Jérôme Garcin, Mes fragiles, Gallimard, décembre 2022, ( 14€ -103 pages).

Une chronique de Nadine Doyen

Jérôme Garcin, Mes fragiles, Gallimard, décembre 2022, ( 14€ -103 pages).


Faire d’un proche disparu un personnage de roman, c’est le maintenir vivant, une façon de le ressusciter et de lui rendre hommage. Ce que Jérôme Garcin a déjà réalisé plusieurs fois. Rappelons l’ouvrage Olivier, en mémoire de son frère jumeau, fauché à six ans par un chauffard, en 1962. Un absent qui l’habite, vit en lui, grandit avec lui. Puis celui sur son père, tué accidentellement d’une chute de cheval, en 1973. 

Le voilà comme pris dans une spirale dramatique, fatale. Écrire, n’est-ce pas prolonger la vie des disparus? Les rendre immortels ? Lui qui est «  dans la révolte » face au destin. Il poursuit le portrait de ses défunts avec d’autant plus de courage qu’il fut doublement touché en 2021. Qui sont donc ses  « fragiles » ?

IL commence par le dernier parti, le 22 mars 2021 ce frère artiste, dont il a eu la charge par le juge des tutelles. Inconsolable depuis la disparition de leur mère, six mois avant, le 14 septembre 2020.

Jérôme Garcin  retrace le parcours médical de son frère Laurent à l’hôpital Pompidou. Atteint de  plusieurs comorbidités auxquelles s’ajoute le syndrome  de l’X fragile.  Victime d’une crise d’épilepsie, il est  terrassé ensuite par le covid. Le narrateur confie avoir refusé l’acharnement thérapeutique, décision qu’il a jugée sage. Il évoque ses visites épuisantes, limitées à une heure durant des semaines, endossant la tenue de cosmonaute, avec des instants d’espoir. 

Avec beaucoup de délicatesse, le narrateur détaille l’enfer que vit la famille proche, le maelstrom qui s’empare  des pensées intérieures. Comment ne pas flancher. Difficile d’imaginer quand l’animateur du  « Masque »  orchestre l’émission phare  avec bonne humeur, qu’il vient de courir d’un hôpital à l’autre. Juste le temps de changer de masque. Il recourt à la métaphore de l’orage qui se rapproche avant le  foudroiement, et convoque une phrase du Général de Gaulle qu’il adapte : «  Maintenant , et pour toujours, Laurent est comme les autres ».

Après le portrait de Laurent, il dresse le portrait de cette mère « invincible », qui a dû faire face à deux disparitions accidentelles. Il expose sa formation artistique, sa carrière de restauratrice de tableaux pour le Louvre, met en lumière son talent de peintre.

 Il évoque ce qu’elle a été, une artiste passionnée par l’art italien, dotée d’une «  inexpugnable joie de vivre » et « d’une propension à l’émerveillement ». Une lectrice de Colette, de Christian Bobin, de François Cheng. Une oreille qui aime écouter Brahms, Mozart, Debussy.

Par petites touches, il compose un touchant tableau pétri de déférence, il met en valeur sa générosité envers un peintre sdf.

A  89 ans,  « cette vaillante maman capitulait », souffrant le martyre, «  même la religion, qui était son socle et son Ciel, ne semblait plus lui être d’aucun secours ». 

On suit ses transferts successifs d’hôpitaux, puis établissement spécialisé en soins palliatifs. La phrase : «  elle entrait ,en plein été, dans son dernier hiver » convoque le titre : «  Le dernier hiver du Cid », opus dans lequel Jérôme Garcin  évoque les dernières heures de Gérard Philippe. Comme sa famille lui avait remis un portable pour la tranquilliser, elle n’a eu cesse d’appeler au secours afin de quitter cet enfer/prison.

L’hécatombe s’est poursuivie avec le décès de sa tante ( en août 2022) qu’il considérait comme sa seconde mère. « Le destin le prend au collet » une fois de plus.

Les cérémonies d’adieu récurrentes qui se déroulent au cimetière de Bray-sur-Seine convoquent le tableau émouvant du peintre Emile Friand, «  La Toussaint » représentant l’hommage d’une famille pour ses morts. Comme un instantané photographique, l’impression d’un travelling sur le cortège.

Jérôme Garcin reconnaît être taraudé par cette idée de culpabilité et se demande encore s’il a bien fait de cacher à sa mère le secret de cette maladie génétique rare, sans traitement spécifique, difficile à diagnostiquer. Il explique en ses propres termes et non ceux d’un médecin ce qu’elle implique. « La culpabilité est un sentiment illégitime et légitime » pour lui, porteur sain. Il se sent « responsable d’avoir propagé », à son insu, ce dont il a hérité. Et descendant d’une dynastie de médecins, il fait le constat que «  les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés ».

Dans une émission, le narrateur confie son apaisement de constater que les peintures de son frère Laurent , « peintre débordant »,vont être consultables de façon permanente. Le psychanalyste Henri Bauchau avait d’ailleurs compris «  combien l’art était son vrai langage… ». « L’exposition annuelle de ses tableaux aux couleurs vives de vitraux favorisait ses dons clandestins et négligeait de reconnaître ses handicaps visibles ». 

Dans ce récit, l’écrivain décline son amour absolu pour son épouse, Anne-Marie, sa profonde gratitude envers sa famille «  qu’il aime d’une façon exclusive et animale », « qui le serre, le consolide, l’étaye et l‘empêche de chuter trop bas » et forme « une digue impérissable ».

Quand vient le moment douloureux de vider l’appartement, le journaliste retrouve un cahier, sorte de journal tenu par sa mère, où figure son ami Michael Lonsdale, tombe sur des lettres dont ses propres lettres. Il les relit, en consigne quelques-unes, ce qui fait défiler sa vie et celle de ses parents. La malle aux souvenirs déborde avec les lettres amoureuses de son paternel adressées à sa femme, quand il voyageait  en tant que directeur des Presses Universitaires de France. L’époque du bonheur comme il le souligne.

Certains paragraphes contiennent  des phrases très longues, comme si elles reflétaient le poids à supporter pour « la petite famille démantibulée » ou des énumérations décrivant chacun des tableaux. D’autres contiennent des étincelles de poésie comme dans l’évocation du pays d’Auge : «  les trilles des mésanges, le staccato des rouges-gorges…, le bruit d’eau cristallin » jailli des «  ramures des peupliers ». Un style d’une élégance et d’une délicatesse qui transcende le livre.

Le désir de poursuivre une conversation avec les absents rappelle la démarche identique  d’autres écrivains terrassés par la perte d’un géniteur : Premier sang d’Amélie Nothomb et plus récemment l’opus d’Albert Strickler Petit père.

Jérôme Garcin livre un témoignage poignant sur une maladie méconnue, découverte en 1991, « le syndrome de l’X fragile », dont ses descendants ont aussi hérité . 

En même temps il décline une radiographie de la situation des hôpitaux, frappés de plein fouet par la vague du covid et de la recherche médicale. On est saisi d’empathie. La lecture pourrait s’avérer éprouvante pour les âmes sensibles, mais elle est adoucie par les tableaux tissant un cocon réconfortant pour la famille de l’auteur. Ceux chamarrés de Laurent, le cubiste, qui « éclairent, embellissent son souvenir » et ceux de la mère paysagiste qui apportent de la sérénité à Jérôme Garcin.  En plongeant son regard dans leurs toiles, véritables « épiphanies », il sent leur présence en permanence, « une compagnie invisible, heureuse et bienfaisante ».

Le tombeau de papier dans lequel il drape ses disparus revêt une portée universelle. Le lecteur quitte ce bouleversant récit autobiographique secoué. Le chemin de la résilience sera long.

© Nadine Doyen

Albert Strickler, Petit père, Editions du Tourneciel, Collection lignes de vie, ( 20 € – 234 pages)

Une chronique de Nadine Doyen

Albert Strickler, Petit père, Editions du Tourneciel, Collection lignes de vie, ( 20 € – 234 pages)


Comme Amélie Nothomb l’affirme dans son dernier roman : « La mort n’est pas la cessation de l’amour. ». Le dialogue n’est pas interrompu. Dans cet hommage au père, le diariste ne veut pas que ce livre soit considéré comme un tombeau de papier, mais un partage de scènes de vie, un prolongement de leurs conversations qui en appellera d’autres. Une absence difficile à apprivoiser.

La photo de la couverture frappe quant à la ressemblance entre père et fils. On subodore, au vu du panier de poussins, que c’était un homme de basse-cour ! Qu’il avait une passion invétérée de colombophile, d’aviculteur émérite. On devine vite d’où vient la capacité de l’auteur à s’émerveiller de ces « riens somptueux » qu’il distille dans ses journaux pour le bonheur de ses lecteurs.

Autre héritage légué : « vivre en état de poésie » et au contact de la nature. Pour honorer ce culte de la poésie, des poèmes ponctuent le récit. Admirable, ce poème pétri de gratitude à l’encontre du père, « beau mendiant de lumière », qui lui a appris à « déchiffrer les hiéroglyphes des oiseaux dans la neige. »

Les oiseaux, il les aimait tant que le jardin regorgeait de mangeoires. De multiples facettes sont évoquées : homme de devoir, manœuvre, second, commis, groom, son apprentissage du métier de cordonnier, pêcheur… Un homme illettré, inculte, « l’œil bleu derrière la rosace de sa bonté ».  « Bonté monstrueuse ». Un père qui allait plutôt dans le temple de Baudelaire le dimanche matin ! 

Un père aux mains dépareillées qui n’excellait que dans le maniement du balai. Son accent n’était pas une tare pour lui, pas plus que ses fautes de français. Au fur et à mesure de la lecture, on plonge dans l’intimité de la famille d’Albert Strickler, évoquant ses souvenirs d’enfance (escapades à vélo.) La mère apparaît quand elle doit aider son « mari-enfant » pour mettre les boutons de manchettes, faire les nœuds de cravate. Le samedi était dédié aux bains dans la buanderie, faute de salle d’eau.

Un passage prend aux tripes, celui où Albert Strickler évoque les derniers moments de Père- la- bonté, si généreux en sourires, en embrassades. L’émotion indicible, difficile à endiguer, va crescendo quand les soins palliatifs sont abordés, et atteint le climax avec sa disparition le 24 décembre 2008. 

Quand on lit des extraits du journal correspondant à cette période où le père est hospitalisé, on est saisi par tout le maelstrom qui habite sa famille. Le narrateur « surveille le téléphone comme un bâton de dynamite », redoute « la déflagration de l’annonce », conscient de « l’imminence du départ ». Il cherche à quoi se raccrocher. C’est alors que surgit « le baron perché », cet écureuil omniprésent dans les journaux du diariste ! Venu frapper à la fenêtre le lendemain de sa mort, comme une réincarnation ? Et de rappeler ses dernières paroles : « Avez-vous encore assez de noix pour eux »

Avec ce père qui « préférait la liberté des champs, la tendresse des prés, la cathédrale des forêts », Albert Strickler a partagé les offrandes de la nature, « tapis dans des cryptes de végétation », l’incontournable cueillette du muguet dans un berceau de chlorophylle ». Ce bonheur de « boire la lumière des vitraux du feuillage translucide », d’écouter le vent, se retrouve transposé dans la plume poétique de ses journaux.

Revenant sur les goûts culinaires de son père, en particulier sur sa passion pour le boudin et son breuvage favori, la bière., l’auteur des Sublimes d’Alsace regrette de ne pas avoir réussi à intéresser son père aux vins, et surtout depuis que lui-même habitait au cœur du vignoble.

Il ravive aussi leurs souvenirs en commun : un match à la Meinau, sa collection de pièces disparues, le grand nettoyage de printemps, « l’Oschterputz », source d’émerveillement pour le narrateur gamin, sa première virée en voiture, le permis en poche, qui a tourné au fiasco et en 80, les premières vraies vacances du père à Sainte Maxime, qui avait accepté d’être éloigné de sa base, car le séjour serait bref, le nourrissage de ses nombreuses volailles serait assuré et la cuisinière serait son épouse ! 

Le sommaire détaillé montre la richesse de ces scènes de vie, scandées par la phrase récurrente « la vie est belle », auxquelles s’ajoutent des extraits de quatre journaux. Les fragments de vie s’achèvent sur une merveilleuse et touchante déclaration d’amour à ce père aimant : « je pense désormais chaque jour/ A la radieuse transparence de ta présence/ A ton beau sourire… ». 

D’ailleurs, le fils le devine partout, « dans le jaune citron de la poitrine d’une mésange », «  dans la belle brume bleuâtre qui lèche le ciel d’hiver » ou même «  sur sa langue comme le pépin d’une pomme ». 

Quelle fin lumineuse avec ce poème qui met en exergue « la lumière de sa bonté et le doux bleu de ses yeux lustrés par l’émerveillement. » 

Albert Strickler brosse un touchant portrait de « l’homme des bois », « Natürmensch », dont la présence irradie au fil des pages. Le levain de la tendresse qui les a reliés est bouleversant. Prose et poèmes en alternance. Nul doute que l’on aurait aimé connaître celui qu’il nomme le Ravi, à la bonté exceptionnelle.

© Nadine Doyen

Jamila ABITAR – Chemin d’errance – Traversées, 2022, 60 pages, 25€

Une chronique de Marc Wetzel


Jamila ABITAR – Chemin d’errance – Traversées, 2022, 60 pages, 25€


       « Vous referez mon nom et mon image

         De mille corps emportés par le jour,

         Vive unité sans nom et sans visage,

         Coeur de l’esprit, ô centre du mirage

         Très haut amour » (Catherine Pozzi)

        « Je perds la chronologie

         et perçois l’être vivant.

         J’ai puisé tous mes rêves

         dans l’invocation de l’Unité

         et c’est dans l’Union

         que j’ai brûlé le temps » (Chemin d’errance, p.54)

   Il y a relativement peu de poétesses d’origine arabe dans la poésie française actuelle, et chaque émergence intéresse et instruit. Chez les jeunes hommes, plus nombreux à s’exprimer, le rap surtout permet un équilibre poétique entre engagement socio-politique et fidélité religieuse ou spirituelle (on peut y dénoncer ce que la France fait des coutumes ou des attitudes de vie qui ne sont pas nées d’elle, dans une langue retournée ironiquement, ou agressivement, contre sa propre souveraineté butée). Mais le rap reste pour l’essentiel masculin, car il ne peut combattre le rapport de la langue française à elle-même sans, peu ou prou, la combattre tout court. Les poétesses ont, elles, d’autres moyens, plus malaisés mais plus discrets et nuancés. De toute façon, les sentiments dominants dans ce recueil (la gratitude, la joie, la confiance, l’humilité, la perplexité) ne sont pas choses « rappables ». Et puis cette poète, elle, paraît compter sur la société et la vie pour la délivrer de sa fièvre poétique, et non l’inverse ! Lui importe le sang qu’elle héberge (« j’ai pris mon sang pour ma plume« , p.25), non celui qu’elle verse; et elle vit sa propre force poétique comme une troublante malédiction, comme si ce qui l’anime alors la forçait (douloureusement) à se dresser contre elle-même. Le chemin littéraire lui est spontanément comme une errance vitale : le droit que vient prendre son talent lui est trahison de ce qu’elle devait rester. Elle ne chante donc pas délibérément, mais ce qui la dépasse se sert d’elle (sans grand ménagement ?) pour se manifester. Trois courts passages le disent assez :

« J’aurais aimé ne pas être poète.

Ne jamais rencontrer sa flèche

à l’angle d’un souvenir

et tomber dans ce puits

de mythes » (p.54)

« Le poème n’est pas l’objet que l’on travaille,

nous sommes l’objet de son travail.

Il s’impose comme une vérité nue

et renverse parfois l’ordre établi  » (p.52)

« Qui pourra me libérer

de cette âme poétique

emprisonnée dans mon sang ?

Je me perds dans la logique du dialogue,

je reconnais l’exil de moi-même,

le pas à pas d’une culture » (p. 32)

  Cet « exil de soi-même » est chose complexe, et remarquablement sincère. C’est à la fois le déchirement d’une inspiration qui, par principe, entraîne trop loin, fait prendre langue avec ce qui nous échappe, amène là où notre passé n’est pas prêt; c’est aussi le tranchant d’une transplantation : de la lisière marrakchie du désert aux bureaux de l’Unesco ou aux bibliothèques de Cachan, se saisir de ce qui nous aura fait vivre (ce dont est comptable tout effort poétique) forme voie aiguë et périlleuse : la parole doit à la fois choisir sa direction (pour se mettre en chemin), la distance à parcourir (le bout de chemin à authentiquement faire), son intensité (pour se frayer quelque chose d’à la fois vivable et sensé dans ce qu’on explore), et rien n’est jamais joué, car la greffe des rêves successifs doit, dans la poésie, impérativement prendre :  on ne peut s’y permettre le luxe de voir en nous rejetés les éléments de monde qu’on prend le risque constant de s’adjoindre. Parfois la largeur d’esprit qu’un poète exige de soi l’épuise (on laisse un instant filer la délicate identité à construire : « J’aime cette quiétude/ de ne plus être moi » p.53), mais l’irremplaçable cadeau de la poésie (parole qui permet à l’être de « toucher » ce qui n’est pourtant qu’à l’intérieur de lui, de « visiter l’indicible espace du dedans » (p.50) héroïquement.) ne peut plus se refuser bien longtemps. Jamila Abitar trouve là des accents d’une merveilleuse justesse, d’autant qu’avec la sincérité unique de la rescapée, elle fut aussi, à chaque fin de « désastre », sa seule confidente assurée. L’intimité blessée, et résiliente, réagit alors comme universellement à elle-même :

« Etendre le verbe à sa fonction la plus noble

et attendre qu’un vers tombe d’un nuage de légendes.

Braver les feuilles mortes

et disparaître dans le décor.

Aimer l’éclair d’un instant

mourir sans l’ombre d’un silence.

Mourir, en permanence dans le silence.

Suspendre l’envol, la fulgurance dans son instantanéité

et traduire en larmes ce qui n’aurait pu être écrit.

Le poème respecte les règles de la nature,

dans la joie, il l’emporte ! » (p.45) 

  Malgré l’obscure richesse du propos, tout importe ici. La noblesse est vivante (la noblesse consiste à se sentir fait(e) pour le meilleur. Ce que l’on sait du Bien, le faciliter et travailler à le répandre : voilà l’office « noble » – oui, chevaleresque et solennel – qui se fait devoir de mériter tout rang auquel prétendre, et ne fait blason de conduite que de sa seule bonne volonté ! L’exigence de la poète éclate partout : toute devise facile à vivre serait publicitaire ou illusoire). Sa résistance est résolue, mais respectueuse : « Aucune résistance n’est plus forte/ que celle qui échappe à la mort » dit tranquillement la page 51 : cela veut dire que résister à la mort fait savoir infailliblement à quoi exactement obéir valablement à et dans la vie; et il s’agit bien de résister à la mort de sa conscience, non à une vie d’elle qu’on voudrait se cacher, comme le patient du divan « résiste » à tort parce qu’il ne veut pas entendre parler de la vie réelle de sa conscience ! Le refoulement, dit-on, décide (ruineusement) de supprimer toutes les images pour s’en cacher sûrement une seule, alors que la parole de la poète voit et veut l’inverse :

« S’écrit le poème,

vent violent

assis sur un nuage de consciences.

Les poètes sont les témoins de l’image perdue.

Ils tentent de la restituer dans toute sa véracité (…)

Un tas d’immensités égaré dans le vide,

dans un rien, où l’on trouve le mot à dire » (p.44)

  J’ignore s’il y a une tonalité arabo-musulmane propre à l’existence dans ce qui est chanté ici; le réalisme spirituel (en Occident, les croyants revendiquent leur âme, les athées la réfutent – mais ici notre poète se demande plus prosaïquement si elle serait d’abord digne d’avoir usage de l’une d’elles) en tout cas impressionne. La tension avec l’environnement laïque est formulée (et apprivoisée) de manière fine et surprenante :

« Marche exilée

De tout temps, j’ai porté des voiles pour assurer

à ma démarche, une part de féminité.

Je porte toujours l’habit qui rappelle

le dernier instant » (p.31) 

   De même, le multilinguisme heureux trouve matière à (p.19) faire se connaître des langues entre elles dans le locuteur, et fait de la poésie (p.13) l’amorce sûre de leur naissant goût mutuel. Dans la poète même, peut-être, la langue arabe est son orient (« l’éternel regard du soleil levant » p.33), qui laisse ensuite se déployer librement, hors d’elle, la course « française » du sens jusqu’à son logique crépuscule. De toute façon, on ne comprendra pas tout, mais (admiratifs, et reconnaissants) on s’inclinera, car si bien des aveux, c’est vrai, restent (pour l’instant ?) ici mystérieux, cela signifie pourtant qu’à chaque fois, par cette poète vaillante et délicate, rude et raffinée, le mystère est, pour nous, passé aux aveux : 

« J’ai vu la stupeur remplir leurs yeux,

rebrousser chemin.

Il faut être du pays pour parler aux pierres.

Il faut être d’ailleurs pour reconnaître les fleuves.

D’où je viens,

la brise du matin est une évidence.

La musique est noble et atteint des hauteurs

que seule l’ivresse ou la langue peuvent approcher.

C’est ici et maintenant que se joue le verbe,

dans une ultime déraison, je touche son nom.

S’élargissent les mots, les pleurs et la censure.

Aurions-nous tort de croire au seul pouvoir des mots ? » (p.37)

©Marc Wetzel

EDGAR MORIN, OPINIÂTRE PENSEUR DE LA PAIX.

EDGAR MORIN, OPINIÂTRE PENSEUR DE LA PAIX.

PAR MUSTAPHA SAHA.

Paris. Mardi, 24 janvier 2023. Edgar Morin n’a pas de leçons à recevoir en matière de résistance. Il a combattu le nazisme les armes à la main. S’il dénonce aujourd’hui toutes les guerres, c‘est parce qu’il mesure, à travers sa propre expérience, ce que les volontés sanguinaires coûtent à l’humanité.

« J’ai écrit ce texte pour que ces leçons de quatre-vingt années d’histoire puissent nous servir à affronter le présent en toute lucidité, comprendre l’urgence de travailler à la paix, et éviter la tragédie d’une nouvelle guerre mondiale ».

Edgar Morin rappelle les engrenages fatidiques, les centaines de milliers de morts dans les villes allemandes provoquées par les représailles des alliés au bombardement par les nazis de la ville de Rotterdam. Lors du débarquement en Normandie, soixante pour cent des morts civiles sont causées par les libérateurs. Se révèlent les crimes systématiques, commis au nom de la civilisation. Il n’y a pas de guerre du bien. La guerre est le mal absolu. Un mal banalisé, escamoté, renié, soustrait à la connaissance historique, pour ne laisser transparaître que les actes d’héroïsme. Ainsi fonctionne la paix blanche occidentale noyant ses génocides, ses ethnocides dans des proclamations triomphatrices. L’impunité en temps de guerre justifie toutes les monstruosités. Qu’on relise La Paix blanche. Introduction à l’ethnocide de Robert Jaulin, éditions du Seuil, 1970. S’évoque l’hystérie de guerre de la Première Guerre mondiale criminalisant aveuglément  non seulement les armées ennemies, mais des peuples entiers. La propagande de guerre est une fabrique hallucinante de mensonges.

« Toute guerre, de par sa nature, de par l’hystérie qu’entretiennent gouvernants et médias, de par la propagande unilatérale et  mensongère, comporte en elle une criminalité qui déborde l’action strictement militaire ».

La désinformation perverse et venimeuse s’attaque à la culture, bannit des auteurs, détruit des œuvres appartenant au patrimoine de l’humanité.

Les temps des idéologues, des pamphlétaires, des sophistes doués d’une plume intempestive, d’une diatribe séductive, sont révolus. Les critiques technocratisés s’attaquent sans vergogne non pas aux idées mais aux personnes. Un polémiste pitoyable avoue sur une radio de grande audience ne pas avoir lu le livre qu’il doit commenter. Il étrille, faute de mieux, l’auteur. La liberté d’expression se dévalorise. Le droit de réponse se méprise. Edgar Morin m’écrit le 23 janvier 2023 : « Il faudrait que la radio Europe 1 me donne la parole. J’en doute. C’est exactement ce genre de dénigrement que dénonce mon livre consacré non seulement aux maux physiques mais aux maux intellectuels que provoquent  les guerres ». Les occidentaux attisent les braises sans brûler leurs chemises. « Ils encouragent la guerre qu’ils veulent à tout prix éviter chez eux ». 

Je viens de relire, par curieuse synchronicité, le Projet de paix perpétuel d’Emmanuel Kant, 1795. J’ai côtoyé les politiques au cœur du réacteur étatique. Ils n’écoutent pas les sociologues, encore moins les philosophes. Les notes au président se terminent en général par trois recommandations. Neuf fois sur dix, il choisit la quatrième. Les politiques ne lisent pas les écrits d’Emmanuel Kant. Ils ignorent le Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe de l’abbé Saint-Pierre, 1713.

Edgar Morin, comme l’abbé Saint-Pierre (1858 – 1743), comme Emmanuel Kant (1724 – 1804), préconise inlassablement  la cessation définitive de la guerre, l’avènement d’un cosmopolitisme pacifique. La conception d’une paix perpétuelle invente au siècle des lumières un mode de pensée inédit qu’ignorent cyniquement les bellicistes contemporains.  La paix ne désigne plus un état transitoire entre deux guerres, ordonné par l’absence de motivations immédiates de faire la guerre, mais une nécessité vitale. Les vertus guerrières sont valorisées depuis l’antiquité. Ce n’est qu’au dix-huitième siècle que leurs tares morales se dévoilent. Pour désirer la paix, il faut définir la guerre.

« On voit à la fois cinq ou six puissances belligérantes, tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se détestant toutes également les unes les autres, s’unissant et s’attaquant tour à tour, toutes d’accord en un seul point, celui de faire tout le mal possible. Le merveilleux de cette entreprise infernale, c’est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain. Si un chef n’a eu que le bonheur de faire égorger deux ou trois mille hommes, il n’en remercie point Dieu, mais lorsqu’il y en a eu environ dix mille d’exterminés par le feu et par le fer, et que, pour comble de grâce, quelque ville a été détruite de fond en comble, alors on chante à quatre parties une chanson assez longue, composée dans une langue inconnue à tous ceux qui ont combattu, et de plus toute farcie de barbarismes » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, Londres, 1764).

Le cosmopolitisme de l’abbé de Saint-Pierre prévoit une paix définitive en deçà et au-delà d’une union européenne de dix-huit pays chrétiens, une paix des braves y compris avec l’Empire Ottoman et les Etats musulmans.

« Dans le dessein de rendre la paix inaltérable, l’union européenne fera, s’il est possible, avec les souverains mahométans, ses voisins, des traités de ligue offensive et défensive pour maintenir chacun en paix dans les bornes de son territoire, en prenant d’eux et en leur donnant toutes les sûretés possibles réciproques ».

Le renoncement définitif à la force armée pour la résolution des conflits est recommandé. La question de la paix perpétuelle revient dans les discussions des académies grâce à la publication en 1761 par Jean-Jacques Rousseau de l’Extrait du Projet de Paix de Monsieur l’abbé de Saint-Pierre et du Jugement sur la paix perpétuelle. En 1766, l’Académie française, sous l’influence du Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe de l’abbé de Saint-Pierre, soumet à un concours cette thématique plus actuelle que jamais : « Exposer les avantages de la paix, inspirer de l’horreur pour les ravages de la guerre, inviter toutes les nations à se réunir pour assurer la tranquillité générale ». 

Edgar Morin pense, écrit, parle en philosophe, au-delà des contingences politiques  et des pressions idéologiques, des obstinations partisanes et des passions courtisanes.

« On ne doit pas s’attendre à ce que des rois se mettent à philosopher ou que des philosophes deviennent rois. Ce n’est pas non plus désirable parce que détenir le pouvoir corrompt inévitablement le libre arbitre de la raison. Mais que des rois, ou des peuples rois, qui se gouvernent eux-mêmes d’après des lois d’égalité, ne permettent pas que la classe des philosophes disparaisse ou devienne muette, et les laissent au contraire s’exprimer librement, voilà qui est indispensable aux uns comme aux autres pour apporter de la lumière à leurs affaires, et pare que cette classe de philosophes, du fait de son caractère même, est incapable d’ourdir des conspirations, elle ne peut être suspectée de propagande » (Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle, 1895, traduction française Librairie philosophique Joseph Vrin, 1975).

Le livre De guerre en guerre d’Edgar Morin s’inscrit, par conséquent, dans une vieille tradition philosophique, soucieuse de la préservation de l’espèce humaine, ouverte sur un devenir non encore réalisé.

©Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

Bio express. Mustapha Saha,  sociologue, poète, artiste peintre,  cofondateur du Mouvement du 22 Mars et figure historique de Mai 68. Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée sous la présidence de François Hollande. Livres récents : « Haïm Zafrani. Penseur de la diversité » (éditions Hémisphères/éditions Maisonneuve & Larose, Paris, 2020), « Le Calligraphe des sables », (éditions Orion, Casablanca, 2021).

* Edgar Morin, De Guerre en guerre. De 1940 à l’Ukraine. Editions de l’Aube, 2023.


Yves NAMUR, 0, l’oeuf, Préface de Francis Édeline, La Lettre volée, 144 pages, 4eme trimestre 2022, 20€

Une chronique de Marc Wetzel

Yves NAMUR, 0, l’oeuf, Préface de Francis Édeline, La Lettre volée, 144 pages, 4eme trimestre 2022, 20€


     » 0, l’oeuf «  … étrange titre pour un recueil très singulier (composé par Yves Namur vers 1984 dans sa jeune trentaine, puis récemment arraché de son tiroir et brillamment préfacé par le linguiste-rhétoricien Francis Édeline). Faut-il lire : Zéro l’oeuf (pour saluer sa native totipotence, son extraordinaire capacité à se diversifier et développer à partir d’un infime, et quasi-virtuel, zygote) ? Faut-il lire : Ô, l’oeuf ! (pour saluer, bouche-bée – de son propre Oh béant – l’admirable et surprenante présence d’un être assez bondé pour se suffire, assez spacieux pour faire grandir en lui son hôte, assez sage et serein pour ne se soucier plus d’une reproduction qu’il est et incarne ) ? Faut-il lire : O, l’oeuf (pour saluer l’initiale qu’il partage avec oeil, oeuvre et oiseau, et qui, comme pour l’oeil, ouvre son nom par le signe même de sa forme, comme embryon son E, utérus son U, fonction son F) ? Faut-il il lire : Ho, l’oeuf ! (pour l’avertir du danger, interpeller son isolement, le dissuader de … se laisser vivre dans un milieu où, pondu, il ne peut fuir ni trouver aide pour fuir – les zygotes de vivipares ayant une sécurité plus alerte et prompte dans la matrice sur pattes qui les enveloppe …) ? Mais il faudra justement, et d’entrée, tout y lire, car l’oeuf n’est rien pour pouvoir tout – à la fois le plus vulnérable et exposé des êtres (le sursis de son auto-perfusion tient à la seule épaisseur d’une coquille : claustrophobes s’abstenir !), et le plus démiurge de tous (il est son propre et suffisant passage obligé vers l’adulte dont il est capable : porte prodigieusement serrurière !). L’oeuf est le plus égoïste des êtres (il ne travaille qu’à se former), le plus précaire (il ne dure que pour vite et bien abdiquer, organe jetable comme le placenta qu’il est pour lui-même), le plus complet (amnios, allantoïde et vitellus y sont ensemble embarqués, pour un embryon assorti, en annexes, d’un valet de bain, d’un éboueur – et infirmier ! – , et d’un cuistôt privés) et le plus noble (il protège mieux ce qu’il contient que ce qu’il est lui-même), oui,  o, l’oeuf !   

  Sur chaque page, comme on voit, on a en haut une image (un « tableau », dit l’auteur), en bas un texte (une « partition acoustique »). Drôle d’image du haut : un tableau fait d’une simple ligne et de caractères d’imprimerie (une ligne où semble glisser, sous laquelle semble nager, au-dessus de laquelle semblent flotter ou voler … des lettres du mot oeuf surtout); drôle de texte du bas (un assemblage quadrangulaire de deux à six faussement sages et courtes lignes, où des lettres semblent être à voir plutôt qu’à lire, où divers courants de sens s’empilent et s’exténuent en jeux de m’O). Comme le résume l’instruit et malicieux découvreur d’archive et présentateur Édeline, « en haut une image qui tend vers le texte, en bas un texte qui tend vers l’image ». Strawson (un philosophe du langage du siècle dernier) disait, plaisamment : « Nous manquons de mots pour dire comment ce serait sans eux » (mais Namur semble les avoir, justement, trouvés !). Et l’on pourrait compléter Strawson en remarquant que nous manquons d’images pour montrer comment ce serait sans elles ! (et Namur, à nouveau, parvient, par ses drôles d’images de haut-de-pages, à combler la lacune)…

   Ordinairement, les phrases d’un texte sont là pour avoir la présence de leur sens; et les éléments d’une image sont là pour avoir la valeur de leur présence. Mais ici, tout est suspectement brouillé, tout semble toujours slalomer entre nos attentes : l’image est une sorte de gribouillis formel, logico-géométrique, qui semble faire un mauvais sort aux caractères mêmes qui la composent. Et le texte vient comme une solennelle pâte à calembours, qui mastique ses propres mots et mime en ses à-coups ceux même de l’image qui le surplombe. C’est comme un speaker aphasique commentant très fidèlement le naufrage spatio-lexical dont la page illustrée le fait témoin. Mais alors, qu’en dire ?!

    Divers amis, sollicités après lecture de ce recueil venu de Sirius, m’ont « illustré », justement leur perplexité. L’un dit : « Ça ressemble aux griffonnages d’un toubib au téléphone quand le patient en ligne ignore qu’il bavarde » (ce n’est pas faux : Yves Namur est médecin). Un autre : « Ça ressemble à des phylactères jeunots ou timides, quand les bulles de savon d’un côté, les caractères d’imprimerie de l’autre, ne se sont pas encore accoutumés et présentés les uns aux autres » (ce n’est pas bête : Namur est éditeur). Une troisième m’écrit : « Ça ressemble à un défilé ondoyant et réglé – une caravane involontairement amphibie ! – , une file fluctuante d’images et de mots consignée par un rédacteur officiel, redressant (discrètement) et adoubant (distraitement) les hauts et bas de l’inspiration » (ce n’est pas tout à fait délirant : l’auteur est secrétaire d’Académie). Un autre me dit : « C’est comme le rébus d’une langue alternativement morte et à venir, comme si toute énigme était une bévue, mais toute devinette un miracle » (et, oui, Namur est un esprit paradoxal, qui aime appuyer où ça pense mal, et assure volontiers la garde de tous les contraires – et d’abord des siens). Je vois plutôt dans cette « caravane » à deux rangs, un flot d’éléments somnambules qui, faute d’entendre la langue propre de leur vie, s’éveilleraient trop tard les uns aux autres si l’auteur, précisément, n’y avait veillé (puisque Namur est un admirateur de Maeterlinck, qui écrivait) :

  « On vit souvent ainsi, tout près de ceux qu’on aime, sans leur dire les seules choses qu’il importe de dire … On va, bercé par le passé; on croit que tout se transforme en même temps que soi; et quand un malheur vous réveille, on voit avec étonnement qu’on est bien loin les uns des autres » (Ainsi parlait Maeterlinck, Arfuyen, fragments choisis par Yves Namur, § 248) 

    Le sens de cette oeuvre de jeunesse est à la fois incertain et très riche, car l’oeuvre (si fantaisiste, si ambitieuse !) interroge, justement, les conditions de production, en général, d’un sens ! Images et mots, mêlés (à mi-chemin ici du calligramme et de la bande dessinée !), y contribuent ensemble, car le sens est à la fois, dans la langue française, le « sensible » (l’impression directe et vécue, où l’on ne saisit que ce qui nous aura d’abord saisis, et ne rencontre que ce qui nous précède. Notre corps même n’est alors qu’un simple événement au milieu de ceux qu’il détecte !) et la « signification », l’idée (on ne comprend que ce qui nous renvoie avec succès à autre chose, qui fait correctement signe vers ce qu’il annonce ou révèle. On fait être ce qu’on rend en nous représentable). Dans le sens, nous sommes donc à la fois ballottés de chose en chose, et  renvoyés de cause en cause : le sens est une pensée, mais de fait; une présence, mais mentale. Un embryon de clarté, mais un oeuf clair. O, le sens !

   Il y a quelque chose d’à la fois génial et prudemment inabouti dans cette oeuvre de jeunesse (on y devine une subtilité qui s’étonne franchement d’elle-même; une complexité qui, comme engourdie, s’étire voluptueusement; une précocité qui sut justement ne pas moisir ni pantoufler sous sa coquille). Namur est un esprit qui, après ce manuscrit, laissa comme héroïquement là ses premières fulgurances, pour partir travailler dans et par le monde (ce qu’aucun oeuf ne peut ni n’assume !), refusant de s’attarder à sa source, de croupir dans son Origine … 

  La viviparité fait des intrus surprotégés, mais à demi-étrangers au corps qui les porte; l’oviparité fait des orphelins provisoires, mais captifs. La naissance de cet écrivain fut donc réellement une éclosion. 

©Marc Wetzel