GWEN GARNIER-DUGUY : “NE LAISSONS PAS LE POÈME MOURIR EN NOUS”


Gwen Garnier Duguy a obtenu pour son livre Enterre la parole suivi de La nuit phoenix, poèmes, Lettre et post-face de Jean Maison, Revue NUNC, éditions de Corlevour, le prix Yvan Goll 2020. À l’occasion de la remise de ce prix le 10 juin 2022 (retardée pour cause de pandémie) il a écrit et lu le texte suivant originellement publié sur le site Presse Profession Spectacle que vous pouvez également lire ici


Le 2 octobre 1920 Yvan Goll signa un poème intitulé LE TORSE DE L’EUROPE. Il se termine ainsi :

« Mais dans mille ans, peut-être, viendra un poète, un nouvel homme d’amour.
Il grattera de ton socle le mensonge du Temps,
Il retrouvera sous l’uniforme d’airain ton cœur oublié :
Car tes meurtriers oublièrent de tuer le cœur : ils l’ignoraient !
Alors ton sang se répandra comme un jet d’eau, jadis enseveli.
Il donnera le signe de nouvelle vie, et ce sera une auréole rouge sur le monde !
Alors, Torse, tu recommenceras à vivre, homme, ancien chef d’œuvre de Dieu !
Qu’importeront alors tes bras, tes mains coupés !
Qu’importeront toutes nos paroles et nos révolutions !
Toi qui posséderas ton cœur,
Frère immortel, tu seras heureux.
 »

Au regard de ce poème qui relève d’une forme d’Annonciation, je voudrais souligner le fait que le prix qui vient de m’être remis, en 2022, fut attribué à mon livre en 2020. Ce paradoxe temporel est très instructif car il révèle un état historique particulier, un état du monde à partir duquel nous avons appelé un autre monde. La pandémie nous a montré notre condition à bout de souffle.

Cette expression, à bout de souffle, n’est pas seulement une métaphore. Elle contient une vérité à la lettre : aussi la situation du monde dominé par l’espèce humaine, serait le miroir que l’Homme projette sur la nature. Le monde n’est-il alors l’image que de ce que nous parvenons ou non à intégrer en nous-mêmes ? La situation de ces deux dernières années me force à penser dans ce sens, elle nous force peut-être à élever notre conscience et mettre en accord notre pensée et nos actes pour entrer dans une harmonie vivante ?

Il y a donc un moment charnière, ce moment défini par le coronavirus instituant l’année 2020 comme l’année officielle d’un changement de paradigme.

Pourtant, cet autre monde appelé « le monde d’après » semble renvoyer à quelque chose qui est en train d’advenir, lentement, secrètement, à pas de colombes, et que porte en elle-même la poésie. Par ces mots, « le monde d’après », nous disons que nous espérons quelque chose qui marquerait une rupture avec les conditions imposées par le matérialisme exclusif épuisant le souffle des êtres. Ce matérialisme, nous l’avons vu par les décisions politiques prises par les différents gouvernements du monde, contient à travers ses applications une structure qu’il ne peut plus cacher malgré ses efforts de dissimulation, une structure fondamentalement autoritaire, absolument intolérante et aveugle à ce qui n’est pas lui. Lorsque, en fanfarons, nous avons pris l’habitude de dire que par notre action, nous combattons, nous nous abusons. Nous ne combattons pas : nous sommes combattus. Nous nous défendons contre quelque chose qui veut notre mort. Julian Freund a dit : « Vous croyez que c’est vous qui allez définir à qui vous faites la guerre et à qui vous ne la faites pas. En fait c’est celui qui vous fait la guerre qui vous définit et qui vous empêche de cultiver votre jardin. » Je tiens cette citation d’un maître qui me l’a enseignée, l’un des plus grands peintres vivants, Roberto Mangù, Don Roberto dont l’esprit pictural a inspiré ces quelques mots.

L’œuvre d’art, nous le savons, ne connaît pas le progrès. En cela elle n’appartient pas à notre modernité. Elle en est protégée et participe à son émancipation.

Tout ce qui nous importe désormais avec ce que cette crise nous révèle, c’est d’être au bon niveau de conscience. Une parole, issue d’une pensée, est d’abord d’être une langue intérieure. Son expression est sa formulation extériorisée, donc notre projection intérieure sur le monde. Le monde mondialisé serait la projection du désir d’unité de notre être. L’asservissement que nous faisons subir à la nature incarnerait notre peur inconsciente de notre nature dont nous ne parvenons pas à regarder la profondeur en face. Et cette angoisse générée par notre finitude produirait cette fuite en avant technologique défiant les limites de la mort avec ce fantasme transhumaniste projetant sur le monde son rêve de vie éternelle. L’Histoire de cette modernité ne serait l’histoire que de notre inaccomplissement, d’une frustration empruntant violence, malhonnêteté, souffrance pour nous donner à nous-même l’illusion que nous vivons vraiment.

Alors la pensée poétique comme signe d’intégration de ce qui chaque jour nous met au défi de dépasser notre animalité pour élever notre être dans une verticalité d’Homme.

Que signifie désormais la parole des poètes depuis ce que nous pouvons appeler maintenant la Génération de 2020 ?

La poésie est consubstantielle à l’être humain.  Le poème est cette part de nous-mêmes inaliénable aux violences de l’empire techno-centré. Il est la part de nous-mêmes en désir de faire corps avec notre conscience. Il est, le poème, la part la plus naturelle de notre complexion surnaturelle, la part féminine désireuse de danser avec nous. Ce que cache la formule « le monde d’après », c’est une élévation, non pas du sentiment de vivre, mais de la vie elle-même au cœur de nos existences. Le poème nous écrit en permanence. À nous de l’emprunter pour lui donner la forme de nos vies accomplies. Parce que : nous sommes de verbe. Aussi souvenons-nous : nous relevons du Poème. Voilà notre identité qui vient de se rappeler à notre bon souvenir par cette pandémie nous révélant notre visage. La génération de 2020 aura la responsabilité d’inventer le mythe du retournement ontologique, d’assumer le retour à la Foi, à la Beauté et de revendiquer le Merveilleux.

Notre « jardin » doit être cultivé à tout prix. Cette respiration que notre cœur réclame, c’est la Poésie même, dans toutes ses expressions, qui peut l’apporter à une humanité en attente d’un saut quantique intérieur, celui de l’Espérance. Cette pandémie, comme le poème de Goll, porte une annonciation : celle de la sortie, à échelle mondiale, de notre état d’esclave Égyptien jusqu’alors acceptée, celle de la traversée de notre mer rouge intérieure.

Aussi, chers amis, ne laissons pas le Poème mourir en nous. Cultivons-le en le lisant. Il est la racine profonde du meilleur d’aujourd’hui, la porte de toutes les conquêtes anthropologiques. Avec lui, les bras coupés, les mains coupées dont parle Goll, sont en train de bourgeonner.

Je tiens à remercier les membres du jury, mon éditeur Réginald Gaillard et le poète Jean Maison pour m’avoir fait l’honneur de deux très belles postfaces. Je salue chaleureusement Richard Rognet. Et mon ami Matthieu Baumier.

©Gwen GARNIER-DUGUY

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Dans le N°101 de la revue Traversées, on peut lire quelques uns de ses poèmes.

Georges-Antoine DRANO – (1964-1994)

                                                        

 Par les circonstances étranges de la vie, j’ai eu G.A. comme élève, en Terminale, au Lycée Climatique de La Baule, en 1980. Il avait seize ou dix-sept ans, j’en avais vingt-sept, et le seul souvenir que j’ai, qui est plutôt une impression globale et confuse – je crois me souvenir du ton de ses quelques  prises de parole –  est qu’il était plus mûr, et plus instruit (en tout cas dans les choses de l’art et de la nature) que moi. Un ange, grand, au nez retroussé, à boucles brunes, au front droit et large, avec des yeux qui ne cillaient pas. Et des propos très doux, sûrs de ce qu’ils cherchaient, peut-être ironiques, à la fois vaillants et fins (exactement comme si une armée de nuances vous arrivait dessus). J’invente un peu, en tout cas j’extrapole, je complète de quelques images plus ou moins fidèles une intuition qui fut forte. Avec souvenir d’une brève visite des parents, à la porte arrière du Lycée, presque sous les pins : deux collègues, très artistes et très militants, sympathiques et vaguement méfiants, qui se demandaient surtout si le jeune imbécile que j’étais avait bien compris à quel miraculeux jeune homme son prof de philo avait affaire . Je les ai rassurés, je crois, car, oui, les âmes exceptionnelles, oui, faisaient partie des rares choses que je comprenais. C’est d’ailleurs auprès d’elles que j’ai, comme tout le monde, appris à comprendre. 

 C’est un peintre : il mettait les choses à plat, pour bien faire apparaître le réel à lui-même.

 Il avait l’image facile (même quand ce qu’il représente ne ressemble pas à du connu, cette chose ressemble si fort à elle-même aussitôt qu’on ne l’oublie plus).

 Il avait le « coup de crayon » : trois-quatre lignes, et l’effort de présence réussissait. Dans sa silhouette arrivait la chose entière.

 Il n’avait pas besoin – en tout cas pas usage – de profondeur spatiale. Une unique et suffisante surface accueillait toutes les rencontres, à la loyale, sans perspective.

Dans cet entre-bousculement – qui est un entre-flottement très bien structuré, dit un critique – des êtres résumant bien leur apparence qui portent ce qu’ils contiennent …

Quand un personnage a un sort un peu compliqué (et les siens l’ont tous), pas besoin d’être gros pour être un poids lourd !

Des filiformités qui se pèsent des tonnes; car tout va de transformation en transformation, et l’or des silhouettes lui a suffi.

 Georges-Antoine Drano a hanté le vestiaire de la condition humaine, et il y a établi un atelier.

 Il ne triche pas; il sait qu’on ne peut pas éloigner le mal sans le répandre. Il peint, écrit-il, pour rhabiller le monde – le rhabiller pour prévenir, pour empêcher ce qui est nu, ou disgracieusement vêtu, de se dégrader en monstrueux.

  Comme on recuit quelque chose pour empêcher le cru de se pourrir.

  Il habille le monde pour qu’aucune vêture acquise ne dégénère.

  C’est un virtuose toiletteur de toutes les négligences.

Il dit : Éduquons le regard au bien Être, et il met une majuscule à Être… Il voulait que l’Être présente bien, porte beau.

Jamais violent, mais résolu. Son regard a l’air de dire à ce qu’il rencontre : « je te pose là selon ton mérite, mais ce n’est pas toi qui m’arrêteras ».

Très farouche, mais fraternel : il coordonne, il met en confiance les uns avec les autres les dinosaures, robots, diablotins, squelettes fardés, sirènes géantes, androïdes à casque à pointe qui le hantent. Il les force, même quand ils hurlent et s’empoignent, à une bidimensionnelle convivialité. Que leur Enfer auto-proclamé ne fasse pas … le Malin !

Très investi, mais impartial. Son Martien, sa petite grenouille à antennes, son Edward G.Morrisson (qui commence par la mort et finit comme nourrisson), son Martien est Martien justement pour pouvoir être impartial : il est ainsi à égale distance de tous les fantasmes humains. C’est un arbitre qui ne comptera jamais les points, mais qui veut de la solidarité chez les joueurs (terrestres, même l’ange de la lessive Saint-Marc, qui éponge aussitôt ce qu’il viendrait faire) : un Martien drôlatique, malicieux et consterné. Un lutin holographique, grave et léger, à l’insaisissable disponibilité.

Un Martien sans illusions, mais qui a gardé son « esprit de plaisir » et sa naïveté. La naïveté, c’est un regard qui se souvient (qui voit les précédents, mais n’en joue jamais), qui s’ouvre fidèlement, qui n’interroge pas les clients à la porte. L’esprit de plaisir, c’est veiller à ce que les pires présences soient contentes d’être ensemble, soient ravies de n’être pas ailleurs, de se retrouver où l’esprit les convoque.

 Le peintre, lui, qui avait la fantaisie ardente de sa mère, et l’acuité bonhomme de son père, est prévenant et généreux. Prévenant, car il veille à toujours remuer délicatement ceux qui, dans le tableau ou devant lui, empêchent les autres d’avancer. Généreux, parce qu’il se risque toujours à révéler quelque chose, à faire se découvrir une possibilité en cours du monde à ses risques et périls, simplement par respect de l’avenir, par amour du prochain, par confiance en la profusion qualitative de la vie. 

Un immense appétit, une fécondité intérieure hors-normes : on pourrait dire que son inconscient l’a mangé vivant, mais aussi qu’il a inventé une nourriture « chic », succulente, très substantielle et pourtant étonnamment assimilable, pour les inconscients des autres. Comme on voit chez Dali ou Shakespeare, son inconscient a donné la becquée aux nôtres, prodigieusement.

Son monde montre, c’est vrai, un peuplement scabreux, et une inquiétante extra-lucidité dans l’emprise et la royauté des clins d’oeil : à l’évidence, il a connu le monde de la domination, l’ambivalence des huis-clos, la prise en otage des pulsions – mais il y a chez lui une sorte de laïcité tranquille à l’égard du diabolique, qui montre qu’il n’était pas dupe de ses tentations mêmes. Il est resté libre, souverainement neutre dans le désordre délicieux des convulsions de l’âme, leur si rigoureuse avalanche. 

Malgré sa si précoce maturité intellectuelle et esthétique, restant spirituellement réservé, ne se mêlant jamais des énigmes dont il ne se sentait pas partie prenante, ni même de celles qu’il sentait ne pas pouvoir résoudre.

Sa théologie : tous les dieux ont à s’entre-instruire. Sa religion : cessons de prier sans réfléchir. Mais la question qu’il pose au mystère reste, elle, redoutablement ardue et profonde, comme : l’ancêtre commun de tous les créateurs, seul apte à les protéger d’eux-mêmes, est-il le totem vivant du Sacré-Coeur ? Ses Christs hésitent à sortir de leur toile, et cette réticence est encore un mouvement ! Les spécialistes savent ce qu’il doit à Wifredo Lam, à Miró, à Victor Brauner, à André Lhôte, à Picasso, à Rebeyrolle (?), mais nous, nous n’avons pas besoin de spécialistes pour savoir ce que nous lui devons …

   … ce que nous devons à ce jeune dieu grec, qui si étonnamment toute sa vie a cherché sa Croix, et qui, « ayant pris la peinture en otage », lui aura paradoxalement sacrifié son destin, douloureusement et merveilleusement.

©Marc Wetzel

                                            


Exposition : émotion et beauté pour l’inauguration du mouvement interrompu de Georges Antoine Drano

EXPOSITION : LE MOUVEMENT INTERROMPU GEORGES ANTOINE DRANO

Suite à la donation du fonds Georges Antoine Drano par Nicole et Georges Drano, la Ville de Frontignan la Peyrade présente une exposition estivale dédiée à l’oeuvre foisonnante de cet artiste frontignanais disparu prématurément

DU 8 JUILLET AU 3 SEPTEMBRE 2022

Exposition

Public : tout public

Contact : Ville de Frontignan la Peyrade

Vernissage : le 8/07 à 18h.

Exposition du mardi au samedi, de 10h à 12h et de 14h à 18h

Salle Jean-Claude-Izzo,
rue député Lucien-Salette
34110 Frontignan la Peyrade.

Sur le livre de Claude Luezior

Voici une très belle chronique écrite par Daniel Fattore sur le livre de Claude Luezior publié par Traversées: SUR LES FRANGES DE L’ESSENTIEL suivi de ÉCRITURES.

À lire ici


capture d’écran : http://fattorius.blogspot.com/2022/06/claude-luezior-sur-lart-du-poete-et-la.html
Capture d’écran : http://fattorius.blogspot.com/2022/06/claude-luezior-sur-lart-du-poete-et-la.html


Lecture de mai 2022 de Patrick Joquel

Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre :Tant que chantent les merles

Auteur : Colette Andriot

Illustrations : Valérie Linder 

Éditeur : L’Atelier des Noyers 

Année de parution : 2 022

14€

Colette Andriot nous invite à passer un moment dans son jardin. Un jardin de ville. On s’y promène au milieu des fleurs, des arbres, des herbes folles. On y rencontre des oiseaux, des escargots, des lombrics. Du silence aussi. Des couleurs, des parfums.

Un voyage minuscule et quotidien : la vie tout simplement. La vie d’une planète, à hauteur de jardin. Un jardin de ville. Le tout petit rejoint l’immense. Rejoint aussi l’actualité : tout n’est pas aussi paisible que ce jardin en ce monde et l’autrice en est consciente. Consciente aussi des luttes pour vivre à hauteur de végétaux, d’animaux.

Rien n’est aussi simple qu’on croit le voir ; même le poème. Même ce livre. Y entrer, c’est entrer dans l’univers.

Les illustrations de Valérie Linder sont joyeuses et colorées. Elles incitent à la contemplation ; comme si on y était dans ce jardin.

Un beau livre à mettre dans toutes les mains et sans modération.

Un jour on quitte

son jardin devenu trop petit

pour aller visiter le monde

cependant

on l’emporte pour

toujours 

dans ses bagages.

https://www.atelierdesnoyers.fr/


Titre : La maison, le jardin et le rêve

Auteur : Paul Bergèse

Illustrations : Solange Guégeais

Éditeur : Voix Tissées

Année de parution : 2 022

15€

Le quinzième album carré de Voix Tissées, collection AAA. Une merveille de douceur et de couleurs. Les pages nous permettent d’entrer dans un jardin. De s’y promener. D’y rêver. 

Bien sûr il y a la maison. Une de ses maisons à parfum de nostalgie d’enfance. La maison du bonheur innocent. Et le jardin. Immense. Mystérieux. Toujours pareil et jamais identique. Les jeux. Les oiseaux. Les fleurs. Les insectes. Les cachettes. Le fil des jours heureux. Des jours colorés. 

Des poèmes pour embaumer l’esprit du lecteur. 

On est bien dans ce livre et les illustrations donnent une part colorée aux rêves de lectures. 

Une réussite. 

À mettre dans les écoles dès la maternelle et bien au-delà bien sûr.


Titre : L’âcreté du kaki

Auteur : Gorguine Valougeorgis 

illustrations : SIXN 

Éditeur : Mars-A 

Année de parution : 2 022

15€

première partie de ce livre : L’âcreté du kaki

Il y a la vie de tous les jours. Les mots de tous les jours. Les rues de tous les jours, comme celle qui mène à l’école. Les arbres de tous les jours, comme le kaki de la rue qui mène à l’école. Les fruits de saison, comme le kaki que l’on cueille et offre à sa petite sœur. Le kaki qu’on aspire et dont le jus dégouline au menton.

Rien n’est plus beau que les secondes… 

qui font du kaki rond un jus 

coulant son son menton que sèche son rire 

La vie de tous les jours.

Et puis il y a la terreur. 

Le ciel a

tous les cerfs-volants

avalés

plus un rêve ne vole dehors

il y a l’enfer maintenant

Le désir de partir pour survivre. Le départ. 

Une frontière comme une ligne

une corde à sauter

L’exil. La vie d’un migrant comme on dit. La vie de tous les jours d’un migrant. Une vie à traverser les mers. Les pays. Les gens. Ceux qui te voient. Ceux qui ne te voient pas. Ceux qui te sourient et ceux qui ne te sourient pas. 

La vie de tous les jours d’un jeune migrant vendeur à la sauvette de cigarettes place de la Chapelle à Paris 

… cet œil adolescent

qui vient à peine d’éclore

mais qui

n’a déjà plus rien dedans

même plus une larme

où se baigner… 

…il passe sa vie 

à passer

d’un pays à l’autre

d’un trottoir à l’autre

d’un quartier à l’autre

d’un papier à l’autre

d’un rejet à l’autre

d’un boulot à l’autre

d’une pelle à l’autre

d’un balai à l’autre

sans qu’on le voie

voilà des mots pour accompagner le cheminement d’un adolescent migrant ou d’un migrant adolescent, on ne sait plus trop dans quel sens mettre les mots. Le cheminement d’un être humain. Des mots partagés lors de rencontres entre l’auteur et le jeune homme. Des mots à partager à notre tour. Des mots pour apprendre à voir aussi. 

Deuxième partie : Reflet rouge

l’auteur, issue lui-même et comme tant d’entre nous, d’un voyage, d’un exil, d’une migration : parents, grands-parents… s’interroge à son tour sur sa présence ici. Comme beaucoup d’entre nous. À partir de combien de générations est-on d’ici ? Avec quel service rendu à cet ici qui pourrait être ailleurs ?

Qu’est-ce qu’on a perdu (sans le savoir vraiment puisque cette perte vient d’avant soi) ?

Gorguine Valougeorgis semble nous dire à travers ses textes que le langage avec ses langues multiples est une clef pour dire son identité. Une car il en existe plusieurs, comme celle qui permet de s’ouvrir à l’autre, de l’accueillir et de cheminer avec lui. Et tant d’autres à découvrir…

les encres et aquarelles de SIXN vibrent en silence avec les poèmes. On reste à les contempler en entendant résonner les mots du poème.

Un livre dense à offrir, à partager et à donner à lire dès le collège.

marsa@free.fr


Titre : Une traversée de soi

Auteur : Chantal Couliou 

Éditeur : Les Éditions Sauvages

Année de parution : 2 022

Une recueil de poèmes confinés. Périodes que nous avons tous traversés, chacun à notre manière. Pour Chantal Couliou, ce fut avec les mots (stylo, crayon ou clavier, peu importe). Elle n’est pas la seule poète à avoir exploré ainsi cette traversée. D’autres livres sont écrits et ont déjà été ou seront publiés autour de ces moments.

Des poèmes écrits derrière la fenêtre, alors qu’il fait si bleu dehors… Et le bleu en Bretagne… 

des poèmes qui s’interrogent sur la fuite des jours. Sur la fragilité de la vie, de sa vie. Des poèmes qui cherchent l’espérance.

Inventer

une nouvelle cartographie

de la terre

pour se frotter au monde.

Pourquoi 

ce besoin de bouger,

ce besoin d’échapper au quotidien,

ce besoin d’explorer l’inconnu, ce besoin de lever l’ancre ?

Cet appel de l’inattendu,

de nouvelles destinations.

Insatiable désir.

Toujours en quête

d’un ailleurs-

indéfinissable.

On repasse 

toujours aux mêmes endroits

dans les mêmes traces-

en boucle.

Relié à l’autre,

aux autres

par des fils invisibles

dans l’espace,

dans le temps.

Ce recueil a obtenu le prix Paul-Quéré 2021-2022

https://editionssauvages.monsite-orange.fr/index.html


Titre : Prends ces mots pour tenir

Auteur : Julien Bucci 

Éditeur : La Boucherie littéraire 

Année de parution : 2 022

9€

Un petit livre de poèmes pour accompagner les derniers mois d’une mère. Comment se tenir face à ce bientôt l’absence, ce bientôt vide ? Face à la douleur de l’autre ? Cette douleur physique qui prend le dessus sur tout le reste ? Cette tristesse infinie ?

La maman, dit Julien Bucci, se récite des poèmes. Des poèmes appris par coeur, pour atténuer sa douleur.

les mots mantras

s’approchent de ton chevet

ils viennent en nombre

te rassurer

ces mots 

tu les tenais

les retenais par cœur

au fond ces mots c’était

déjà

de quoi tenir

On est tous confronté plus ou moins tôt, plus ou moins souvent à ce rendez-vous avec la mort. Le vide. L’absence. Avec cette interrogation sur la vie ? Les poèmes suivent ces points d’interrogation. 

Les mots qu’on partage, aussi simples soient-ils, permettent de garder le lien entre celui qui reste et cette qui s’en va. Le langage et la pensée façonnent notre humanité. Quand disparaît toute parole, la vie disparaît aussi.

La solitude cependant n’est jamais totale, même au fin fond de la douleur

tu n’es pas seule 

au fond 

tu es reliée

à ton cœur qui palpite

aux artères qui irriguent ton corps

reliée

tu l’es 

à ton histoire

à celles et ceux qui étaient là

avant toi et pour toi

tu es reliée aussi à celles et ceux 

qui vont te suivre et seront là

pour dérouler ce fil

sans fin

tu es reliée

à tous les mots que tu as prononcés

à toutes les caresses que tu as reçues et

toutes celles qu tu as offertes

à un père et une mère

qui t’ont invité à venir

au monde

tu es reliée

à tes émotions

à ton corps

qui frissonne

à ce corps qui te parle

tu es reliée

à ces mots mêmes

qui me relient 

en ce moment 

à toi

tout est relié

ici et maintenant

tu es reliée

comme une part du monde

une part du tout dans le tout

tu es là

toi reliée

à tout

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Revue

Titre : Gustave 2

Auteur : revue

Éditeur : LE CENTRE DE CRÉATIONS POUR L’ENFANCE DE TINQUEUX
www.danslalune.org

Année de parution : mai 2022

Un second numéro que l’on peut lire sur écran ou que l’on peut imprimer. Huit pages, 5 poèmes, 5 poètes et une règle de jeu d’écriture proposée par Bernard Friot.

Les cinq poètes : Chiara Carminati, Mélanie Leblanc, Sandra Lillo, Charles Pennequin,Thierry Renard.

Des poèmes à partager en classe, avec les amis, en bcd ou cdi, médiathèque. Lire ou écouter un poème par jour au minimum est bon pour la santé mentale, le moral et la vie, une petite revue supplémentaire permet ainsi d’augmenter même discrètement la présence du poème au quotidien. À chacun de la donner à d’autres comme une chaîne d’amitié.

l’abonnement est gratuit sur le site www.gustavejunior.com

*


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Titre : Collectif POÉTISTHME

https://poetisthme.cargo.site/

Année de parution : 2 022

Un numéro spécial consacré aux violences des guerres. Des poèmes, des images. L’art comme témoin, comme solidarité, comme partage, comme désir d’humanité. Pour aller un peu plus loin, un peu plus haut.

Un numéro spécial à donner à lire, à partager. 

Ce sont ces petits signes d’humanité qui portent et accompagnent l’humanité vers un horizon un peu plus humain.

***

Aujourd’hui c’est mon jour de service…
Aujourd’hui c’est mon jour de service,
je veille sur notre champs
dont la terre réchauffée sourit au printemps,
au-dessus de moi des avions volent comme des oiseaux de fer,
je les observe
pour voir si c’est l’ennemi et si des visiteurs importuns avec leurs parachutes
n’arrivent pas,
mon chien est avec moi,
j’appelle ma femme
pour demander comment elles vont, elle et notre fille,
elle me répond qu’elles sont dans un abri anti-aérien,
qu’elles attendent que l’alerte soit finie
et je pense que pour qu’il n’y ait pas de guerres,
il faut fabriquer non pas les balles,
mais les produits paisibles de la culture,
la poésie de l’évolution du bonheur général
est ma position principale,
c’est pourquoi je défends la construction de l’État
sur la base du bien poétique !

35
Сьогодні моя доба чергування,
охороняю наше поле,
яке зігрітою ріллею посміхається весні,
наді мною залізними птахами пролітають літаки,
придивляюся чи не летить ворожий,
та чи не приземляються непрохані гості з парашутами,
зі-мною друг пес,
телефоную дружині,
питаю як вона там з дочкою,
відповідає що сидять в бомбосховищі,
чекають на відбій повітряної тривоги,
а взагалі, для того аби не було війн,
більше за кулі треба виготовляти
мирні продукти культури,
і поезія еволюції всещастя
є моя головна позиція,
тому захищаю конструкцію держави
в основному – добропоетичну!

©mykola istyn
poèmes traduits de l’Ukrainien par ella yevtouchenko 

mykola istyn a envoyé ses poèmes-témoignages depuis le front de l’Ouest Ukrainien. 

Collectif POÉTISTHME: https://poetisthme.cargo.site/


©Patrick Joquel:www.patrick-joquel.com

Claude Luezior, SUR LES FRANGES DE L’ESSENTIEL suivi de ÉCRITURE

Claude Luezior a reçu de nombreuses distinctions dont le Prix européen ADELF-Ville de Paris au Sénat en 1995 ainsi qu’un prix de poésie de l’Académie française en 2001(Hélène Carrière d’Encausse). Le prix de poésie Hélène Rivière de L’Académie rhodanienne des Lettres lui a été décerné en compagnie de Philippe Jacottet (Grand Prix) en 2001. Il fut nommé Chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres par le Ministère français de la Culture en 2002. En 2013, le 50ème prix Marie Noël, dont un ancien lauréat est Léopold Sédar Senghor, lui fut remis par l’acteur Michel Galabru, ancien membre de la Comédie française.