Carolyne Cannella, Parcelles d’Infini, Éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2e trim. 2019.

Carolyne Cannella, Parcelles d’Infini, Éditions Alcyone, collection Surya, Saintes, 2e trim. 2019, ISBN : 978-2-37405-059-1

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http://www.editionsalcyone.fr/442368323

Sur cinq vers asymétriques et toujours renouvelés , Carolyne Cannella décline les parcelles d’un infiniment grand, d’un infiniment poétique, tout à la fois intime et cosmique, humble et puissant : celui de l’Amour.

De manière générale, l’absence quasi-totale de ponctuation (ni chair   ni os), les libertés orthographiques voulues par l’auteur (dans la coulée de la scève) ainsi que  des audaces (tout se fait  de se dé-faire) donnent au texte un supplément de modernité et de mystère.

De même, la typographie changeante de ces quintils, tels des vagues de mots et d’incantations :

      Sortir du chemin

la rupture est provisoire

à l’inéluctable

      dire oui

          et s’accomplir

D’emblée, l’on ressent à quel point la poétesse cultive les espaces, les silences, telle une musicienne à son archet, telle une orpailleuse au fil de l’onde. D’emblée, le rythme dicte sa présence, la respiration gagne toute sa place.

Certes, on y trouve les mots de sa passion première, la musique (luth, Bach, chant, accordé, résonance), mais également un tropisme pour le mouvement (se glisse, se balancent, nous franchissons, s’approchent, ondule) comme si la danse était un trait d’union entre l’univers sonore et une vie gestante de frémissements. Cela dit, il nous semble que Cannella est ici avant tout poète, marieuse de mots, artiste-peintre friande d’images et vouivre du sens :

Nous  réceptacles du vivant

nous  qui transmutons

l’aube en crépuscule

et nos silences féconds

en paroles de lumière

 Souvent sensuelle (Sur les vagues qui scintillent / aller nue  et danser / neuve à chaque instant…) elle s’adresse parfois à l’être aimé en majuscule (Toi, Ta présence) mais toujours avec délicatesse:

De caresses en murmures enchantés

tu m’effeuilles, tu m’enflammes

sous l’irrésistible maelström

de tes hauts plateaux

aux délires impeccables

Minuscule approche pour un recueil élégamment imprimé sur papier blanc nacré : comme si la place du rêve, la forme graphique des mots, leurs sons chuchotés par le lecteur avaient valeur de prière, c’est à dire de langage avec un Plus Haut.

                                                              © Claude LUEZIOR

Service de presse n°59

Traversées a reçu :

Les recueils suivants :

  • A fleur de peau, suivi de Interview

Catherine Andrieu

Ficelle n°141, Atelier Rougier, Les Forettes, F-61380 Soligny-la-Trappe ; 2020

www.rougier-atelier.com

https://www.catherineandrieu.fr/a-fleur-de-peau/

  • A l’heure où les fauves dorment, poésie

Patricia Suescum

Citadel Road éditions, 2019,np

https://www.babelio.com/livres/Suescum–lheure-ou-les-fauves-dorment/1198321

  • Baie Saint-Paul, roman

Jean-Manuel Saëz

M.E.O., 2020, 175 pages

Quand John Mac Dolan, il y a bien des lustres, est arrivé dans le Grand Nord, nul ne lui a demandé qui il était ni d’où il venait. Il faisait partie des nombreux aventuriers qui ont fait la réputation de cette région canadienne depuis la Ruée vers l’or, envers lesquels les autochtones ne montraient aucune curiosité. Mais lui, ce n’était pas la fortune qu’il venait y chercher. Quand à ce qu’il y a trouvé…

Pour Camille Dorchamp, hôtesse de l’air parisienne, c’est la lettre d’un improbable shérif qui va la relancer dans une quête abandonnée depuis longtemps…

  • Branche d’acacia brassée par le vent – Huit mouvements

Florence Noël

Le chat polaire, 2020, 58 pages

Inspirés par le Cantique des cantiques, voici huit moments d’une rencontre amoureuse sous un acacia agité par le vent que Florence Noël vous invite à vivre comme huit mouvements mettant en musique les saisons d’une vie d’amour.

  • Brèches, poèmes

Bernard Schürch

Editions Rafael de Surtis, collection Pour un Ciel désert, 2019, 75 pages

  • Citations pour un jour de pluie

Fémi Peters

BoD (Books on Demand), 2019, 47 pages

Faites-vous partie de ces gens qui, au cours de leurs lectures, sursautent et s’en vont chercher un cahier pour noter une phrase qui les a touchés ? Faites-vous partie de ces gens qui partagent et commentent une citation sur les réseaux sociaux ? Peut-être même en imprimez-vous certaines pour les afficher sur votre mur, ou bien sur le frigo, ou encore en face de votre bureau, afin de vous donner du courage, pour vous inspirer, pour vous faire rêver. Bienvenue au club.

Fémi Peters est écrivaine, romancière, nouvelliste et poétesse. Passionnée de citations, elle avait envie de partager avec vous quelques-unes des citations qu’elle affectionne. En fin d’ouvrage, elle vous propose quelques-uns de ses propres poèmes.

Chacune des citations est illustrée par des photographies de Laure Seguinaud, soigneusement choisies.

  • Dans les broussailles du silence, poèmes

Marie-Christine Guidon

Prix d’édition poétique de la Ville de Dijon 2020

Poètes de l’Amitié, 2020, 48 pages

  • De toutes mes farces

Eric Dejaeger

Cactus inébranlable éditions, 2020, 63 pages

  • Des fleurs et des mots

Textes de Vénus Khoury-Ghata

Photographies de Michelle Gros

L’autre regard éditions, 2019, 63 pages

Des fleurs et des mots : magie des arts et de la poésie ! Magie des rencontres improbables ! Magie du hasard qui a fait que deux belles personnes aux parcours si différents ont pu se croiser, se rencontrer et s’apprécier au point de devenir les meilleures amies du monde dans la complicité d’un commun émerveillement devant la beauté naturelle…

En résulte de livre, véritable cadeau de fleurs et de poèmes, bouquets magiques qui rendent soudain la vie plus belle et plus légère.

  • La dette, suivi de Le dessein et de La destinée, poésie

Miloud Keddar

Parole & Poésie, 2019, np

  • Dites trente-trois, poésie

Patrick Picornot

Parole & Poésie, 2019, np

  • L’européelle, roman

Gérard Leyzieux

Stellamaris, 2019, 191 pages

Jean rencontre Lydia à Kiev fin 1980 juste avant son départ pour la Grèce avec son mari. Elle le quitte très rapidement pour rejoindre Jean à Paris ; sa fuite commence par la Bulgarie d’où elle ne sortira jamais. Jean l’a attendue en vain et dix ans après il se lance à sa recherche. D’abord à Athènes puis, dans le Sud de la Bulgarie, à Melnik.

Au fil de son parcours, Jean va être confronté à une série d’événements surnaturels qui vont apporter confusion et doute à son esprit scientifique. A l’image de « baba Vanga », la voyante prise dans une tornade dans sa jeunesse, tout semble s’animer, tourner, tourbillonner dans la tête de Jean. La fusion avec l’irréalité transfigure la réalité. Jean part sans Lydia mais science et magie s’uniront pour résoudre l’énigme de cette traversée de l’Europe et… elle.

  • Exquises petites morts, nouvelles

Liliane Schraûwen

M.E.O., 2020, 143 pages

L’amour… On le cherche, on le poursuit, on le fait et le défait, on en jouit, on en souffre. On le change, l’écrit, le peint, le joue et le feint… On meurt pour lui, ou l’on tue. Mais que recouvre ce mot ? Nous aimons Dieu (parfois), notre patrie (rarement), nos parents, nos enfants. Nous aimons rire et chanter,  nous aimons le sport, le cinéma, et même le chocolat ou le bon vin. Nous aimons nos rêves, nous aimons aimer. Nous aimons, aussi et surtout, cette moitié d’orange dont on nous a dit et répété qu’elle existe, qu’elle est là, quelque part, à nous attendre, et qu’elle comblera tous nos désirs, tous nos besoins. Le même terme pour désigner tant de choses : possession, jouissance, domination, jalousie, volupté, tendresse, sacrifice… Depuis toujours, Eros et agape jouent à cache-cache pour mieux nous tromper. Parfois, ils se trompent eux-mêmes, et tout dérape. Le bus fait une embardée, la déception nous dévore, la belle endormie oublie de se réveiller, la foudre frappe pour de bon… 

  • Formes de la lumière, poésie

Arnoldo Feuer

Les Lieux-dits, 2019, 33 pages

  • Les hibiscus sont toujours en fleurs, roman

Monique Bernier

M.E.O., 2020, 190 pages

Charlotte, une fillette européenne, et Daniel, un garçon rwandais, ont grandi ensemble pendant cinq ans, jusqu’au génocide de 1994. 

Vingt ans plus tard, dans un moment de désarroi, Charlotte revient au Rwanda. Elle a l’intention de retrouver Daniel et de se replonger dans ce pays qui l’avait chassée. Elle retrouve des connaissances rwandaises, fait des rencontres et découvre peu à peu l’histoire de son ami en même temps que les complexités du pays.

Daniel, de son côté, souffre toujours. Le passé est désespérément présent. Il ne sait pas que Charlotte le recherche. 

  • Histoire édifiante des vies et gestes de Feu Robertson, poésie

Sharl Hot Ganache

Partycyl System ; partyculsystem@rocketmail.com

https://quartierlibre.co/partycul-system-feu-robertson-vitaphone

  • Hors-jeux, poésie

Aumane Placide

Parole & Poésie, 2019, np

  • Ici, à nous perdre, poèmes

Luminitza C. Tigirlas

Illustration de couverture de Doïna VIERU

Editions du Cygne, 2019, 70 pages

Ici à nous perdre s’écri(e)t et se donne à lire d’un seul souffle : Le mot n’y est plus en extase de fuite. Ici est bouche qui hurle / aphone / sans esquiver / le halètement de la moribonde, c’est une toupie du visible et sa pointe tourne comme s’il y avait urgence à refixer l’univers du poème — la vie même, car Ici est resté en dehors de l’Amie disparue. Dans l’après Ici, seul l’amour n’est pas à perdre, il pénètre l’invisible, il traverse la nuit du long adieu où la paume de celle qui doit respirer sa nouvelle solitude est trop chaude…

  • Il y a très longtemps… il faisait beau, album jeunesse

Textes et dessins de Jeanne Champel-Grenier

France Libris, 20 pages

  • Indicateur de la ligne du ciel, poèmes

Jean-Pierre Luminet

Cherche midi, 2020, 108 pages

« princesse des lumières et des vents

les étoiles défileront dans des yeux infinis

et la mer

ta vaste mer

je la verrai poudroyer de vapeurs blondes

tourbillons d’astres clairs dans mes gouffres vermeils

écume ardente faite avec les mondes

houle insondable

où bout la mousse de tes soleils »

Scientifique de  réputation mondiale mais féru de poésie depuis son plus jeune âge, Jean-Pierre Luminet publie ici son neuvième recueil. Une œuvre de maturité alternant noirceurs et lumières, dont l’expression poétique montre une connaissance subtile de l’âme humaine, et où l’érotisme joue un rôle central.

  • Intimes

Laurent Bayssière

Interventions à Haute Voix, 2020, 44 pages

« Intimes deux souffles primevères

audaces de l’hiver clochettes

d’ivoire tintinnabulent des syllabes

d’envies au champ des rires

de nos enfants »

  • Langues terriennes 
    • Langue maternelle, notes
    • Nuit inverse, Jean-François Agostini

Xavier Makowski

La Bergeronnette, nd, np

  • Lilith, l’amour d’une maudite

Nicole Hardouin

Préface d’Alain Duault

Librairie-Galerie Racine, Paris, 2020, 75 pages

https://revue-traversees.com/tag/nicole-hardouin-lilith/

  • Menthes-Friches, poèmes

Barbara Auzou

5 Sens, 2020, 101 pages

Menthes-Friches est né d’une volonté de parler « plus loin que la saison hostile » comme le suggère la lettre 2 de la section « Dans l’Atelier ». Qu’elle soit variation autour de la menthe, de l’arbre à soie, du jardin plus généralement, il y a des secrets qu’on n’élève qu’au bleu du silence et c’est la main qui prépare la rencontre. La tranquillité familière cherche son bonheur dans son sachet de lavande, l’armoire son masque dans un feutre mou. Et la beauté poétique son ultime espace à faire feu… 

  • La nuit porte jarretelles, poèmes

Béatrice Libert

Cactus inébranlable, 2020, 56 pages

Béatrice Libert, qu’on a connue dans une tout autre vie littéraire, s’emploie ici à se révéler digne descendante d’un Tardieu ou à passer du scolaire parodié (qu’on lise ses problaimes (sic) revus à la hausse de l’hilarité générale) à quelques pages d’un dictionnaire complice pour saluer le grand poète liégeois disparu ! Vous apprécierez cette étonnante détourneuse d’autant plus que d’entrée de jeu, elle vous prie d’avancer vers le fond du poème. Il n’y a pas que la forme en effet, il y a le ciboulot qu’on met en question ! Même avec un entonnoir sur la tête, on peut réfléchir, pas vrai ?

Jean-Pierre Verheggen

  • Paroles données, paroles perdues ?

Asbl La Strada, rue de l’Association, B-1000 Bruxelles

268 pages, 14€

Le monde de la rue depuis l’expérience des premiers concernés accueillier lors de discussions entre sans-abri, travailleurs sociaux, quidams, dans des lieux d’accueil bruxellois.

  • Le pli des leurres

Luminitza C. Tigirlas

Z4éditions, Daniel Ziv, Le Monthury, F-39300 Les Nans

z4editions@gmail.com

www.z4editions.fr

Voici la présentation du livre qu’en fait l’auteure :

« Après avoir publié des poèmes, des essais littéraires et des nouvelles, le Pli des leurres est mon premier livre de fiction, que je dédie à Sarah Kane, auteure de la pièce 4.48 Psychose.

Inspiré par la rencontre de sujets tout aussi exigeants envers le langage que la dramaturge Sarah Kane l’avait été elle-même, mon nouvel ouvrage se fendille comme une bague de châtaigne sur un texte dramatique où le supplice psychique du personnage d’Oète se diffracte dans un théâtre intime à plusieurs voix… »

« Il y a des vides entre mon avis et mon intuition. Tout le monde vivra ce que je vis. Entre de telles pensées, pas de repos. Je ne peux pas révéler ce que je sais.

Toute vérité venant de ma part risque d’être mise sur le compte de la pathologie. » Extraits

« Demander l’impossible aux mots et se rebeller si fort contre l’aphasie ue les mots se mettent à dire. Les mots qui savent mieux que le locuteur. Les mots par où ça parle à travers l’éblouissante écriture de Luminitza C. Tigirlas n’arrêtent de spiraler dans cette fiction par les ténèbres de la souffrance vers l’issue, la délivrance. Ne pas arriver à dire – et dire quand même, envers & contre tout, obstinément, passionnément. Leçon de courage, d’audace, de vie avec le personnage d’Oète dans Le pli des leurres. » Lambert Schlechter

  • Positions pour la lecture – Promenades (lectures – écriture – ateliers), textes, articles

Daniel Simon

Couleur livres, 2019, 137 pages

De façon profonde, la lecture a vécu une véritable mutation ces dernières décennies. Internet, la disparition brutale du temps long, la dispersion des attentions dans les réseaux… et, par ailleurs, une métastase de livres dans la confusion des édités et autoédités.

Le contexte de la lecture, son sens, ses enjeux ont changé. L’auteur pose un regard méditatif, parfois corrosif, souvent enchanté sur cette pratique fragile qui est de passer du temps à lire… de la littérature.

Il rassemble ici des réflexions au fil de ses expériences d’écrivain, d’animateur d’atelier d’écriture, de lecteur, de critique, d’éditeur…

  • Près de la goutte d’eau sous une pluie drue, poèmes

Serge Núñez Tolin

Rougerie, 2020, 69 pages

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2020/05/note-de-lecture-serge-près-de-la-goutte-deau-sous-une-pluie-drue-par-marc-wetzel.html

  • Rouilles, textes en prose

Françoise Louise Demorgny

Isabelle Sauvage éditions, 2015, 86 pages

  • La sourde oreille et autres menus trésors

Béatrice Libert, Poèmes ; Pierre Laroche, Collages

  • Le temps suivi de Notre-Dame, poèmes

William Cliff

La Table ronde, 2020, 122 pages

Le Temps pourrait finalement être le titre général de l’oeuvre, abondante et géneuse comme une fête breughélienne, de William Cliff.

Le temps dont il est question ici, c’est celui perdu et retrouvé de l’éternel explorateur de lui-même et du monde qu’est William Cliff, maître de la prosodie fantasque, subtil docteur de la rime et de l’assonance, enchanteur qui sait varier ses métamorphoses en créant le rythme entêtant qui vous invitera à le suivre là où il veut vous emmener, en l’occurrence sur les chemins de sa jeunesse extravagante : locataire improbable d’une mansarde bruxelloise où le précédent occupant a laissé ses seringues de toxicomane, professeur sans vocation dans un lycée plein de jolis garçons, inspecté plus qu’à son tour pour sa désinvolture pédagogique, oscillant entre la recherche d’un radiateur à gaz pour se réchauffer et l’épuisement d’une canicule sous les toits. Mais le poète s’en tire toujours, fragile et joyeux. L’inspecteur lui pardonne puisqu’il lit Rimbaud à ses élèves et célèbre avec eux l’aube d »été qu’on embrasse à pleine bouche

Comme Raymond Queneau dans Chêne et Chien ou Georges Perros dans La Vie ordinaire, William Cliff s’inscrit dans la tradition des autobiographes de la strophe qui réconcilient la poésie et la narration. Et le sarcasme et l’autodérision, ici, se livrent à une partie serrée et sans vainqueur avec la nostalgie et le lyrisme provocateur.

Le Temps est complété par un codicille de 1996, un long poème sur Notre-Dame, adresse parnassienne et prophétique à cette cathédrale que Cliff aime parce qu’elle est « ferme et tranquille au milieu des ravages », comme un amer dans une existence flottante et incertaine.

  • Trajectoires tronquées, nouvelles

Gérard Le Goff

Stellamaris, 2020, 177 pages

Dix nouvelles. Dix histoires. Dix parcours interrompus. Souvent de façon imprévisible. Parfois de manière brutale. Toujours chaotiques.

Après avoir lu ces récits, peut-être éprouvez-vous une appréhension incontrôlable quand vous garerez votre véhicule dans un parking souterrain ? Assisterez-vous encore à un spectacle de cirque avec votre regard habituel ? Allez-vous redouter votre prochain sommeil parce qu’il pourrait vous conduire au seuil d’un cauchemar ? Arpenterez-vous toujours avec insouciance les couloirs du métro ? Rêverez-vous sans a priori de l’auxiliaire ménager parfait ? Vous aventurerez-vous s l’ombre d’un pressentiment dans les ruines d’un monastère ? Ferez-vous confiance à un détective privé ? Vous méfierez-vous de la peinture ? Aborderez-vous n’importe qui dans un pays étranger ? Embarquerez-vous sans méfiance à bord d’un bateau sans vérifier au préalable sa destination véritable ?

Alors : lire ou ne pas lire, c’est toute la question…

Les revues suivantes :

  1. Les Amis de l’Ardenne 65, septembre 2019 ; Vouziers, France

Dossier Thomas Owen, Prince du fantastique

  1. Art et poésie de Touraine ; St-Cyr-sur-Loire, France
  2. Athena, le mag scientifique, 345, janvier-février ; 5100 Jambes
  3. Le bibliothécaire ; 4/2019, 1/2020 ; Genappe, Belgique
  4. Le carnet et les instants ; 203, juillet 2019, 204, septembre 2019, 205, janvier 2020 ; Bruxelles, Belgique
  5. Chronique des musées gaumais ; 242, 1er semestre 2019, 243, 2ème semestre 2019 ; Virton, Belgique 
  6. Comme en poésie ;81, mars 2020 ; 82, juin 2020 ; Une trentaine de poètes à chaque numéro, une rubrique « Lectures » de Jean Chatard, « La cité critique » de Jean-Pierre Lesieur ; 84 pages A5 ; Hossegor, France
  7. Concerto pour marées et silence ; 13-2020
  8. Coup de soleil ; 108/109, juin 2020 ; spécial Béatrice Bonhomme ; Annecy, France
  9. Debout les mots ; 76, janvier 2020, Bruxelles, Belgique
  10. Eclats de rêves ; 66, 2ème semestre 2019 ; 67, 1er semestre 2020 ; Gaillac, France
  11. Florilège ; 178, mars 2020, Dijon, France
  12. Le Gletton ; 525-526, janvier-février 2020, 527 à 530, mars à juin 2020 ; Dans le numéro de juin, un bel article sur Jean-Luc Geoffroy, « Le plus gaumais des ardennais »,qui a oeuvré en qualité de responsable du Service du Livre Luxembourgeois et a cru dès le départ en la revue Traversées ; merci infiniment à son soutien et à ses conseils précieux ; Chantemelle, Belgique
  13. Gong ;66, janvier à mars 2020 ; Rillieux-Le-Pape, France
  14. Interventions à Haute Voix 61, 1er trimestre 2020, Demain ; Chaville, France
  15. Lectures – Cultures 18, mai-juin 2020 ; 1080 Bruxelles, Belgique, www.bibliotheques.be 
  16. La lettre de Maredsous 49ème année, 1, avril 2020 ; Yvoir, Belgique
  17. Libelle 318 à 322, janvier à août 2020 ; Paris, France
  18. Nos lettres ; 33, mars 2020, Bruxelles, Belgique
  19. Reflets Wallonie-Bruxelles ; 63, janvier à mars 2020 ; 64, avril à juin 2020 ; Bruxelles, Belgique
  20. Septentrion ; 48ème année ; 3, 3ème trimestre 2019 ; 4, 4ème trimestre 2019, Rekkem, Belgique
  21. Soleils & cendre ; 133,avril 2020 ; Rouge – quelque chose palpite ; Bollène, France
  22. Traction-Brabant ; 87, février 2020 ; 88, mai 2020, Montigny-les-Metz, France

NATURE HUMAINE de SERGE JONCOUR Flammarion ; Rentrée littéraire – 19 août 2020 (398 pages- 21€)

Chronique de Nadine Doyen

Nature humaine, parution le 19 août 2020, 21 €, 145 x 220, 416 pages

NATURE HUMAINE de SERGE JONCOUR  Flammarion ; Rentrée littéraire – 19 août 2020 (398 pages- 21€)

Un nouveau Joncour annoncé, en librairie on accourt, tant l’auteur nous a rendus addictifs à ses intrigues. NATURE HUMAINE,(1) ce titre gigogne, qui peut englober bien des sens/des possibilités, d’emblée interroge. C’est avec bonheur que l’on retrouve l’ADN de « l’écrivain national » !

Serge Joncour appartient à cette famille d’écrivains, dite « des transfuges », ces enfants de la campagne qui s’en sont éloignés mais en font leur terreau littéraire.

Citons le roman solaire L’amour sans le faire, devenu le film « Revenir » sous la caméra de Jessica Palud qui met en scène le retour de Franck à la ferme familiale.

Rappelons également que l’auteur a signé la préface de Petit paysan de Catherine Ecole-Boivin, qui rend hommage à cet homme, à rebours de la mondialisation, cultivant sa terre comme ses ancêtres, refusant de la tuer avec engrais, pesticides. Rien ne vaut la binette ou le fumier.

Cette fois-ci, avec Nature Humaine, l’auteur creuse plus profondément son sillon agraire en mettant en scène les Fabrier dans leur ferme du Lot, paumée au milieu des coteaux aux Bertranges (lieu familier pour les lecteurs de L’Amour sans le faire). « Une mine d’or végétal » .

Mais « La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s’offre ou se refuse, en fonction des années. », et qui est soumise au dérèglement climatique. 

Avec son prologue in media res (daté du 23 décembre 1999), Serge Joncour sait ferrer son lecteur. 

On s’interroge : Que s’est-il passé pour qu’Alexandre se retrouve seul dans ces murs qui ont abrité toute sa famille ? Comment en est-il arrivé là ?

Que fomente-t-il avec « les mortiers et le fuel » ? « Tout était prêt », nous indique le narrateur, ce qui accroît le mystère. Par sa construction originale, il maintient le suspense avec brio.

L’auteur remonte le temps de 1976 à 1981 d’abord, enjambant les décennies et retrace le quotidien d’éleveurs, d’agriculteurs, maraîchers sur plusieurs générations.

C’est d’abord la chaleur qui saute au visage du lecteur. 76, été caniculaire, « la nature tape du poing ». Les terres sont craquelées, « les prairies s’asphyxient », les bêtes crèvent de soif.

C’est sur les épaules d’Alexandre, le pilier du roman, 15 ans au début du récit, que repose la transmission du domaine des parents. Il apprend le métier dans un lycée agricole. Un travail sans relâche, qui « embrasse le vivant comme l’inerte », souligne Serge Joncour et qui exige d’avoir de multiples compétences. Un métier auquel le romancier rend ses lettres de noblesse.

C’est tout un mode de vie que Serge Joncour autopsie et détaille. Des journées rythmées par la télé. Le rituel du JT de 20h (violence des luttes au Larzac, attentats…). Midi Première, Apostrophes. Bel hommage rendu à Mitterrand : « un intellectuel champêtre, un stratège ami des fleurs ».

Autre rituel :l’incontournable expédition du samedi au Mammouth en GS ! « l’extase, une fois les portes franchies » de « cette cathédrale de tôle et de béton », l’immanquable goûter à la cafétéria.

Mais pour le père, c’est une affaire de business, l’agriculture sacrifiée sur l’autel de la finance ! S’assurer un revenu, c’est être entraîné dans le système productiviste.

Un vent de nostalgie souffle chez les grands-parents lors de leur dernière plantation de safran.

Un crève-coeur pour ces « paysans dépositaires de gestes millénaires qui, demain, ne se feraient plus. ». La concurrence étrangère les a anéantis. Cette culture n’est plus rentable.

Entre le père et Alexandre, les divergences de vue génèrent des tensions. 

Le père, génération charnière, veut agrandir, se moderniser, investir pour respecter les normes. 

Cette course à l’agrandissement en vaut-elle la peine ?

Difficile en plus d’accepter les remontrances quand on est devenu adulte. Quand ils sont en froid, Alexandre trouve son refuge dans « ces grands espaces offerts au soleil », sa pampa, son Montana en sorte. Serge Joncour dégaine alors sa plume de nature writer et de poète, pose son regard d’artiste sur les paysages et déploie le même talent que Rosa Bonheur pour peindre les animaux.

L’écrivain des champs (2) montre à plusieurs reprises la fracture entre Paris et la province.

Les trois sœurs (dont on suit les parcours), une fois adultes, seront happées par la vie citadine.

Enfin arrive dans ces campagnes reculées le téléphone qui va jouer un rôle important pour les protagonistes du roman. Le progrès, c’est comme « une machine qui vous broie » pense Crayssac, le paysan chevrier intemporel, quelque peu visionnaire qui peste contre « les poteaux traités à l’arsenic », « les fils en caoutchouc ». Un voisin perçu comme « un prophète de malheur ».

Et l’amour ? Puisque « Joncour a toujours rimé avec amour », selon les journalistes !

On devine l’inquiétude des parents : « quelle fille accepterait de vivre ici ? »

Le narrateur semble avoir un penchant pour des héroïnes à l’accent étranger. Souvenez-vous de Dora, la flamboyante et magnétique Hongroise. (3) Des scènes empreintes de sensualité aussi dans Nature Humaine : c’est la blonde Constanze, de Leipzig/Berlin-Est, en coloc avec sa sœur aînée, qui ne laisse pas Alexandre indifférent. Une étudiante qui ne rêve que de voyager .

Ce qui donne l’occasion à Serge Joncour, lui, l’usager du train, de se livrer à un « bashing » en règle contre tous ceux toujours en partance ! Le père d’Alexandre lui aussi « conchie l’avion » quand il évoque ces « tonnes de steaks congelés qui font 20 mille kilomètres avant d’arriver dans votre assiette ». Il privilégie le circuit-court. « Les animaux c’est comme les hommes, faut pas que ça voyage, sinon ça ramène plein de saletés. » ! Et voilà la vache folle qui décime des troupeaux entiers et laisse exsangue financièrement les éleveurs. Un acarien asiatique qui menace les abeilles.

C’est dans un style de la démesure, de l’outrance que le romancier s’insurge contre toutes ces mesures allant contre le bon sens : « la mondialisation heureuse jetait des millions de gens dans les avions », « tout voyage :les céréales, les vaches, les micro-ondes qui viennent de Hongkong ; on vend notre lait aux Chinois, tout ça se croise dans les airs ou sur les bateaux, c’est n’importe quoi. »

Mais cette « déesse teutonne », d’une autre planète, ne serait-elle pas une relation toxique ? 

Sa bande d’activistes antinucléaires n’a-t-elle pas fait prendre d’énormes risques à Alexandre ? 

Des indices jalonnent le récit : « Cette fille, il vaudrait mieux qu’il s’en détache. Qu’il la plante là. »

Nature Humaine, c’est aussi le goût dans l’assiette : « le poulet rôti dont les arômes hantaient tout le coteau », « les pommes dauphines et la côte de boeuf », « la tarte aux pommes ou aux courgettes ».De quoi saliver ! Notre santé ne se joue-t-elle pas dans notre alimentation ?

C’est l’odeur « de terre exaltée par la fraîcheur du sol », celle émanant d’une boulangerie…

L’écrivain- peintre déplie un riche éventail de couleurs : les boucles blondes de Constanze, l’océan des fleurs bleues de la menthe sauvage, le « vert émouvant des feuilles en pousse », le rouge de la vieille micheline,« le coteau peint du violet éphémère du safran », les grappes blanches du tabac en fleur, le jaune du colza avec des coquelicots au milieu… De quoi « pimper » votre lecture.

L’écrivain publicitaire nous gratifie d’une séance de photos de jambon (sous blister) au coeur des prairies. Si le père est flatté de voir son décor servir « à vendre du rêve », il s’offusque du rose, synonyme d’un gavage de « nitrates, de colorants… ».Scène cocasse (présence d’un taureau) !

Serge Joncour a fait remarquer dans un tweet que « l’homogénéisation et l’intensification des systèmes de culture et d’élevage se font au détriment des milieux naturels ». Ici, le narrateur soulève la dérive de l’agriculture avec le maïs transgénique, l’abus des produits phytosanitaires, le scandale des veaux aux hormones, « gavés d’anabolisants ». Crayssac était contre toutes ces chimies.

Dans cette peinture de l’agonie du monde paysan, du deuil de la disparition des traditions, il y a du Bergounioux, du Marie-Hélène Lafon. 

Serge Joncour confirme sa connaissance de la ruralité, des superstitions, ausculte Gaïa, et immortalise avec réalisme cette France profonde, « le monde des oubliés » à la manière de Raymond Depardon (gares à l’abandon, « l’ambiance désuète » d’une salle d’auberge….)

L’auteur réussit ce tour de force de nous tenir dans ses rets, une fois de plus, jusqu’à la fin ! Il n’a pas son pareil pour distiller une phrase énigmatique qui retient notre attention : quelle est donc « cette arme absolue » que Crayssac se targue de détenir pour empêcher la construction de l’autoroute ? Et si « Le Rouge », n’était pas un fou mais plutôt un vieux sage ? 

Un mystère nimbe le bois de Vielmanay que détient ce réfractaire ermite. 

Un jour Alexandre saura. Un jour, cet illuminé, ce précurseur qui dénonce la société de consommation, lui confiera son secret bien enfoui ! On ne peut pas rester insensible au destin bouleversant et tragique de Joseph… Les rivalités entre voisins sont évoquées, ainsi que la ferme communautaire de la bande d’Anton, « vivant en autarcie heureuse », hors du temps.

Au fil des pages, Serge Joncour explore les relations de la famille, montre une fratrie délitée au grand dam des parents (jalousie, rapacité). Il décrypte également le couple, les relations amoureuses d’Alexandre dont celle fusionnelle, cependant en pointillé avec Constanze, « celle qui ne s’efface pas ». Le souvenir, comme présence invisible ! Il rend hommage à ce fils sacrificiel qui a tout perdu, sauf « cette nature grande ouverte », son éden où souffle un « parfum de patchouli ».

En même temps, l’écrivain brosse le portrait de la France entre 1976 et 1999 avec la succession des présidents, des premiers ministres : « Les grands moments de l’Histoire sont la consigne de nos souvenirs personnels ». Les événements surgissent ( Tchernobyl, la marée noire de l’Erika, chute du Mur), passent, cèdent la place à d’autres catastrophes. Des années tumultueuses, secouées par les manifestations, les luttes acharnées des antinucléaires, des paysans, les détonations. Une litanie de lois, de contrôles, de normes contraignantes : « De jour en jour, chaque geste était encadré par une loi, même dans les coins les plus reculés ». On construit des rond-points, le réseau routier s’est transformé en manèges, « les zones périphériques deviennent une succession d’hypermarchés ».

Le suspense court jusqu’à l’épilogue, le lecteur étant au courant des récents projets d’Alexandre.

On est tenu en haleine ! Ne vient-il pas de tout vérifier ?! Psychose qui grandit à l’approche du bug de l’an 2000, annoncé comme apocalyptique. Suspense décuplé par le bulletin météo alarmant. 

Le romancier traduit avec maestria la panique, l’angoisse paralysante, les peurs au point de les communiquer au lecteur tout comme la sidération qui habite ensuite les Français, pétrifiés.

Et si ce cauchemar exceptionnel et tragique servait de catalyseur pour ressouder la famille Fabrier ?

Nature Humaine offre une traversée vertigineuse qui fait office de mémoire collective, avec une play-list éclectique dont le tube « Ne m’appelez plus jamais France.».Important name-dropping !

Serge Joncour signe un livre requiem, foisonnant, d’une ampleur exceptionnelle qui mêle saga familiale, rurale/agricole et amoureuse, fresque historique et sociologique, catastrophes climatiques (l’apocalyptique tempête de 1999), le tout réfléchissant les enjeux politiques, économiques et la mondialisation. Des thèmes qui revêtent une troublante résonance avec l’actualité du moment et qui font réfléchir. Un roman monde qui nous émeut, nous ballotte, nous essore, nous percute, baigné toutefois par la vague verte des paysages apaisés, par le velouté des prairies grasses… On y trouve un plaisir triple : tactile, gustatif, olfactif ! Une fiction coup de poing qui s’empare de la détresse du monde paysan avec empathie. Un roman monument grandiose et explosif, qui grouille de vie, pimenté par l’amour, ourlé de poésie ,toujours autant cinématographique, servi par une écriture d’une parfaite maîtrise. Du grand art ! « Wunderbar», dirait Constanze ! 

© Nadine Doyen


(1) : Parution de Nature Humaine le 19 août 2020, Flammarion.

(2) : Expression utilisée par Stéphanie Hochet (3) Héroïne de L’écrivain national

(4) : Daishizen : l’art de ressentir la nature, de tisser un lien spirituel avec la terre. 

Golgotha de Claude Luezior

Golgotha de Claude Luezior

poésie

Éditions Librairie-Galerie Racine, Paris, premier trimestre 2020, 94 pages

Claude Luezior, aujourd’hui écrivain à la bibliographie conséquente, propose à dix-sept ans ce texte, illustré par ses soins. Golgotha traite d’une thématique sacrée : une démarche surprenante pour un jeune homme de cet âge. La gravité du propos ne vient-elle pas contredire l’adage rimbaldien : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » ? (1)

Le récit de la Passion a irrigué depuis des siècles les arts majeurs en Occident, mais aussi la littérature. A titre d’exemple (et non des moindres), en 1911, avec Le Chemin de Croix, Paul Claudel s’empare de l’imagerie du Nouveau Testament pour forger sa propre liturgie : un texte fleuve, couturé de points d’exclamation, comme pour scander, marteler une profession de foi qui confine à l’extase. Le poète n’omet aucune des quatorze stations. Il n’oublie personne en route : de Simon le Cyrénéen à Marie en passant par Véronique.

Rien de tel dans l’œuvre de Claude Luezior. Bien que l’ensemble puisse révéler de prime abord une narration en continu, on distingue trois parties d’inégale longueur structurant le corps de la rédaction : la première consacrée à la crucifixion ; la deuxième à la déploration ; la troisième à la résurrection.

Pour débuter, le poète opte pour la onzième station : celle du supplice ; c’est dire s’il place d’emblée le lecteur au cœur de la tragédie, de la manière la plus abrupte qui soit. Le style s’avère sobre : « Alors, ils le crucifièrent au lieu nommé Calvaire, en hébreu, Golgotha. » Ce nom propre, qui en araméen signifie littéralement : le « lieu du crâne », semble devoir exiger de sa part, afin de l’évoquer, une écriture dépouillée, comme grattée jusqu’à l’os, non dépourvue de lyrisme, cependant – mais un lyrisme mesuré, à l’opposé des accents claudéliens : « Nos déserts / Nos orgueils / Nos absences / Etaient ses clous ».

Imaginant l’agonie du Christ, Claude Luezior dénonce l’indifférence dont fait trop souvent preuve l’homme face à la violence et à l’injustice : « Nuit d’aveugles. Nous le sommes toujours, devant ceux que nous crucifions. » En associant la notion d’humanité, contenue dans ce pronom personnel pluriel, à une évocation du divin, l’auteur confère une dimension universelle à son récit : « Ce soir-là / Notre Golgotha / Oscilla / Entre l’espoir / Et le désespoir. » Et plus loin : « Ensablé de ténèbres, le doute / Prit racine dans cette nuit. »

Car c’est bien l’humanité que le poète prend à témoin lorsqu’il évoque une histoire aux allures de légende. Une humanité peuplée de victimes et de bourreaux, souvent les deux – tour à tour. « Il était là, pantelant, délivré de nos tortures. » Une humanité qui, cependant, aspire aussi à se dépasser : « Confusément / Nous eûmes / Faim / D’éternité ».

La première partie se clôt par une phrase lapidaire : « On le descendit de la croix. » Mais ces quelques mots, si simples, isolés au centre d’une page, acquièrent un relief singulier, comme un signal abolissant l’absence.

La déploration est affaire de femme. Toutes les mères du monde, toutes les amantes se manifestent, sans doute plus enclines à l’empathie : « La Vierge était prière / En sa robe muette » et : « Marie de Magdala, la sublime amoureuse, l’infinie pécheresse amnistiée au nom de la tendresse, avait suivi l’Homme au cœur de sa passion. » Et encore : « Et toutes les Marie unirent leurs regards. » Mais, par-delà la douleur, se profile déjà l’attente d’un futur meilleur : « Le corps lourd / Du Crucifié / Concentrait / La plus folle / Des espérances ».

La résurrection est évoquée non comme le retour du mort (le revenant) mais bien plutôt comme une nouvelle naissance : « Une couleur d’aube, de sang et d’amnios jaillit, tel un enfantement. » Là encore, le miracle n’est pas interprété de manière liturgique ; il s’agit d’inviter les hommes à venir entendre le message du Christ : « Tous, nous étions conviés à l’incroyable autel. » Comprendre par-dessus tout ce que signifie la rédemption : « […] son insupportable pardon. »

Et pour dire l’espérance juste quelques mots discrets, comme confinés au mitan de la page : « Nos fêlures étaient devenues cicatrices» et : « Trop humaines, nos boues se dressèrent et s’ouvrirent comme fleur ». Alors, le supplicié prend soudain l’apparence de ce parent malade, dont la souffrance nous attriste, de cet ami plongé dans l’affliction, de ce déshérité sans toit ni nourriture, de tous les parias de ce monde, vers qui peuvent et doivent se tourner nos regards et s’ouvrir nos cœurs. La compassion peut être laïque.

Cette parole de foi est également l’expression d’une volonté. Pas une volonté de puissance ; plutôt une volonté de recourir à la paix et à l’amour (au sens générique du terme) pour justifier notre quête éperdue du bonheur terrestre. « Désormais / L’encre / Des prophéties / S’inscrivait / Dans nos écritures ». Une parole qui reste, qui conforte en nous le désir de construire quelque chose de fiable et de durable. Comment nier, en effet, que le christianisme demeure l’un des piliers de notre civilisation, au même titre que l’héritage gréco-romain, n’en déplaise à un quarteron de pégreleux ? On peut, à cette occasion, invoquer la prophétie, en forme d’imprécation, de Patrice de la Tour du Pin : « Tous les pays qui n’ont plus de légende / Seront condamnés à mourir de froid… » (2)

L’œuvre s’achève non sur un Te Deum mais sur une clameur : « Et notre chant éclata / Beau comme le chant de l’Homme ».

Les illustrations parsemant le texte de façon judicieuse se composent d’entrelacs tracés à l’encre noire sur un support immaculé, où peuvent se deviner des visages (de l’humain, donc). Elles se présentent comme les armatures de vitraux dépourvus de leur verre coloré, qui laisseraient passer en abondance une lumière blanche, telle une aube souveraine.

© 2020 Gérard Le Goff

  1. Roman (1870), in : Poésies, page 71, Garnier © 1977
  2. Prélude (1933), in : La quête de joie, page 25, Poésie / Gallimard © 2012

Sonia ELVIREANU, Le souffle du ciel, Éditions L’Harmattan, Paris, oct. 2019, 155 p.

Une chronique de Claude Luezior

Sonia ELVIREANU, Le souffle du ciel, Éditions L’Harmattan, Paris, oct. 2019, 155 p.
ISBN : 978-2-343.18739-6

Avec une délicate féminité, l’auteure roumaine mais bilingue Sonia Elvireanu féconde ici, par la magie de ses mots, un voyage initiatique : 

l’homme est le Ciel, la femme, la Terre
l’homme, l’aile d’azur, la femme, celle d’argile,
chacun peut être l’arc-en-ciel
le commencement de l’épanouissement  (…)
dans l’embrassement du Ciel et de la Terre
moi, sur la ligne de l’horizon  (pp 44-45)

Créativité de la langue sécrétant ses remous aurifères (l’éphémérité s’enterre jusqu’à la résurrection, p. 106), minime delta aux infimes reflets, tournures subtiles et accents d’une culture-sœur nous charment et nous maintiennent aux aguets. Tout au bout de cette ligne de vie, la solitude du poète, une pomme flétrie qui s’accroche à sa branche, une intériorité potentialisée par l’absence…

Mais pas seulement.

L’itinéraire est riche d’une spiritualité sous-jacente : Dieu est souvent en filigrane. Les mots baptême, prière, bénédiction, psaume de la vie se retrouvent avec constance, y-compris dans les titres des poèmes. Loin d’être un livre religieux, ce recueil est  imprégné d’une spiritualité délicate. Elvireanu évoque même la reine de Saba, femme du Levant, / or, encens et myrrhe / sur mon chemin étoilé (p. 36), figure mythique de l’Ancien Testament, tout à la fois laïque et spirituelle, astrolâtre et charnelle, sur la longue route qui la mènera au redoutable roi Salomon, symbole du monothéisme.

Dieu,
donne de la sérénité à ma pensée
pour que sa limpidité ne tombe
nulle part en chemin,
que les pétales couverts de rosée
s’ouvrent doucement effleurés par Toi
dans le ciel de la paume (… p. 142)

Ces lignes ne sont pas sans nous évoquer l’écrivaine chrétienne Marie Noël ou même Thérèse de Lisieux… Frémissements de l’être devant l’icône, ondulation d’un horizon où s’entremêlent joie et doutes.

Même avec un caractère transcendantal, l’itinéraire de Sonia Elvireanu est avant tout celui de l’amour  :

fais-moi découvrir que tu vis
quelque part dans un autre temps 
que le paradis ne sèche pas en moi,
que je le ressente sur la terre  (p. 87)

Mais ces caresses, cette présence-absence (une maladie qui se niche dans le cœur, p. 124), ces pulsions,  sont parfois rudes, âpres, cousues de mélancolie (p. 129) :

la solitude traînant ses pieds nus
tel un mendiant dans les rues
et sur les trottoirs déserts

Certes, le tableau ressemble, par son camaïeu de pastels, à un Monet (p.62) : les mains deviennent soyeuses / et se métamorphosent en pétales / des nénuphars fleurissent dans mes cheveux) mais sans facilité ni guimauve. Oui, ce recueil a du souffle, a du ciel : tel un psaume, il se lit avec une joie gourmande, mais également beaucoup de retenue et une infinie pudeur.

Claude LUEZIOR