Le Cow-boy de Malakoff de Thierry Roquet – édition Le pédalo ivre, mars 2014

  • Le Cow-boy de Malakoff de Thierry Roquet – édition Le pédalo ivre, mars 2014. 75 pages, 10 €.

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Le Cow-boy de Malakoff est un héros presque solitaire qui vit avec « une squaw du Maroc, une berbères au sang pur et noble » et une fillette qu’il appelle « mon trésor ». Le Cow-boy de Malakoff vit dans « l’immensité poussiéreuse d’un tipi d’avant-guerre » au troisième étage sans ascenseur, « il n’y a pas de digicode, pas de boîte aux lettres (juste une fente dans la porte) ». Le Cow-boy de Malakoff a un lasso de sept mètres, 10 000 vaches qui paissent « jusqu’au quai de la ligne 13, station plateau de Vanves-Malakoff » et des « crocodiles qui viennent de la cave (les larmes d’encore plus loin). Le cow-boy de Malakoff écrit des poèmes « – Je ne sais pas faire autre chose, ma chérie… » et son ranch donne sur l’open space « ce sont des quartiers à perte de vue des immeubles des villes et encore des villes qui s’étendent à l’infini » qu’il peut observer depuis la fenêtre rectangulaire de son tipi deux pièces. Une fenêtre sur les rebords de laquelle « les rayons du soleil s’échouent comme des merdes ». Le cow-boy de Malakoff mène « un vide sédentaire », et même si un vague espoir demeure « comme les oiseaux cherchent la branche au dessus des nuages d’où ils pourront s’élancer vers la rivière poissonneuse qui coule dans le couloir du bus 191 entre deux blocs de béton et un supermarché », le cow-boy de Malakoff sait que le désert est à la porte «  – De quoi tu parles, mon chéri ? – De ce qui nous entoure ; referme la porte derrière toi, s’il te plaît. ».

« Dans le décompte des jours indifférenciés », le cow-boy de Malakoff met un pas devant l’autre, bon gré, mal gré, parce qu’il le faut bien :

« – c’est comme ça qu’on avance, je crois

un peu comme une mouche

attirée par

le cul d’une vache. »

Même si parfois, « les jours de peur irraisonnée quand je n’ose plus foutre les pieds dehors », ce n’est que pour aller du lit à la salle de bains, roulant du cul justement « comme John Wayne », « en imitant Robert Mitchum devant la glace beuglant d’une voix virile :– Do you want à biggest target ? ».

« Satori par ci, Satori par là », c’est pourtant bien de la sagesse que le cow-boy de Malakoff ramène à coups de poèmes-lasso.

« Succession de hauts et

de bas

de doux vallons

et de hautes montagnes

pierreuses

le temps

d’une vie

présente les mêmes aspérités

qu’une toile

entre les mains

d’un maître

qui n’en finirait plus

de boire un

dernier verre

puis

de tout recommencer

sans trouver

jamais la justesse

à la fin. »

Le cow-boy de Malakoff, alias Thierry Roquet, a une fois encore, mais peut-être plus encore dans ce recueil là, le don de ré-enchanter le désenchantement. Ce recueil plein d’amour et jamais sans humour est comme une canette d’oxygène pour un chinois de Pékin, un espace intérieur illimité pour les cowboys urbains. A lire à cheval sur un bon vieux canapé. Hiiiiiiiii haaaaaa !

©Cathy Garcia

Thierry Roquet

Thierry Roquet

Né en 1968 en Bretagne, Thierry Roquet vit à Malakoff (banlieue sud de Paris). Après une adolescence boutonneuse et solitaire, des études assez vite écourtées, divers boulots alimentaires, des lectures marquantes, une belle histoire d’amour, un enfant et un licenciement (presque) à l’amiable, s’oriente vers l’écriture (du quotidien) petit format… mais longue durée. Ne compte pas s’arrêter là. Inch’allah !

Lambert Schlechter – Le fracas des nuages – Le Murmure du monde 3 – Collection « Curiosa& cætera » – Le castor Astral

Une chronique de Nadine Doyen

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  • Lambert Schlechter – Le fracas des nuages – Le Murmure du monde 3 – Collection « Curiosa& cætera » – Le castor Astral (296 pages – 15€)

Lambert Schlechter nous livre un recueil constitué d’une multitude de fragments, short cuts, parfois autobiographiques, (de longueur très inégale), d’extraits de carnets (des « pensoirs »), entrecoupés de quelques poèmes (splendides neuvains ou quatrains), d’apostilles. Le tout complété, précédé d’un trèfle, complété par des notes et rarement daté, en devient intemporel, l’auteur précisant que les dates, il les réserve aux fleurs !! Cet ouvrage fait suite à La trame des jours, Le murmure du monde 2.

Parmi les thèmes brassés, Lambert Schlechter décline l’éloge du livre et de la lecture.

Il confesse sa boulimie au point de ne pas lire « Un livre, mais cinquante à la fois » !

Pas étonnant que les références littéraires égrenées soient légion, laissant deviner ses affinités éclectiques, comme avec Christian Bobin. Il convoque Goethe, Nietzche, Montaigne, Chessex, Quignard, Grossman, Tranströmer, Thoreau.

Il semble adhérer à l’assertion de Borges : « Si on lisait dix pages d’un bon livre, on serait une personne instruite ». Ne faut-il pas privilégier la qualité à la quantité ?

Il aborde la religion (Saint augustin), la vieillesse et l’inéluctable fuite du temps.

Il distille de nombreux billets de l’absente auxquels répondent les mots de l’amant.

La plume enflammée, les textes pétris de sensualité traduisant la concupiscence de la chair, le désir exacerbé font écho à la vignette de la couverture, très explicite, qui n’est pas sans rappeler L’origine du monde de Courbet. Il nous rapporte les paroles parfois lascives échangées avec celle qu’il désigne par Elle, qui le fait fantasmer. A ceux qui objectent la pléthore de textes très intimistes, il répond que « l’érotisme pleinement vécu est d’une magie inépuisable ». Il concède son « fétichisme joyeusement assumé ». Les étreintes torrides des corps, souvent évoquées auraient leur place dans le roman « Nouons-nous » d’Emmanuelle Pagano.

Comme compagnie, il semble attaché à une chatte, bien cruelle avec les oiseaux, mais qui sait quémander « quelques cajoleries ». Sa solitude, il s’en accommode, car il est habité par celle qu’il aime, « présente à tout instant ».

Si beaucoup de lieux sont des huis clos (chambre, ascenseur…), le diariste sait s’émerveiller devant « une cinquantaine de fleurs épanouies » d’un rosier ou « Le tout premier timide jaune crocus », la beauté d’un ciel (skying) : « ciel tourmenté, avec ses centaines de nuages, ses larges brèches de bleu, ses stries claires, rais de lumière… ». Il décline des séries d’énumérations, comme les rumeurs et bruits perçus.

Il se montre réceptif aux trilles, aux gazouillis flûtés des musiciens ailés.

Le narrateur distille ses opinions sur ses lectures, films ou articles de presse, parfois bifurque, digresse. Il révèle ses destinations de prédilection : L’Italie, la Toscane, « endroit magique », un havre de paix, de silence, déconnecté. Résurgence de souvenirs et « émotion intense » à retrouver les coquelicots toujours là.

Il n’hésite pas à dénoncer l’exploitation de ceux qui travaillent pour Nike, au Vietnam.

Il rend compte de l’actualité (béatification du pape Wojtyla) et de l’agitation du monde, avec la révolution en marche en Égypte, en Syrie, par exemple.

Pour ce qui est de la ponctuation, on note que Lambert Schlechter recourt largement au slash, même au double slash, bien avant Karine Tuil, à qui on a attribué cet emploi. Parfois l’énumération ne contient aucune virgule : « le sexe m’obsède m’excite m’inspire m’illumine… ». Il fait aussi un usage abusif des adverbes en ment (« clamdouillement, enthousiastiquement », ce qui n’est pas pour alléger la phrase ou d’infinitifs (« simplifier, épurer, séréniser… »). Il utilise aussi l’esperluette &. Le temps de l’écriture, confie-t-il, lui procure « une réelle volupté ».

Le fracas des nuages pourrait se terminer par : « D’être en vie, je me réjouis ».

Lambert Schlechter signe des miscellanées très éclectiques, poétiques, érotiques, émaillées d’anglais, d’italien, de latin et d’autres langues. Il y dévoile une fraction de son intimité. Des proseries à lire à petites doses, où chacun peut grappiller à son gré.

©Nadine Doyen

Sojcher, le survivant——par Jean-Paul Gavard-Perret

Sojcher, le survivant

Jacques Sojcher

Jacques Sojcher

 

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Pour permettre au discours de se poursuivre il faut parfois l’abréger. Surtout lorsque tout est dit et qu’il semble déjà bien tard et que « le rêve de ne pas parler » hante le poète belge depuis ses talus d’impossibles approches. Désormais Sojcher fait court, comme s’il « était loin déjà et dans un récit faire une sorte de « Bah » dont il ne se prive plus. D’un éclair il donne beaucoup plus que la trace de son passage : il ajuste en fragments ses zigzags.

L’écriture est aussi discrète que tranchante puisqu’il s’enveloppe de ce qui ne cesse de trancher le discours. On retrouve ici parfois les jeux de langue chers à l’auteur. Ils s’affirment par le souffle, sa coupure, son rythme cassé. La plénitude de l’idéalisme est une nouvelle fois broyé, l’âme se retrouve tête coupée sur l’échafaud du verbe (ce qui est sans doute moins ennuyeux pour elle que pour un corps).

Sojcher n’en finit jamais de désosser le romantisme et la poésie hégélienne. Pour autant il ne revendique pas un matérialisme à tout crin. Plutôt que d’évocations ou bien sûr de narrations il faut parler de récitatifs lacunaire. L’écriture se nourrit volontiers ici sur les décharges des catastrophes, mais elle ratisse les scories pour avancer nue. Tout est tendu et têtu. Le mystère du texte tient à son plaisir désespérant, à ses ruptures qui refusent les aboutissements. Lautréamont n’est pas loin mais en ellipses et laps. Il s’agit de montrer combien « la chose intellectuelle » est une vue de l’esprit.

Mais nous resterons épris de cette poésie aux énergisantes raides bulles. L’auteur est par essence l’anti BHL. Dans la suite parfaite de ce que Beckett nomma si astucieusement ses « foirades » Sojcher inscrit ses ses vanités dans sa géographie de l’ailleurs en des fables faussement lyriques. L’auteur ne sera donc jamais en odeur de sainteté mais cela prouve que ses textes ne seront jamais d’odorants « pare-fumets »

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Avec C’est le sujet et Trente-huit variations sur le mot juif clôt le triptyque entamé avec L’idée du manque (même éditeur, 2013). Les poèmes de ces recueils sont des moments saisis en quelques mots au fil du temps, une suite de choses vues, éprouvés, méditées. On y retrouve la thématique cher à l’auteur : l’oubli et la mémoire,n le souvenir et le manque, la naissance – quelque part « avortée » et la mort. Par delà l’approche de l’intimité surplombe le « lieu » où elle s’est forgée : l’Histoire et le peuple juif celui du livre à la fois éternel et qui ne peut s’écrire du moins tel que Sojcher aurait aimé le rêver.

 

Pour le poète et philosophe belge il n’existe pas d’autres passages que par la mémoire même si – chemin faisant – il a « oublié la langue de sa mère ». Celle qui lui a donné le jour et la lumière a disparu dans la noirceur et les cendres de la Shoah. Depuis ce temps la langue que l’auteur a choisi dit les déchirures et tout ce qui le creuse. Il reste tel qu’il fut laissé dans « le rêve de ne pas parler ». Un rêve mis à mal par la grâce de l’écriture. Apaise-t-elle avec le temps ? Rien n’est moins sûr. Mais ses condensations et ses déplacement demeurent seuls viables. Néanmoins le sentiment de la perte est fichée là. Au mieux la poésie est une pluie d’hiver, d’été, une pluie des quatre saisons. Mais sous le rinçage du temps Sojcher ne peut espérer échapper aux disparitions. Ils n’ont jamais cessé de créer une douloureuse proximité avec ceux de sa fratrie, de sa communauté humaine face à la bestialité de certaines idéologies.

 

La poésie n’est donc pas faite pour savourer l’écart entre présence et absence mais pour le tarauder dans la substance même l’intimité. Chaque texte de Sojcher reste hanté par le cauchemar, la nuit de l’être mais la croyance néanmoins à l’identité suprême de ce dernier lorsqu’il n’oublie pas les leçons de l’histoire que parfois ses frères d’Israël oublient. C’est pourquoi l’auteur ne s’éloigne pas des mots car il ne peut s’éloigner des morts. Ils le harcèlent. Mais ils respirent dans l’écriture de ce fils en reconquête de l’origine que la barbarie a réduit en cendres.

 

Les mots – du moins ceux qui restent et dont Sojcher préserve de prodigalité – demeurent donc au centre du manque. Ils représentent son reste au nom de la promesse tenue par le poète bruxellois. On espère qu’ils parviennent à modérer le froid dans l’île perdue de son corps. Qu’ils restent le un mince rideau sur lequel perce un soleil noir pour rompre la dualité qui partagea le poète  entre noms, lieux, présents et retours.

 

A chaque partage, à chaque absence demeure l’écho qu’une bouche sans lèvres et sans langue tente de proférer en souvenir des terres engraissées de cadavres innocents. A partir de là la joie n’est jamais uniquement joie mais la douleur reste douleur. Sojcher est lié à elle, à son commencement. A la recherche de l’  « autre» qui en lui le hante mais qui ne peut-être pas plus qu’un leurre. C’est pourquoi le poète ne cesse de marcher, pas à pas, dans le pas du pas et du papa. Car c’est à travers le corps de ce dernier, de son absence qu’il faut se mesurer sans résoudre son énigme. Tant que faire se peut Sojcher à défaut de franchir une fracture, recoud une fêlure. Toute sa poésie est déductible de ce schéma. Mais la question demeure : existe-t-il d’autre passage ?

 

Jacques Sojcher : un peu de soleil dans l’eau froide

 

Après « L’idée du manque » et en même temps que « Trente-huit variations sur le mot juif », « C’est le sujet » clôt parfaitement un triptyque majeur dans l’œuvre du poète et philosophe belge. Ce dernier recueil est le plus fort car dans des poèmes de quelques vers Jacques Socher met en évidence – à travers méditations et choses vues et éprouvées – l’essentiel de sa quête : l’oubli et la mémoire, le deuil et le souvenir, le manque et la survivance au sein d’une réflexion – ici allusive – sur l’Histoire et la judéité.

 

Tout l’héritage douloureux du poète transparaît de manière sibylline. Il n’écrit que l’essentiel et parfois préfère le silence à la dilution du logos puisque « La question est sans réponse. / Le concept / n’est d’aucun recours ». Et comme « Penser n’empêche pas / de mourir » écrire devient pour Sojcher « aussi rare qu’aimer ». Mais le poète pratique dans l’absolu les deux.Loin de toute propension de l’égo (« il » remplace « je », le neutralise), le devoir de mémoire, la douleur de ses martyrs sont présents de manière effacée, loin des sophismes et parfois avec la pratique d’une autodérision d’un clown trapéziste qui n’hésite pas à se jeter sans filet dans le vide.

 

La mémoire joue sur des oppositions entre présent et passé, entre constat et hypothèse : « Il aurait pu vivre ailleurs / Une femme inconnue / l’aurait porté / dans son ventre ». Sojcher reste ce voyageur en vignettes (rehaussées par celles – tout aussi superbes – de Lionel Vinche) qui oblige sous le registre d’une presque légèreté primesautière à la réflexion la plus profonde. Une fois de plus le poète ne fait qu’emmener avec lui non ses rêves mais ses propres bagages, sa propre interprétation, son propre inconscient. L’étrangeté espérée et explosive n’est qu’un cataplasme sur une jambe de bois ou un affalement dans le temps qui reste. Celui-ci est toutefois sauvé des catastrophes de l’humanité par l’affect. Sauvé aussi par l’écriture qui – même si elle « ouvre » l’inquiétant abyme des profondeurs bestiales et de l’Histoire – laisse entrevoir un peu de soleil dans l’eau froide.

 

 

LE VOYEUR ET SON DOUBLE

 

« Exposed : Voyeurism, Surveillance and the Camera », Tate Modern, Londres jusqu’au 2 octobre.

 

L’image reste toujours liée dans notre monde judéo-chrétien au péché et à la culpabilité comme s’il fallait toujours faire payer le poids de l’opprobre à celui qui regarde (et qui a priori ne demandait rien) ce qu’on lui offre. L’exposition de la Tate Modern soulève donc une série de problèmes et déplace le problème essentiel de l’art en mettant au centre non le voyeur mais la société du voyeurisme. En plus de 250 œuvres (photographiques principalement) « Exposed » – titre qui n’a jamais mieux porté son nom – expose à partir non de l’image – présentée ici comme conséquence – mais de l’objet qui a été conçu pour montrer, surveiller, faire jouir ou punir : l’appareil photographique (en toutes ses déclinaisons jusqu’àu téléphone portable preneur de vues) et l’utilisation qu’en la société en fait.

  • Jacques Sojcher, « L’idée du manque », Illustrations d’Arié Mandelbaum, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2013, 56 pages

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Pour Jacques Sojcher il n’existe pas d’autres passages que par la mémoire même si – chemin faisant – il a « oublié la langue de sa mère ». Celle’ci lui a donné le jour et la lumière avant que la noirceur de la Shoah le recouvre de cendres. Depuis la langue que l’auteur a choisi dit les déchirures et tout ce qui le creuse. Il reste tel qu’il fut laissé dans « le rêve de ne pas parler ». Un rêve mis à mal et pour le sauver par celui de l’écriture. Apaise-t-elle avec le temps ? Rien n’est moins sûr. Mais ses condensations et ses déplacement demeurent seuls viables. Néanmoins le sentiment de la perte est fichée là et au mieux la poésie est une pluie d’hiver, d’été, une pluie des quatre saisons. Mais sous le rinçage du temps Sojcher ne peut espérer échapper aux disparitions. Ils n’ont jamais cessé de créer une douloureuse proximité.

La poésie n’est donc pas faite pour savourer l’écart entre présence et absence mais pour le tarauder dans la substance même l’intimité. Chaque texte poétique de Sojcher reste cauchemar et la réalité, l’identité suprême, la nuit de l’être. L’auteur ne s’éloigne pas des mots car il ne peut s’éloigner des morts. Ils le harcèlent. Mais ils respirent encore par l’écriture de ce fils en reconquête de l’origine que la barbarie a réduit en cendres.

Les mots – du moins ceux qui restent – demeurent donc au centre du manque. Ils représentent son reste au nom de la promesse tenue par le poète bruxellois. On espère qu’ils parviennent à modérer le froid dans l’île perdue de son corps avant qu’elle disparaisse. Qu’ils restent ce un mince rideau sur lequel perce un soleil noir pour rompre la dualité qui partagea le poète  entre noms, lieux, présents et retours.

A chaque partage, à chaque absence demeure l’écho qu’une bouche sans lèvres et sans langue tente de proférer en souvenir des terres engraissées de cadavres innocents. A partir de là la joie n’est jamais uniquement joie mais la douleur reste douleur. Sojcher est lié à elle, à son commencement. A la recherche de l’identité perdue et de l’  « autre» qui le hante mais qui ne peut-être pas plus qu’un leurre le poète ne cesse de marcher, pas à pas : dans le pas du pas et du papa. Car c’est à travers le corps de l’autre qu’il faut se mesurer sans résoudre son énigme. Le résoudre se serait être Oedipe ou le meurtre ou le manque. Alors tant que faire se peut Sojcher à défaut de franchir une fracture, recoud une fêlure. Toute sa poésie est déductible de ce schéma. Mais la question demeure : existe-t-il d’autre passage ?

Ça a un nom : c’est l’existence

Près des vieux faubourgs de Bruxelles se dressent sous un ciel magnanime les fleurs de l’Apocalypse de Jacques Sojcher. Fidèle à sa poésie l’auteur tente de donner vie (ou dit-il « hébétude ») aux deuils et aux souvenirs qui innervent l’œuvre. Son «  froid est la couleur du manque ». Il est renforcé par les dessins superbes et en effacement d’Arié Mandelbaum.

L’existence semble donc promise plus que jamais à l’inéluctable démolition d’un legs en disparition. . Partout il y a des fuites d’eau. Les odeurs stagnent. Esclave de la mémoire de la monstruosité humaine le poète tente de réparer les fuites. Mais d’un livre à l’autre c’est à peine si quelques conduites sont renforcées. Quant à la langue elle semble ne pouvoir parler qu’une langue de bois. Le poète doit se chauffer avec. Quoique épuisé il a donc bien du mal à dormir comme un vivant : les yeux fermés.

Pour lui « la maison de l’être » chère à Bachelard reste bancale, caduque, rococo, riquiqui. Il n’existe de place que pour le manque. Il n’y a plus d’escalier pour s’envoyer en l’air et respirer au grand jour. Hanté par le mal, habité de démons et d’horreur, depuis l’adolescence Sojcher se donne le droit à rien ou à peu. Sauf, évidemment, le nécessaire. A savoir l’exercice de l’écriture. Elle lui a permis non seulement d’enfreindre la loi du « rêve de ne pas parler » – titre de son livre majeur – mais aussi de ne pas se suicider. Ou de ne le faire – pour ainsi dire – qu’à petit feu.

Sojcher rappela précédemment qu’il avait « oublié » la langue de sa mère. Celle-ci pria beaucoup pour lui sans vraiment le sauver. Mais elle put lui accorder un sursis nécessaire. Si bien qu’un minimum d’instinct de conservation lui donne aujourd’hui encore le droit d’imaginer le pire mais aussi de revenir au nœud primitif. Il y retisse la langue au moment même où elle se délite en espérant que les mots ne meurent jamais – surtout ceux qu’on assassine.

La poésie de Sojcher s’incarne au milieu de leur peau béante. Son murmure presque aphone tente, entre certitude et amnésie, de réanimer des figures chéries par des mots capables de rédemption. L’auteur bannit le plus possible ceux qui ont fait profession d’effroi et qui sont brandis pour fustiger les vivants. Il garde ceux qui coulent d’une source primitive où la pensée pourrait enfin devenir limpide. C’est pourquoi, au moment même où ils s’étiolent dans le crépuscule, le rêve d’écrire demeure afin de les faire marcher sur ce peu d’eau vive.

©Jean-Paul Gavard-Perret

– Le Printemps des Poètes – 16e édition au cœur des Arts en direct de Bagnères-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées

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PP FIN

– Le Printemps des Poètes –

16e édition au cœur des Arts

en direct de Bagnères-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées


Entre « cascades & torrents », tel Montaigne
– prendre les eaux thermales de Bagnères-de-Bigorre, où le « Printemps des poètes » bat son plein se révèle : pur délice. Les diverses manifestations englobant : expositions, conférences, arts plastiques, théâtre, chant2, danse, concerts, et bien évidemment gastronomie se déroulent avec entrain, et ce tant à la Médiathèque que dans les écoles et s’affichent dans maints espaces de la petite ville, investissent les parcs, en des endroits improbables ouverts au spectacle pluriel.

De la poésie, des paroles de chansons, des contes, des extraits de polars… sont ainsi véhiculés dans le dédale de la charmante bourgade, via les voix d’enfants au préalable enregistrées et émanant – telles quelles des haut-parleurs du système de sonorisation dans le centre-ville. Les haut-parleurs ! Oui, c’est bien d’une poésie à – voix haute qu’il s’agit ici définitivement et les montagnes pyrénéennes environnantes sur lesquelles la neige s’attarde encore, malgré la douceur printanière ne le démentiraient nullement.

Ainsi, en des lieux ouverts, des textes – pour la circonstance : plastifiés, créés par petits et grands amoureux de la langue de l’émotion sont pour leur part bien arrimés à de longs fils d’étendage. Une forme fixe, classique côtoie des vers libérés et des haïkus pétillants jouxtent de nombreux dessins. Des proverbes et autres charades détournés, peints sur des pierres de roche de l’ère primaire3, à même le sol ou inscrits sur des tee-shirts et des pantalons épinglés à des cordes ou se balançant sur des cintres accrochés aux branches de grands arbres, égrainent leur « alphabet de couleurs », résolument rimbaldien, mouvant, étonnant et rythmé au gré du vent de Bigorre, tandis que la « marche triomphale du printemps » annoncée par la jaillissante floraison de narcisses, de jonquilles, de primevères et par le chant émis en boucle par geais, merles, corneilles et autres grenouilles impose ici & maintenant ses « riches heures ».


À la Médiathèque, un « portrait coloré, animé du Grand Sachem du Swing » est brossé à l’attention de quelques aficionados par l’auteur de l’ouvrage, « Le parcours du cœur battant » à propos de « l’inventeur d’un chant neuf », Claude Nougaro. Ami et complice de l’artiste total, Christian Laborde4, dont la voix possède cette similaire et étonnante scansion, ce phrasé savoureux, « cassant les mots, en les suçant, en jouant avec eux, en frottant chacune de leurs voyelles » utilisés sans modération par ces deux compagnons de route du « país, ô Tolosa » procure une sensation pétillante ineffable5.

Dans un ancien lieu de culte (réhabilité en cinéma, Le Maintenon) un artiste inspiré6 tente de rendre le climat de création tourmenté du génial Charles Baudelaire en proie aux « Fleurs du mal », tandis qu’une vidéo – tout aussi empreinte d’images de violences guerrières que d’« (…) ordre et beauté, luxe, calme et volupté »7 en suggère une seconde lecture. Un peu plus loin, quelques jours plus tard, dans la Salle de spectacles, à la Halle aux grains, non loin du tumultueux gave de l’Adour, les prix de poésie du concours annuel sont remis à des auteurs émus, alors que leurs textes mis en scène y résonnent, et que l’on réfléchit de manière palimpseste (à) la dimension de la relation de l’auteur des « Essais », Michel de Montaigne avec la Poésie (notamment celle de son ami, La Boétie, dont Montaigne définit le lien d’amitié qui les unit par une formule apparemment lapidaire, d’une simple évidence : « parce que c’était lui, parce que c’était moi »)8.

L’esprit du lieu revisité – ici par essence « géo-poétique », à la fois consolateur et révélateur de beautés naturelles et artistiques9 n’en est ainsi que décuplé, grâce à cet événement que les volontés locales10ont à cœur, chaque année de coordonner pour un partage authentique entre agents publics, bagnérais, touristes et autres curistes de la petite ville bigourdane11 sur laquelle veille la fée, « Pyrène »…12

Et pour finir sans finir et poursuivre la pérégrination sur ce chemin serpentin et pentu qui s’étire de la forêt du Bédat jusqu’au col des Palomières et bien au-delà vers La Mongie, Le Grand Tourmalet et le somptueux Pic du Midi de Bigorre, d’où appréhender les hauts sommets de la chaîne pyrénéenne se révèle être une expérience à hauteur du jeux d’ailes et autre planés infinis des rapaces, ces souverains du ciel, souvenons-nous d’un extrait du poème de Francis Jamme13 appris jadis à l’école communale :

J’aime l’âne

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles ;

et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.

Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète.

 

Et, afin que le partage soit encore plus dense, « entendons » enfin quelques paroles d’un chant pyrénéen :

Le refuge14

Je sais dans la montagne
Un refuge perdu
Qui se mire à l’eau claire
Des lacs verts d’Orgélu
Ouvert aux quatre vents
Aux montagnards perdus
Dans la brume et la neige
Comme un port du salut

REFRAIN
Qu’il fait bon s’endormir
Au refuge le soir
Près du feu qui s’éteint
Au pays des isards.

Cordiales pensées poétiques & traversières de Bagnères-de-Bigorre. A lèu !

Mars 2014, Rome Deguergue

membre du P.E.N. Club français



1 Panorama de Bagnères par Mercereau, issu du site de la Médiathèque / patrimoine.

2 Concert du Chœur de Femmes « À fleur de voix », dirigé par Hélène Caulet. Spectacle chanté sur des poèmes de Ronsard, La Fontaine, Boris Vian, Léo Ferré, Pablo Néruda… accompagné par de la vidéo de Pierre et Rémi Lesclauze et Sylvain Marmer de l’association TAOA et par de la danse par un groupe de l’école de danse classique du Centre Culturel. Piano : Stella Juliach’s ; soliste : Martine Dubarry.

3Les roches de l’ère primaire : granites, gneiss, schistes, dites « glaciaires » et de périodes tempérées ou chaudes dites « interglaciaires ».

4 Ouvrage : « Claude Nougaro. Le parcours du cœur battant », de Christian Laborde, éditions Hors collection, 2014.

5 Une conférence / performance : hommage à Claude Nougaro par Christian Laborde a eu également lieu à cette période à la Halle aux grains, accompagnée de documentaires projetés sur grand écran, de récits et anecdotes, lectures de textes de l’artiste toulousain, rythmée par Francis Lassus qui fut le batteur de Claude Nougaro.

6 Rémy Riflade et Scott production.

7Baudelairein « Correspondances ; L’invitation au voyage ».

8 Jean Laquet, dit Jean de Cabadur, poète très apprécié dans le Haut-Adour au début du XXe siècle a dédié de nombreuses cantates, écrites souvent à la fois en gascon et en français, au patrimoine ou aux célébrités qui ont séjourné à Bagnères-de-Bigorre, dont Montaigne, dans « La perle des Pyrénées, Bagnères-de-Bigorre ». Lire : Histoire locale ; La feuille périodique d’information n° 1176 – 6 juin 2013, Le livre d’histoire.

9… dont les nombreuses statues en marbre peuplent ce Musée à ciel ouvert, créées par des artistes pour part de renommée nationale.

10 Via la nouvelle directrice de la Médiathèque, Armelle Guillaume, (lire l’article du 3 févr. 2014 dans  La Nouvelle République des Pyrénées, la Ville de Bagnères-de-Bigorre, la Communauté de Communes de la Haute-Bigorre et les nombreuses Associations.

11 La Bigorre (en gascon : Bigòrra) peut être décrite comme un pays, ou une micro-région du sud-ouest français. Petite part de Gascogne, la Bigorre se situe, en particulier par la langue traditionnelle, dans l’ensemble linguistique gascon.

12 D’après la légende, Pyrène, la fée des fontaines, tomba amoureuse du bel Héraclès. De cet amour naquirent les Pyrénées. Pyrène est aussi le nom de la fameuse librairie de Bagnères-de-Bigorre.

13 In De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir, 1898. Francis Jammes passa la plus grande partie de son existence dans le Béarn et le Pays basque, région qui sera le cadre de sa littérature.  Ses premières compositions poétiques furent connues des milieux littéraires parisiens vers 1895. Ce fut une bouffée de fraîcheur dans la préciosité symboliste. Il se lia notamment avec Gide, puis plus tard avec Claudel. De l’angélus de l’aube à l’angélus du soir, son plus fameux recueil, parut au Mercure de France en 1897. Le Deuil des Primevères (1901) est son autre livre majeur.  

14 Edmond Duplan est un auteur compositeur interprète, né le 20 septembre 1930 à Pouzac, dans les Hautes-Pyrénées. « Artiste populaire et troubadour bagnérais qui se qualifie de « chanteur pyrénéen » tout en renouvelant largement ce genre traditionnel, il s’exprime dans un « registre chaleureux, direct, entraînant ». Les paysages et les hommes des Pyrénées sont au cœur de son répertoire, tant en français qu’en gascon. La chanson Le refuge (1982), dont le refrain cite un grand classique du pyrénéisme, est devenue à son tour un classique de la culture pyrénéenne, à la fois hymne rencontrant l’adhésion d’un vaste public et standard repris par de nombreux interprètes. (Sources wikipédia).

J’emmerde… de Marlène Tissot, préface de Fabrice Marzuolo, éditions Gros Textes, 2014.

 

  • J’emmerde… de Marlène Tissot, préface de Fabrice Marzuolo, éditions Gros Textes, 2014. 90 pages, 6 €.

 index

J’emmerde… Déjà le titre a quelque chose de jouissif en soi, une petite revanche à lui tout seul, mais Marlène Tissot rajouterait certainement : j’emmerde la revanche et elle aurait bien raison. Ce recueil s’il vous tombe entre les mains, attention il colle et si vous l’ouvrez, juste histoire d’y jeter un œil, en attendant d’avoir le temps de le lire, vous saurez que déjà vous emmerdez « le temps de…. ». Ce sera de suite et maintenant, et vous ne le lâcherez pas tant que vous ne serez pas arrivés au bout, à la fin, avec ce magistral « j’emmerde les fins de moi difficiles »…

De ce recueil, on serait tenté de citer chacune des déclarations d’emmerde, chacune percutant le lecteur en trois phrases et un seul round. Aucune ne parait inutile, surfaite, et chaque lectrice-lecteur y trouvera forcément résonnance avec son ressenti propre, voire avec le sale…

J’emmerde l’équitation

On ne galope pas très loin

en étant à cheval

sur ses principes

Marlène Tissot a ce don qui ne cesse d’enchanter, ce don de la pirouette tout en emmerdant la pirouette. L’art du paradoxe, la nécessité surtout de la contradiction, écorchant au passage tout ce et ceux qui se voudrait ceci ou cela… Ne se prenant elle-même pas au sérieux (surtout pas, quel ennui !), elle a ainsi une intégrale liberté que bien des jaloux-jalouses pourraient lui envier.

J’emmerde la haute couture

Broder ce qui faut de dérision

sur le bord des jours

pour éviter qu’ils ne s’effilochent

Et sage avec ça… C’est-à-dire dotée d’une compréhension profonde et in-situ de la complexité et de la vanité humaine.

J’emmerde l’aqua-bonisme

Mettre les poissons dans un bocal

et les laisser nous regarder

tourner en rond

*

J’emmerde les proverbes

Quant on veut, on peut

mais quand on peut

souvent, on ne veut plus

Un mélange gouteux de désespoir et de jubilation…

J’emmerde les grands discours

Rester fidèle à cette petite voix

qui chante des berceuses

à nos terreurs

*

J’emmerde les courbes de croissance

En devenant adulte on ne grandit pas

on ne fait que rétrécir

notre aptitude à nous émerveiller

Avec une pointe d’acidité…

J’emmerde les évidences

Les choses parlent d’elles-mêmes

les gens aussi

assez souvent

Pour le plaisir, en guise d’amuse-bouche, comme on dit dans les restaurants qui n’osent pas dire amuse-gueule, voici donc quelques-unes des perles de ce recueil qu’il faudrait garder toujours en poche, un genre de spray antidépresseur, voire pour éloigner quelques emmerdeurs et emmerdeuses. Marlène pourrait rajouter : j’emmerde l’égalité des sexes, et elle aurait bien raison, car elle est basée sur de fausses données, il y en a toujours un qui finit avant l’autre.

J’emmerde le strip-tease intégral

Je préfère la vérité

débraillée

à la vérité nue

Mais trêve de….

J’emmerde les blablas

Les mots sont des adultes consentants

on peut les coucher là, l’un par-dessus l’autre

et leur faire dire ce que l’on veut

Procurez-vous vite ce livre et osez donc…

J’emmerde la chasse au trésor

Chercher

ce qu’il reste de bonté

en chacun de nous.

Parce qu’en plus l’éditeur fait partie de ces artisans fous du monde de l’édition indépendante qu’il faut absolument soutenir, et donc acheter ses livres.

Cathy Garcia

Une partie de ce recueil a été publié sous le même titre « J’emmerde… » dans le Mi(ni)crobe n°43, de la revue belge Microbe http://courttoujours.hautetfort.com/

260808513Marlène Tissot est venue au monde inopinément le 10 juin 1971. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu’il n’y avait pas de mode d’emploi. Sait dorénavant que c’est normal si elle n’y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu’elle a dix-ans-et-demi et capture des images depuis qu’elle a eu de quoi s’acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l’autre et se brosser les dents. Écrira un jour l’odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l’instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.

Biblio :

Sous les fleurs de la tapisserie, éd. Le Citron gare, 2013.
Les Choses ordinaires, Kiss my Ass éd., 2013.
Buk You, collectif, éditions Gros Textes, 2013.
Je me souviens, c’est dimanche, éd. Asphodèle, coll. « Confettis », 2013.
Mailles à l’envers, éd. Lunatique, coll. « Roman », 2012.
Mes pieds nus dans tes vieux sabots bretons, éd. La Vachette alternative, coll. « 8pA6 », 2011.
Nos parcelles de terrains très très vagues, éd. Asphodèle, coll. « Minuscule », 2010.
Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs, éd. La Vachette alternative, coll. « 8pA6 », 2010.

Son site : http://monnuage.free.fr/

Les éditions Gros Textes : http://grostextes.over-blog.com/