François de Cornière : « Nageur du petit matin »

 

François de Cornière : Nageur du petit matin (Le Castor Astral éd., 2015), 170 pages, 13 euros – 52 rue des Grilles – 93500 Pantin ou castor.editeur@wanadoo.fr

9791027800377_1_75Ce livre, tous les amateurs de poésie l’attendaient avec impatience. Malgré « Ces moments-là », choix de poèmes paru en 2010 chez le même éditeur, aucune trace de la poésie de François de Cornière au sein des revues ou des anthologies. Ce long silence qui durait depuis plus de dix ans, tout le monde en connaissait la cause. Pour inviter chacun à lire ce recueil, on aurait pu s’en tenir à reproduire la 4° de couverture écrite par l’auteur lui-même. Cette quinzaine de lignes est d’une troublante sincérité et d’une rare puissance évocatrice. Il a fallu, on le devine, une sacrée force de caractère pour dépasser les douloureuses épreuves pour « ne pas sombrer. Et tenir le cap ». En effet, pendant de longues années, l’auteur a accompagné sa femme (« mais elle aussi m’accompagnait » écrit-il) dans sa lutte contre un impitoyable cancer. Toutes les étapes de cette descente aux enfers sont abordées avec une tenace volonté entretenue par une forte addiction à la nage en océan. Chacun des 76 poèmes de ce livre a un rapport direct avec le milieu océanique, véritable liquide amniotique où baigne le poète pour lui permettre de résister et de retrouver malgré tout « une douce envie de vivre ». Oui, chacun de ces poèmes marque une étape dans ce long chemin de croix : « Pour toi qui dors encore / je nage ce matin / le soleil derrière moi / comme un qui veut gagner / – et se perdre avant toi. » Ce livre, écrit avec élégance et rigueur, est un témoignage humain d’une rare authenticité et un bel exemple de résilience poétique.

©Georges Cathalo

Carré d’as pour des proses majuscules

Carré d’as pour des proses majuscules


 

Georges KOLEBKA :  Acidulés (L’Arbre Vengeur éd., 2014), 160 pages, 10 euros – 15 rue Berthomé 33400 Talence ou www.arbre-vengeur.fr

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Ces 80 textes indépendants les uns des autres se succèdent dans une sorte de délire maîtrisé grâce au pouvoir magique d’un style pétillant. Tout s’y presse et s’y bouscule dans une cavalcade enjouée. On peut goûter sans modération tous ces écrits qui ne sont acidulés qu’au moment où on les déguste mais, avantage sur les sucreries de même nom, on peut les re-déguster à l’infini.

Jean-Claude TARDIF : Navaja, Dauphine & accessoires (Rhubarbe éd., 2015), 120 pages, 11 euros – 10 rue des Cassoirs 89000 Auxerre ou www.editions-rhubarbe.com

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Même si ce livre ne s’accompagne pas de sous-titre, on peut affirmer sans risque d’erreur qu’il s’agit bien de 10 nouvelles où des personnages bien identifiés occupent la plus large place et croisent leurs maigres destins. Le lecteur se trouve plongé dans de singulières atmosphères et participe activement à ces rencontres parfois brutales et à ces minutieuses enquêtes.

Guy CHATY : Dans le jeu la vie (Editinter éd., 2015), 92 pages, 15 euros – BP 15 91450 Soisy-sur-Seine ou www.editinter.fr

jeuvieL’exergue de Raymond Queneau est là pour rappeler la fugacité des existences. C’est une excellente porte d’entrée pour ces 22 textes relativement courts, textes dans lesquels les dialogues occupent la plus large place. L’auteur s’y ingénie à décaler une rationalité sclérosante. Il use de jeux de langage et de pirouettes pour entraîner le lecteur dans d’improbables situations.

Jacques A. BERTRAND :  Brève histoire des choses (Julliard éd., 2015), 144 pages, 16 euros – (en librairie)

65464555_13485123De la chaise à l’ordinateur et du savon au rond-point, tout est prétexte à l’auteur pour conter une brève histoire. Le style est alerte et ne laisse aucun répit au lecteur entraîné qu’il est dans les bahines de ces histoires rocambolesques comme celles du « fond sonore » ou encore celle du « marché de l’animal de compagnie ». Le fantôme d’Alexandre Vialatte ne cesse de rôder et l’on ne sera pas surpris que ce livre ait obtenu le Prix Vialatte en 2015.

©Georges CATHALO 

Anne MOSER Jean Louis BERNARD, Accueil de l’exil, Éditions 2 Rives, Les Lieux Dits

Chronique de Nicole Hardouin

 Anne MOSER   Jean Louis BERNARD, Accueil de l’exil, Éditions  2  Rives, Les Lieux Dits

Dans les accords mutiques de notes secrètes s’effruitent un passé, palpitation de l’invisible,  qui ne se solde pas : échos du vivre de Jean Louis BERNARD. Pour retrouver la proue d’un désir perdu, donc à portée de songes, le présent déchire ses drapés, nous portons en nous/ de si nombreux minuits.

          Si l’Exil est dans le verbe, franchir le seuil est toujours dangereux, le dragon veille c’est pourquoi J.L Bernard brûle son souffle pour en renaître enroché dans l’espace impensable/du monde / l’enfance et ses fontaines … / de gris et d’encre/à l’orée des pierres. Là, ses images n’hibernent jamais, elles sont la structure même du poète, il s’y tient debout, droit dans la courbure de ses marées ancestrales où sirènent des laines d’éternité, griffures d’un avenir logé dans un passé. Enracinement de l’errance.

Accueil de l’exil s’ouvre dans les annelures du serpent, pas le tentateur non, celui qui entré par les portes du sang nous enseigne la sagesse, celui qui est prêt à se tenir debout comme avant la fracture initiale cherchant la réintégration au grand Tout, c’est la quête du poète célébrant la foudre aux ongles de l’initiée. Jean Louis Bernard sorcier, sourcier conduit le lecteur dans son infinitude, dans le flux des courants du cosmos et des cavernes.

Les images se corporifient lorsque le poète cristallise les mots, coagulation, souffre rouge, sceau, vibrations lumineuses, incandescence dans sa danse des ombres. Mais la sarabande n’est jamais terminée, page à pas les mailles se tissent dans la grotte, élixir d’errance/assomption de l’immense/jusqu’à l’infime,  il lance ses dés, les laissent rouler dans le monde d’hier dont il rhabille la nudité. Il se tient sur l’axe de la balance surveillé par la déesse Mât, il en est le disciple. Montant, descendant dans un jeu de marelle jamais  inachevé, distance-séparation, distance-reliure,  il pousse par degrés ses méreaux, Mère-Eau, mots-peaux dont il dégage le sillage imperceptible et prégnant, la lourde légèreté de l’Essentiel, le feu secret de l’Esprit qui vit dans la matière et se répand dans l’exil de l’asile.

J.LBernard va jusqu’au sang des gerbes moissonnées en conjuguant le ressac de ses bûchers dans la présence de l’effacement. Démiurge, il fait tressaillir la pierre et crépiter la crête du feu dans la dissolution de l’instant sans nom. Ses sources ne coulent que par sa soif qui rançonne nos solitudes, dans l’urgence de la lenteur.

Chez J.L Bernard le feulement du sillage  est plus prégnant que le réel, l’ombre plus visible que la lumière et le feu a des avant-goûts de cendre prête à germer. Son exil est un asile aux tentations poreuses, ouverture sur l’entre-monde cartographie ultime du désir.

Les coulées-serpentaires du peintre Anne Moser enroulent les mots du poète, reflets-miroirs en parfaite osmose, c’est un jeu désirant ou infusent  déjà/ les regrets à venir.

                                    ©NICOLE HARDOUIN

Salvatore Gucciardo « Méandres », Editions Chloé des Lys – Barry (Belgique) Traduction de Maria Teresa Epifani Furno

Académie Universelle de Lettres et de Sciences

PARTHENOPE  n° 3 – 2015  Italie

°

Salvatore Gucciardo

« Méandres », Editions Chloé des Lys  –  Barry (Belgique)

Traduction de Maria Teresa Epifani Furno

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C’est un précieux hommage rendu de la part de notre grande amie Maria Teresa Epifani Furno  à  « Méandres », œuvre d’un artiste polyvalent, reconnu depuis plusieurs années parmi les plus grands dans le monde de la culture.

Un livre que tous les amateurs épris de Poésie et d’Art devraient se vanter de posséder. Ce recueil, élégant et séduisant par son impression typographique et incomparable dans la rédaction de la prose poétique.

Ce livre est enrichi de plusieurs œuvres picturales de l’auteur : Salvatore Gucciardo. 

 

 

L’artiste transmet de grandes émotions lexicalement traduites avec autant de force émotive italienne par la talentueuse Maria Teresa Epifani Furno que nous apprécions et soutenons.

Depuis toujours, nous estimons que seul un poète a les compétences de traduire un autre poète.

Salvatore Gucciardo dans son œuvre récente a réussi à illustrer ses émotions avec une sensibilité picturale et une prose poétique originale.

Ses créations sont le reflet d’une grande connaissance culturelle d’où jaillit l’esprit inné d’un génie. Ce génie nous fait prendre conscience que nous sommes des êtres insignifiants.

 

Méandres, c’est une fresque poétique qui illustre l’homme.

Chaque être humain pourra s’y reconnaître.

C’est un plongeon dans les abysses de l’âme et les dédales du monde.

C’est une oeuvre dominée par un souffle lumineux!

Giuseppe Sorrentini

Poète, Critique littéraire,

Président de l’Académie Universelle de Lettres et de Sciences d’Italie

 

L’horizon dans la poitrine, Albert Strickler, Éditions du Tourneciel – Collection de l’Écureuil volant (9€).

Chronique de Nadine Doyen

photo trouvée ici

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L’horizon dans la poitrine, Albert Strickler, Éditions du Tourneciel – Collection de l’Écureuil volant (9€).

Albert Strickler a pris son bâton de pèlerin pour nous ouvrir de nouveaux horizons, en cinq tableaux. Avec lui dégourdissons-nous pour réenchanter notre quotidien.

Il nous conduit d’abord « sur le chemin de Chartres », en célébrant la joie de marcher quelle que soit la difficulté («chemin âpre », « grands lavements de toutes sortes »). Ce périple lui apprend à synchroniser son souffle et ses pas pour percevoir « la cadence du Temps / Dans le tam-tam de son sang ».

La marche n’est pas seulement nordique, afghane, active, mais aussi « bélier », « métamorphose », « marée ».

Puis on chemine avec « L’homme qui marche », en toute quiétude. Bulle de silence gorgée de lumière par « les ailes du colza / En feu ». Ce périple redonne sens aux gestes, procure du tonus au corps. Il sillonne avec jubilation villages et hameaux, prenant le temps de musarder et de célébrer la beauté des paysages côtoyés.

Ses échappées bucoliques, champêtres, lui procurent l’inspiration pour sa plume de poète d’autant que la météo capricieuse le gratifie en une semaine du « rire clair du printemps », des « heures pétrifiées d’août », « des pluies obliques d’octobre ».

Son perpétuel besoin de s’élever le mène « Au Souffle des crêtes ». Là, le vagabond des cimes se laisse griser par le vent dont il souligne les bienfaits tonifiants : «  Le vent a dilaté tout mon être ».

Il lui permet d’évacuer « les derniers miasmes du doute », de se « dégager de la lie des ombres » et de se rapprocher encore un peu plus de la lumière.

Dans la quête vers L’Autre, « son double lumineux », Albert Strickler rejoint Christian Bobin dans cette balade amoureuse avec le divin.

Dans le chapitre Au chant du pèlerin, on glisse d’un poème à l’autre avec légèreté.

Le dernier vers d’un texte devient le premier du suivant jusqu’à ce que l’âme chante claire comme un ruisseau.

Dans le volet final, l’auteur, marcheur impénitent, s’interroge sur la mystérieuse destination  des nuages, « ces nacelles errantes ». En « gardien éphémère » de ce « céleste cheptel » il émet maintes hypothèses. Ne vont-ils pas « répandre / Leurs couleurs sur les palettes de peintres » ? Ne vont-ils pas « fondre avec les glaciers » ?

Ne vont-ils pas « se joindre aux canadairs pyromanes » ? Que deviennent-ils « Une fois que le vent équarrisseur / les a dépecés » ? Il ne se lasse pas de contempler  leurs façons de « se recycler » et de s’émerveiller de leurs multiples métamorphoses : « grandes cosses / vides », « caravelles de laine », « blocs de marbre », « immenses baleines ».

Poésie et lumière omniprésente habitent ce nouveau recueil d’Albert Strickler, qui est une invitation à s’élancer sur les sentiers. Dans cette errance en « nomadie », le lecteur marcheur retrouve son élan vital, éperonné par une force intérieure.

©Nadine Doyen