Tous les articles classés dans : Chroniques de Xavier BORDES

Frédéric Jacques Temple – La chasse infinie (NRF – Poésie/ Gallimard)

Chronique de Xavier Bordes Frédéric Jacques Temple – La chasse infinie (NRF – Poésie/ Gallimard)  Dans ce recueil semi-anthologique, on découvrira toutes les variétés de « chasses infinies » auxquelles la riche vie de ce poète multiple et fameux s’est adonnée, depuis approximativement ses dix-huit ans. On a l’impression qu’il a tout « bourlingué », tout vu, rencontré tous les plus fameux auteurs ou artistes, fait toutes sortes de métiers selon les lieux ou les aventures, et si son préfacier Claude Leroy évoque à son propos le nom de Cendrars, entre autres, c’est que la parenté d’esprit entre les deux écrivains est patente : cet élan vital qui les pousse à « étreindre le monde » ; élan dont l’oeuvre témoigne, mais que je crois fondé sur une réalité plus sûre chez Temple que chez son ami, lequel fantasmait volontiers sur ses souvenirs de baroudeur. Temple en outre délivre l’image d’un formidable vivant, optimiste, épicurien même, et ses poèmes ont le côté « sécurisant » de qui a surmonté les péripéties de l’existence et se retrouve, à presque cent ans, encore vent-debout contre ce qui …

Marilyne BERTONCINI – Mémoire vive des replis ( Ed ; « Pourquoi viens-tu si tard » – Poésie N° 20).

Une chronique de Xavier Bordes Marilyne BERTONCINI – Mémoire vive des replis ( Ed ; « Pourquoi viens-tu si tard » – Poésie N° 20). Et, en collaboration avec Wanda Mihuelac pour les œuvres graphiques : Sable  (Ed. Transignum), poèmes en français avec trad. en allemand d’Eva Maria Berg… La poésie de Marilyne Bertoncini est singulière, en ce qu’elle s’appuie fréquemment sur des choses matérielles, pour prendre essor, à la façon d’une nageuse qui a besoin de donner un coup de talon contre le fond pour gagner la surface de son élément, en l’occurrence la fluidité de la langue. Cela peut engendrer des poèmes issus de peintures, d’une sculpture rêvée, ou comme c’est ici le cas, de photos suggestives des replis issus de la nature, veines de bois, feuillures, écorces, tissus, sédimentations indéfinissables ou, pour l’autre volume, de pages sableuses, étranges, palimpsestes virtuels qui révèlent une part synecdotique de ce qu’elles dissimulent : on imagine un corps enfoui là où, comme rose des sables désenlisée par le vent, transparaît sa seule main d’or.  On pourrait voir dans ces deux recueils …

GWEN GARNIER-DUGUY Enterre la parole, suivi de La nuit phoenix – Poèmes (Ed. De Corlevour – Revue NUNC – Lettre et postface de Jean Maison.)

Une chronique de Xavier Bordes GWEN GARNIER-DUGUY  Enterre la parole, suivi de La nuit phoenix – Poèmes (Ed. De Corlevour – Revue NUNC – Lettre et postface de Jean Maison.) Il y a chez ce poète une passion intime pour la vie, dans le sens exaltant du terme, qui depuis que je le connais me convainc par son ton de sincérité. Élan secrètement métaphysique ou foi discrète, cela n’altère pas son écriture mais on sent son langage imprégné par une sorte de capillarité venue des profondeurs, qui m’évoque en moins tourmenté, Baudelaire parlant du secret de son oeuvre comme recelant « un autel souterrain au fond de sa détresse ». Sans me sentir capable d’une vue sur la poésie de Gwen G-D. aussi pénétrante et synthétique que celle du poète Jean Maison, son aîné et ami, lequel nous éclaire dans le livre à deux reprises par des pages de commentaires denses, j’en ai instinctivement éprouvé l’enthousiasme (au sens de l’en-thusiasmos grec), la joyeuse richesse, dans ce double recueil (le premier comme le second titre étant assemblés en …

Michel DUNAND – Au fil du labyrinthe ensoleillé (Jacques André Editeur – coll. Poesie XXI)

Chronique de Xavier BORDES Michel DUNAND – Au fil du labyrinthe ensoleillé (Jacques André Editeur – coll. Poesie XXI) Avec ce mince recueil au très beau titre, on fait la rencontre d’un poète discret, pétri de songeries profondes, laconique et soucieux de l’essentiel. Une heureuse influence de la pensée du Zen, que l’on sent authentique et non effet de mode plus ou moins frelaté, imprègne le fil de ces pages, qui est manifestement d’Ariane, mais dans un labyrinthe de vie à ciel ouvert, « ouvert à tout, à tous ». Dans ces courts textes poétiques – parmi lesquels je souligne que tel ou tel d’entre eux fait apparaître Ramuz, romancier poétique de la terre valaisanne au style puissant, ou Joe Bousquet, l’un des plus grands poètes (peu connus) du XXème siècle – se laisse découvrir une richesse et une diversité qui veulent être ramifications vers un vivre en joie, non en une joie exubérante et irréfléchie, mais en une sorte de fin « état de joie » pareil à celui du moine oriental quand il travaille son jardin. C’est …

François JULLIEN – La pensée chinoise en vis-à-vis de la philosophie (Essais, FOLIO, 652 / Gallimard).

Chronique de Xavier BORDES François JULLIEN – La pensée chinoise en vis-à-vis de la philosophie (Essais, FOLIO, 652 / Gallimard). Gallimard réédite en FOLIO un ouvrage paru précédemment sous le titre De l’être au vivre, lexique euro-chinois de la pensée.  Ce titre était techniquement plus précis, mais sans doute un peu abstrait, un peu austère… Que dire de ce livre absolument passionnant, et même génial ? Pour quiconque se soucie à la fois de philosophie grecque et de pensée orientale, voire aussi de psychanalyse, la confrontation méthodique chapitre après chapitre de concepts philosophiques et de – non pas concepts mais disons – mots-caractères aux signifiés rayonnants par lesquels se traduit la pensée chinoise, est formidablement éclairante quant à l’écart de mentalités et de conceptions-constructions de mondes, l’un grosso-modo descendant de la réflexion grecque, notamment aristotélicienne, sous-tendue par la causalité, la fractalisation de l’être (notion fondamentale), du cosmos en particules, à l’infini, aussi bien dans le sens de l’infiniment grand que de l’infiniment petit ; et le l’autre côté la pensée Taoïste, et globalement Chan et confucéenne, qui …