Paul MATHIEU, Le temps d’un souffle, Editions Traversées, coll. Images, 2017, 72p., 18€. Illustrations très fines de Blandy MATHIEU.

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Paul MATHIEU, Le temps d’un souffle, Éditions Traversées, coll. Images, 2017, 72p., 18€. Illustrations très fines de Blandy MATHIEU.


Sans doute Paul Mathieu écrit-il pour porter trace de ce qui n’existe plus : villes animées, forêts vraies, tant de choses jetées, « villes illusoires », « forêts rangées au garde-à-vous ».
« Plus aucune trace sur le sol », désespère-t-il, la lèpre a tout emporté de nos jours ; le vide a tout pris ; « tous les livres anciens/ ont été jetés aux orties ».
On ne se reconnaît plus ; la violence parcourt les « ruelles ».
Le poète, « avec nos pauvres mots », se réserve « quelques petites îles/ intérieures », en dépit des « mille collines /saccagées de pluies », en dépit de « tous les vides ».
au bout du compte
on ne sait plus
à quel gisement
se vouer
ni à quel ciel

Les images, très belles, « hoquets/de l’improbable », souhaitent un devenir pour l’homme, quand tout n’est que déficit, créance, échec :
pour habiter l’homme
le temps d’un souffle
L’écriture de Paul Mathieu a pris une belle assurance, s’éloignant progressivement d’un hermétisme un peu froid (certains recueils de jadis), d’un beau poids de lyrisme contenu et d’une émotion qui affleure sans déborder.
Celui qui voudrait continuer à « contempler » se sent souvent réduit à consigner les pertes, le peu de profit.
Apte à enregistrer les miasmes et les mouvements d’une société qui change, Paul Mathieu , par sa parole exigeante, nous remue, nous questionne et se pose comme un poète de la maturité gagnée, à force de sobriété et de conviction.

©Philippe Leuckx



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Toh Hsien Min, dans quel sens tombent les feuilles, choix de poèmes traduits de l’anglais par Jacques Rancourt. Edition Caractères, 2016

Une chronique de Michèle Duclos

01-Couverture_Toh-Hsien-Min-page-001Toh Hsien Min, dans quel sens tombent les feuilles, choix de poèmes traduits de l’anglais par Jacques Rancourt. Édition Caractères, 2016


 

Singapour, ville-état, plutôt que le matin calme où le soleil levant évoque un pays d’Asie dont l’activité industrielle et économique rivalise avec ses plus grands voisins. On sait moins qu’elle a une politique culturelle muséale poussée et des écrivains qui écrivent dans les quatre langues du pays et parmi eux des poètes, dont une dizaine, surtout anglophones, étaient les invités d’honneur au Marché de la poésie de Paris en Juin 2012. Outre leur présence dans le volume n°30 (2012) de La Traductière un Cahier à part de huit pages leur était consacré ainsi que des lectures et des  participations aux autres activités musicales et artistiques habituelles de cette manifestation annuelle.

L’un d’eux, Toh Hsien Min, qui, après des études à Oxford et de nombreux déplacements en Occident, « travaille dans le secteurs financier », semble conjuguer dans sa vie et sa création les deux aspects ultra-actifs, économique et culturel, de son pays. Il était à nouveau invité au Marché en juin dernier et sa poésie est reprise par les belles éditions Caractères.

Certes ses thèmes de prédilection échappent à sa profession officielle mais son traitement du matériau langagier exprime la conviction que la poésie peut trouver son inspiration et sa langue dans la prose, une prose en rien distincte de celle de la vie active. On ne trouvera ni le lyrisme ni le travail moderniste sur la langue ni l’engagement social qui caractérisent les grands moments de la poésie anglophone du siècle écoulé. C’est l’humain non la nature qui provoque la prise d’écriture, une poésie axée sur le quotidien et sur les réflexions qu’il inspire.

Les poèmes créent comme un journal relatant des événements ordinaires ou des réflexions sur le sens de la vie.

Certes l’amour, la relation amoureuse est présente comme l’indique le titre d’un premier volume, L’Enceinte de l’Amour, mais le sentiment « Crucial » semble n’être pas l’attrait pour une femme avec « des cheveux dénoués, doux comme le vent, caressant votre visage / un doigt frôlant des doigts timides » « explosion d’un sentiment tendre » mais s’avérant « comblé en un nombre de jours limité » contrairement à l’appel prolongé de «  la terre/ consumée par le soleil, dévouée et fidèle ». L’ironie préside aux relations amoureuses : « L’expression la plus pure de ton amour était ta façon de cuisiner les aubergines ».

Car cet homme d’action est aussi un bon vivant : il aime « entendre l’agréable baiser d’un bouchon » de champagne, « brut » bien sûr. Un épicurien au sens familier du terme ?  « La vie devrait être juste ici, tout de suite ». Des pommes de terre se déclinent en des sonnets stricts ; un « Gant » et la « Théorie des cordes » se conjuguent aussi en sonnets.

Bref, nous avons affaire à un homme de notre temps, très cultivé, qui a étudié les classiques à Oxford et participe activement à des mouvements artistiques y compris dans son pays, un homme qui sait qu’on ne meurt plus d’amour, à qui son père « a dit un jour /de ne jamais courir /contre le vent mais / toujours avec lui », mais qui cache aussi derrière une certaine ironie un désenchantement, un manque, conscient qu’il est derrière sa réussite matérielle que « toutes les feuilles / de tous les livres/ que vous tourniez / finissent / par vous abandonner à jamais / dans leur poussière. » – leçon taoïste ou bouddhique sur l’impermanence du monde matériel  Mais surtout un homme discrètement sensible à la beauté du monde alors que son avion survole « le serpent de la Tamise » et les comtés limitrophes / de Londres, brumeux / comme la mer ». Un témoin majeur de notre temps.

©Michèle Duclos

 

 

MYSTÈRES DE CATHÉDRALE Saint Nicolas de Fribourg, Claude Luezior, photographies de Jacques Thévoz Bibliothèque Cantonale et Universitaire Fribourg. Novembre 2016.

Chronique de Nicole Hardouin

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MYSTÈRES DE CATHÉDRALE

Saint Nicolas de Fribourg

 

Claude Luezior, photographies de Jacques Thévoz

Bibliothèque Cantonale et Universitaire Fribourg. Novembre 2016.


Deux hommes épris de la même dame, cela peut paraître incongru vu le titre de cet ouvrage !

Et pourtant l’écrivain fribourgeois Claude Luezior et le photographe Jacques Thévoz ont le même amour passionné pour une grande dame de pierre, axe de leur cité : la cathédrale Saint Nicolas. Dame de pierre, plus exactement de molasse, « on la dit calcarifère, mêlée d’argile et de quartz. Sandstein : pierre de sable. Intemporelle, tendue à l’extrême, elle puise à jamais dans sa fragilité, force et véhémence. » Tous deux en quête de ses échos et vibrations fouaillent le réceptacle des ans.

La B.C.U. a souhaité relier le riche fond photographique de J. Thévoz (1918- 1983) aux textes de C. Luezior (né en 1953). L’un écrit avec son appareil photographique, l’autre photographie avec sa plume. Ils ne se sont pas connus et pourtant ils sont parfaitement complémentaires. Leurs émotions, leur sens artistique crée une parfaite symbiose. Leurs regards, leurs écrits font partie du patrimoine fribourgeois. (Prologue de la B.C.U.)

Les textes de C. Luezior ne sont pas forcément le miroir des photos de J. Thévoz qui saisit le regard malin, satanique, pénétrant du Père fouettard un jour de la fête de St Nicolas, fête dont on ne peut vraiment dire si elle est sainte ou si elle rivalise avec celle de Noël, vingt mille personnes vous l’attesteront et préfèreraient se faire brûler en place de Grève plutôt que de l’abjurer, les petiots l’attendent juchés sur des épaules, impatients dans leur candeur. Mais il faut bien le dire, tous sont redevenus des enfants. Le photographe retient les yeux lumineux de ces enfants émerveillés, regard étonné, réjoui, bouche entre-ouvertes laissant apercevoir des quenottes prêtes à croquer les fameux biscômes. La Madone des Centaures n’a pas échappé non plus à la plume et à l’appareil photo : bénir une moto ou un side-car ! Les grenouilles de bénitier n’en reviennent toujours pas !

Ce maillage des deux artistes repose sur le même enthousiasme, la même tendresse pour ce vaisseau qu’ils humanisent. Tous les deux cherchent et trouvent l’éclat obscur de l’Informulé.

Cette cathédrale est métissée, peut-être une enfant naturelle de l’art européen, multiculturelle elle est placée sous le patronage d’un émigré turc : St Nicolas de Myr, l’architecte a des racines genevoises, les vitraux ont été conçus par Mehoffer, le Klim polonais, et plus récemment par le français Manessier, les stalles sont savoyardes, son plus bouillant prédicateur, contemporain de Montaigne, est le hollandais Pierre Canisius. Les stucateurs Moosbrugger sont autrichiens, ancêtres du côté maternel de l’écrivain, ils ont écorché leur paume et laissé un morceau de leur âme. Cet édifice a joint en une gestation séculaire le génie de tous ces artistes ainsi que le talent des compagnons issus d’une grande Europe.

Si Claude Luezior, dans ses descriptions, excelle dans la tendresse il peut avoir des traits à humour grinçant. Comment rester de marbre devant le confessionnal : être confessionnal à l’heure actuelle n’est pas une sinécure…Je dois l’avouer : je suis presque au chômage. Alors que faire ? dites moi votre avis, venez me le confesser.

L’écrivain émet parfois des regret , la chaire semble vide pour toujours, le prête est descendu dans la foule, finies les effluves et turbulences qui roulaient comme tonnerre sous l’orage. Quant au bénitier il génère un texte savoureux : S’avance la bigote à la peau parcheminée, elle hydrate les flétrissures de son cœur en vue de la dernière ligne droite, juste derrière les doigts de la fleur de pavé, suit la main droite du besogneux trempant ses cals jusqu’à la paume et celle du colonel qui hésite entre signe de croix et salut… Et pour le plus grand bonheur des lecteurs, l’auteur sourit, un grain de folie au bout de la plume avec des mots bouffonnants quand il jongle avec les brûle–cierges, les reliques, les troncs, les dalles… Cet humour lui vaudra certainement, dans les temps les plus reculés possibles, quelques grésillement de flammes, à moins que et, c’est fort possible, St Pierre hilare le tire de ce brûlant passage.

Mais C. Luezior sait aussi se faire humble, courber échine dans la chapelle des pénitents, devant le groupe du calvaire. Le visage du crucifié est chef d’œuvre d’amour. De la pierre crue monte une respiration. Et un peu plus loin, face à la Poutre de Gloire : au-delà d’une grille close, la forme pantelante d’un Christ dans son sacrifice : celle de Dieu ouvrant ses bras sur notre croix. Là plus de flammes, Luezior ne brûlera pas de son encre, il est pardonné ! Il a su retenir les frémissements, la plénitude de l’Essentiel.

C. Luezior et J. Thévoz se sont coulés dans les veines de cet édifice pour décrypter les armoiries du temps, ils les ont observées comme renard à l’orée d’un hallier. Ainsi leur coup d’œil, l’élégance du dire, la cathédrale relie nos voix et scelle nos regards.

©Nicole Hardouin

POÉSIE CHINOISE DE L’ÉVEIL – Patrick Carré, Zéno Bianu – (Albin Michel – Coll. Spiritualités vivantes – 280 pp.), 2017.

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POÉSIE CHINOISE DE L’ÉVEIL – Patrick Carré, Zéno Bianu – (Albin Michel – Coll. Spiritualités vivantes – 280 pp.), 2017.


Il y a de certains « petits » livres (celui-ci est format poche), avec lesquels on se retrouve engagé dans ce que feu Maurice Blanchot appelait un « entretien infini ». C’est le cas de cette jolie anthologie de poèmes de lettrés chinois, imprégnés souvent de culture taoïste. À côté de noms connus, comme Li Po, Tou Fou, Han-Chan, Sou Tong-p’o, Wang Wei, on découvre un bouquet d’auteurs moins connus mais tout aussi inspirants.

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Par Huang Gongwang — Zhejiang Provincial Museum in Hangzhou, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=387700

L’agrément de ces rencontres est ménagé par une présentation thématique qui dessine à la fois les facettes d’un univers extrême-oriental, proche des œuvres picturales qui leur sont contemporaines (par exemple « Habitations dans les monts Fu-Chuen » de Huang-Gong-Wang), et de la mentalité des personnages qui l’habitent. On commence par les « Ermites rêvés », chers aux légendes taoïstes, puis vient logiquement « la Montagne-refuge » où le lettré se retire pour un séjour qui échappe aux événement troublés des villes ; plus près du ciel, seul ou en petit comité, l’on peut apprécier des heures d’« Ivresses magiques », célébrations du vin qui n’ont rien à voir avec de vulgaires beuveries : ce sont plutôt des moments de spiritualité où ces messieurs cultivés, réunis dans des « nuits au chalet », se rêvent un moment partis pour des « Balades d’Immortels » à dos de grues au-dessus des sommets de jade et des océans de saphir, pour aller festoyer avec « l’Isis » des Immortels taoïstes, Si-Wang-Mou, personne séduisante et dangereuse. On en arrive donc logiquement aux « Femmes, chevaux et lunes », trois symboles de l’émerveillement du fonctionnaire lettré, que suivent évidemment quelques moments intenses qui pour la conscience du bouddhisme Chan et du Taoïsme sont des « Éclats d’éveil » (les adeptes du Zen parleraient de « satori »).

Ce livre se présente donc comme un itinéraire discrètement initiatique à une strate de la poésie chinoise qui sous sa simplicité d’accès (et souvent sa brièveté) recèle une forme de profondeur, un arrière-plan quasi-mystique, dont la révélation progressive conduit à une vision du monde riche d’enseignements : j’entends pour nos contemporains occidentaux, généralement peu au fait de la culture d’un des grands courants de spéculations intellectuelles de l’Empire du Milieu, fondé sur l’idée de transformation continue.

L’association récidiviste de Patrick Carré, traducteur de La Montagne vide, une première anthologie des poèmes « méditatifs », avec Zéno Bianu, poète et écrivain brillant, engendre une matière poétique dont lectures et relectures, au gré des humeurs, apportent constamment de nouveaux sujets de réflexion. En nous parlant de son monde, un poète chinois nous parle de l’homme sans avoir l’air d’y toucher, mais laisse une trace pénétrante. Les commentaires introductifs à chaque section, mais aussi parfois précédant le poète et ses poèmes, sont éclairants et permettent un approfondissement culturel subtil de la lecture…

Pour terminer, d’entre tous ces poèmes, à titre d’exemple, je choisis celui de Tou Fou (p. 219), qui vécut entre l’an 712 et 770, mais dont l’actualité est en quelque manière intemporelle :

Nuit d’été

Parfums frais des bambous dans la chambre.

Au jardin s’ensauvage le clair de lune.

Goutte à goutte, la rosée cristallise ;

L’une après l’autre les étoiles s’éclairent.

Étincelles dans le noir, une à une ;

D’une rive à l’autre les foulques s’interpellent ;

Là-bas, le monde entier est en guerre –

Seul sur mon lit, j’écoute et je médite.

©Xavier Bordes

Le monde est mon langage, Alain Mabanckou, Grasset, septembre 2016 (318 pages – 19€)

Chronique de Nadine Doyen

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Le monde est mon langage, Alain Mabanckou, Grasset, septembre 2016 (318 pages – 19€)


Le titre de l’essai n’étonnera pas celui qui connaît le globe trotter qu’est Alain Mabanckou : éminence à la carrure internationale, ô combien médiatique. Il sait faire rayonner la langue française tout autant que la littérature africaine.

La carte qui ouvre cette « autobiographie capricieuse » permet de situer tous les endroits mentionnés dont Le Congo « cordon ombilical », la France « patrie d’adoption » et l’Amérique où il enseigne (UCLA).

Il voyage d’un état à l’autre, à l’écoute des rumeurs du monde, croise ses pairs.

Ici un colloque, une table ronde, là une présidence de salon. En 2018, directeur artistique du festival Atlantide à Nantes . Les amitiés se tissent et se multiplient.

Chacune des villes est associée à des êtres marquants. Les lieux fécondent l’esprit.

Paris est donc pour Alain Mabanckou lié à Le Clézio, figure tutélaire. Il adresse un exercice d’admiration à cet homme lauréat du Prix Nobel 2008, « aux connaissances inépuisables ». Il nous plonge dans ses romans. Il évoque leur correspondance, se résumant parfois à de laconiques messages, se remémore leur conversation au Jardin du Luxembourg lors d’un vol retour de Bruxelles. Mais les voyages, les jetlags épuisent, et parfois le globe trotter s’endort en pleine conférence !

C’est aussi au cours d’un séjour en Guadeloupe qu’il fit plus ample connaissance avec Edouardo Manet, Franco-Cubain, et enregistra une interview pendant le vol de retour.

Alain Mabanckou déclare apprécier avoir un document sonore d’un auteur avec qui il a des affinités. « On appartient à la langue dans laquelle on écrit » , selon Makine.

Paris, c’est aussi son tailleur, styliste de Château- rouge, fervent défenseur de la poésie. A l’heure où la tenue des politiques est source de polémiques, savoir que « Jocelyn le Bachelor », féru de poésie, habille aussi des politiques, ça interroge !

On connaît l’élégance du sapeur Alain Mabanckou, son goût pour les couleurs. N’a-t-il pas persuadé Augustin Trapenard à venir se faire relooker chez « Jocelyn » ?

Dans le chapitre final, il rappelle l’origine de La Sape, déjà mentionnée dans des romans précédents : Société des ambianceurs et des personnes élégantes.

A Pointe-Noire, le romancier revisite son enfance, convoque sa famille, les âmes disparues et évoque la genèse de son roman : Lumières de Pointe-Noire.

Un saut à Montréal pour retrouver son ami académicien, son complice Dany Laferrière, exilé de Haïti, qu’il soumet à une interview. Il se remémore leur première rencontre. Depuis, leurs routes se croisent souvent, comme en Italie et ils ont tissé une amitié exceptionnelle. Avant d’aborder les ouvrages de son confrère, Alain Mabanckou brosse un portait du cuisinier, en train de préparer « une ratatouille d’aubergines au riz noir », et nous fait saliver quand ,lui, prépare un « poulet batéké ».

Il retranscrit un entretien autour de l’écriture. Comme beaucoup, il confesse avoir été abusé par l’un de ses titres provocateurs ! Ceux qui ont lu L’énigme du retour , « livre de la Renaissance » savent combien ce roman est « comme un chant de rédemption ».

A Londres, c’est une aventure inédite qui l’attendait : écrire une nouvelle, en 48 heures, dans un « refuge conradien », perché sur les toits.

Il nous embarque aussi en Egypte, à La Nouvelle Orléans, au Cameroum. A chaque destination, le lecteur découvre une pléiade d’auteurs.

Dans le chapitre du Caire, Alain Mabanckou a inséré un échange épistolaire avec Jean-Baptiste Matingou autour de la poésie. Ce dernier déplore la « désaffection pour la poésie », son aîné lui prouve au contraire qu’elle est « prolifique ».Elle a pris un autre visage. Il convoque des poètes de renom : le malgache Jean-Luc Raharimanana, le Polonais Julien Tuwim, le Marocain Abdellatif Laâbi, les haïtiens René Depestre et Jean Méttelus et maints autres. Des voix qui soutiennent ardemment la poésie.

L’auteur rend hommage, avec beaucoup de déférence, à de nombreux écrivains.

Parmi eux, ceux qu’il a étudiés, comme Henry Lopez, qu’il appelle « Doyen », qui, grâce à son chef d’oeuvre le pleurer-rire ( 1982), gagna « le rang de classique de la littérature africaine ». Ceux qu’il a lus, une vraie bibliothèque ambulante ! De toute évidence, Alain Mabanckou a bien retenu le conseil de son maître Sony Labou Tansi: « Lire, beaucoup lire avant d’écrire ». On apprend l’origine du titre de son roman : « Demain j’aurai vingt ans », emprunté au grand poète de Mpili (Congo).

Il se reporte à James Baldwin « dès que l’Amérique tremble dans son âme ».

Les voix féminines ne sont pas oubliées. Citons la romancière Bessora ( Gabon et Suisse) « d’un humour et d’une ironie irrésistibles », les Sénégalaises Aminata Sow Fall et Mariama Bâ, « méconnues du lectorat français ».

A Marrakech, il évoque sa rencontre avec Douglas Kennedy, « francophile » et nous avertit qu’il faut mieux éviter de l’aborder en anglais. Il retrace ses débuts (théâtre, journalisme) jusqu’à ce que la France l’adopte et commente son oeuvre.

Ceux qui collectionnent les citations seront comblés puisqu’ elles précèdent chaque chapitre. On croise entr’autres les voix d’ Eduardo Manet, Kateb Yacine, Édouard Glissant « qui souffre encore d’une réputation d’élitisme », Metellus, Camara Laye.

Alain Mabanckou, écrivain, professeur, « géographe de la langue », nous offre un passionnant périple multi culturel, intensément riche, ouvert sur le monde, où les langues dialoguent, où l’humour de l’auteur ravit le lecteur.

Opus éclectique, constellé de souvenirs, de références littéraires, autant de pistes de lecture à explorer. Vingt escales pour un voyage captivant et enrichissant.

De notoriété internationale, l’auteur, « oiseau migrateur », « l’ambassadeur de la littérature d’expression française » est en lice pour le Man Booker Prize,

Souhaitons lui bonne chance !

(Bonne chance aussi à Stefan Hertmans )

©Nadine Doyen