* Le sort est en jeu

Jeanpyer Poëls

La Porte, 2014; np

* Sous l’eau des mûriers

Eric Chassefière

La Porte, 2015; 24 pages

* Tags

Pierre Covarel

Clapàs, collection Franche Lippée, 2015; 8 pages

* Le temps d’exister avant le froid

Nikos Leterrier

poèmes et chansons illustrés par l’auteur

Chloé des Lys, 2015; 71 pages

* Un train pour Odessa

Jeanne Champel-Grenier

France Libris, 2015; 80 pages

* Want to Wake Alive – Selected Poems

Keith Barnes

K.B. – Aussi petit que mon prochain

Jacqueline Starer

Editions d’écarts, 2014; 300 pages

Né dans l’East End de Londres le 12 novembre 1934, Keith Barnes, enfant, peint aux côtés de son grand-père et compose dès l’adolescence. A treize ans, il entre sur concours à la Royal Academy of Music. Ses oeuvres sont jouées. En 1962, il rompt avec tout ce qui a précédé. C’est en 1963, après un long séjour à Chypre, qu’a lieu sa rencontre décisive avec Jacqueline Starer. Ils vivront à Paris, aux Etats-Unis, en Israël puis de nouveau à Paris où Keith Barnes meurt le 10 septembre 1969 d’une leucémie aiguë.

Avec K.B., Jacqueline nus introduit au coeur de l’oeuvre de Keith Narnes comme seule pouvait le fair ecelle qui consacre encore tant d’énergie à conserver, traduire et faire – entendre – la voix d’un homme dont la création prend en défaut toute classification réductrice. C’est pourquoi nous avons placé son édition bilingue à l’articulation de l’ouvrage en trois volets présenté ici, tandis que Les poèmes choisis sont – livrés – sans filet, sans retenue de sens.

Want to Wake Alive est une Ouverture à part entière, celle d’une Vie qui veut se réveiller Vivante. La texture, la trame sonore, les constellations harmoniques et polyphonies flottantes donnent à sa langue à claire-voie un impact sensoriel qui fait entrer en résonance nos mémoires et nos imaginaires musicaux, graphiques et picturaux. Si elles n’ont pas été éprouvées d’abord, le sens ne peut que les oblitérer, tant nous avons désappris à entendre et à recueillir ce qui nous désoriente à force de tendre à nous recentrer.

Keith Barnes habite l’incarnation d’une évidence: la vérité de l’oeuvre s’élabore comme une respiration de l’entre-deux où le son se conjugue à la lumière pour faire surgir d’une faille, d’une déchirure, d’une conscience insoupçonnée, le profil pur du réel qu’elle a sculpté.

Avec Aussi petit que mon prochain, l’interprétation française de Jacqueline Starer défie la traduction et renvoie au coeur textuel qu’elle partage.

MBH


Les revues suivantes :

* Comme en poésie n°67, septembre 2016, 80 pages

Beaucoup de poètes pêle-mêle certains connus de Traversées, des illustrations en couleurs de Flam; des infos; la cité critique que nous avons abandonné dans la revue papier en privilégiant les auteurs; c’est bien aussi ainsi mais ne pas oublier qu’il est important de parler des livres au plus vite de leur parution! Une uniformité de police de caractère aiderait à la lisibilité…

Revue trimestrielle de poésie

2149, avenue du Tour du lac à F-40150 HOSSEGOR j.lesieur@orange.fr http://perso.orange.fr/jean-pierre.lesieur

(Jean-Pierre LESIEUR)

* Concerto pour marées et silence n°9 – 2016

Revue de poésie

164, rue des Pyrénées à F-75020 Paris colette.klein14@orange.fr

(Colette KLEIN)

* Le Gletton n°483, juin 2016; 20 pages A5

mensuel de la Gaume et d’autres collines

28, rue Saint-Martin à B-Villers-sur-Semois ; micheldemoulin@yahoo.fr

(Michel DEMOULIN)

* Il Convivio Anno XVII numero 2, Aprile-Giugno 2016; 100 pages A4

Trimestrale di Poesia Arte e Cultura dell’Accademia Internazionale « Il Convivio », Via Pietramarina, Verzella 66 à I-95012 Castiglione di Sicilia (CT) – Italia http://www.museovallealcantara.it angelo.manitta@tin.it

(Angelo MANITTA)

* L’intranquille – Revue de littérature; n°10, mai 2016

Atelier de l’agneau éditeur, 1, Moulin de la Couronne à F-33220 Saint-Quention-de-Caplong

* Libelle n°279, juin 2016, n°280, juillet août 2016,

6 pages A5 – Mensuel de poésie

14, rue du Retrait à F-75020 PARIS pradesmi@wanadoo.fr http://www.libelle-mp.fr

(Michel PRADES)

* Microbe n°95, mai-juin 2016, np –

La revue qui déchauve les coiffes

Launoy, 4 à B-6230 Pont-à-Celles ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric DEJAEGER)

* Poésie sur Seine,

n°92, août 2016,

revue d’actualité poétique ; 116 pages ;

13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud.

(Le cri ; Claud Luezior ; Georges-Emmanuel Clancier ; Hédi Bouraoui ; Claude Held ; Béatrice Llibert ; Jeanine Salesse…)

13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud. http://www.poesie-sur-seine.com

(Pascal DUPUY)

* Rose des temps n°24, janvier à avril 2016

Revue de l’association Parole & Poésie ; prix de la presse poétique 2012 de la Société des Poètes Français

12, rue Théophraste-Renaudot à F-75015 Paris parole.et.poesie@gmail.com

(Patrick PICORNOT)

* Septentrion n°2/2016; 100 pages

Arts, Lettres et Culture de Flandre et des Pays-Bas,

revue trimestrielle éditée par l’institution culturelle flamando-néerlandaise « Ons erfdeel vzw » …

beaucoup d’articles et chroniques très fouillés

Murissonstraat 260 à F-8930 Rekkem.

+32 (0) 56 41 12 01 http://www.onserfdeel.be http://www.onserfdeel.nl http://septentrionblog.onserfdeel.be

(Luc DEVOLDERE)

* Soleils & cendre – Revue d’écriture, n°115, avril 2015 (Qui es-tu frère rêve? de Pierre Colin… suivi de l’écume et la lumière, par les Solicendristes); n°116, septembre 2015 (mise en abyme … éloge de la récursivité de la langue); n°118, juin 2016 (Sextine)

1bis, impasse Anatole France à F-84500 Bollène solicend@orange.fr http://www.soleils-et-cendre.org/

(Isabelle DUCASTAING)