Anne MOSER Jean Louis BERNARD, Accueil de l’exil, Éditions 2 Rives, Les Lieux Dits

Chronique de Nicole Hardouin

 Anne MOSER   Jean Louis BERNARD, Accueil de l’exil, Éditions  2  Rives, Les Lieux Dits

Dans les accords mutiques de notes secrètes s’effruitent un passé, palpitation de l’invisible,  qui ne se solde pas : échos du vivre de Jean Louis BERNARD. Pour retrouver la proue d’un désir perdu, donc à portée de songes, le présent déchire ses drapés, nous portons en nous/ de si nombreux minuits.

          Si l’Exil est dans le verbe, franchir le seuil est toujours dangereux, le dragon veille c’est pourquoi J.L Bernard brûle son souffle pour en renaître enroché dans l’espace impensable/du monde / l’enfance et ses fontaines … / de gris et d’encre/à l’orée des pierres. Là, ses images n’hibernent jamais, elles sont la structure même du poète, il s’y tient debout, droit dans la courbure de ses marées ancestrales où sirènent des laines d’éternité, griffures d’un avenir logé dans un passé. Enracinement de l’errance.

Accueil de l’exil s’ouvre dans les annelures du serpent, pas le tentateur non, celui qui entré par les portes du sang nous enseigne la sagesse, celui qui est prêt à se tenir debout comme avant la fracture initiale cherchant la réintégration au grand Tout, c’est la quête du poète célébrant la foudre aux ongles de l’initiée. Jean Louis Bernard sorcier, sourcier conduit le lecteur dans son infinitude, dans le flux des courants du cosmos et des cavernes.

Les images se corporifient lorsque le poète cristallise les mots, coagulation, souffre rouge, sceau, vibrations lumineuses, incandescence dans sa danse des ombres. Mais la sarabande n’est jamais terminée, page à pas les mailles se tissent dans la grotte, élixir d’errance/assomption de l’immense/jusqu’à l’infime,  il lance ses dés, les laissent rouler dans le monde d’hier dont il rhabille la nudité. Il se tient sur l’axe de la balance surveillé par la déesse Mât, il en est le disciple. Montant, descendant dans un jeu de marelle jamais  inachevé, distance-séparation, distance-reliure,  il pousse par degrés ses méreaux, Mère-Eau, mots-peaux dont il dégage le sillage imperceptible et prégnant, la lourde légèreté de l’Essentiel, le feu secret de l’Esprit qui vit dans la matière et se répand dans l’exil de l’asile.

J.LBernard va jusqu’au sang des gerbes moissonnées en conjuguant le ressac de ses bûchers dans la présence de l’effacement. Démiurge, il fait tressaillir la pierre et crépiter la crête du feu dans la dissolution de l’instant sans nom. Ses sources ne coulent que par sa soif qui rançonne nos solitudes, dans l’urgence de la lenteur.

Chez J.L Bernard le feulement du sillage  est plus prégnant que le réel, l’ombre plus visible que la lumière et le feu a des avant-goûts de cendre prête à germer. Son exil est un asile aux tentations poreuses, ouverture sur l’entre-monde cartographie ultime du désir.

Les coulées-serpentaires du peintre Anne Moser enroulent les mots du poète, reflets-miroirs en parfaite osmose, c’est un jeu désirant ou infusent  déjà/ les regrets à venir.

                                    ©NICOLE HARDOUIN

Salvatore Gucciardo « Méandres », Editions Chloé des Lys – Barry (Belgique) Traduction de Maria Teresa Epifani Furno

Académie Universelle de Lettres et de Sciences

PARTHENOPE  n° 3 – 2015  Italie

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Salvatore Gucciardo

« Méandres », Editions Chloé des Lys  –  Barry (Belgique)

Traduction de Maria Teresa Epifani Furno

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C’est un précieux hommage rendu de la part de notre grande amie Maria Teresa Epifani Furno  à  « Méandres », œuvre d’un artiste polyvalent, reconnu depuis plusieurs années parmi les plus grands dans le monde de la culture.

Un livre que tous les amateurs épris de Poésie et d’Art devraient se vanter de posséder. Ce recueil, élégant et séduisant par son impression typographique et incomparable dans la rédaction de la prose poétique.

Ce livre est enrichi de plusieurs œuvres picturales de l’auteur : Salvatore Gucciardo. 

 

 

L’artiste transmet de grandes émotions lexicalement traduites avec autant de force émotive italienne par la talentueuse Maria Teresa Epifani Furno que nous apprécions et soutenons.

Depuis toujours, nous estimons que seul un poète a les compétences de traduire un autre poète.

Salvatore Gucciardo dans son œuvre récente a réussi à illustrer ses émotions avec une sensibilité picturale et une prose poétique originale.

Ses créations sont le reflet d’une grande connaissance culturelle d’où jaillit l’esprit inné d’un génie. Ce génie nous fait prendre conscience que nous sommes des êtres insignifiants.

 

Méandres, c’est une fresque poétique qui illustre l’homme.

Chaque être humain pourra s’y reconnaître.

C’est un plongeon dans les abysses de l’âme et les dédales du monde.

C’est une oeuvre dominée par un souffle lumineux!

Giuseppe Sorrentini

Poète, Critique littéraire,

Président de l’Académie Universelle de Lettres et de Sciences d’Italie

 

L’horizon dans la poitrine, Albert Strickler, Éditions du Tourneciel – Collection de l’Écureuil volant (9€).

Chronique de Nadine Doyen

photo trouvée ici

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L’horizon dans la poitrine, Albert Strickler, Éditions du Tourneciel – Collection de l’Écureuil volant (9€).

Albert Strickler a pris son bâton de pèlerin pour nous ouvrir de nouveaux horizons, en cinq tableaux. Avec lui dégourdissons-nous pour réenchanter notre quotidien.

Il nous conduit d’abord « sur le chemin de Chartres », en célébrant la joie de marcher quelle que soit la difficulté («chemin âpre », « grands lavements de toutes sortes »). Ce périple lui apprend à synchroniser son souffle et ses pas pour percevoir « la cadence du Temps / Dans le tam-tam de son sang ».

La marche n’est pas seulement nordique, afghane, active, mais aussi « bélier », « métamorphose », « marée ».

Puis on chemine avec « L’homme qui marche », en toute quiétude. Bulle de silence gorgée de lumière par « les ailes du colza / En feu ». Ce périple redonne sens aux gestes, procure du tonus au corps. Il sillonne avec jubilation villages et hameaux, prenant le temps de musarder et de célébrer la beauté des paysages côtoyés.

Ses échappées bucoliques, champêtres, lui procurent l’inspiration pour sa plume de poète d’autant que la météo capricieuse le gratifie en une semaine du « rire clair du printemps », des « heures pétrifiées d’août », « des pluies obliques d’octobre ».

Son perpétuel besoin de s’élever le mène « Au Souffle des crêtes ». Là, le vagabond des cimes se laisse griser par le vent dont il souligne les bienfaits tonifiants : «  Le vent a dilaté tout mon être ».

Il lui permet d’évacuer « les derniers miasmes du doute », de se « dégager de la lie des ombres » et de se rapprocher encore un peu plus de la lumière.

Dans la quête vers L’Autre, « son double lumineux », Albert Strickler rejoint Christian Bobin dans cette balade amoureuse avec le divin.

Dans le chapitre Au chant du pèlerin, on glisse d’un poème à l’autre avec légèreté.

Le dernier vers d’un texte devient le premier du suivant jusqu’à ce que l’âme chante claire comme un ruisseau.

Dans le volet final, l’auteur, marcheur impénitent, s’interroge sur la mystérieuse destination  des nuages, « ces nacelles errantes ». En « gardien éphémère » de ce « céleste cheptel » il émet maintes hypothèses. Ne vont-ils pas « répandre / Leurs couleurs sur les palettes de peintres » ? Ne vont-ils pas « fondre avec les glaciers » ?

Ne vont-ils pas « se joindre aux canadairs pyromanes » ? Que deviennent-ils « Une fois que le vent équarrisseur / les a dépecés » ? Il ne se lasse pas de contempler  leurs façons de « se recycler » et de s’émerveiller de leurs multiples métamorphoses : « grandes cosses / vides », « caravelles de laine », « blocs de marbre », « immenses baleines ».

Poésie et lumière omniprésente habitent ce nouveau recueil d’Albert Strickler, qui est une invitation à s’élancer sur les sentiers. Dans cette errance en « nomadie », le lecteur marcheur retrouve son élan vital, éperonné par une force intérieure.

©Nadine Doyen

Léonard Misonne, pionnier de la photographie

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

Léonard Misonne, pionnier de la photographie

Misonne 2

Léonard Misonne (1870 – 1943) – après des études d’ingénieur à l’université de Louvain – renonça à tout emploi pour vivre de  ses rentes. Il se consacra uniquement à la photographie et devint l’un des chefs de file du pictorialisme (1885) mouvement où s’illustrèrent aussi le Français R. Demachy ou l’Américain E. Steichen. Ce mouvement désirait qu’une photographie soit vue comme les autres arts plastiques et que sa fonction n’ait pas pour but la seule représentation du réel : « Observez donc la lumière, vous ne la connaissez pas ; vous ne la soupçonnez pas ! Vous photographiez les choses pour ce qu’elles sont, alors que vous devriez le faire pour ce qu’elles paraissent, c’est à dire pour ce qu’en font la lumière, l’atmosphère. » écrivait Misonne. Très vite il a donc ouvert son art à une pulsion scopique bien différente de ce que le vulgum pecus et les standards du temps voulaient lui réserver.

Misonne

Et le photographe d’ajouter : « Le sujet n’est rien ; la lumière est tout ! Apprenez donc à découvrir cette lumière favorable ; c’est elle qui fait le tableau. Savoir voir est la qualité essentielle du photographe ; c’est aussi la plus difficile à acquérir ». Afin d’y réussir le photographe Belge le plus connu rapprocha donc son art de la picturalité en choisissant des techniques spécifiques : tirage au charbon, à l’huile et au Mediobrome qu’il inventa. L’artiste à partir de ses matrices intervenait sur ses tirages pour les rapprocher du tableau. Photographe essentiellement de paysages – vues de la campagne wallonne mais aussi de villes sous la pluie – il les saisissait le plus souvent à contre-jour pour obtenir une lumière à la fois vive et diffuse, tamisée par des effets de brumes qui orientent le réel vers le rêve.

Misonne's Au Coucher du Soleil", in Camera Notes, Juillet 1901

Misonne’s Au Coucher du Soleil », in Camera Notes, Juillet 1901

Mais il existe un autre Misonne, adepte de photos plus simples. Elles n’ont jamais été exposées avant que la fondation Misonne les présente fin 2014 au Musée de la Photographie à Mont-sur-Marchienne. Dans ses photos inconnues comme dans ses grandes œuvres, Misonne reste un maître absolu de son art. Celui qui ne quitta jamais la région de Charleroi reste un photographe pionnier à caractère international. Même les photographes américains de la grande tradition réaliste ont tiré de son esthétique pictorialiste et de ses principes ce qui le marginalisa un temps, mais qui donne à son impressionnisme une douce nostalgie, empreinte d’une poésie qui interpelle encore.

©Jean-Paul Gavard-Perret

Méandres/Salvatore Gucciardo ; préface de Joseph Bodson ; traduction italienne de Maria Teresa Epifani Furno ; illustrations de l’auteur ; Barry : Chloé des Lys, 2015

Chronique de Pierre SCHROVEN

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Méandres/Salvatore Gucciardo ; préface de Joseph Bodson ; traduction italienne de Maria Teresa Epifani Furno ; illustrations de l’auteur ;  Barry : Chloé des Lys, 2015

Rythmés par le souffle du cosmos, ces poèmes insolites voire mystérieux tentent de transmettre une vision lumineuse et joyeuse du monde ; mieux, ils fondent l’espoir dans le désespoir ambiant et mettent en joue une réalité dont le destin n’est écrit nulle part.

Au détour de chaque page, Gucciardo se risque aux frontières de l’inconnu, dissipe les certitudes du quotidien, traque ce que la vie dissimule et considère celle-ci dans son infinité ; bref, il cherche à percevoir le chant originel de l’univers pour renouveler sa vision du monde et dépasser l’ombre d’une vie sans cœur.

Méandres est une ode à la vie dans ce qu’elle a de merveilleux mais aussi de plus sauvage, mouvant et mystérieux …

 » L’image se détacha du miroir pour se ficher sur la statue d’opale. La mémoire venait de s’emmurer dans la texture du songe. Le regard se figea sur la masse immobile. Le frisson retentit. Les raisins de la colère éclaboussèrent la toile. La rupture était évidente et l’idéal fragilisé. La flamme était vivante malgré les rigueurs de l’hiver. La fée était là, au sommet de son trône. Elle me regarda de ses yeux protecteurs.

Vision féerique

Inspiration dorée

Tous les rêveurs

Sont des îles flottantes

L       Les arbres suspendus

Entre ciel et terre

Sont des poètes

En quête

D’absolu  »

©Pierre SCHROVEN