Mois: juillet 2015
Hommage à Jean-Paul Mestas, un humaniste en terre-poésie
Evelyne Wilwerth, Hôtel de la mer sensuelle, editions Avant-Propos, 2015
Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret
Evelyne Wilwerth, Hôtel de la mer sensuelle, editions Avant-Propos, 2015.
Sous un soleil jaune azuré (cela est-il une couleur, peut-on le dire ?) Evelyne Wilwerth choisit la poésie en prose romanesque pour évoquer l’érotisme. A cela une raison majeure : « la première nous tend les bras » écrit-elle. Le second aussi. Mais comme ses consoeurs Yvonne Caroutch, Vénus Khoury-Ghata, Lucie Spède, l’auteure de « Hôtel de la mer sensuelle » accorde à l’érotisme une part de jeu. Embrasure, embrassement et embrasement vont de pair sur la pointe des soupirs. La femme sitôt vue, l’homme sitôt enveloppé de la chaleur aux mains nues, le trouble infuse l’air avec légèreté aussi étroitement que le volet se colle à sa feuillure.
D’une chambre à l’autre, les mots glissent entre des genoux, veulent la tiédeur mais aussi l’altitude sur l’oblique des membres et sur le drap froissé. La poétesse joue des mèches de la flamme amoureuse sans trop les dénouer. Il arrive même que la parole ouvre la bouche dans le muet jusqu’en la gorge profonde. Caressant à tâtons, la main s’approche pour cadencer le plaisir selon des vagues audacieuses. Si bien que dans l’ « hôtel de la mer sensuelle » les fenêtres sont ouvertes mais la porte fermée. Un murmure rapidement est presque inaudible dans la forge du plaisir. Et la fusion crée des écarts lorsque la poétesse comme ses personnages laisse les Zeus fléchir dans leurs hautes pensées de parvenus. Au Parnasse elle préfère la chambre de la mer.
Sous ses pavés sa place et sa plage dès que l’amant profite de la brèche de « jambes très écartées ». Voici soudain, sortant des chambres, le chant des profondeurs cachées. Les amants pour un temps de jeu seront deux homologues barbares, égaux dans leurs annonciations et leurs ébats. La poésie en prose les exhausse dans les gouffres de la féminité formatrice. La profondeur s’y fait surplomb. Et sur la fraîcheur de l’écart des mots surgissent l’ouverture suprême, la parole emportée étrangère au langage de certitude. Elle fait se conjoindre les êtres pour franchir le seuil d’un plaisir à la fois connu mais jusque-là ignoré. Et si une cloison de peau départage les amants, un même mouvement les enveloppe dans l’attente de mots qui pourraient s’y glisser. C’est là ramener le vocable écrit au mot proféré. Le mot non dans son vouloir d’éternité mais dans le souffle qui le profère et qui se pâme.
©Jean-Paul Gavard-Perret
Lectures de juin 2015 de Patrick Joquel
Lectures de juin 2015
de
Patrick Joquel
poésie
Titre : Avec mes deux mains
Auteur Simon Martin
Images d’Estelle Aquelon
Editeur : Cheyne 2 015
Année de parution : 2 015
Prix : €15
Un très bel ensemble de poèmes sur le thème de la main. On explore l’univers de nos deux mains, leurs possibilités, leurs élans, leurs éclats. Des poèmes limpides qui centrent sur soi. Sur le corps. Et qui ouvrent des horizons intimes ou humoristiques, voire existentiel. Rien d’aussi simple qu’il n’y parait au premier abord. Evidemment, sinon ce ne serait pas poésie…
Des images qui accompagnent, jeux de mains, jeux de doigts, de formes. Comme un silence. Comme un langage muet. Un autre aspect des mains d’ailleurs.
Un ensemble ludique aussi et qui se prête bien à une mise en voix (en scène) collective à l’échelle d’une classe ou d’un centre de loisirs. Bref, un livre riche de possibilités comme il en existe d’autres, mais pas autant qu’on le voudrait.
http://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/279-avec-mes-deux-mains
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Titre : Le don furtif
Auteur jean-Marie Barnaud
Editeur : Cheyne
Année de parution : 2014
Sept parties dans ce livre. Sept qui s’accompagnent, vibrent ensemble. C’est une des magies de Barnaud, ces unités de ton, ces résonances entre les poèmes. Ce qui permet de lire le livre en entier comme de s’arrêter sur une page. Indépendance et lien.
Cet homme est en quête permanente. Ce qu’il cherche lui échappe, comment nommer l’insaisissable ? « larçin furtif » ? « joie » ? poésie ? Autant de mots qui jalonne une œuvre publiée dans cette belle collection verte de Cheyne.
Une quête obscure : se mettre au bureau, tenter l’écriture… Avec en toile de fond les drames du jour. Les émigrants, ceux qui frappent aux iles de l’Europe viennent interpeller le poète, se glisser dans le poème. Barnaud n’est pas dupe, ses mots ne changeront rien à l’Histoire, mais les prononcer sauve quelque chose, de l’oubli. La poésie, la perte, on y est, encore, dans cet entre deux furtif de la vie.
Une vie d’homme. De passant. L’heure approche « on a mis le corps en coupe serrée ». la vieillesse. Tenir debout encore un peu… Regarder sa vie « qui pourrait prétendre qu’on est passé à côté ». les dernières pages ouvrent l’avenir, rebondissent au-delà de cet horizon fermé pour tenir haut la flamme de cet incendie : le don furtif de la vie.
Un livre émouvant, poignant, juste. Oui, juste de la poésie comme je l’aime quand elle vient me chuchoter le cœur.
http://www.cheyne-editeur.com/index.php/recherche-livre/search?keyword=bGUgZG9uIGZ1cnRpZg==
Conte album
Titre : La faim de l’ogre
Auteur: Patrice Favaro
Peintures sur bois de Françoise Malaval
Editeur : Vents d’ailleurs
Année de parution : 2013
Un livre magnifique. Inspiré des jataka asiatique. Un conte donc. Et comme pour les jatakas du temple de Chiang Mai une illustration en une seule image. Dans le livre elles se présentent sous forme de neuf carrés que l’on peut assembler comme dans l’histoire ou articuler comme on le souhaite inventant ainsi une autre façon de dire le conte. C’est beau, ludique et joyeux. J’aime.
Le conte ? Une poignée de princes… Lequel deviendra roi ? Un conte sur la maitrise de soi. Le respect de l’autre et du monde. Simple, limpide et bien riche en savoir être.
Un bel objet à mettre dans toutes les bcd et cdi !
http://www.ventsdailleurs.fr/index.php/catalogue/item/la-faim-de-l-ogre
et le blog de Patrice
http://mots-nomades.hautetfort.com/
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Titre : Les oreilles de Sigismond
Auteur: Patrice Favaro
Editeur : éditions Thierry Magnier
Année de parution : 2015
Prix : €5.10
Un petit roman, petit format, tout simple. Limpide. Evident, comme un ruisseau. Un petit garçon, de grandes oreilles. La difficulté de vivre avec elles. Le bonheur de vivre avec elles aussi. La différence. Puis la rencontre de l’autre. De l’amour. La réussite et les doutes professionnels, existentiels. Une vie d’homme. Une vie à découvrir et qui interroge sur qu’est-ce au fond que la différence ? qu’est-ce qui fait l’homme ?
À mettre dans toutes les classes et pas seulement les petites !
http://www.editions-thierry-magnier.com/9782364746619-l-patrice-favaro-les-oreilles-de-sigismond.htm
et le blog de Patrice
http://mots-nomades.hautetfort.com/
Roman
Titre : Nous sommes tous des exceptions
Auteur: Ahmed Dramé
Editeur : Fayard
Année de parution : 2014
On a déjà beaucoup parlé autour de ce livre et du film qu’il a généré Les Héritiers. Qu’en dire de plus sinon que cette histoire vraie est un bonheur. Un rappel : quand on donne du sens et du sens humain à ce qu’on fait, on avance. Quand l’éducation, qu’elle soit nationale, privée ou autre encore, donne aux enfants la possibilité d’être homme avant d’être élève, elle permet de grandir. On est loin alors des étriqués des programmes et autres documents administratifs, on est dans la vie. La vie, la vraie.
Oui, un rappel à garder les mains, les yeux et le cœur à hauteur d’homme.



