Premières pensées

Magnifique poème de Xavier Bordes!

Avatar de Xavier BordesXavier Bordes

Premières pensées

Seul debout au cœur du matin vert
À respirer les odeurs de verveine et d’artémisia

Avec l’écho de ton ressac intérieur
En réponse à la rumeur commençante du monde

Instinctivement ton regard cherche l’Absente
Et se donne le change avec le vif envol
D’une tourterelle entre les cimes des pins

La lumière caniculaire déjà oblitère tes mauvais
Songes de la nuit et dissipe les esprits malins
Prompts à se travestir en moustiques pour te tourmenter

Tu t’appliques à ce que ton âme de ce jour quitte
Les Charybdes et Scyllas des obscurs parages de l’angoisse
Qu’elle réintègre le camp du raisonnable ainsi
Que t’y exhorte la véhémence des pies
Dont l’hypocrisie ecclésiastique
N’est jamais avares d’un bon conseil

Finalement avancant d’un pas mal assuré
Sur la crête invisible qui partage côté
Adret les larmes de la joie côté
Ubac celles du désespoir
Tu recommences ta vie ordinaire en…

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Éric Dubois, Lunatic, Le Lys Bleu Éditions, 173 pages, juin 2021, 18,50€

Une chronique de Lieven Callant

Éric Dubois, Lunatic, Le Lys Bleu Éditions, 173 pages, juin 2021, 18,50€


Voilà un livre bien énigmatique que signe Éric Dubois même si les plus belles caractéristiques de son style se reconnaissent à toutes les pages. Concision de la formule d’une apparente simplicité mais qui pointe directement l’endroit sensible, l’endroit où bien souvent se trouve le coeur, ou un nerf sensible.

L’auteur est aussi un peintre, un photographe. L’art de l’image, de sa composition par la répartition des espaces sombres et surfaces plus claires, se retrouvent aussi dans ces textes.

« Le hasard circule dans la fibre de l’instant. » p83

Les temps s’imbriquent les uns dans les autres, les périodes et les lieux divers du roman se superposent créant une sensation de chaos. Les pistes sont brouillées, l’histoire n’est jamais linéaire et tend à ressembler à la fois à l’hallucination, au rêve ou une confrontation brutale de réalités différentes.

« Le futur est imparfait. Le présent contrefait et difforme. »P88

Éric Dubois questionne avec pertinence les frontières diverses de ces réalités, réalités perçues de façons si différentes selon les êtres et les situations. 

«  C’est souvent un aveu d’impuissance devant la réalité. On interroge le vide. » P16

Qu’est-ce qui est pervers ou ne l’est plus? Où se situe la dérive? À partir de quand et sur quels critères se base-t-on pour déterminer si un être est sain d’esprit ou ne l’est pas. De quelle nature est la folie? L’amour quand il cesse d’être partagé est-il toujours de l’amour? Peut-on aimer à l’extrême au delà de toute raison, malgré l’autre? 

Le personnage central du roman est sans doute Catherine-La-Folle. Catherine, la femme qui aime et qu’on aime à la folie. Par passion, par goût de l’extrême, pour chercher une limite et tenter de se reconnaitre. Henri aime Catherine. Aime ses tempêtes, se reconnait en elle plus qu’en tout autre personnage. Le « Je » du narrateur est d’ailleurs tantôt Henri, tantôt Catherine. Henri ne peut se résoudre à ne plus aimer Catherine. Dans toutes les femmes, c’est elle qu’il cherche à aimer 

La vie des autres personnages à l’instar des deux principaux ressemble à une longue dérive, une fuite entre alcool et drogues diverses, entre ennuis et désarrois comme si le futur était éteint.

«  Chaque jour, il faut réparer ce qui est cassé, panser les plaies. Ce qui ne saute pas aux yeux. Indélébile. Coriace. Poisseux. » P17

« Il y a longtemps que je ne dors plus. Il y a quelque chose qui traverse mon esprit et qui le déchire du bec et des serres, c’est un oiseau de proie chargé de menaces. C’est le Doute. P38  

« Quand Henri écrit, il est en sécurité. En pays conquis. Autrement, il est hébété, avec cette fâcheuse tendance à l’angoisse qui ne chasse pas l’impression de ne jamais parvenir à quelque chose comme son père. » P64. 

Et puis il y a ce mot comme une enseigne de bar, de boîte de nuit: Lunatic.

« L’angoisse…Comment la dissiper? Elle se nourrit de certitudes, vous emporte, vous conduit à Lunatic, nulle part, terminus. Peu à peu votre esprit est un terrain vague, lorsque la nuit tombe comme un couperet. » P95

Lunatic. mot frontière. Lunatique désigne aussi une « Personne atteinte de folie ».  « Une Personne fantasque, capricieuse, d’humeur changeante» selon le CNRTL

Par extension, je pense au poète, à l’artiste que l’on représente volontiers comme ayant la tête ailleurs.

Lunatic désigne un lieu. Un lieu imaginaire. un point de non retour.

Éric Dubois cherche visiblement à perturber les habitudes de son lecteur pour l’amener à remettre en question certitudes et normes. L’écriture créative vise aussi le partage d’une déroute que n’importe quel humain sensible ressent à un moment de sa vie. L’instant où souvent s’impose un choix. 

Les quelques pages où s’égraine la fin du livre sont des petites merveilles de non-dit. Le silence implique le respect, la page blanche évoque l’amour. Écrire n’est pas uniquement savoir trouver les bons mots, les belles phrases, c’est aussi être en mesure de reconnaitre qu’il faut parfois savoir n’en chercher aucun. 

© Lieven Callant

Pierre Schroven, « Ici », éditions l’Arbre à paroles (10 euros ; 2021)

Une chronique de Patrick DEVAUX

Pierre Schroven, « Ici », éditions l’Arbre à paroles (10 euros ; 2021)


Dans « Ici », Pierre Schroven s’en réfère sans doute à des lieux de passage, celui de la pensée vers l’écrit et celui qui en partage les données : « On vit sa vie et pas seulement la sienne ».

A la recherche de sa vérité, le poète reconnait dans l’acte poétique une certaine part de mystère cosmologique tandis que s’opère un certain détachement ; « pour dire oui à tout ce qui l’emporte ».

En même temps qu’émane l’idée d’une certaine soumission à l’univers et de partage m’apparait cette délivrance « de l’obligation d’être quelqu’un », proche parfois des préoccupations bouddhistes.

Le poète serait-il pour autant parti de rien pour arriver nulle part ? Certes non car « Ici » fait la part belle à une présence assumée d’être dans et avec la Vie.

L’agissement des mots sur la page blanche nécessite, l’auteur le sait, autant une certaine grandeur qu’une certaine modestie.

Dans sa pause à observer, à sentir le monde au jour le jour, le poète semble subir un changement radical, une sorte de découverte de soi et des autres, se dégageant de tout tumulte : « Et dans la fuite glissante des choses/ J’oublie d’être quelqu’un/ Fais entrer dans ma bouche un long silence/ Puis j’attends dans le noir/ que ma vie bascule. Dans le chaos d’une extase ».

L’idée de cycle nous rappelle que « la vie n’est pas le néant » mais « l’absence de forme » tandis que Pierre veut « rendre compte de tout son (mon) amour » et « vivre d’une lumière pour qui demain n’existe pas ».

Se pose ainsi la conception même de la présence personnelle dans l’univers, l’action n’entrant pas ou peu en ligne de compte.

Avec « Ici » s’opère en quelque sorte un certain nettoyage de l’âme cher, notamment, aux « pratiquants » du jaïnisme (Inde).

« La vraie non-activité est quelque chose de spirituel » : cette citation n’est pas de l’auteur mais d’Albert Schweitzer dans « Les grands penseurs de l’Inde » (étude de philosophie comparée, éditions Payot de 1945).

On retrouve, en partie, cette idée dans « Ici », Pierre Schroven se servant d’une pensée éclair appuyée de brièveté là où le philosophe est particulièrement explicatif avec, en sus, une certaine jouissance à vivre pleinement le moment : « Une pensée me vient de loin/ Fait vaciller en moi l’image du monde/ Et dessine dans l’air les contours d’un silence/ Me rappelant que chaque jour reste à voir ». Avec la question, essentielle pour le poète, de savoir quel poème il pourrait écrire « pour qu’au-delà de lui (moi) la joie murisse », l’appel du pied au partage d’une joie comblée de mots se voulant insistant « non pas (à) raisonner mais résonner ».

Les mots du poète permettent un écho tels des ronds dans l’eau ne forcent en rien le paysage, se contentant des douces ondulations de l’existence suffisantes pour « méditer sur le destin d’un ruisseau ».

Sagesse bien ordonnée commence par soi-même.

©Patrick Devaux 

Verlaine, par Guy Goffette, Les auteurs de ma vie, Buchet-Chastel ; (180 pages- 14€), mai 2021

Chronique de Nadine Doyen

Verlaine, par Guy Goffette, Les auteurs de ma vie, Buchet-Chastel ; (180 pages- 14€), mai 2021


Vous avez peut-être lu le Flaubert de Marie-Hélène Lafon, dans la même collection, Guy Goffette nous fait partager son engouement tardif pour Verlaine.

Une photo de lui dans un bistrot pour débuter, avec « sur la tête un feutre mou ».

Guy Goffette qu’Olivier Frébourg définit dans son opus « Un si beau siècle- La poésie contre les écrans », comme « l’agent des Messageries poétiques ».

Certains se souviennent certainement de son superbe hommage à l’auteur de sa vie dans « Verlaine d’Ardoise et de pluie » ou encore de « L’autre Verlaine » et de sa définition d’un poète : « Un poète, c’est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d’exil, un paradis d’échos. » 

Si l’écolier a fait sensation par la citation de Verlaine qu’il avait choisie de dire devant sa classe, à l’occasion du centenaire de sa mort, ce n’est qu’à la quarantaine, que l’auteur en fit son compagnon de route. Une irruption dans sa vie « comme la foudre dans une maison fermée ». Il explique ainsi sa curiosité :

« à quarante-sept ans, au Québec, j’avais besoin d’entendre la voix, la poésie française et j’ai lu Verlaine. J’ai entendu à la radio un poème de Verlaine, je l’ai appris par cœur, et après, j’ai appris la biographie, je me suis passionné pour le personnage qui est meilleur qu’on ne le dit. On le présente toujours comme un vieil alcoolique violent. Et pourtant c’est un homme très bon, sauf quand il a bu. » 

Dans l’introduction, Guy Goffette nous rappelle son « gueusard de physique », évoquant les portraitistes dont son ami et confident Frédéric-Auguste Cazals mais aussi ses propres croquis humoristiques qui illustrent sa correspondance.

Il met en exergue ses qualités : « homme bon, courageux, fidèle en amitié », et déplore « cette aventure rimbaldienne » dont il ne se relèvera pas.

Le dévot de Verlaine retrace « la vie du Pauvre Lélian », une des plus mouvementées, riches en drames. Une vie certes scandaleuse, mais palpitante. Il s’attarde sur certaines dates marquantes.

Il revient sur sa naissance le 30 mars 1844 à Metz, « un miracle », pour cette mère de 35 ans après 3 fausses couches. Ville quittée un an plus tard, le père étant affecté dans le Sud. Une petite enfance à Paliseul, son paradis, une verte campagne, où il peut s’ébattre dans les prés : « des années décisives pour ses sens » au contact de la nature dont il gardera pour souvenirs le jeu des couleurs, d’odeurs et de sons.

Puis la famille s’installe à Paris en 1851, doit fuir en Belgique à cause du choléra.  

Paul-Marie Verlaine va subir neuf ans de pensionnat. Lecteur boulimique, il a pour Maître Victor Hugo à qui il dédie un poème. Celui-ci le remerciera ainsi : « Mon crépuscule salue votre aurore ».

Bachelier en 1862.

Son amour impossible pour sa cousine Elisa lui inspire « quelques-unes des pièces les plus connues des poèmes saturniens ». La disparition de celle-ci lui est insurmontable. Mais c’est Mathilde qu’il épouse en 1870 après un coup de foudre en 1863 , il l’abandonne pour une fugue avec Rimbaud, « l’époux infernal » : un an d’errance sur les routes de France, de Belgique et  d’Angleterre ! 

« Une relation orageuse » avec l’ange démoniaque qui voit son terme en 1875 quand il sort de prison. Mais « le siècle l’a oublié et Paris ne le connaît plus ». De 1875 à 1877, il trouve à enseigner en Angleterre, lit la Bible, cesse de boire. En octobre 1877, revenu en France, il est en poste à Rethel mais plonge de nouveau dans la boisson, ce qui cause son renvoi.

Il tombe alors amoureux de Philomène Boudi, dite Esther, rencontrée dans un bistrot en septembre 1877. L’année suivante, des articles élogieux le remettent sur le devant de la scène. En 1878, il repart à Londres, cette fois avec un ancien élève Lucien qui lui inspire Amour. A noter certains titres de poèmes en anglais : « Birds in the night », « A poor young shepherd ». 

Pour le poète maudit, après la séparation, la perte d’emploi, c’est le naufrage, la déchéance (vie dissolue d’une femme à l’autre) et la mendicité. De 1886 à 1895, il aura connu 7 établissements hospitaliers. A Broussais, Gide et Louÿs lui rendent visite. Il nourrit des doutes, des ressentiments contre les éditeurs et décide de passer à la prose. A noter que Guy Goffette a publié prose et poésie. 

« L’Anglais de Coulommes » aura exercé divers métiers (fonctionnaire, professeur, cultivateur..) mais fut aussi vagabond, « une vie de contradictions et de mystères » que Guy Goffette déroule, en expliquant les différents poèmes. Le recueil Sagesse, sans grand succès, est composé de trois thèmes : « l’homme ancien, la conversion, l’homme nouveau ».

Sa célébrité pointe en 1892, et il compte parmi ses admirateurs d’illustres auteurs : Wilde, Ibsen, Claudel, Hugo, Mallarmé qui avait tout compris de son « effort vers l’Expression et la sensation rendue », et voit en lui « l’initiateur du vers libre », l’encourage et l’assure d’un solide soutien. Le recueil Dédicaces s’avère « un touchant mémorial à l’amitié ». (Barrès, Coppée…).

Le répertoire du « plus musicien des poètes français » est classé en maintes rubriques, avec  quelques lignes de présentation, depuis les poèmes de jeunesse, suivis des poèmes saturniens, ceux parlant d’amour, ceux dits « Bonnes chansons ». On a, pour la plupart, fredonné ou récité « les sanglots longs de l’automne » ! Mais connaissons-nous sa biographie ?

Par cet opus, Guy Goffette rafraîchit nos connaissances de celui qu’on associe souvent au galopin des Ardennes avec « ses semelles de vent », qui avait gardé toute la lumière pour lui seul et en même temps, l’écrivain réhabilite cette « figure légendaire du Quartier latin », lâché de tous, dont la gloire est arrivée « au plus fort de la misère » 

Cet exercice d’admiration offre une plongée roborative dans l’oeuvre du « Prince des poètes » et invite à l’approfondir. Un opus à conseiller aux lycéens et aux enseignants.

Et rappelons la conviction d’Olivier Frébourg : « Lire de la poésie chaque matin est l’antidote à l’infection » des réseaux et soulignons avec déférence que le Prix Goncourt de la Poésie ainsi que le Grand Prix de Poésie de l’Académie française honorent Guy Goffette. (1) Sa récente publication Pain Perdu (mai 2021) n’a pas eu la visibilité souhaitée, victime du confinement comme beaucoup. 

©Nadine Doyen

(1)

Grand Prix de Poésie de l’Académie française 2001

Prix Goncourt de la Poésie à 63 ans en 2010


Extrait de PAIN PERDU : Carte postale d’Hoëdic

Hoëdic est un bonheur de poche

Pour qui déteste les voitures

Nul bruit sinon l’appel des cloches

Le dimanche et, dans les voitures, 

Le cri rauque des goélands.

Michel Bénard, Les caresses du ciel, Éditions les Poètes Français, 1er trimestre 2021 ; préface de Jean-Pierre Paulhac ; 1ère de couverture d’Alain Bonnefoit, « L’innocente ».

Une chronique de Rome Deguergue

Michel Bénard, Les caresses du ciel, Éditions les Poètes Français, 1er trimestre 2021 ; préface de Jean-Pierre Paulhac ; 1ère de couverture d’Alain Bonnefoit, « L’innocente ».


L’amour se flétrit sous la contrainte ; son essence même est la liberté. Il n’est compatible ni avec l’obéissance, ni avec la jalousie, ni la peur. 

Cette citation du poète, Percy Bysshe Shelley exprime avec justesse ce que le poète, Michel Bénard introduit dans cette ode à la sensualité, illustrée dans le recueil, Les caresses du ciel.

Ah ! Tout ici n’est qu’harmonie, complicité, partage, recherche authentique de « la philosophie du bonheur » et à aucun moment il n’y sera question de flétrissure, de jalousie, de peur ou de domination.

Car, Les caresses empreintes d’émoi vibrant, de frémissements sensuels sont les prémisses qui mènent au vertige d’intense jouissance du septième ciel. 

Confiance et respect de l’autre, désir du désir sans cesse renouvelé, jeux amoureux, mais aussi envolée lyrique, élévation d’âme, transfiguration, vision iconique se font l’écho de certains « mythes et légendes », mais aussi de poèmes éperdus d’amour issu du Cantique des Cantiques, tels ces vers :

 « Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, qui repose entre mes seins » ;

« Comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie parmi les jeunes filles ».

Le champ / chant lexical célébrant Éros « en majesté » se révèle tantôt cru/ vrai sans une once de vulgarité, tantôt soutenu. La sensualité se double d’érotisme à l’évocation : 

« de cette échancrure / De longue robe noire, / Ouverte sur l’infini de votre intimité ; De prusses soies offrant / Nuances et transparences ; De folie libertine ; De vos songes en dentelles ; Le tintement des hauts talons »…

Ne nous y trompons pas, il est ici bien question d’un hymne à la vie ; hymne à la femme De flamboyante énigme inconnue / reconnue, désirée, aimée, « Que le peintre voudrait dessiner, / Que le poète rêve de composer ».

À la fois Pygmalion, mendiant de cette envoûtante vestale le poète se confie ainsi : 

« Me voici tremblant, / Comme un homme fasciné, / Troublé, enfiévré, envoûté, / Par la liberté que me révèle / L’intégrale beauté de votre corps, / Avide et fébrile ma main se tend / Vers ce trésor dénudé /(…) Corps en gloire, ébloui, / Comme un lys mystique, / Face au phallus tendu / Vers l’inconnu, / Vers l’absolu, / Offert au souffle du monde / Dans l’ultime et l’intime / D’une transcendante jouissance. »

« Je voudrais boire vos sèves de femme, / je voudrais m’abreuver à vos seins /Des miels de vos désirs / Cueillir les gerbes d’Amour / aux flots de vos impudeurs, / en laissant nos sexes / se mêler, s’exalter, s’abandonner, / sous les ardeurs / D’une aveugle fougue / Tissée de folles passions. »

Au mitan du recueil, oh ! le voussoiement fait place au tutoiement et se poursuit en alternance tout au long du recueil :

« À l’ombre fragile / Des lignes galbées de tes seins, / Mes doigts glissent doucement, / Jusqu’à nos lèvres réunies, /(…) Les érotiques caresses de tes mains / Éveillent le flot de mes sèves,(…) ».

Puis au détour de poèmes, tous adressés à la femme aimée, comme psalmodiés et devenus partageables via l’écriture offerte tant à la femme qu’au lecteur, le poète se fait tour à tour : réflexif, analytique, lucide et rêveur, à propos de ces – ici & maintenant – de l’amour éternel  vécu dans la liberté, l’offrande authentique. Le poète transfigure une nouvelle fois ces instants par cet autre art qu’il pratique avec autant de talent, à savoir la création picturale :

« En sa flamboyance / La femme devient soudain / Ce rayon de vie, /Cette embellie, /Que le peintre ébauche / Patiemment et amoureusement /Sur le grain de sa toile de lin, /Durant que le poète la réinvente / Superbe en sa création, /Encore plus belle / Tel un défi inconscient / Qu’il lance aux dieux / Du temple de l’Olympe. ».

Les dessins & autres peintures de femmes nues ou dénudées, créés par sept (ah, ce chiffre 7 !) compagnons de route de Michel Bénard font ici écho à ses poèmes, Où l’amour bourgeonne / Entre deux tresses de lumière /(…) D’une informelle prière…  à lire, à relire, à rêver, à méditer, à partager, à réaliser  :

« Pour tendre soudain / Vers la perfection / D’une ligne calligraphique. ».

Arcachon, juin 2021

© Rome Deguergue