Rome Deguergue, … de par la Reine … marcher dans la couleur du temps, mai 2012, éditions de l’atlantique, collection Phoibos (18€ – 57 pages).

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  • Rome Deguergue, … de par la Reine … marcher dans la couleur du temps, mai 2012, éditions de l’atlantique, collection Phoibos (18€ – 57 pages).

Loin des fastueuses éditions richement illustrées – mais sur un agréable papier nacré – Rome Deguergue, lauréate du « Grand prix de la poésie de la fondation de Foulonde Vaulx de l’Académie de Versailles 2008 » évoque Versailles, ce cadre enchanteur créé pour le monde du Grand siècle parvenu à son apogée.

Dans un langage aux multiples facettes, Rome Deguergue nous dit les escaliers secrets, « les pétillantes eaux musicales », l’alcôve au centre du château, « les joyeux retours de chasse où brillent de si délicieuses demoiselles courtisanes »… mais aussi « l’avenir noir de l’inattentive et bien insouciante monarchie ».

C’est l’évocation d’une époque révolue, fascinante, avec ses heures glorieuses ou tragiques, sa magnificence indépassable, mais qui porte en elle-même les signes de son proche anéantissement.

Le temps a passé, il n’y a plus de roi, le Palais est désert.

Il nous reste cette splendeur onirique, Versailles, que Rome Deguergue pare d’une auréole de poésie, de rêves somptueux ou mélancoliques.

Rêvons avec elle…

Chronique de Michel Rebetez©

Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse, roman, Albin Michel (152 pages – 16,50€).

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RENTREE LITTERAIRE SEPTEMBRE 2013

 

 

  • Amélie Nothomb, La nostalgie heureuse, roman, Albin Michel (152 pages – 16,50€).

Si Dany Laferrière se dit « écrivain japonais », c’est bien une écrivaine belge qui nous embarque au pays du soleil levant, le seul à la subjuguer. Ce voyage pèlerinage, Amélie Nothomb l’effectua en 2012, soit 16 ans après son dernier séjour au Japon, avec une équipe chargée de réaliser un documentaire. C’est au comptoir de ses souvenirs que la romancière nous convie dans La nostalgie heureuse. Cet oxymore serait-il le même viatique que celui de Claire Fourier qui dans son journal ne compte que les heures heureuses ?

Amélie Nothomb commence par confier la genèse du voyage, les déboires auxquelles elle fut confrontée, rendre compte des contacts pris. Occasion pour brocarder les renseignements internationaux et de livrer des scènes hilarantes ainsi qu’une attendrissante conversation téléphonique avec sa nounou qui tourne au quiproquo.

Amélie Nothomb, nippone dans l’âme et le cœur, n’avait pas rompu son idylle avec le Japon bien qu’avec Stupeur et tremblements elle aurait pu être considérée comme une renégate, ses romans n’étant d’ailleurs plus traduits.

Ce retour aux sources permet d’esquisser en filigrane le portrait de la narratrice et de « la femme sacrée », celle qu’elle avait aimée comme une mère.

On croise l’amoureuse qui avait noué avec Rinri « un genre de fraternité intense », atypique. On découvre Amélie, la comique, l’hyper sensible qui peut se mettre à trembler « comme une feuille », la conteuse, l’humoriste (qui manie l’auto dérision sans complaisance pour son « sabir abominable », son « japonais de cuisine »), l’obsédée de la propreté, l’engagée solidaire d’un peuple traumatisé. On emboîte le pas de la voyageuse docile qui sait se fondre aux autochtones, « calquer son attitude » sur les leurs et même se dissoudre dans Tokyo comme « une aspirine effervescente ». Enfin on partage avec Amélie, la nostalgique invétérée, les instants de grâce procurés par le kenshõ, cette « perception de l’imminence » ou ima ainsi que son expérience du caisson à oxygène.

Amélie Nothomb relate ses retrouvailles qu’elle a redoutées et la collision brutale entre les images du passé et celles du présent : « L’apocalypse, quand on ne reconnaît plus rien», quand le magasin de bonbons est devenu un pressing. On la suit sur les lieux fondateurs d’où elle exhume ses années de maternelle et avoue avoir fugué de la classe des « pissenlits », nom qui n’est pas sans évoquer Kawabata.

Se font jour des souvenirs convoqués à la manière des réminiscences proustiennes.

Durant cette balade au pays de sa tendre enfance, le cœur d’Amélie Nothomb fut soumis à rude épreuve comme le sismographe de ses émotions l’atteste. Submergée par moments, l’overdose l’oblige à ouvrir les vannes. Elle aurait pu confier : « Ne me secouez pas ». Je suis pleine de larmes.

Retrouver en vrai Rinri son amour de jeunesse, sa gouvernante qu’elle a aimée comme une mère relève de l’ordalie pour la narratrice, d’où cette envie de fuir. Le lecteur entre en empathie lors de la scène la plus poignante, indicible, à son paroxysme. Un vrai séisme intérieur pour Amélie-chan quand elle tombe dans les bras de sa « nounou bien aimée », âgée maintenant de soixante-dix ans. La romancière aborde avec délicatesse, déférence et élégance la notion de la vieillesse.

La catastrophe du 11 mars 2011, elle ne pouvait pas la passer sous silence même si Nishiosan n’en garde aucun trace. Elle y met en lumière l’esprit nippon, leur stoïcisme, leur capacité de résilience. La narratrice a su instiller légèreté et humour pour adoucir la chape gravité à la vue des lieux dévastés de Fukushima où elle a tenu à se rendre, sans deviner qu’elle en aurait des « crampes au ventre ».

Amélie Nothomb nous offre dépaysement (satori) et exotisme. Soit elle nous laisse comme l’héroïne de Lost in translation, étourdie par l’effervescence des villes, les trains bondés, nous dépose dans des hôtels aux chambres exigües. Soit elle nous baigne dans des paysages nippons dont la beauté conduit à l’émerveillement, l’extase, où le temps est comme suspendu, comme au moment des balbutiements des cerisiers du Japon. Ce qui n’est pas sans rappeler le célèbre vers de John Keats : « A thing of beauty is a joy forever ».

Ce récit qui fourmille d’anecdotes, où se mêlent le choc des cultures, des états d’esprit opposés aurait pu s’intituler : Je me souviens. Mais peut-on se fier à ses souvenirs, surtout quand ils remontent à l’âge de trois ou quatre ans ? Pour Cees Nooteboom « Le souvenir est comme un chien qui se couche là où il lui plaît » d’où sa méfiance. Amélie Nothomb y sonde les mémoires, la sienne et celles de ses protagonistes. On serait tenté de croire Philippe Vilain quand il certifie qu’il n’y a pas de bonheur dans l’oubli ainsi que Marguerite Duras qui affirme : « Il reste toujours quelque chose de l’enfance ». Nul doute que l’endroit où l’on a passé une période sereine demeure dans la mémoire et dans le cœur toute la vie. « La mémoire est une aventure bizarre » avance l’auteure. Pour preuve, celle de Nioshio-san, qui flanche, ce que les scientifiques expliquent par une fluidité du temps : « sa capacité de souffrance était saturée ». Ce qui rappelle Proust pour qui « La meilleure part de notre mémoire est hors de nous, partout où nous retrouvons de nous-mêmes, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, sait nous faire pleurer encore ».

Roman rythmé par des chapitres courts, truffé de chiffres (16) et de dates qui ont ponctué les déplacements de la narratrice, comme un journal de bord.

Un style épuré afin de « mettre à nu le trouble », ce qu’elle réussit avec brio.

Amélie Nothomb signe un récit touchant, à la veine autobiographique, anti-mélancolique, haut en émotion, dominé par la figure de Nishio-san, dans lequel elle nous initie au « contact high ». Même si la narratrice avance quelques arguments de son « inexistence », le lecteur l’aura facilement identifiée.

Amélie Nothomb, aux multiples facettes dévoilées, nous émeut, nous fait rire, nous imbibe le bord des paupières, nous livre un condensé de sagesse bouddhiste, elle ravive nos souvenirs, en un mot elle nous bouscule en nous faisant partager ses appréhensions, sa joie indicible. On quitte à regret, « la non-fiancée, la non-lumineuse ».

Décernons lui la palme d’or de l’émotion pour ce travail de mémoire drôle, nostalgique et habité de fantaisie. Une épiphanie incommensurable pour le lecteur.

NB : Il reste à mettre des images sur ce récit si personnel en visionnant le documentaire de France 5 : Une vie entre deux eaux. (printemps 2013)

Chronique de Nadine Doyen©

Chien pourri de Colas Gutman, illustrations de Marc Boutavant, Ed. L’École des Loisirs, Collection Mouche, mai 2013. 55 pages, 8 €.

  • Chien pourri de Colas Gutman, illustrations de Marc Boutavant, Ed. L’École des Loisirs, Collection Mouche, mai 2013. 55 pages, 8 €.

 

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Que peut-on attendre de la vie, quand on est né dans une poubelle ? Des puces, des mouches, une terrible odeur de sardine et un affreux pelage, genre vieille moquette râpée ? Et bien oui, c’est ça la vie pourrie de Chien Pourri. Il est tellement pourri, qu’il fait fuir les enfants et qu’on n’en voudrait même pas pour paillasson. Chien Pourri n’a donc pas d’amis. Enfin si, un seul, c’est Chaplapla, autre estropié de la vie, passé sous les roues d’un camion à l’âge de trois mois. Chaplapla aime bien Chien Pourri mais malheureusement non seulement il est moche et il pue la sardine, mais Chien Pourri est aussi très bête…

 

On jour à chat ? Ben non, je suis un chien. Alors à chat perché ? Ben non, je ne suis pas un arbre.

 

Alors que peut-on bien attendre de la vie dans de telles conditions ? Un maître ! Le jour ou Chaplapla lui apprend que les chiens ont des laisses parce qu’ils ont des maitres, Chien Pourri n’a plus qu’un rêve en tête, en avoir un, lui aussi. Alors, il quitte son ami et sa poubelle, pour se lancer dans le vaste monde, disons la vaste ville, à la recherche d’un maître. Il ne doute pas une seconde de pouvoir en trouver un, car Chien Pourri est certes puant, moche et bête mais il est aussi doux, serviable et affectueux. Hélas, ce n’est pas le cas de bon nombre d’humains dans ce vaste monde, disons cette vaste ville… De péripéties en péripéties, ou disons de vilains pièges en encore plus vilains pièges, Chien Pourri, sans jamais perdre ne serait-ce qu’une seconde, son incroyable naïveté, finira par retrouver son ami Chaplapla au Musée des Horreurs, et avec lui d’autres malheureuses créatures, prêtes à être vendues par de méchants bandits, à des collectionneurs empailleurs ou pire… Heureusement, la petite fille aux chaussures sans lacet et aux croquettes qui font dormir, n’est pas si méchante, elle aussi a été enlevée par les méchants bandits. Alors Chien Pourri, moche, puant, bête, doux, serviable et affectueux, va faire preuve également de flair et de bravoure et peut-être en fin de compte, trouvera t-il le maitre de ses rêves, voire bien mieux que ça !

 

Un livre à lire en famille, mais aussi tout seul pour les enfants qui aiment déjà le faire. De belles illustrations de qualité, dont certaines s’intègrent dans la lecture, ce qui est plutôt original. Une histoire drôle et plein de rebondissements, où on comprend si on ne le savait pas déjà, que ce qui compte dans la vie, ce n’est pas de quoi on a l’air mais ce qu’on a dans le cœur et que grâce à l’entraide et l’amitié, tout le monde peut se surpasser. C’est vrai quoi, ce n’est pas parce qu’on est né dans une poubelle, qu’on ne peut pas voir ses rêves se réaliser ! Parole de Chien Pourri !

 

 

©Cathy Garcia

 

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Colas Gutman est né en 1972 Paris. Il a fait une école de théâtre dans laquelle il a rencontré un metteur en scène qui quittait un poste de rédacteur à France 5. Au culot, il l’a remplacé et a pris goût, peu à peu, à l’écriture. C’est un garçon constant qui écrit ses romans exactement dans les conditions où, plus jeune, il faisait ses devoirs : allongé sur son lit ou assis, avec une BD en guise de sous-main. Comme quoi, inconfort et précarité sont les père et mère d’hilarité.

Bibliographie :

Roi comme papa Gay Mouche   2006
Rex, ma tortue Deiss Mouche   2006
Inséparables (Les)  Neuf   2007
Mon frère est un singe  Neuf   2007
Chaussettes de l’archiduchesse (Les) Poussier Mouche   2007
Il va y avoir du sport mais moi je reste tranquille (collectif) Médium   2008
Journal d’un garçon  Médium   2008
Aventures de Pinpin l’extraterrestre (Les) Deiss Mouche   2008
Rose  Neuf   2009

Je ne sais pas dessiner (auteur et illustrateur) Mouche 2009

Vie avant moi (La) Perret Mouche   2010
Super-héros n’ont pas le vertige (Les)  Neuf   2010
Enfant (L’) Perret Mouche   2011
Vingt-cinq vies de Sandra Bullot (Les)   Médium   2012
Princesse aux petits doigts (La) Boutavant Mouche   2012

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Marc Boutavant, né en 1970 à Dijon, est auteur, illustrateur, graphiste, auteur de bande dessinée. Il a illustré un grand nombre d’ouvrages chez différents éditeurs. Il est notamment le créateur de la série Mouk (Mila éditions) et avec Emmanuel Guibert de la bande dessinée « Ariol et ses amis » (Bayard – J’aime lire).

Alin Anseeuw, Le chagrin de Matisse, L’Ollave éditeur, 48 pages, 13 E.

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  • Alin Anseeuw, Le chagrin de Matisse, L’Ollave éditeur, 48 pages, 13 E.

Quand Alin Anseeuw a vu le « Chagrin du roi » de Matisse à sa porte il l’a laissé entré. Jamais peut-être ne fut-il si proche d’un tableau qui pourtant l’éloignait de lui-même. Le tableau n’était plus dehors mais dedans. Le tableau était chez celui qui se sentit soudain étranger à lui-même. Le roi devenait à coup de papiers colorés puis découpés par Matisse l’homme intérieur, celui qui traverse le poète et le fait parler. Non par identification ou transfert. Mais parce qu’à travers ce roi en souffrance le monde des images touche au fond de l’âme par effet de surface.

D’où ce texte fascinant, aussi rythmé que méditatif où l’image n’a d’autre référent que son intensité. Car si le sens des papiers collés peut être, par la diversité même de leur assemblage, réversible, le sens du tableau qu’ils composent devient solide. L’ensemble créé par recomposition est rempli mais libre. Sa langue devient par l’organisation de Matisse une énigme un jeu de vie et de mort, de pouvoir et de faiblesse.

Par ses agencements l’artiste a créé la peinture hors d’elle-même. Appliquée directement elle n’aurait été qu’un non-être ou aurait empêché le passage d’un sens particulier. Par la nature même de la création la conscience du roi se dépouille de sa royauté. Elle touche une forme de néant au milieu pourtant d’un scintillement de signes.

Une telle technique permet de privilégier un regard différent sur toute l’histoire de la peinture et de la représentation. En ce sens Matisse n’allait-il pas plus loin qu’un Malevitch ? Ce dernier traita la non peinture par son absence, le vide par le désert. C’était là d’une certaine manière une commodité de la conversion picturale.

Chez Matisse il existe à la fois la mort d’une certaine peinture mais sans la perte de la distance avec ce qu’elle est. C’est bien là tout le miracle de la « re-présentation » dans sa prise de distance avec la représentation au devers d’une simple disparition ou d’un effacement.

D’où ce saut ardent à l’intérieur de la peinture. Le roi est (presque) mort et nu mais en même temps il sort de son rôle. Matisse laisse surgir l’homme intérieur né d’autres lambeaux que ceux que la royale engeance revêt. Ceux de Matisse leur donnent une intensité relative qui devient absolue dans le royaume de la peinture.

Avec Matisse – et Alin Anseeuw l’a compris – il n’y a plus de place pour la maladie de la mort par le « moteur figuratif » que l’artiste a enclenché. Dès lors la souffrance du roi n’est que l’outrecuidance de son orgueil. Et celle du peintre est la diagonale du fou contre l’ordre temporel. Par cette entrée secrète des papiers découpés, donc hors langage, la peinture fit retour en elle-même par ce qu’elle n’était pas. Elle devint à son corps défendant parfaite et par son illumination : génialement obscure mais loin de tout néant.

©Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Passant l’été de Jean-Baptiste Pedini, Cheyne éditeur, 2012. Prix de la vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet. 56 pages, 16 €.

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  • Passant l’été de Jean-Baptiste Pedini, Cheyne éditeur, 2012. Prix de la vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet. 56 pages, 16 €.

Passant l’été peut faire penser à ces tableaux de front de mer, un peu rétros, avec cette lumière mélancolique d’un été qui semble toujours sur le point de finir. Des tableaux qui, à trop les regarder, finissent par nous rendre tristes sans qu’on sache pourquoi.

Il y a dans ce recueil la nostalgie du souvenir et en même temps son refus.

On ne raconte rien de l’enfance. (…) De ces jours qui nous doublent sur la ligne d’arrivée. (…) On ne raconte rien de cette nostalgie absurde. De ces pelures en vrac qui s’entassent n’importe où. Un peu plus loin, selon le sens du vent.

Il y a une sorte d’amertume vaguement nauséeuse et des points colorés qui jaillissent ci et là, mais toujours comme l’ombre d’un drame qui plane imperceptiblement. « Ce soir les rires roulent sur la plage. On les entend tomber des gorges avant de s’évanouir ». Même la chaleur estivale peut prendre des allures menaçantes. « Le soleil brille. Les rayons traversent la ville comme des rouleaux compresseurs. Ils sont lourds et opaques et quand ils happent les passants on ne voit plus rien après. » On sent comme un effort, une sorte de répétition, la mer ne coule pas de source, quelque chose quelque part a cassé, on ne sait trop quoi, mais toujours est-il que ce n’est pas un recueil joyeux, ni même malheureux d’ailleurs. C’est un étrange mélange de douceur aux couleurs un peu fanées et de violence toute contenue.

Mais il y a aussi une sorte de détachement, de regard pensant qui se regarde passer l’été, un regard affiné, dont l’acuité peut devenir douloureuse, « pour voir si les ressacs peinent eux aussi à se calmer ». Un regard qui peut se faire critique sur ces autres vacanciers par exemple, qui sont là, sur la plage « sans lever les yeux de leur viande. Sans écouter, siffler ou renifler. Sentir l’odeur iodée du vent. Sans être. » Et ces lieux, dont finalement le statut de vacancier nous empêche peut-être de profiter réellement. « C’est quand il commence à pleuvoir que la plage reprend des couleurs. On découvre que les corps en pillaient la matière. Ils n’en laissaient qu’un contour fait de boutiques de souvenirs et de résidence lasses. D’odeur de frites et de crèmes bon marché. »

Le lecteur qui plonge dans ce recueil en ramènera cependant un bon nombre de perles, qui ne perdront pas leur brillance, même exposées à l’air libre. Ainsi on y surprend le soleil qui « gratte à la fenêtre » et des « fantômes au cul nu » avec des « pelles en plastique ».

« On pousse la bienséance dans les orties. On crache dans la main tendue du matin. Et sur les oiseaux qui sifflotent. »

Jean-Baptiste Pedini distille une poésie toujours plus subtile, à partir de presque rien, en esthète doté d’une véritable profondeur, mais aussi d’un recul qui n’exclut pas l’humour, comme ces sages poètes chinois ou japonais qui ont gardé la fraîcheur malicieuse de l’enfance. On baigne dans ce qu’on peut appeler un véritable art poétique. Un « Prix de la vocation » bien mérité.

Ainsi l’écriture sincère opère aussi au fil de son déroulement, son rôle de guérisseuse « Il y a cette main qui promène un rouleau sur le ciel. Qui repeint pour de bon. Qui efface les restes. Qui prolonge l’été au dessus de nos têtes. » Et donc passant l’été, arrive le moment où « Au fond de l’arrosoir l’eau a des reflets des rivières. L’automne arrive à grands pas. »

Et on sent et ressent que c’est presque un soulagement.

©Cathy Garcia

Jean-Baptiste Pedini

Jean-Baptiste Pedini, né à Rodez en 1984. Vit et travaille en région toulousaine. Publication dans de nombreuses revues dont Décharge, Voix d’Encre, Arpa,… Des parutions également chez Encre Vives, Clapàs et -36° édition. Un second recueil publié en 2012, prendre part à la nuit, dans la collection Polder coédité par Gros Textes et Décharge.