Hommage à Jacques BASSE

Par Marc Wetzel

                        Hommage à Jacques BASSE

 Jacques Basse, par ailleurs poète et peintre né en 1934, a cette autre activité, qu’on considèrera exclusivement ici, de dessiner des portraits selon photos. Il n’a donc, pour la plupart, jamais rencontré les six cents personnes (personnalités) qu’il figure. Il ne prévient pas, se procure un cliché, fait (facilement, rapidement – « sans effort ni délai », dit-il; il pouvait, du temps de ses bons yeux, en faire trois par jour) son dessin, l’envoie au concerné, demande en retour un autographe et un petit texte. Et, presque infailliblement, les obtient.

Gens de foi, gens de loi, gens de laboratoires et théories, gens d’idées, gens de soins, gens de scène, gens d’affaires publiques, gens d’aventures et explorations, gens du monde sonore et, bien sûr, – et de plus en plus souvent – gens de mots, poètes surtout, tous, ébahis, flattés, mis si étrangement en demeure de cautionner leur apparence (toujours commune, au sens où Basse use volontiers de leurs images moyennes et connues, et ordinaire, au sens où ce sont photos sans grande pose ni effets, prises à la vient-vite et comme lucidement fidèles, sans apprêt ni recul) répondent présents et le signalent.

Le résultat, particulièrement déroutant, peut se nommer : un bestiaire de célébrités quelconques, un virtuose florilège de physionomies de gens réputés et marquants. Qu’ont-ils en commun ? Ils auront fait quelque chose d’eux-mêmes (ce sont des visages qui ont, d’une manière ou d’une autre, su se servir de leur partie supérieure), et auront dû réagir à une image d’image d’eux-mêmes (écrire, en quelques mots, comment leur moi constate qu’en effet lui ou elle, là, c’est bien ça, car ça l’est incontestablement, et qu’en même temps un inconnu a décidé de prendre pour modèle d’eux une image et de leur en faire à la fois gratifiant et indéclinable cadeau public).

Les portraiturés sont embarrassés par le principe (comment dédicacer une image offerte et subie de soi, sans devoir grotesquement se prendre pour une oeuvre ?), et soucieux des conséquences (quel usage aura-t-on d’une si baroque galerie de sortes de flyers mémoriels, où Lévi-Strauss doit côtoyer Poivre d’Arvor, Jean-Marie Pelt Philippe Bouvard, Jacques Lanzmann François Fillon et Jaccottet Ruquier, et chacun des 592 autres ces huit-ci, ou inversement ?). Dans cette Académie informelle (mais extraordinairement figurative !), nul ne choisit ses collègues. Basse n’a, pour tous, entériné au profit de chacune leurs valeurs qu’en piégeant les unes auprès des autres leurs vérités. Ou l’inverse ? En tout cas, cette oeuvre si caractéristique et perdurable est délicieusement problématique, autant pour ceux qui constatent avoir assez réussi leur vie pour y figurer, que pour celui (c’est mon cas) qui échouait à s’en figurer pleinement … la raison ultime.

 Ainsi, systématiquement,  Jacques Basse prend pour modèle (de son dessin) une image (photographique, prise ailleurs et par un autre). Non par respect de l’art photographique même (sinon, il photocopierait le cliché, et voilà tout), mais par intérêt pour ce qu’une photo (plutôt qu’une présence réelle, une pose physique) doit être seule à pouvoir lui présenter : une présence personnelle sans la personne, c’est à dire – comme me le suggère Lieven Callant – une expressivité sans chair, qu’on peut, presque comme on ferait d’une chose, transposer sans en être troublé . Et, on l’a dit, il rencontre rarement – en tout cas facultativement – ses portraiturés : il ne fixe donc rien, complémentairement, de mémoire (la figuration sensible qu’il considère devant lui, pour la reproduire, n’est pas plus mentale qu’elle n’est réelle). Travaillant l’oeil sur le cliché de quelqu’un, il interprète (par dessin) une figure photographiée. Cette méthode de redoublement délibéré de l’image le fait nous présenter une version de ce qui lui était déjà (matériellement), non pas présenté, mais représenté. La question est donc : interpréter (graphiquement) une image,  comme le fait à chaque occasion de son travail Jacques Basse, est-ce imagination, est-ce redoublement délirant (lubie ou folie), est-ce connaissance,  est-ce perception ? On peut – en se servant d’indications précieuses d‘André Comte-Sponville – saisir que cet acte est en même temps les quatre, et aucun pourtant, sinon un énigmatique cinquième genre d’acte, qui fait probablement le mystère de cette oeuvre. Ce que l’ami philosophe pense, c’est en effet ceci : l’imagination nous libère du réel, mais en nous en séparant (car son irréalité nous fait perdre la présence nécessaire dont seul le réel nous instruit); la folie nous en sépare sans nous en libérer (car elle est une imagination qui s’ignore, et une évasion qui s’emprisonne dans l’ailleurs); la connaissance nous libère du réel sans nous en séparer (car, faisant saisir ce qui fait que les choses sont ainsi, la nécessité qu’elle révèle y être à l’oeuvre ne nous fait plus autant obstacle); la perception, enfin, nous relie au réel sans nous en délivrer (car elle ne nous rapproche de lui, ne nous rapporte à lui, qu’en nous enchaînant aux moments ou aspects sensibles que cette perception unifie).

Or, que fait Jacques Basse en interprétant graphiquement un portrait photographique ? Il perçoit l’image-support autrement, mieux, plus librement que nous; ou, plus exactement, il saisit les éléments sensibles constituant  l’image photographique comme susceptibles d’une autre unification que celle qui fut enregistrée par le photographe et fixée sur la photo. Pour lui, l’image photographique n’est qu’un instantané technique, dont il refuse d’entériner la perception acquise, qu’il veut et sait redécomposer en ses sensations élémentaires pour les rassembler autrement, les ramener (et pour ainsi dire rameuter) à une autre unité possible d’elles, qu’il peut à son tour rendre visible. Il a le regard légitimement libre (car toute photographie, à deux dimensions, est déjà une transcription, un choix du rendu d’apparence – Basse ne dessine pas selon une tête sculptée, car, à trois dimensions, buste et sculpture ne seraient plus véritablement des portraits, devant interpréter leur propre sacrifice d’une dimension, et assumer l’artificielle platitude née de cette amputation, mais déjà des essais de présence directe), et, en même temps, prophétiquement nécessaire : pour dessiner un modèle présent en chair et en os, il suffit, en plus du talent, de  psychologie; mais pour dessiner sa représentation photographique, il y faut un tout autre genre d’observation, à la fois pré- et post- psychologique, c’est-à-dire un discernement simultanément physiologique et métaphysique.

Cet art, si singulier, du portrait sur image dépasse donc à la fois la motivation de croquer de la présence personnelle (que reste-t-il d’un psychologique « intérêt pour l’individu » quand il s’est ainsi incroyablement multiplié par six cents ?!), et  brouille, spéculativement, la distinction pourtant centrale partout ailleurs, entre idole et icône (l’idole est un dieu qu’on croit voir en oubliant qu’il n’est qu’une image; l’icône est un dieu comme il paraît lui-même nous regarder, nous faisant oublier que la condition glorieuse, l’arrière-cour sacrée depuis laquelle il nous considère est née d’un regard d’homme). Or que font ces centaines de portraiturés ? Ils nous présentent ce que quelqu’un a su refaire de leur image, les libérant d’une première image qui les aura séparés d’eux-mêmes, et, dès lors, les liant à une délivrance désormais sous les yeux de tous. Ils sont en vadrouille conditionnelle, en liberté surveillée  par un talent qui nous les expose. En un sens, donc, toutes ces personnes sont à la fois figurées, connues, hallucinées et perçues ; en un autre, elles bénéficient d’une présence inédite, née d’un travail de démantèlement-virtuose et de réunification-surprise d’aspects déja présents ensemble, donc cohérents (sur un cliché déjà existant, et fidèle), mais réinterprétés, de bout en bout, au crayon, donc jugeant non-valides leurs purs traits photographiques, fixés d’abord comme avait agi sur eux (et avait été interceptée physiquement) la lumière réelle, mais invalidant de facto (présence nécessaire, mais non-suffisante !) ce qu’on pourrait appeler un premier état de personnes … Basse nous fait ainsi percevoir ce qu’il a réimaginé de présences fixées, en nous faisant connaître notre folie même de la représentation. Il a bien réuni, d’où notre trouble, les quatre modes (si peu compatibles entre eux) de notre présence d’esprit au monde. Incroyable réussite d’une nette impossibilité !

 Qu’accomplit-il ainsi ? Un autre philosophe contemporain – Francis Wolff – a bien montré que quatre choses sont faciles à la parole, dont les images sont pourtant incapables : d’abord montrer l’abstrait, la présence générale ou figurer un concept (une image peut présenter telle ou telle couleur, mais non représenter la couleur, comme le fait tout de suite, lui, le mot « couleur »); ensuite exposer une négation (toute image affirme ce qu’elle expose; elle ne peut dire de ce qu’elle contient que « voici … »; pour prétendre montrer que « ceci n’est pas une pipe », il faut le formuler, donc le dire); encore, exhiber du pur possible (le subjonctif et le conditionnel n’ont aucun équivalent plastique, puisqu’une image ne peut évoquer son contenu qu’indicativement et tel quel); enfin l’image ne représente qu’au présent (comme dit Wolff, à voir son image, on ne peut pas déterminer si une personne est vivante ou morte, et les paradoxes si aisés à prononcer – je suis mort récemment, ou je ne naîtrai que dans quelques millénaires – sont sans effigie, sans équivalent illustré possible). Mais c’est là la force d’indécidabilité supérieure de l’image : que serait l’imagé hors d’elle ? Quelque chose ou rien ? On ne sait pas. On n’est même pas sûr, devant elle, de ne pas halluciner (et si ce que l’image représente hors d’elle, pour nous, était « réellement présente » en elle ? Si son anodine fiction était une redoutable hantise ? etc.).

Les images créées par Jacques Basse, qui sont donc clairement toujours des portraits de portraits, sont donc déroutantes où on n’attendait pas qu’elles puissent l’être, car, devant elles, on sait qui l’on voit (la personne est connue, il y a son nom, elle a contresigné son image etc.), mais on sait d’autant moins ce que l’on voit. Pour reprendre les termes de Wolff, une image normale « représente » ce qu’elle n’est pas (elle est présente, mais ce qu’elle représente ne l’est pas), et n’est pas ce qu’elle représente (elle est, toute seule, l’image, mais n’est qu’indirectement, que pour nous, qu’en effet de présence, l’imagé) : dans un cliché, on voit le portraituré dans son portrait, ou le portrait comme le portraituré qu’il montre; mais dans un dessin sur cliché de Jacques Basse, que voit-on ? On voit, exceptionnellement, une double absence (l’image dessinée fait voir, en l’absence de la photographie de départ, l’absence de la personne réelle que cette photographie, déjà et comme telle, montrait), et, en même temps une double présence (l’image dessinée a en elle-même la propriété de rendre présent le cliché qui rendait déjà lui-même présente la visibilité de quelqu’un). 

Pourquoi ce procédé est-il, dès lors, particulièrement troublant, quand il figure des poètes ? Parce qu’ils sont les seuls dont la parole a vu quelque chose qui soit déjà un portrait de la réalité (et même, si leur voix est bonne, un autoportrait par délégation d’elle). Les écoutant ou lisant, on a quelque chance de saisir ce qui, dans l’être des choses, assure leur incessant passage à l’acte. Et dans l’être des personnes ? Aussi. Simplement, on ne peut pas fonder la conscience (on ne peut légitimer la présence de la conscience qu’en la supposant déjà là, et l’inconscient lui-même n’apparaît qu’à la conscience). Mais qu’importe : on ne peut pas non plus fonder les mathématiques (car leur propre fécondité leur est un mystère; les structures formelles qu’elles mettent rigoureusement en oeuvre dans l’esprit humain, elles n’en reçoivent pas la puissance morphogénétique, le dynamisme vivant, de lui, mais  d’ailleurs), ni d’ailleurs la morale (la relance active du Bien que celle-ci encourage et justifie, en court-circuitant la violence et privilégiant ses victimes lui est, aussi, un mystère : le coeur découvre en lui une générosité, une réciprocité transitive (je ne peux pas, disait Michel Serres, rendre à mes parents, mes modèles, mes institutions ce qu’ils m’ont donné, mais je peux faire l’effort équivalent d’en devenir méritoirement pour d’autres) qu’il ne se doit pas (le coeur se doit le pouvoir de vouloir le bien, mais non le bien, en général, de pouvoir vouloir). On ne peut donc pas fonder la conscience, mais on peut montrer ceux qui (les poètes) nous rendent celle que leur parole sut extraire et obtenir de la nature. Comme le sourd sur les lèvres, notre artiste lit assez sur les traits des inspirés pour en faire deviner la puissance (pour nous, sans lui, à jamais) muette. 

 Jacques Basse, 88 ans, a ainsi, dans cette oeuvre de toute une vie, montré ce dont la poésie est directement capable, en montrant indirectement (par images d’images) les poètes qui s’en sont montrés dignes. Il n’y a pas d’équivalent connu d’une telle entreprise. « Le tracé poussé avec adresse jusqu’à l’âme devient un privilège » dit, avec justesse, l’auteur. Mais avoir distribué ainsi son privilège n’est plus simple justesse, mais bonté. C’est diffusion du pouvoir secret des coeurs. Qui montre mieux ?

                                              ©Marc Wetzel

On pourra s’informer, plus complètement, de l’oeuvre de l’auteur sur son site : Jacques Basse

et y saisir comment mieux approcher, ou se procurer, les divers tomes de cette anthologie  continue de portraits aussi surprenants qu’exemplaires.

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Blandine Rinkel, Vers la violence, Fayard, 372 p, 2022

Une chronique de Nadine Doyen

Blandine Rinkel, Vers la violence, Fayard, 371 pages -20€  – Rentrée  2022 –  Prix Méduse


Un titre frontal, disruptif. Une couverture qui intrigue avec ces quatre dessins qui représentent le loup. D’ailleurs la page en exergue est aussi centrée sur les loups.

 N’est-il pas étrange d’associer la naissance du protagoniste principal, Gérard, avec le loup qui entra dans la légende le 12 janvier 1954 ? 

Mais ne dit-on pas : L’homme est un loup pour l’homme ? La narratrice, Lou, sa fille  ne va cesser d’en faire le constat dès son plus jeune âge.

Celle-ci brosse le portrait du baby boomer qu’elle appelle Gérard, et non «  mon père », façon de prendre de la distance avec ce personnage très complexe, aux nombreux secrets à élucider. Un homme autoritaire, à la voix terrifiante parfois.

Le lecteur sent très tôt l’emprise, la domination qu’il a sur sa fille. Admirative, amoureuse de son géniteur au point de vouloir se marier avec lui. L’amour est d’autant plus aveugle à cet âge. Pourquoi la laisse-t-il penser  (à 5 ans) que cette union sera possible quand elle aura atteint l’âge légal ? Pourquoi lui fait-il une telle promesse ?! «  Seuls les adultes consentants peuvent s’épouser ».

Gérard, ex-militaire, flic de profession, possède des armes, ce qui impressionne sa fille Lou. Il est nimbé de mystère, passant des nuits dans son bureau ovale jaune. Pièce appelée ainsi car au centre trônait « une grande table en forme d’oeuf ».

Lieu où son père  travaillait, se ressourçait, mais où Lou ira fureter, transgressant l’interdit, ouvrant les tiroirs, ce qui ne pouvait que déclencher la furie de Gérard. 

Pourquoi ce nom de code « Bruno » ? Aurait-il une double vie ?

Lou se remémore son enfance, son entrée en sixième, son amitié avec Jade, Victor, prenant conscience que Gérard préférait qu’elle ne fréquente pas ses camarades de classe !  Elle confie qu’« il voulait rester maître de son royaume, que son esprit lui appartienne ». Difficile de comprendre pourquoi il lui refuse de jouer avec les billes découvertes au grenier pour lui donner la permission une semaine plus tard.

Il l’éduque à la dure, lui  conseille d’apprendre à se battre pour être à la hauteur de son nom Meynier qui signifie « robuste guerrier », lui apprend à nager à deux ans. Dès ses 5 ans elle s’aguerrit, son père lui ayant inculqué la devise du mousse : «  Sois toujours vaillant et loyal » et « la sensation du couteau ». Adulte, elle définit Gérard comme « un monstre à deux têtes » qui « affabule, invente, ment », un moustachu « psychopathe amusant »,  « un sorcier de l’univers » et « un ivrogne occasionnel ».

Elle souligne «  son sourire carnassier », son « rire bruyant », sa face obscure.

Comment une enfant peut-elle se construire quand la menace est permanente ? 

Il lui faudra vaincre sa peur quand elle doit traverser un pont en pleine tempête !

Peu à peu le voile se lève sur le passé du patriarche au sujet du drame du naufrage, (ce qui explique qu’il vivait dans un huis clos de disparus) et  de l’accident tragique impliquant Pluie, ce cheval qui les accompagnait lors de randonnées en forêt. 

La figure maternelle, Annie Mercier, est une présence discrète, elle aussi subit les menaces de son époux. Quand celui-ci rentre alcoolisé, agressif, il sème la terreur. Il hurle, il beugle, il gueule contre les connards qui salopent la mer, la plage. Quel contraste entre les mots affectueux que le père emploie à l’adresse de sa fille : «  moussaillon », « Loupiote », et la violence de ses gestes (Ne l’a-t-il projetée d’un coup de pied en bas d’un escalier ?)  et certaines de ses paroles ( injures).  L’épouse est traitée de connasse, de « vioque ». Pas de smartphone à l’époque, la mère consignait tout sur un post-it.

L’écriture de l’écrivaine est très visuelle, d’une précision inouïe , on croit voir les scènes se dérouler sous nos yeux. Par exemple quand elle revisite les moments de bonheur partagés avec le père, leur « lien de la mer » ( «  les souvenirs bleus »), le jeu de la barbichette, les tours de magie, leurs partages de mondes imaginaires ou quand elle évoque leurs marches, les paysages traversés, empruntant « des routes jouxtant le jaune des champs d’orge et de colza, le vert du maïs, des blés, le bleu des pavots…. », «  des départementales bucoliques ». Ou tout simplement quand elle s’achète une gaufre liégoise, « ornée de perles de sucre ». 

Blandine Rinkel a le don de happer son lecteur par les accroches de certains chapitres, comme «  il y eut un épisode terrible ». La maltraitance animale évoquée révulsera tous ceux qui luttent contre ce fléau.

La romancière reconnaît qu’adolescente, elle aussi s’est montrée  « infecte » envers Ardent, ce chien attachant que son « bourreau de père » a failli défenestré. Et elle fustige « l’injustice de sa cruauté », de sa méchanceté causée par mimétisme.

Elle sait attiser notre empathie pour ces bêtes sans défense, tel ce cheval qu’il a abandonné dans le fossé où il avait chuté. Au contraire Lou, devenue végétarienne, montre son attachement aux chevaux et rejette la consommation de viande chevaline. Nourriture que son père lui a imposée  dans son enfance. Pour elle : « La magie des chevaux ne réside pas dans leur viande, mais dans leurs mouvements. Dans leur crinière et dans leurs muscles. Dans la manière qu’ils ont d’être libres quand ils courent ».

Au cours du récit, Lou s’interroge sur la misogynie de Gérard d’autant qu’il disait «  aimer les femmes, les vraies », les femmes guerrières, pourtant dans ses notes  autobiographiques, on lit les déclarations suivantes : « les femmes sont des couteaux » ou « se méfier des femmes ». Aurait-il été attiré par ces « femmes  féroces, indifférentes, hermétiques à la séduction », ces femmes écrivaines en lutte comme Virginie Despentes, Constance Debré à qui Lou rend hommage ?

À la fin de la lecture de la première partie, le lecteur est comme abasourdi tant la violence s’est intensifiée. À 18 ans, la narratrice, quitte sa Vendée aimée  pour rejoindre à Londres une compagnie de danse. « La danse, une technique de survie » pour Lou, un exutoire, qu’elle pratique d’une façon militaire, « un sport exigeant une autodiscipline ». Elle développe une longue réflexion sur la danse : «  la danse comme stratégie animale pour esquiver les corps prédateurs ». Cette décision convoque une pensée de Colette : « Il n’y a de réel que la danse, la lumière, la liberté, la musique ». Rappelons que l’écrivaine chanteuse pratique elle-même la danse au sein du collectif Catastrophe.

Liberté qui se traduit pour Lou sur le plan sexuel ( jeu du foulard) jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Raphaël, qui rallume sa féminité, alors qu’elle avait été éduquée, en soldat, comme un petit monstre de virilité », quand elle était sous la coupe du paternel. Un père peuplé de blessures, « de cicatrices et de deuil ».

Un épisode déstabilisant la marque : « la tache » au plafond de son logement londonien. Laissons le mystère.

Un mot interpelle dans la dernière partie, celui de « meute », qui renvoie à l’illustration de la couverture. La famille  est considérée comme « une horde de cohortes », les voitures sont vues comme une meute. « Meute », le nom de la compagnie de danse qu’elle formera. Et le prénom Lou, qui résonne comme loup ! 

On quitte le jeune couple se préparant à un réveillon forestier avec les animaux. Ils se tiennent à l’affût, sachant ( comme Sylvain Tesson) qu’il leur faudra de la patience, cette « vertu suprême » et rester silencieux pour espérer entrevoir une meute ou un loup solitaire. Et fantasmer de « danser avec les loups » ! La boucle est bouclée.

L’originalité de ce roman réside dans sa composition hybride, mêlant le récit de Lou,  les notes autobiographiques du père qui révèlent une autre facette de cet « ogre » et au final la bouleversante lettre confession de Lou qui montre la complexité de leurs liens. Et combien il l’a vampirisée. Une lettre qui dévoile sa réponse quant à un éventuel don de rein pour ce père condamné.

Un récit émaillé de citations, d’expressions en italiques, dont certaines en anglais ( « delay », «  fake news », «  larger than life »…) et de comparaisons. ( « la vague immense se ruait sur nous comme un cheval piqué par une abeille »).

Blandine Rinkel signe un roman puissant, dense, scandé par le mot « violence » dont a hérité la narratrice Lou, et hanté par les spectres des fantômes. Un récit impressionnant, parfois glaçant qui laisse une durable empreinte chez le lecteur. 

© Nadine Doyen

Gilles Marchand, Le soldat désaccordé, Aux Forges de Vulcain, Rentrée  littéraire août 2022

Une chronique de Nadine Doyen

Gilles Marchand, Le soldat désaccordé,  Aux Forges de Vulcain, ( 207 pages, 18€) , Rentrée  littéraire août 2022


Titillé par sa formation d’historien, Gilles Marchand  a choisi de revenir à un roman où l’Histoire est en toile de fond. Il situe donc son récit à la période de la première guerre mondiale. Au vu de l’impressionnante liste de ses remerciements, on réalise que l’écrivain s’est totalement immergé dans une abondante documentation (livres, films, émissions radio…) au point d’en devenir obsédé, confie d’ailleurs l’auteur.

Autre fantaisie récurrente : forger des noms de personnages dont la consonance fait penser à des personnalités du monde musical des années sixties et seventies dont il est fan. (1)

 Avant de débuter la lecture, on ne peut que prêter attention à la couverture, signée Elena Vieillard. Celle-ci peut paraître énigmatique, tout comme le titre : Qu’éclaire la lune ? Pourquoi «  désaccordé » ? La curiosité du lecteur est happée.

L’originalité  de ce roman « Le soldat désaccordé », réside dans le choix du narrateur :  un poilu mutilé, rescapé, qui s’est donné pour mission de rechercher des survivants. Il éprouve une dette vis à vis d’eux .

On le suit dans ses enquêtes et ses rencontres au cours desquelles il tente de retrouver trace d’Emile Joplain, sous la pression de la mère, persuadée qu’il est vivant mais peu disposée à lui fournir des indices sur sa fiancée. Une main en moins,  il veut toutefois servir. Appareillé d’une prothèse, on n’hésite pas à lui confier un volant. Il emprunte « La route, dite la Voie sacrée » jusqu’à Verdun. Son enquête le mènera jusqu’en Alsace..

 Il va remonter jusqu’à un des amis d’Émile, Paul Macaret, il obtient alors le nom de celle à qui Émile, l’amoureux, écrivait, une certaine Lucie, l’Alsacienne. Et va tenter de reconstituer le puzzle de leur « love affair ». Leur coup de foudre remonte au 28 juillet 1907. Émile la croise en venant passer l’été dans sa famille où Lucie est alors  domestique. Ils se revoient chaque mois de juillet jusqu’en 1913. Il y aura le premier baiser, les rencontres clandestines. Une correspondance amoureuse voit le jour, mais aucun d’eux ne poste lettres ou poèmes. Leurs missives restent enfermées dans des boîtes secrètes. Qui les trouvera ces déclarations passionnées, ferventes. Qui les lira ?

Cette liaison, dont a vent la mère d’Émile, est mal vue en raison de la classe sociale inférieure de Lucie. Puis arrivera la censure : « échanges épistolaires frontaliers prohibés », l’Alsace étant en pays ennemi. Leur liaison pourra-t-elle se concrétiser ?

Le narrateur, ce soldat manchot, retrouvera à Laon le médecin qui a soigné la blessure d’Émile et engrangera des indices supplémentaires. Le devoir chevillé au corps, il poursuit un vrai jeu de piste dans lequel le lecteur est embarqué. Sa rencontre avec Davisse, affecté au service du Ministère des pensions, lui permet de consulter les registres. Celui-ci devient un allié précieux.

Tout en recherchant signe de vie de Lucie, il pense à sa propre amoureuse Anna, taraudé de culpabilité de la laisser à l’attendre comme Pénélope.

 Il se rend chez les Himmel, s’imprégnera de l’atmosphère de la chambre de Lucie.

En contrepoint de « l’antichambre de l’enfer » que l’on ne peut occulter, l’auteur tisse l’intrigante et mystérieuse histoire de la « fille de la lune » qui erre dans le no man’s land, à la recherche de son « prince poète ».  Qui est donc cette belle silhouette évanescente, que certains soldats, dont les « cinq moustaches », affirment avoir vue  danser la nuit ? Pour certains, il s’agissait d’un racontar. Á moins que ce soit  Eudoxie Dumail, cette créature éclatante dont parle Henri Barbusse , en ces termes : «  svelte, toute allumée de blondeur » ? La femme biche dans « Le Feu », qui «  semblait porter un croissant de lune ». Est-elle née de l’imagination des êtres trop alcoolisés ?

Quel sera le dénouement de cette histoire d’amour si romantique ? Quel sera le destin des rescapés, des gueules cassées, d’Anna et de Lucie ? Ne dévoilons pas la conclusion des nombreuses recherches du narrateur, mais elle livre des rebondissements et des surprises, des retrouvailles émouvantes et son lot de drames.

Sont mises en avant les femmes qui sont acculées à effectuer le travail des hommes absents, (conductrice de tram…), ce qui convoque le roman de Serge Joncour ,  « Chien-Loup »  qui met en exergue le travail des femmes au moment des moissons et le sort des animaux, en particulier des chevaux. Quand Gilles Marchand évoque les corps déchiquetés de ces canassons, les charognes de bovins, on frissonne d’horreur. Images insoutenables, à donner des cauchemars. Une réflexion à méditer : « Les animaux sont moins cons qu’ nous, ils y vont pas ». Leur présence n’est due qu’à l’homme et hélas, ils se retrouvent piégés.

                              Deux registres de mots se côtoient :

le premier rend compte de la brutalité de la guerre, de cette boucherie , du quotidien des jeunes gens enrôlés, de la sauvagerie des Boches:  «  canarder,  marmiter, tranchées, boue, cendres, bombes, explosions, déluge d’acier, éclats de shrapnel, trous d’obus, des milliers de morts, tomber comme des mouches, macchabs, chaos ». 

Des pages sonores traduites en oxymore : « une vraie symphonie du massacre »

Une situation à devenir fou. D’ailleurs, beaucoup de soldats ont dû être internés.

Et si ce n’était pas «  la der des ders » ?

Le second champ lexical égrène des mots salvateurs, qui ont du mal à faire le poids face à ce carnage, qui apportent le soutien, le réconfort :  «  douceur, amour, bras ouverts, rires, cris de joie… » . 

Le romancier aime les énumérations, souvent des verbes d’actions. Il crée des dérivés pour évoquer les années 25  où «  ça mistinguait », « Coco  chanélisait »,  «  André bretonnait », «  Maurice chevaliait ». Autre énumération évoquant les réactions du voisinage de la famille Himmel , constatant la présence d’un jeune homme étranger: «  Ca commençait à  papoter, jacasser, bavarder, supputer, jaboter, voire cancaner ou jaser.

Il recourt aussi au style de l’anaphore pour bien frapper les esprits, répétant certaines phrases: «  On disait que ce n’était pas vrai ».

Il restitue le langage des combattants, comme l’emploi fréquent de « n’est-ce-pas ».

L’auteur sait parsemer des touches de poésie (on retient cette image du brin d’herbe qui  peut rasséréner un blessé, ainsi que le « bruissement en la majeur » de la lettre qui tombe dans la boîte aux lettres !) tout en relatant un douloureux pan de l’Histoire , du devenir de L’Alsace et la Lorraine. La nécessité de réhabiliter des caporaux.

Le poème si prenant qui clôt le roman suscite l’envie de relire « Les douze lettres d’amour au soldat inconnu » d’Olivier Barbarant (2) et donne l’occasion de citer l’héroïne d’ Amélie Nothomb :  « La mort n’est pas la cessation de l’amour » et la conviction du soldat inconnu : «  Après la mort, il restait de l’amour ».

Gilles Marchand signe un roman très documenté, poignant, tout en contraste où se mêlent légèreté et gravité, fantaisie et poésie. Une histoire d’amour incroyable et touchante, entravée par la guerre, sur fond d’accordéon, le poète jouant Le Temps des cerises ou La Madelon , cette « vieille mélodie des tranchées », qui n’avait plus le courage de servir à boire. Un récit émaillé de références littéraires et mythologiques (« lampades, L’iliade »). On ferme le livre , ému aux larmes et on le conseille au plus grand nombre. Si les romans d’Annie Ernaux remuent les lecteurs, ceux de Gilles Marchand touchent tout autant ; laissant leur empreinte durable, ils méritent le bouche à oreille ! Livre en mémoire de ce deuil collectif de la Grande Guerre.

© Nadine Doyen


(1) : Vous aurez sûrement repéré ces noms de famille qui en convoquent d’autres : 

Jeanne Joplin, Paul Macaret ,Georges Hérisson, Jean La None.

(2) : Douze lettres d’amour au soldat inconnu d’ Olivier Barbarant , éditions  Champ Vallon

Santiago MONTOBBIO – Ospedale degli Innocenti – Edizioni Joker, 2022 – 16.00€

Une chronique de Jean-Luc Breton

Santiago MONTOBBIO – Ospedale degli Innocenti – Edizioni Joker, 2022 – 16.00€


L’éditeur Joker, dans sa collection de poésie « Parole del mondo », vient de publier en volume bilingue espagnol-italien le premier recueil de Santiago Montobbio, « Hospital de inocentes », paru initialement en 1989. Ce recueil, qui contient des poèmes écrits entre 1985 et 1987, c’est-à-dire lorsque l’auteur avait entre 19 et 21 ans, a eu pour moi, comme pour bien d’autres lecteurs et des plus reconnus, l’effet d’une bombe dans le paysage littéraire, d’une synthèse impeccablement trouvée entre le classicisme d’une culture millénaire et la modernité de l’époque, sous le signe de la fragmentation, de la mise en scène et du rythme. Relire « Hospital de Inocentes » aujourd’hui est donc un grand plaisir, car les textes d’il y a trente-cinq ans sont encore pleinement percutants. 

La traductrice du recueil, Monica Liberatore, voit dans cet « hôpital des innocents » une prison, et elle n’a évidemment pas tort, « parce que l’injuste / prison de nos jours pourrit / la petite chair des rêves », parce que vivre, et vivre conscient, signifie forcément ne songer qu’à l’évasion. J’y mets, pour ma part, un orphelinat, un de ces lieux ambigus d’abandon et de trouvaille de soi (« Je sais bien que la douleur / tient dans un verre, mais je ne sais pas quand on en a fini ; ce sera, peut-être, la semaine prochaine, dans deux jours, / ou même plus tôt »). Ce que l’hôpital, l’orphelinat et la prison ont en commun importe davantage : ce sont des lieux collectifs de rétention, à l’image du monde, dans lesquels « il doit me rester une manière / de me faire du mal, jusqu’à la fin et dans la nuit, / une manière de viser au plus juste / la ruine et la poursuite de moi / à travers l’épuisante et très étrange partie de chasse / où je suis l’arme et aussi la proie », c’est-à-dire un moyen d’affirmer un « je » tonitruant. 

Monica Liberatore rappelle dans sa postface que « dans ce livre, […] le pessimisme [est] la seule forme possible de santé », elle évoque aussi le nihilisme de l’auteur. Mais elle remarque également son art des ruptures et son ironie, et cela nuance son jugement catégorique. Le pessimisme, le désespoir, affleurent partout, mais il s’agit souvent d’un jeu, ou d’une pose, parce que la vie grouille dans ce recueil et que Montobbio y exprime presque à chaque page une foi solidement chevillée à son corps en l’omniprésence de la poésie et dans son pouvoir transformateur pour « passer du silence à l’oubli », « me fabriquer tous les jours / de biens improbables ruses qui m’aident / à feindre encore demain que je suis en vie ». 

Il me semble que « Hospital de Inocentes » contient trois types de poèmes, des textes de l’enfermement dans un quotidien fait d’objets et de personnes anonymes, d’où un « je » cherche à s’extraire et exister, des poèmes, souvent courts, que j’appellerais volontiers métaphysiques, où l’absurde de la condition humaine réclame à grands cris un sens, et puis, en dernier lieu, les poèmes plus longs, particulièrement ceux de la section « Dramatis personae », où le poète emprunte différents masques et se met en scène, où il se refait les films de l’enfance et de la jeunesse, avec l’ironie que signale Monica Liberatore. 

La traductrice a bien saisi ces différents mouvements et son italien se modifie pour passer d’un type de poèmes à l’autre : conversationnel dans les poèmes de l’enfermement, il se fait pointilliste et percutant dans les textes métaphysiques, avant de se libérer, rythmé, assonancé, dans les poèmes du théâtre. « Ospedale degli Innocenti » se révèle de ce fait être un recueil à la fois fidèle au talent stylistique de Montobbio et nécessaire en ce qu’il rend ce talent accessible à un nouveau public. 

© Jean-Luc Breton

Claude LUEZIOR, SUR LES FRANGES DE L’ESSENTIEL, suivi de ÉCRITURES, Éditions Traversées, Belgique, 2022

Une chronique de Kathleen HYDEN-DAVID

Claude LUEZIOR, SUR LES FRANGES DE L’ESSENTIEL, suivi de ÉCRITURES, Éditions Traversées, Belgique, 2022


« Sur les franges de l’essentiel… », cette première partie de titre incite à vérifier ses connaissances verbales avant d’engager la lecture. Selon le dictionnaire, le mot « frange », outre la coupe de cheveux bien connue, désignerait, entre autre, « une limite floue entre deux choses, deux notions », ce qui lui ouvre grand les portes du possible. Quant à « l’essentiel », s’agissant ici du nom, il désigne ce qui est le plus important, vaste domaine s’il en est. Avec cette belle formule, Claude Luezior fait preuve d’une prudente modestie. Mais à la lecture de la centaine de pages concernée, c’est bien l’âme du poète, sa culture, son talent, ses désirs comme ses souffrances qui nous sont révélés en multiples circonstances de la vie.

Et pourtant, il semblerait que « l’essentiel » se trouve encore au-delà de cette première partie. Écrire, n’est-ce pas, en effet, ce qui donne tout son sens à la vie d’un auteur et d’un poète ? Que vont donc nous apprendre les « Écritures » ? Dès le premier poème intitulé « Liminaire », Claude Luezior exprime son besoin vital d’écrire et en révèle les effets. D’où peut-être, « une urgence (…) celle d’aimer ». L’amour, source inépuisable de l’écriture poétique. « Les éclats d’une vie » passée ne suffissent plus à faire naître des images, ni à maîtriser mots et syntaxe, ni même à combler les silences. Alors « L’urgence a repris le pas sur la lassitude » Ainsi est née « Écritures », fascinante trace d’un « Acte irréversible où l’écrivant avoue sa condition humaine tout au bord de la mise en cendres. » Le poète élargit ici le caractère sacré des Écritures religieuses à l’écriture elle-même.

« Écrire, c’est officier sous la voûte des étoiles, c’est chercher le gui à mains nues, sur les ramures des chênes. » 

nous dit-il dans « Hallucinogènes » dernier poème du recueil où « les mots sont une drogue ».

Usant de son art de la métaphore, Claude Luezior va les costumer et les mettre en scène dans d’improbables  et savoureux scenarios poétiques. Au poète en devenir, il conseille « Burine ta page », puis « Les mots en bandoulière, pars à ta propre conquête jusqu’à ce que poésie s’en suive. » Même « … vagabonde, migrante, par nature métissée », la langue ne trouble pas le poète ébloui par « … l’infini arc-en-ciel d’un ailleurs ». Il n’en sera que plus prolifique « Au matin des mots », mettant nos « Papilles » littéraires « en extase ». Sans surprise, on apprend que ce « Bricoleur de mots » n’apprécie guère « … le clavier sans âme », lui qui se désole et lance une « Alerte ! » pour un « … un mot d’amour : échappé ! » Pareillement, il se fait ardant défenseur de la virgule : « Une prose sans virgule n’est qu’un brouhaha de lettres, … » Mais le pire n’est-il pas que « Certains prétendent que le Verbe est mort. » ? Alors, « En guise de requiem », le poète propose à cet ancien « copain » de « … partager une dernière tranche de pain ». Ces quelques exemples ne sont qu’une modeste mise en bouche avant le véritable festin des mots que Claude Luezior a concocté. Lecteurs et lectrices, régalez vous !

©Kathleen HYDEN-DAVID