Service de presse n°42

 

cropped-bandeau-traversc3a9es-44.jpgTraversées a reçu :

Les recueils suivants :

* Autobiographie rêvée

Daniel Simon ; éditions Couleur livres ; 2016 ; 86 pages

* Celles qui marchent près de nous

Guy Vieilfault ; poésie ; préface de Christian Amstatt ; prix d’édition poétique de la ville de Dijon 2016 ; éditions Les poètes de l’amitié ; 64 pages

* Entendre le monde

Alain Clastres ; poésie ; éditions unicité, 2016 ; 59 pages.

Lire Alain Clastres, c’est entrer vivant dans la matière des mots et des paysages, c’est voir le ciel, les montagnes, sentir le vent avec force et tranquillité. Dans ce recueil, il nous parle aussi de peintre, de poésie comme si cela préexistait déjà en nous. Alain Clastres est un poète qui dit l’infini comme il dit les oiseaux et la mer. Il use de belles certitudes et de patience qui expriment ce qui est pour finalement toucher l’infini. Le lecteur ne tardera pas à éprouver qu’ici le loin est proche et que le proche est loin. Une poésie non duelle qui exprime la simplicité au cœur des choses et nous invite à une autre lecture du monde.

* L’été de la rainette

Corinne Hoex ; éditions Le Cormier ; 2016 ; 31 pages

* Hors je

Stephen Blanchard ; poésie ; préface de Joël Conte ; France Libris ; 48 pages

Stephen Blanchard est le président-fondateur depuis 1974 de l’association « Les poètes de l’amitié – poètes sans frontières » qui publie la revue de création littéraire et artistique Florilège. Fondateur des Rencontres poétiques de Bourgogne en 1990, du Prix de l’édition de la ville de Dijon en 2001, il crée entre autres « l’Union nationale pour l’information des auteurs et concouristes » en 1991, puis en 1994, l’association « de la poésie contemporaine française »…

* L’or des étoiles

Francesca Y. Caroutch ; préface de Salah Stétié ; éditions du Cygne, collection “Poésie francophone” ; 2015 ; 67 pages

“Poèmes inspirés, tout d’énergie spirituelle. Vous partez des choses plus énoncées pour nous conduire à la quête de l’être.

J’aime cette poésie cosmique et liée paradoxalement à la ténuité de l’instant. C’est une poésie en effet de passante, de nomade et qui se veut fille éphémère de la variété des heures et des saisons.

Il y faut beaucoup d’intuition et de sensibilité, et vous débordez de l’un et de l’autre.”

Salah Stétié

Francesca Yvonne Caroutch a publié une vingtaine de recueils de poèmes, dont La voie du coeur de verre qui reçut le prix Louise Labé. Elle est également romancière et traductrice de poètes italiens, comme Dino Campana et Ungaretti. Certaines de ses oeuvres sont traduites en tialien, anglais, japonais et portugais. L’homme de feu, Giordano Bruno, se situe entre la fiction et l’érudition (éditions Pygmalion).

Elle publia, entre autres, quelques essais sur la poésie et sur le bouddhisme tibétain, ainsi que cinq ouvrages illustrés sur le

mythe de la licorne et son origine orientale. Le livre de la Licorne, symboles, mythes et réalités, obtint le prix du Pélican d’or. Son dernier recueil, Les enfants de la foudre, parut aux éditions Rougerie en 2011, à la suite de Clameurs nomades, aux éditions du Cygne, en 2009.

* Le partage d’un temps

Michelle Caussat ; éditions Thierry Sajat ; 2015 ; 17 pages.

* Recueille la fleur de mes pensées

Marianne Ledent ; Evocations poétiques ; éditions Chloé des Lys ; 2016 ; 116 pages.

Marianne Ledent est née à Charleroi en 1953 mais elle a toujours vécu à Bruxelles.

Sa mère et son grand-père maternel étaient tous deux journalistes de tourisme et avaient la plume facile. Son père, quant à lui, était assez érudit et lecteur assidu. L’écriture est dans ses gènes. C’est son moyen d’expression favori.

Marianne Ledent nous décrit son univers par petites touches un peu comme un peintre impressionniste.

Elle nous fait pénétrer dans son monde peuplé de rêves et de sensations. Son terrain de jeu, ce sont les moments de la vie qui touchent son imaginaire et sont sources d’inspiration.

Dans le choix de ses sujets de prédilection, elle balaie assez large entre l’enfance et la mort, l’été et l’hiver, ou encore le bonheur et la tristesse, la mer, les oiseaux et la nature en général.

Les contrastes l’attirent manifestement.

Recueil à laisser à portée de regard, à feuilleter de temps en temps, suivant l’humeur du moment.

* Requiem

Marie-Josée Desvignes ; poésie ; éditions Cardère ; 2013 ; 107 pages.

“ C’est un ciel de braise à perte de vue – au-dessus d’une mer sombre, agitée – L’écume – des vagues – l’aube – c’est une foule anonyme pressée sur la colinne, leur pieds nus dans le sable – leurs sillons irréguliers – grain sombre, précieux – les nuages – ensemble – une tempête s’annonce – orchestration sauvage ”

* Roulette russe – Chants de vie et de mort

Horia Badescu ; poésie ; éditions L’herbe qui tremble ; 2015 ; 70 pages.

“ Et tout d’un coup

plus courts deviennent les jours,

et tu n’arives pas à saisir

que la lumière

est tombée

et d’elle-même

se retire,

et tout d’un coup tu la vois

à la fin des choses,

la fin qui maintenant est aussi

la tienne,

effaçant avec son noir absolu

la mémoire de l’ombre qui épaule

ta vie.”

Poète, romancier et essayiste roumain, Horia Badescu est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages publiés en Roumanie, France, Belgique, Etats-Unis, Macédoine, Bulgarie, Vietnam. Il a fondé aussi en 1991 le Festival international de poésie “Lucaian Blaga”. Parmi ses ouvrages traduits ou écrits en français: Le vol de l’oie sauvage (roman, Gallimard, 2 (2000); Miradors de l’abîme; Parler silence (poèmes, l’Arbre à paroles).

Les revues suivantes :

* Art et poésie de Touraine,

n°224, printemps 2016

revue trimestrielle

10, rue du Clos Prenier à F-37540 Saint-Cyr-sur-Loire

prix de la presse poétique 2007 de l’UPF

prix de la presse poétique 2008 de la SPF

Association fondée en 1955

nicole.lartigue@bbox.fr

(Nicole Lartigue)

* Le bibliothécaire

n°1/2016 ; 80 pages

B-1470 Genappe

dagneau.michel@skynet.be

(Michel Dagneau)

* Cabaret

# 17, printemps 2016 : Mode et travaux

31, rue Lamartine, F-71800 La Clayette

revue-cabaret@laposte.net

(Alain Crozier)

* Cahiers de la rue Ventura

n°31, 1er trimestre 2016, 64 pages A5

amis.rueventura@hotmail.com

http://clcailleau.unblog.fr

9, rue Lino Ventura à F-72300 Sable-sur-Sarthe

(Claude CAILLEAU)

Cinq femmes poètes : Marie Noël, Cécile Sauvage, Gilberte Dallas, Margherita Guidacci, Josette Barny (Textes de Jean-Pierre Boulic, Béatrice Marchal, Françoise Vignet, Jean Pichet, Eric Simon) ; Vers et proses de … Angelo Bandinelli, Patrick Beaucamps, Anne Certain, Jean-Marc Gougeon, Jean-Micehl Jouan, Ivand de Monbrison, Bruno Thomas ; « Des jours entre les mots » par Michel Passelergue ; La page d’enfance de

Nicole Luce ; Lire t relire par Bruno Sourdin, Pierre Borghero ; et la revue des revues …

* Le carnet et les instants

n°190, du 1er avril au 30 juin 2016

Lettres belges de langue française, bimestriel

Bd Léopold II, 44 à B-1080 Bruxelles

(Dossier : Histoires de vie ; événement : Frank Pé ; rencontre : Patrick Lowie…)

http://le-carnet-et-les-instants.net

carnet.instants@cfwb.be

(Laurent MOOSEN)

* Le Coin de table

n°66, avril 2016 ; Jacques Charpentreau, Société des Poètes Français, 16, rue Monsieur le Prince à F-75006 Paris ;

lamaisondepoesie@gmail.com

La poésie continue !

Robert Vigneau, Destin posthume de Marc Papillon ; Nicolas Gautherot, Quelques réflexions sur « le Poème en prose » ; Jean Messain, La Correspondance d’Alfred de Vigny ; Jean Cadas, La Ballade du vieux marin de S.T.Coleridge ; Jacques Charpentreau, Louis Aragon, poète ;

Poèmes : Pascal Adam, Patrick Auboin, Henri Bartoli, Marie Botturi, Lucien Bourgeois, Henri Cachau, Jacques Charpentreau, Didier Colpin, Daniel Cuvilliez, Marie-Martine Hellier, Mireille Hourani, Christian Laballery, Thomas Le Goareguer, Gérard Lemeunier, Jean-Luc Moreau, Vincent Ozbolt, Nicolas Pavée ;

Jacques Charpentreau, Pierre Lexert, Autre Ménagerie ambulante ; Jean-Luc Despax, Une lecture de La France aux quatre vents ; Jean-Pierre Rousseau, Lassi Nummi, poète de la lumière ; Jean Hautepierre, Christian Bouchain et le Corpus Poeticum ;

Chroniques : Guillaume Gallienne : Baudelaire, Apollinaire, Eluard et Aragon ; Mathilde Martineau, Le

Centre de Réflexion sur les Auteurs Méconnus ; La chronique d’Emma Tulu, Alain Duault, poète des blocs ;

Poèmes ; études ; comptes rendus ; critiques ; pages de garde.

Fantaisie

L’amour est coquin,

La Muse est coquette

Et se moque bien

De qui l’a choisie :

Ne vous gaussez pas

Des pauvres poètes,

Ils ont dans le cœur

Tant de poésie.

Si leur mirliton

Leur monte à la tête,

C’est qu’ils ont goûté

De cette amboisie,

Qui n’est quelquefois

Qu’une humble piquette

Mais de Margoton

Fait une Aspasie.

Ne vous moquez pas

Des pauvres poètes,

Ne vous faussez pas

De leurs fatrasies :

Ils sont si contents

De leur musiquette,

Ils aimeraient tant

Que l’on s’extasie.

Jean-Luc Moreau

* Comme en poésie

n°65, mars 2016, 84 pages A5

Revue trimestrielle de poésie

2149, avenue du Tour du lac à F-40150 HOSSEGOR

j.lesieur@orange.fr

http://perso.orange.fr/jean-pierre.lesieur

(Jean-Pierre LESIEUR)

* Debout les mots

n°60, janvier à mars 2016 ; n°61, avril à juin 2016

Périodique d’information trimestres de la Maison du Livre, rue de Rome, 28 à B-1060 Bruxelles

bibliotheque.1060@stgilles.irisnet.be

http://www.bibliothequedesaintgilles.wordpress.com

* Expressions – Les Adex

Les Ateliers d’Expressions personnelles et collectives

n°60, avril 2016

appt.43, 10, rue du docteur Roux à F-60200 Compiègne

les.adex@free.fr

http://www.lesadex.com

(Patrice PICHERE)

* Florilège

(n°162, mars 2016 ; 56 pages ; revue trimestrielle de création littéraire et artistique ; Maison des Associations « Les poètes de l’Amitié », revue Florilège, boîte H1, 2, rue des Corroyeurs à F-21000 Dijon.

redacflorilege@gmail.com

(Stephen BLANCHARD)

* Handshake,

n°93, 2016

5 Cross Farm, Station Road North Fearnhead, Warrington, Cheshire, WA2 0QG, England

(John F. Haines)

* Inédit nouveau,

n°279, avril à mai 2016 ; 32 pages A4 ;

avenue du Chant d’Oiseaux, 11 à B-1310 La Hulpe

0032 2 652 11 90

* Interventions à HauteVoix

n°55, 1er trimestre 2016 ; Lisières

MJC de la Vallée, 47, rue de la Bataille de Stalingrad à F-92370 Chaville

direction@mjcdelavallee.fr

http://www.mjcdelavallee.fr

* La lettre des Académies

n°36, Jacques De Decker, Palais des Académies, 1, rue Ducale à B-1000 Bruxelles

lettre.academies@cfwb.be

* Libelle

n°277, avril 2016, 6 pages A5 – Mensuel de poésie

14, rue du Retrait à F-75020 PARIS

pradesmi@wanadoo.fr

http://www.myspace.com/michelprades

(Michel PRADES)

* Microbe,

n°94, la revue qui est tout sauf de la revue ; mars-avril 2016 + Mi(ni)crobe # 51 : Vénus 13, de Céline Maltère ;

Launoy, 4 à B-6230 Pont-à-Celles

ericdejaeger@yahoo.fr

(Eric DEJAEGER)

* Plumes et pinceaux,

n°133, mars 2016, Arts et poésie, Nelly Hostelaert, rue du Temple, 39 à B-7331 Baudour

franz.nelly@yahoo.fr

(Nelly HOSTELAERT)

* Poésie sur Seine,

(n°91, avril 2016, revue d’actualité poétique ; 111 pages ; 13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud.

(Alexandre Voisard, Claude Albarède, Danièle Corre, Jehan Despert, Maurice Lestieux…)

13, Place Charles de Gaulle à F-92210 Saint-Cloud.

http://www.poesie-sur-seine.com

(Pascal Dupuy)

* Portique

n°102, avril à mai 2016

revue de création poétique, littéraire et artistique de l’Union des Poètes francophones

Mairie à F-84110 Puyméras

Cahier poétique n°48 : Des mots qui passent, de Kie (Philippe B.Y. Cailleux)

http://portique.jimdo.com

http://poesievivante.canalblog.com

(Chris BERNARD)

* Septentrion, Arts, Lettres et Culture de Flandre et des Pays-Bas,

44ème année, n°1, 1er trimestre 2016 : revue éditée par l’institution culturelle flamando-néerlandaise « Ons erfdeel vzw » … beaucoup d’articles et chroniques très fouillés

Murissonstraat 260 à F-8930 Rekkem.

+32 (0) 56 41 12 01

http://www.onserfdeel.be

http://www.onserfdeel.nl

http://septentrionblog.onserfdeel.be

(Luc Devoldere)

* Skené

Rivista di letterature francese e italiana contemporance

Revue de littérature française et italienne contemporaines

Poème et Poésie aux XXe et XXIe siècles

Henri Meschonnic en dialogue

(textes de Marcella Leopizzi, Henri Meschonnic, Jacques Ancet, Daniel Banon, Patrice Breno, Anne Mounic, Marko Pajevic, Serge Pey, Constantin Frosin, Delphine Garnaud)

A cura di – sous la direction de Marcella Léopizzi

+ Essais, documents, textes, comptes rendus…

Anno V – Vème année ; 2016

Schena editore, ZI Via dell’Agricoltura, 63 à I-72015 Fasano (Br – Italie)

http://www.schenaeditore.it

info@schenaeditore.it

(Luc Devoldere)

* Vocatif

n°27, printemps 2016

14, rue du Colonel Driant « Le Jalna » A2 à F-06100 Nice

monique.marta0294@orange.fr

http://www.moniqueannemarta.fr

Le sel sur le corps : textes de Saverio Bafaro, Daniel Biga, Claude Cailleau, Frédéric Dechaux, Alain Helissen, Annick Manbon-Lesimple, Marcel Migozzi, Aksinia Mihaylova, Denis Morin, Marc-Louis Questin, Corinne Tisserand-Simon, Guy Bellay.

Enregistrer

Mystère de l’offrande–sur des peintures de Serval

« Mystère de l’offrande »
Chronique de Miloud KEDDAR
Sur des peintures de Serval


La bouche cousue, seul le regard parle. Qui ose le silence et s’absente ? Celui que le destin habille de désert ? Celui que la société met à l’écart ? Le peintre qui se donne la tâche de révéler ce mystère porte en lui le silence. Le peintre dont la méthode est cette évocation a fait l’expérience du don de soi. Il n’a pas besoin de s’absenter ou d’être mis à l’écart : lui suffisent la réserve et l’attention. C’est ce que j’ai dit de la peinture de Serval dans un précédent travail : « Je suis l’autre dans ton regard » (titre). Et j’ajoute ici que le retour à Ithaque doit toujours s’accompagner de l’amour pour l’autre –comme l’autre en a besoin, je ne cesse de le répéter ! Au peintre, il faut alors un temple de l’accueil qui soit le temple de l’éveil !
Dans les peintures de Serval, les « ciels » sont sans nuages : la majuscule du silence ! Ce qui rehausse le sujet, le privilégie et n’en détourne pas. Et « ce » silence du ciel, dans un second degré, justifie-t-il l’évocation de la mise à l’écart, du désert, de la sorte de mise en abyme ? Je ne saurai le dire ou plutôt si, car m’aide le travail sur la couleur de Serval. J’ai dit le ciel sans nuages et j’ajoute qu’il est d’un fond uni, avec ça et là des dégradés de la même couleur –la même gamme, dirait le technicien. (Les peintures de Serval, si on en fait un « tirage », ont le même effet que le tirage soit en noir et blanc ou en couleurs).
L’offrande ? Dans la saisie du sujet, Serval s’offre. Et le sujet a son mot à dire aussi. Il faut savoir que Serval peint d’après photo.
L’homme –ou la femme- qui utilise les mots, la langue, fait un emprunt. L’Artiste, lui, quel que soit l’Art qu’il pratique, habille et habite son propre alphabet. (Serval est de ceux-là). Les silences et la grandeur sont ses verbes, et puisqu’il faut que l’Artiste se retrouve dans son art, il est à l’écoute. Et grandeur, dis-je ? Grandeur n’est pas hauteur, ni fierté, mais prise de conscience. De cette conscience qui mène à la connaissance. Serval donne cela et peint les hommes et les femmes et le silence, leur lieu de vie et le silence. Tous ces silences qui disent plus que les mots et que seul le travail sur la forme (peinture, sculpture, montage …) peut révéler. Relever ? J’ai à m’arrêter maintenant à trois peintures de Serval pour illustrer mon propos. Mais d’abord ceci : il y a du spirituel chez Serval. Du spirituel dans l’Art de Kandinsky ? Non, chez Kandinsky, il y a trop de bruits, trop de notes d’une musique qui tente de s’élever vers l’esprit pur. Chez Serval, l’esprit simplifie, il se veut de portée poétique et est poésie, car je ne crois pas que Serval fut à la recherche de seulement la beauté et qu’il lui suffisait d’agencer formes et couleurs, il fut porté, je le tiens, par le mystère qui habite et habille l’autre et il en a mesuré l’importance comme je tenterai de le dire plus loin. Venons-en aux trois peintures choisies et d’abord le « nu ».

« Le nu féminin »

La peinture moderne a multiplié la représentation du « nu féminin ». S’interroge-t-elle sur la condition de la femme, sa condition passée, sa condition au présent ? La modernité ne privilégie pas seulement les canons de la beauté ! Alors, le rapport de la femme au corps, son rapport au social, à la vie, ce rapport, ne me dites pas que c’est inné, je ne le conçois pas ! Ce n’est pas non plus culturel. Nous l’avons voulu ainsi, j’ai à dire, par un esprit archaïque ! La femme est parole de tous les jours et geste de la vie, quand l’homme n’est que parole, et ce dans le sens où Marie, à la descente de croix, si descente de croix il y a, serre son fils, le fils mort contre son sein, alors que le Charpentier crie sa douleur, hurle, disant peut-être : La charpente de la croix sera piétinée. Il nous faut inventer des lois, nous avons à construire une mémoire !

« Nu assis »

IMG_2370
En représentant le nu, le peintre tente d’asseoir le discours du corps. Mais qu’est-ce qui pousse un corps à s’exposer nu ? L’amour du corps ! Et quand le Peintre veut que la beauté augmente ses réceptacles, il ne sollicite pas seulement l’œil mais également le cœur. Serval peint du nu l’offrande. Dans un « ménage » où ne gouverne que l’acceptation effective et solaire de l’autre. Ne dit-on pas d’ailleurs : « faire bon ménage » ? Le nu de Serval est une lettre ouverte sur le cœur ! Choisi ici, « le nu assis », -la bouche cousue, il ne parle que par la phrase du corps ! Notre œil saisit l’harmonie des formes, les dispositions, les équilibres, quand le cœur, serein, comme devant une peinture de Morandi, fait sienne la part du manège du peintre et du sujet.

« Je t’offre »

Le nu choisi ici dit : Je t’offre ! Un corps sans tension, le regard du sujet vers le peintre comme donne l’approbation. Rien n’est volé, le corps se veut « s’offrir » ! C’est une femme, et la femme a un sens plus aigu du corps que l’homme ; un amour du corps, ai-je dit plus haut. L’Artiste et son sujet jouent sur la même portée. Une musique d’un haut degré ! Ce n’est pas sans raison que cela me fait penser à la peinture de Morandi. Le peintre ne tente-t-il pas d’écrire pour nous son vœu d’acceptation du corps et la présence affective à ce corps ? « Je t’offre » est titré ce chapitre, et je pourrai ajouter : ce que j’ai de mieux !

« En plus du regard »

IMG_2367
L’Indien a le visage raviné, le port de tête haut, et ce n’est pas par mépris, ni par dépit, l’indien tente de nous dire : « je suis là dans le présent évident » ! Serval peint, la plupart du temps, des indiens, les sujets qui gouvernent. Ils sont aux affaires, ils ont de l’expérience. En plus, les indiens peints par lui sont en harmonie, ou du moins sensibles au jeu du Monde. Par eux, il traduit l’équilibre du Monde. Comme il est, comme il se doit d’être. Serval est un bâtisseur.

« La phrase du désert »

IMG_2371
Les sujets (ou le sujet plutôt) traités par Serval tiennent la plupart du temps sur toute la surface de la toile. Pas d’ornements, ou seulement ceux liés au sujet et qui font sa singularité ! La troisième des peintures retenues ici représente un Targui sur un chameau, un dromadaire, le Targui porte le voile caractéristique des peuplades touarègues. Est dite l’expression du silence, par l’absence des lèvres. Et autour du désert, quelques propos maintenant. Les hommes et les femmes du désert, les animaux du désert ne sont pas sur une « terre » vide, le désert est un lieu vivant ! Certes, il y a les restrictions, il faut se suffirent de peu, il faut savoir aller à l’essentiel, et c’est cela la phrase du désert de Serval. Le Targui sur le dromadaire a été enfant, il a joué à nombreux jeux autour de la maison en pisé ou non loin de la tente quand il fallait se déplacer. Dans ses yeux aujourd’hui, c’est toute une leçon de vie et, je tiens, que c’est ce qui a retenu Serval. Le regard du Targui comme message, le regard du « nu » approbateur, le regard de l’Indien comme devise pour qui sait lire chez le Targui ou l’Indien toute la confiance qu’il nous faut pour vivre notre « ménage avec l’autre », la Terre à habiter !

© Miloud KEDDAR

Claire Fourier, Radieuse – Une croisière en Adriatique, récit, Éditions de la Différence (224 pages – 17€)

Chronique de Nadine Doyen

AIHIKHAoKTEv6dmMhRQOyjl72eJkfbmt4t8yenImKBVvK0kTmF0xjctABnaLJIm9

Claire Fourier, Radieuse – Une croisière en Adriatique, récit, Éditions de la Différence (224 pages – 17€)


Besoin de changer d’air ? De s’émerveiller ? Claire Fourier propose à son lecteur d’embarquer avec elle. Comment ne pas succomber à une telle invitation au voyage !

Mais voyage-t-on pour changer d’air ou « pour le retrouver dans un cadre différent » ?

Claire Fourier n’a pas à se poser la question, puisqu’elle est la lauréate du Prix de la ville de Vannes pour son talent. Mais, encore habitée par son expérience de solitude et de méditation (qu’elle raconte dans « Dieu m’étonnera toujours »), la narratrice redoute cette croisière en Adriatique, qui n’est pas sa destination rêvée et où on ne peut éviter la promiscuité. Elle, « une femme du Nord », c’est la Baltique qui l’aimante, Rügen, ne serait-ce que pour se croire dans un tableau de Caspar David Friedrich et retrouver son héros « Hermann » des Silences de la guerre (livre qui lui a valu la croisière) Ce qui explique que son départ soit teinté de déception et sa réaction un rien provocatrice : souhaiter le crash de l’avion.

Claire Fourier anticipe les escales culturelles où les hordes de touristes convergeront tous vers les mêmes sites touristiques. Elle a bien l’intention de fausser parfois compagnie au groupe pour se fondre aux autochtones et mieux observer « les gens ». « Les gens » que Raymond Depardon capte en photos, Claire Fourier les approche, leur parle, les questionne et en brosse des portraits fidèles, pittoresques. Elle se révèle une subtile portraitiste de ce microcosme que forme la meute des croisiéristes. Elle radiographie ce melting-pot sans complaisance.

Rien ne lui échappe, visages, propos, silhouettes, postures…

La narration, datée comme un journal de bord, débute au 15 août, Jour J-1.

Le 16 août, elle s’envole avec son mari pour Venise, port d’embarquement.

Celui-ci va donc subir la mauvaise humeur de Radieuse, prénom temporaire qu’il lui attribue par ironie, le temps de la croisière. Car comme tous les Français, Radieuse « râle » et ne peut s’empêcher de comparer la Chartreuse où elle se retira un été et ce bateau, « puce des mers » où il faut s’adapter à la promiscuité.

La croisière est ponctuée de six escales, le long de la côte dalmate. Radieuse nous fait partager la vie à bord (repas, conférences, danses, spectacles, farniente, soins du corps) et participer à une pléthore de visites. Elle distille un rappel historique très détaillé pour chacun des lieux, souvent associé à un écrivain (le Monténégro/Loti). Elle mitraille en mots les paysages qui défilent, Split, « ahurissant patchwork », puis Korčula, « la ville où serait né Marco Polo ». On apprend que Dubrovnik, « la perle de l’Adriatique », doit son nom aux chênes qui couvraient autrefois la montagne. Hvar est « un petit Saint-Tropez ».

La narration est construite en mettant en exergue les contrastes.

Les merveilles des musées, la richesse des églises, des tableaux de Titien, d’une Vierge noire qui la « cloue sur un banc ». Le drapé d’un « manteau bleu doublé de vert, étoiles brodées » convoque le « génial couturier » Galliano pour Radieuse.

Une Crucifixion lui rappelle le retable de Grünewald, une Piéta la plonge dans l’extase, et, à côté, « la laideur de la foule », « ces corps flasques, adipeux ».

Gros plan sur la guide, Iljana, « Snoopy », qui porte un tee-shirt à l’effigie du Beagle de Charlie Brown, un « canon à mots », « une oriflamme », une « comtesse vénitienne » qui fascine Radieuse au point d’en brosser un portrait dithyrambique. Puis gros plan sur « une jeune trisomique » hurlant ou la vendeuse de lavande.

Claire Fourier dépeint de magnifiques variations de la mer, de jour, au soleil couchant, de nuit, offrant une gamme de couleurs (cuivre rouge, pourpre). Radieuse, de son balcon, « en peignoir blanc », s’abîme dans la contemplation des « reflets lunaires », donne un « baiser aux étoiles », quand elle ne lit pas. Que lit-elle ? Thomas Mann, Michaux.

Claire Fourier entrecoupe son récit par des évocations de Moby Dick

de Melville, et le ponctue ici et là de citations de Goethe, Mallarmé, Yeats, Montherlant, Camus.

En « glaneuse de Dieu », « panthéiste », « mystique », elle apostrophe les cieux, développe une réflexion philosophique sur Dieu, sur la vie, le bonheur et le voyage. Elle nous livre de multiples interrogations, dont l’une résume les autres :

« Peut-on regarder quelqu’un avec insistance sans se mettre à l’aimer ? »

Elle glisse une parenthèse sur les liens dans un couple, ne cachant l’érosion de l’amour : « Parler à mon compagnon de quarante ans revient à parler toute seule. »

Un mot revient souvent : humain. Un autre mot résonne : « Vide », l’auteur soulignant ainsi « l’errance des masses humaines ». Des mots étrangers émaillent les conversations ou descriptions. D’un pays à l’autre, Radieuse compare les sonorités. « La langue italienne est une berceuse ». À Dubrovnik, « nom raboteux, malsonnant », « rien de doux, ni d’avenant », « la langue croate, un jeu d’osselets ».

On perçoit un air de Schubert, « le cri rauque d’un oiseau de mer », un orchestre qui répète, une chorale, « le chuintement de l’eau qui grignote les quais », « Tic !Tac! C’est le temps que fend le navire ».

Tous nos sens sont mis en éveil, comme Radieuse qui veut « tout caresser ».

À Perast, décrit(e) par Larbaud « comme une petite boîte de bois peint » nous parvient « un parfum de rose venu on ne sait d’où ». Senteurs, couleurs du marché de Hvar ou des loups en devantures à Venise. La croisiériste Radieuse arrive à nous faire percevoir le tangage, entendre les vagues qui claquent, la mer qui « jappe ». On vogue, danse, file ou s’attarde. À bord, on chante, caquette, on rit fort. « Les matelots briquent ». La « pouliche » Iljana » virevolte, s’amuse, fait de l’esprit, fédère « son troupeau » et le séduit. La narratrice déambule, arpente les ruelles, « furète », Pierre mitraille avec son appareil photo.

La variété du vocabulaire donne un rythme alerte, fougueux, à

l’image de Radieuse.

Claire Fourier déploie un style singulier, avec des phrases elliptiques : « M’est avis que… », « Me plaît l’homme… », apportant de la nervosité. Elle recourt à deux niveaux de langue : relâché (« Laisse béton », « Bon sang », « Cela me casse »), châtié (« les écailles d’or frétillent sur l’eau de jade », « La mer fourmille de confettis dorés »). On retrouve avec joie sa plume qui combine poésie, érudition, érotisme, sensualité, autodérision et humour. Elle jongle avec les mots : « Ne jasons pas, jazzons ! ».

On entend la voix de l’auteur qui dénonce ce tourisme de masse et fuit « cette ménagerie humaine », ce « troupeau burlesque ». Mais n’aspirent-ils pas tous à la même quête : « changer d’air », leitmotiv du récit ? Revenue à Venise, Radieuse, « atrabilaire », peste contre ces « bétaillères, ces « navires à huit étages qui déversent leur « zoo humain » et défigurent « le port de la Sérénissime ».

Pierre invite Radieuse à lui confier son ressenti avant de quitter « Venise-la-mélodieuse », le 23 août. Elle s’interroge sur l’art de voyager : n’est-ce-pas « le retour qui donne un sens au voyage » ? N’avons-nous pas tous constaté aussi qu’« il faut en passer par le présent insatisfaisant pour arriver au souvenir réjouissant » ?

Vive la « revenance » ! On retrouve Claire Fourier, coquette, et qui préfère « porter la beauté sur elle » plutôt que la voir sous vitrine, au musée. Claire Fourier nous aurait-elle convertis au hygge ? (1)

Radieux, ravi, ressourcé, revigoré est ainsi le lecteur qui, comme Ulysse, a fait un voyage enrichissant, alliant culture, spiritualité et fantaisie grâce à la rayonnante Radieuse.

« Il n’est de voyage que de marche vers les hommes », nous dit finalement Radieuse, après avoir au long de ses pages noué au petit point, ou au point de croix, observation, contemplation et réflexion.

Futurs lecteurs, autorisez-vous à larguer les amarres.

©Nadine Doyen


(1) : Hugge : une nouvelle façon de penser le bonheur, venue du Danemark, prônant les plaisirs simples, un mode de vie rassurant, qui a

Slavko MIHALIĆ – Le jardin aux pommes noires – (Poèmes choisis) L’Ollave 2015 (traduction de Vanda Mikŝić)

Chronique de Marc Wetzel

9782953458855FS

Slavko MIHALIĆ – Le jardin aux pommes noires – (Poèmes choisis) L’Ollave 2015 (traduction de Vanda Mikŝić)


Jean de Breyne me fait découvrir un poète (1928-2007) croate, et tout, dans ce recueil, m’enchante, m’intrigue, me convoque, m’ébranle le cœur. Pourquoi ?

D’abord parce que Slavko Mihalić sait admirablement décrire, sur soi, l’inconscient endimanché qu’est l’inspiration poétique,

« Je voudrais savoir d’où

vient ce vide, qui

me transforme en lac transparent, dont

on voit le fond, sans poissons. (…)

Je marche dans les rues, la tête basse

tel un autre lac, sombre surtout, et

vénéneux ; et ne parlons plus de ces

créatures hideuses rampant au fond, qui

à présent me rendent puant à moi-même » (p. 7)

Puis, il est un rigoureux familier de l’innommable, qui sait parfaitement dans quels endroits les fantômes seuls ouvrent la voie,

« Depuis trois jours une colline gît effondrée sans que personne

ait la force de s’en approcher.

Je serai le seul à fouiller ses plaies, avec mes doigts

effilés, afin de tomber malade (…)

Ouvrez-vous, vides absolus ; je dis vides, car

je n’ai pas de mots pour les choses sans nom,

et les choses sans nom doivent être présentes dans

des beuveries précédant les funérailles,

car là où elles règnent, nous trouverons

un apaisement parfait,

nous qui renonçons, nous qui renonçons car

nous reconnaissons votre courage » (p. 9)

Il décrit comme personne les punitions et rédemptions historiques du travail (du temps, – 1956 – où le poète était yougoslave, et ne pouvait se payer que très allusivement la tête de Tito), dans la maestria collectiviste,

« Et quand cette fuite accidentelle m’est arrivée,

j’ai dû revenir, comme le criminel qui tourne

en rond ;

le fait d’approcher au pas mesuré,

n’a pu qu’accroître ma défaite.

Je dis bien défaite, mais c’était comme si eux

m’avaient envoyé quelque part,

et le fait de revenir était le signe du travail

bien accompli.

Un type seulement vidait sa gourde un peu trop vite,

puis me la tendit.

Chaque goutte me plantait plus profondément

dans la terre.

Déjà mes mains saisissaient la manche d’une faux.

Et quand les femmes sont arrivées avec des paniers,

je mangeais plus que les autres » (p. 13)

Il pose mieux que nous l’unique question de l’amour : « Mourir à soi, oui, mais en compagnie de qui ? », ainsi :

« Devrais-je être désolé d’abandonner ma

tombe

Je n’y peux rien si quelqu’un s’y sent

bien

Viens, ne traîne pas, mon amour

Au diable les valises – sans doute sont-elles

contaminées déjà

Mais on ne prendra pas la route – il pourrait y avoir

des embuscades

On prendra la voie des airs – parmi

les étoiles » (p. 15)

Slavko Mihalić sait faire dire à et par la nature le secret pour nous perdu de l’emprise limitée

« Parfois il lui semble, outre deux bras,

posséder deux ailes.

Mais il ne volera pas : il sait bien, il suffit de

sentir,

comme la mer qui sent sa puissance, mais

ne réaménage pas pour autant la terre ferme » (p. 19)

Il décrit méticuleusement le réel dernier repas de toute vie, l’inévitable Cène du pauvre, du commun des mortels,

« Nous sommes les seuls à savoir que la dernière fois

on n’était pas tous à table. (…)

Un à un, nous écartions les chaises,

sourds dans notre file terrifiante.

On savait trop bien ce qui attendait chacun de nous

juste derrière la porte.

On partait, muets, sans serrer de mains,

sans adieux.

Un jour, d’autres sauront mieux agrémenter tout cela

à notre place » (p. 25)

Il décrit aussi le plus commun dénominateur des sorts humains dans l’exemplaire devenir familier des choses :

« Le vent fit le tour de la Terre, puis s’allongea

dans sa propre poussière » (p. 27)

Il sait nous faire entrer, charnellement, dans la fatigue d’un inspiré :

« Et maintenant

que sur ce trottoir bondé

(tous ces monstres, c’est lui qui les a dessinés

dans les nuits de fièvre et de faim)

il n’y a plus de place pour aucun de ses mots,

que même les entrailles du monde sont déjà ouvertes,

il retourne affligé à son trône,

à la chambre grise et sans pitié » (p. 31)

Il convertirait la Madone même à l’immanente sérénité stoïcienne,

« Il est facile d’aimer le monde

quand vous êtes son battement docile » (p. 35)

Il a compris mieux que Lao-Tseu comment son vide central commande à la roue,

« La justice la paix et le calme

se trouvent du côté du flou. Il est profond comme

la naissance de l’histoire : tout est possible et peu de choses

peuvent s’y ajouter. Il est complet,

malgré son apparence tronquée. Demande plutôt

ce qui te manque réellement et quel vide as-tu trouvé

en toi-même ; De quel mensonge voudrais-tu

voiler la fenêtre ouverte ? » (p. 46)

Pour le poète, qui connaît mieux leurs liens que ne le font les choses mêmes, la dispersion infinie des morceaux de Pandore n’est rien, puisqu’il y voit le plus normal des puzzles,

« Un cortège funèbre avance dans la nuit.

Puis l’éclat de quelques bouches. Un quatuor. Un octuor.

L’harmonie unit le ciel et la terre. L’orgue

dilate son poumon sonore. Le noir. La lumière.

On ne retient pas les visages, seule la chanson dure

et au-dessus d’elle, la main qui n’autorise pas la fin » (p. 55)

J’oubliais son extraordinaire conseil de détente et d’abstention à Noé,

« Tu construis un bateau

et le déluge a déjà commencé

Il est grand, bien grand

mais y aura-t-il de la place pour toi ?

Ton entourage prodigue des conseils

l’équipage exige un horaire

il se peut que le Seigneur voie tout cela quand même

il se peut que tu réunisses de l’argent pour le mât

Sinon

tout fond connaît des fuites

Les éléphants n’ont pas le sens de l’équilibre

les loups ont fait passer en douce plusieurs des leurs

Pourquoi t’es-tu mis en peine

pour le monde entier ?

Car tu n’as besoin

que d’un verre de vin

d’une pipe, du silence

d’un déluge universel » (p. 34)

Cet admirable recueil de Slavko Mihalić illustre, je crois, l’essence même de la poésie : l’enfance d’après. L’enfance d’après la peur adulte, d’après la déception adulte, d’après l’oppression et l’absurdité adultes : la peau d’après la mue a la malicieuse finesse de l’Éternel. Les testaments lucides sont à lire.

 

©Marc Wetzel