Les bonnes raisons de lire REPOSE- TOI SUR MOI de SERGE JONCOUR, éditions Flammarion

Chronique de Nadine Doyen et Nicky Prost

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Les bonnes raisons de lire REPOSE- TOI SUR MOI de SERGE JONCOUR, éditions Flammarion


Pour les retardataires, tant la rentrée littéraire était prolifique, difficile de débusquer toutes les pépites. Voici un bon cru 2016.

Lauréat du Prix Interallié, 8 novembre 2016

Félicitations de toute l’équipe de Traversées à Serge Joncour qui transforme des gens ordinaires en héros qui convoquent le lecteur.

Comment ne pas s’attacher à Aurore et Ludovic, des êtres complexes en qui force et fragilité se livrent bataille. En entomologiste des coeurs, il sonde avec brio les méandres du désir chez Aurore et Ludo.

L’auteur se définit comme un « psychologue amateur » (trop de modestie), pourtant il brosse des portraits très fouillés de ses personnages. Quelle finesse dans l’analyse des rapports humains et sociaux !

Ce qui lui vaut d’être étiqueté « le Balzac » de l’époque. Excusez du peu !!!

Certains chanteurs se considèrent « aware », « conscients », Serge Joncour l’est aussi, dans ce sens qu’il enracine son roman dans la France d’aujourd’hui et pointe des situations dramatiques.

La force, l’atout de poids de ce roman réside dans l’analyse remarquable de cette micro société formée par les personnages de Serge Joncour, soulevant les questions de l’endettement, la mondialisation.

Son expérience de scénariste est un atout. Serge Joncour use de sa plume comme d’un objectif grand angle, son écriture est cinématographique.

Comme l’auteur le déclarait dans un tweet : « Un livre , c’est le film, les décors et tous les personnages avec soi. » Ce qui fait que REPOSE-TOI SUR MOI se lit, se vit intensément.

On voit en lui un disciple de Chabrol dans sa façon de camper une atmosphère.

La touche d’humanité, qualité incarnée par Ludovic, quelque peu le double de l’auteur, donne au roman la foi en l’homme, la culture de l’espérance.

Serge Joncour réussit ce tour de force de faire l’unanimité des librairies francophones, dans l’émission d’Emmanuel Kerad du 5/11/16 pour REPOSE-TOI SUR MOI, « un roman touffu, introspectif qui renvoie à notre situation personnelle. Un beau roman sur l’amour et nos refuges qui a ému comme rarement ».(E. Kerad).

La licorne, Belgique : « Subjugué. Un talent fou par la façon de trouver précisément le mot juste, parfait pour poser l’ambiance et faire vivre les personnages. C’est sidérant. On ne peut pas le lâcher ».

Librairie de Verdun, Canada : « Écriture toute en finesse. Un roman sur la confiance qui peut s’installer entre deux personnes. On referme avec le sentiment d’avoir lu quelque chose de bouleversant. On en redemande. »

Librairie Page 2016, Suisse : « Les paysages urbains et ruraux donnent une présence et une vibration supplémentaires au récit. »

Librairie Goulard, France : « Une écriture fluide qui porte le lecteur. Énormément de plaisir à suivre les personnages. Le sel de l’histoire : on ne sait pas ce qui va arriver ».

Et en bande son, Serge Joncour suggère Le Sud de Nino Ferrer,  « figure emblématique du Lot ».

En conclusion, c’est à la fois chaleureux, désemparé, optimiste, lucide, tendre (mais la dent est acérée), poétique, et tout simplement sublime, touchant, réaliste. voici pourquoi on a du mal à lâcher les personnages, on lit ce roman d’une traite.

C’est un PAGE TURNER HYPNOTIQUE

Pour mieux connaître Serge Joncour, de récentes parutions à signaler :

L’ excellent article de Vanessa Schneider : Un écrivain en tournée, paru dans Le Monde, le magazine du Monde du 29 octobre 2016 et l’éclectique revue Décapage 55, automne-hiver 2016 avec pour invité d’honneur Serge Joncour qui y dévoile « sa panoplie littéraire ».

Pour un panorama plus détaillé de REPOSE-TOI SUR MOI, consulter la chronique de Nadine Doyen du 1er août 2016 sur le site de Traversées.

REPOSE-TOI SUR MOI,

« une formule agréable à entendre, à émettre », confie Serge Joncour.

©Nadine Doyen et Nicky Prost

Joseph Bodson, L’hiver des prunelliers, une enfance à Soye, Éditions MicRomania, mai 2016, Belgique

Une chronique de Lieven Callant

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Joseph Bodson, L’hiver des prunelliers, une enfance à Soye, Éditions MicRomania, mai 2016, Belgique


Voici une très belle réédition bilingue français-Wallon (de la Basse-Sambre) d’un livre premièrement édité en 1991 chez Edico Namur.

Belle parce qu’il devient possible pour un lecteur tel que moi qui ne possède pas les connaissances linguistiques nécessaires de suivre mot à mot la naissance des sens dans cette langue méconnue qu’est le wallon et de lui réserver dans mon esprit une place pour ses saveurs particulières. Joseph Bodson parvient une fois encore grâce à son travail sur les deux langues à créer entre elles des liens de filiation, des liens d’amitiés bien vivants.

Ce livre m’a donc tout naturellement interpellée sur le travail de l’écriture. Écrire revient souvent à traduire, à assurer le passage d’une langue à une autre, d’un monde à un autre, à transposer ce que nous avons à l’esprit ou ce que nous avons vécu il y a fort longtemps. Couchée sur le papier, la vie se transforme comme si nous l’avions rêvée. Écrire c’est aussi se sou-venir, s’interroger sur soi et partir à la rencontre de possibles réponses.

Ce que j’aime particulièrement c’est observer les glissements de sens, les failles où s’installent ce qui ne peut jamais se traduire et se perd lors du travail de l’écriture malgré les nombreuses tentatives. J’aime repérer dans un texte une structure, une logique qui m’indique les voies (et les voix ) qui rythment le texte.

Difficile de distinguer ici quel texte est la traduction de l’autre, cette édition me permet d’imaginer que les deux écritures sont jumelles même si la version wallonne doit être née bien après la française. L’histoire, les histoires contées par Joseph Bodson ne semblent pas avoir choisi d’apparaître sous une forme et puis sous une autre naturellement. Les deux textes, les deux langues se regardent, l’une révélant les beautés de l’autre tout en créant une sorte de permanence, un jeu.

Joseph Bodson raconte l’histoire d’un pays, un pays de cailloux, jalonné de rivières, de forêts, de champs, de bosquets, de clairières, de monts et de vaux. Un pays habité par des rois car chaque personnage haut en cou-leurs est attachant et attaché à cette terre dans laquelle s’enracine la vie qui de toute manière portera ses fruits quels qu’ils soient. La vie est dure, injuste, intransigeante, cruelle, mais les rois de ce royaume sont capables de lui accorder une valeur presque charnelle souvent chaleureuse. Les portraits dressés par Joseph Bodson sont authentiquement humains, à la fois complexes et simples.

Ce pays est celui de l’enfance et des saisons, celui où l’auteur fut lui-même le roi de ce qui aujourd’hui s’accorde le nom de souvenir. Comment ne pas sentir interpellé par la vie des gens, la vie qui garde les stigmates des guerres grandes et petites?

Le titre du livre trouve une belle explication dans le dernier chapitre et confère à l’ensemble du livre une signification nouvelle qui nous rappelle à la réalité passée et présente. Les allées-venues d’un temps à un autre, d’un monde à un autre, d’une vérité à une autre sont multiples et permettent aux récits de quitter la sphère régionaliste et donc d’interpeller générations et populations différentes. Le Wallon assure sans doute cette transition réaliste.

On peut aussi se demander si l’auteur qui souvent s’adresse à son lecteur, n’écrit pas une lettre. La lettre qu’il n’a pu écrire à son père, aux siens, parents et amis du temps de son enfance. La lettre qui offre à la vie le merci qu’elle mérite malgré tout.

« Vous allez me demander ce qui passe, et ce qui demeure? Je ne pourrais vous répondre au juste. Si nous arrivions à le savoir, ce doit être comme les couleurs sur les ailes des papillons: si on les touche, elles disparaissent. »

C’est sur cette citation que je finirai cette chronique. Joseph Bodson ne nous confie pas uniquement ses souvenirs d’enfance, qu’il agrémente de photographies personnelles. Il nous offre d’agréables moments authentiques qui nous révèlent toute la particularité d’un petit bout de terre habité par des hommes, des femmes mais surtout des enfants. Cet endroit bien précis, dessiné sur une carte et qui incarne si bien la vie que nous menons, que nous avons menée ou dont nous avons rêvé porte un nom qui n’est peut-être pas que celui de Soye. On pourrait aussi l’appeler poésie tant s’y rassemblent des essences.

©Lieven Callant

Poèmes de Georges Séféris, lauréat 1963 (Grèce), Éditions Rombaldi, 1965, 195 pages.

Chronique de Lieven Callant

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Poèmes de Georges Séféris, lauréat 1963 (Grèce), Éditions Rombaldi, 1965, 195 pages.


La collection des Prix Nobel de Littérature est éditée sous le patronage de l’Académie Suédoise et de la Fondation Nobel.

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Ce livre contient de très jolies gravures de Postma et sur la couverture une illustration originale de Picasso.



Une chose bien conçue se passe généralement de mode d’emploi, elle fait appel à notre curiosité, notre intuition, notre bon sens afin que nous puissions l’utiliser au mieux, afin qu’elle nous soit utile de la manière la plus directe, la plus adéquate à notre façon de vivre.

Je ne pense pas différemment lorsqu’il s’agit de poésie. Je me passe des préfaces qui tentent de m’expliquer comment lire. Je me plonge directement dans les textes, j’en savoure sans aucune pré-science les images, les allusions, les symboles. Ainsi mes lectures s’enrichissent-elles toujours plus d’une manière très personnelle. Elles me servent directement comme fertilisants pour mes écritures et réécritures de mes vies intérieures.

Chaque poème de Séféris m’est apparu comme une île. Une île d’exilés. Une île où les idées forment un cordon. Une île qui nous lie à un sort que nous partageons avec d’autres humains. Écrire et donc vivre c’est passer d’une île à une autre. C’est faire de soi un marin. Un Ulysse. Un Stratis. (Stratis, le marin parmi les agapanthes),

Au fil des poèmes, je voyage. Je vais de rivages en rivages tout en m’arrêtant. Ce ne sont pas tant les traversées qui me hantent et me heurtent mais surtout l’impossibilité de rester indéfiniment quelque part. Le poème me montre ce que j’ai en partage avec l’autre partie de l’humanité: qu’il s’agisse d’un exode des années, qu’il s’agisse d’une appartenance aux mondes du souvenir où il me faut reconnaître les êtres aimés, les êtres tellement espérés aller sur les mêmes chemins que ceux empruntés par les phrases. Les mots me conduisent-ils au royaume des mythes et des fantômes? Les poèmes sont-ils pour abolir les frontières ou au contraire pour faire de moi l’exilé? Cet être humain à l’embarcation frêle dont les voiles sont tissées de syllabes symboliques.

Après les poèmes, j’ai lu les préfaces. J’ai appris la petite histoire autour de l’attribution du Prix Nobel à Georges Séféris. J’ai retenu ce que Séféris a répondu à la harangue que lui adressa M. Österling lors de la remise du prix. « La poésie n’est que l’expression pure de la voix humaine. Pour elle, il n’existe pas de grandes et petites nations. Son domaine est dans le coeur de tous les hommes de la terre. Quand sur le chemin de Thèbes, Oedipe rencontra le Sphinx qui lui posa son énigme, sa réponse fut: l’homme. Ce simple mot détruisit le monstre. Nous avons beaucoup de monstres à détruire. Pensons à la réponse d’Oedipe. »

Ensuite, après le discours de réception prononcé par Anders Österling, justifiant le choix de l’Académie, on pourra prendre connaissance des grands courants qui ont traversé la vie et l’oeuvre de Georges Séféris grâce aux analyses de C.TH. Dimaras. Recherche de la perfection, lente maturation du poète, irruption de l’Histoire dans la vie de Séféris, l’amour presque charnel qui l’unissait à la Grèce, la langue de Séféris est nette, variée, riche, Séféris a su rejoindre l’angoisse éternelle de l’humanité, la clef de son oeuvre est la nostalgie, il serait le porte parole de la Grèce moderne.

Les traductions sont de J. Lacarrière et de E. Mavraki.

Pour vous transmettre l’envie de lire ou de relire Georges Séféris, voici l’un de ses poèmes.

Mémoire I

Et la mer n’est plus

Et moi, aux mains, rien qu’un roseau:

La nuit était déserte, la lune en son décroît

Et la terre embaumait la dernière pluie.

Je murmurai: la mémoire fait mal, où qu’on la touche;

À peine un peu de ciel, et plus de mer du tout;

Ce qu’on tue pendant le jour, on le vide par charretées derrière la colline.

Mes doigts discrètement jouaient avec cette flûte.

J’avais souhaité bonsoir à un vieux berger: il me l’offrit.

Les autres ont supprimé toute forme de salut;

Ils s’éveillent, se rasent, entament leur journée de tuerie

Comme on taille ou comme on opère, avec méthode et sans passions;

La douleur, aussi morte que Patrocle et personne n’est dupe.

Je pensai jouer un air, mais j’eus honte de l’autre monde,

Celui qui me voit au-delà de la nuit, au coeur de ma lumière,

Tramé de corps vivants, de coeurs ouverts,

Et l’amour, qui appartient aux Furies autant

Qu’à l’homme, à la pierre, à l’eau, et à l’herbe

Et à la bête qui dévisage la mort venant la saisir.

J’avançai ainsi sur le sentier obscur.

Je retournai dans mon jardin, j’enfouis le roseau

Et de nouveau murmurai: un jour, à l’aube

La résurrection viendra;

La rosée de ce matin scintillera, comme les arbres brillent au printemps.

Et à nouveau la mer … Aphrodite une nouvelle fois jaillira de la vague;

Nous sommes cette graine qui périt. Et je regagnai ma maison vide.

©Lieven Callant


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Esprits Nomades

Des poèmes de Séféris mis en musique

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2016 : année « Jacmo »

Chronique de Georges Cathalo

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Jacques Morin –Photo : Isabelle Huberdeau-Houé

2016 : année « Jacmo »


Et si l’on décrétait que l’année 2016 soit l’année de Jacques Morin alias Jacmo ? Après tout, pourquoi pas ? Il y a bien eu toutes sortes d’idées saugrenues que l’on ne rappellera pas : l’année de…, la semaine du… ou la journée des… Bref, décrétons 2016 : année « Jacmo ». Et ce ne sont pas les centaines (milliers ?) de poètes de tous bords qui me démentiront, eux qu’il a contribué à faire connaître de toutes les façons (éditions, revues, critiques,…) depuis plus de 40 ans. La raison de ce choix en est toute simple : Jacques Morin a fait paraître cette année quatre livres, quatre numéros de la revue Décharge, quatre titres de la collection Polder et de nombreux articles ou parutions diverses en revues, papier ou écran. Qui dit mieux ?

Voici donc une brève présentation de chacun des quatre livres parus cette année.

Jacques Morin : « Le bord du paysage »

indexAvec le sous-titre « Poèmes d’Yonne », Morin a pris soin de situer ses textes intimistes et feutrés dans un cadre géographique précis. Sa poésie se déroule au fil des marches et des courses campagnardes, longeant « le jaune du colza en fleurs » ou « le vert du blé en herbe » qui l’encouragent à aller de l’avant malgré parfois le brouillard ou la neige. Il plonge « dans une apnée de l’esprit » grâce à ces moments magiques plombés de silence. Rien de tel que cette hygiène vitale pour « se changer les idées » et « repartir différent nouveau » en ayant fait le plein d’oxygène et d’espoir. C’est soudain une saine sensation de puissance qui envahit l’être. On respire large. On se reconstruit. On avance, « on est invincible », même si, clin d’œil oblige, c’est « au moins jusqu’à midi ». Voici donc une facette peu connue de ce poète qui se qualifie volontiers « d’éphémère à répétition » mais qui est aussi un solide roc bourguignon.

Jacques Morin : « Le bord du paysage » (La Renarde Rouge éd., 2016), 48 pages, 14 euros – 28 rue Germain Bedeau- 89510 Veron ou renarderouge@orange.fr


Jacques Morin : « J’écris »

indexSur la couverture de ce livre figure un crucifié (Jacmo ?) avec, pour seul vêtement, un livre ouvert (un numéro de Décharge ?) pour masquer les parties génitales. Qui aurait pu imaginer un poète-revuiste dans cette périlleuse situation au-dessus d’un titre choc imprimé en corps 120 : J’écris ! C’est Christian Degoutte qui a patiemment organisé cet ensemble de chroniques et d’éditoriaux éparpillés sur plus de 40 ans de revuisme frénétique. Jacmo n’a jamais eu de cesse de s’interroger sur ses pratiques en tant que poète, chroniqueur, critique, revuiste ou éditeur. Ces textes n’ont pris aucune ride et sont, pour certains, d’une terrible actualité. Très grand connaisseur de la poésie vivante, il procède à la manière d’un orfèvre, laissant de côté tous les artifices, ignorant volontairement les effets de mode pour ne conserver que ce qui peut entretenir cette flamme exaltante et vivifiante. Il y a chez Jacmo une ténacité et un enthousiasme qui lui permettent de résister au découragement. Il évoque ici l’importance de l’émotion dans le jaillissement du poème qui est « un cri écrit » quand la poésie est vue comme « une utopie résistante » ou bien comme « un mouvement écologique de la pensée ».

Jacques Morin : « J’écris » (Rhubarbe éd., 2016) 150 pages, 12 euros – 10 rue des Cassoirs – 89000 Auxerre ou info@editions-rhubarbe.com


Jacques Morin : « Douzaines »

Treize à la douzaine : oui, treize poèmes de douze vers libres chacun. Ce qui pourrait passer au départ pour un banal exercice de style avec une contrainte artificielle devient peu à peu une ouverture quand il n’y a qu’à « se laisser guider par la frappe du clavier » car finalement « écrire n’est pas une question de chiffre / et les mots résistent à l’infini ». Si le doute persiste, « prodigalité versus parcimonie », c’est dans et par l’écriture elle-même que la poésie s’installe et que « la forme vient en écrivant ». Un délicieux petit livre que l’on savoure comme un petit bonheur qu’il faut « cueillir comme le jour se lève et point ».

Jacques Morin : « Douzaines » (La Porte éd., 2016), non paginé (16 pages,) 3,80 euros – 215 rue Moïse Bodhuin- 02000 Laon


Jacques Morin : « Carnet d’un revuiste de poche »

indexEn douze « tableaux » d’une analyse brève mais efficace, Jacques Morin dresse un autoportrait du revuiste de haut-vol qu’il est depuis plus de 40 ans. Dans la belle lignée de quelques grands aînés (Pierre Boujut, Pierre Béarn, Henri

Heurtebise, pour ne citer que ces trois-là), il aura, dans un élan généreux et toujours renouvelé, ouvert la voie et donné la parole à des centaines de poètes. Ce qui lui apparaît parfois comme une névrose obsessionnelle n’est en réalité que la conséquence d’une vertigineuse et fructueuse addiction. Si « la revue est un genre ingrat », elle permet malgré tout au revuiste de faire la part des choses « en comptant sur ses fidèles » tout en ayant une juste et pertinente vision sur la poésie vivante.

Jacques Morin : « Carnet d’un revuiste de poche » (Les Carnets du Dessert de Lune éd., 2016), 22 pages, 5 euros – 67 rue de Venise – B1050 Bruxelles ou dessertlune@gmail.com



©Georges Cathalo

Aliens mode d’emploi, manuel de survie en situation de contact extraterrestre, Laurent Genefort, Éditions Le Bélial, 2012

Chronique de Lieven Callant

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Aliens mode d’emploi, manuel de survie en situation de contact extraterrestre, Laurent Genefort, Éditions Le Bélial, 2012

Illustrations de couverture et intérieures de Cédric Bucaille


Si comme moi vous ne manquez aucun des communiqués de L’E.S.A. ou de la N.A.S.A. que vous suivez avec intérêt les émissions de France Culture , que la notion de “trou de ver” (Whormhol) vous est familière, et que vous possédez un brin de fantaisie, beaucoup de curiosité et une belle ouverture d’esprit notamment vis à vis de la littérature de science-fiction alors ce livre vous est vivement conseillé. « Il pourrait bien vous sauver la vie… »

Comme n’importe quel guide, ce livre se veut avant tout utile et pratique. Après un beau rappel historique des principales étapes et des faits les plus marquants survenus depuis les premières migrations d’aliens et de brèves explications sur les bouches (nom commun donné aux trous de vers de Lorentz), vous envisagerez avec l’auteur toutes les situations qui peuvent se produire en cas de contact avec un ou plusieurs aliens. Explications vous seront données concernant la physionomie des aliens, vous serez en outre capable de distinguer les espèces agressives ou nocives, des espèces plus pacifistes et craintives. Vous apprendrez à vous familiariser avec leur psychologie, leurs croyances et philosophies. Vous trouverez des réponses concrètes aux questions que vous vous posez notamment sur leur sexualité et leurs modes de reproduction, leurs coutumes et habitudes alimentaires ainsi que sur leur sociabilité. Vous recevrez de précieux conseils et d’indispensables leçons de bon sens au cas où vous voudriez tenter l’aventure d’une amitié avec un alien, d’une relation plus intime ou si vous envisagez de faire des affaires avec un alien (types de contrats, types de statuts attribués aux migrants). Vous serez en mesure de savoir quels sont les comportements et les pièges à éviter.

Le but principal de ce livre est de vous préparer activement à la présence extraterrestre d’espèces variées tout en garantissant au mieux votre sécurité.

Vous pourrez grâce à de petits apprentissages, vivre en toute sérénité avec la plupart des aliens. Si vous envisagez de voyager en traversant une bouche, vous trouverez réponses aux nombreuses questions que vous vous posez, notamment concernant le matériel indispensable à toujours avoir avec soi si on veut devenir un voyageur de la voie lactée. Un kit spécial est parait-il disponible.

Vous l’aurez compris ce livre a aussi le pouvoir de vous interroger sur vous-même, sur votre seuil de tolérance et d’acceptation de la nouveauté mais aussi de l’autre, cet être totalement différent de vous et dont vous aimeriez tant qu’il vous ressemble. On vous mettra en garde contre toutes les tentatives d’anthropomorphisme. Ce livre prône la tolérance mais non la naïveté et rappelle que l’apprentissage de nouveaux comportements, de nouveaux savoirs est un principe fondamental à la vie. La vie peut prendre bien des formes différentes et suivre des chemins que nous ne connaissons pas forcément.

Vous vous apercevrez que dans les mondes de fictions créés par les livres, les légendes, les savoirs ancestraux, il y a une part de vérité qu’un esprit attentif, curieux, imaginatif peut redécouvrir. Il ne vous sera jamais demandé de faire confiance aveuglément aux croyances, aux rumeurs, aux principes établis mais de faire appel à votre intuition, votre bon sens et votre esprit critique que vous aurez pris soin d’affuter par de nombreuses recherches personnelles. Les aliens sont bien plus que de simples migrants, les raisons qui les ont poussé à quitter leur planète sont aussi variées que l’univers est grand. Les accueillir correctement en tenant compte de nos facteurs de bien-être mais aussi en respectant les leurs est d’une importance capitale.

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Ce livre se lit d’une seule traite tant il est amusant, brillamment illustré, alternant références historiques à notre passé de colonisateur, à notre présent où nous nous sentons envahis par des peuples dont il n’est pas toujours nécessaire de nous méfier. Certains conseils ne seront pas sans nous rappeler les discours xénophobes, protectionnistes de certains de nos hommes politiques actuels et plus anciens. L’humour permet de dénoncer sans lourdeur les dysfonctionnements de nos sociétés, de pointer les irrégularités, les absurdités, les abus mais aussi de nous révéler les singularités qui les rendent propice à des formes de vies étonnamment riches.


Consulter le sommaire du livre

Visiter le site de Cédric Bucaille permet d’admirer les illustrations du manuel

©Lieven Callant