T.C. Boyle- Passa Porta- L’Europe des écrivains

http://www.passaporta.be/fr/agenda/t.c.-boyle/.

T.C. Boyle (1948) compte parmi les auteurs américains les plus originaux de ces dernières décennies. Connu du grand public grâce à l’adaptation au cinéma de son roman Aux bons soins du docteur Kellogg (Grasset, 1994, trad. Robert Pépin – titre orig. The Road to Wellville), cet auteur prolifique est avant tout un styliste magistral. Il a écrit 24 livres de fiction et gagné au moins autant de prix, parmi lesquels le Prix Médicis étranger pour América (Grasset, 1997, trad. Robert Pépin – titre orig. The Tortilla Curtain) et le prix PEN/Faulkner Award pour Au bout du monde (Grasset, 1991, trad. Jef Tombeur – tritre orig. World’s End).
Invité par Passa Porta, il parlera de son œuvre et de son dernier roman The Harder They Come (pas encore traduit en français), un roman sur le désir d’indépendance complète et la soif de violence, et sur l’indissociabilité de ces deux aspirations. T.C. Boyle y livre une fois de plus une analyse cinglante de la société américaine en train de s’effilocher.

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ORG. Passa Porta, Flagey – en collaboration avec Meridiaan Uitgevers
Photo © Stefan Joham

Thierry Davila, Shadow Pieces (David Claerbout), Edition bilingue (français / anglais), 192 pages, Mamco, Genève, 2015, 28 €.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perretshadow-pieces_F

Thierry Davila, Shadow Pieces (David Claerbout), Edition bilingue (français / anglais), 192 pages, Mamco, Genève, 2015, 28 €.

Thierry Davila est philosophe, historien de l’art, commissaire d’exposition, et conservateur au Mamco. Il a publié entre autre : « Marcher, créer. Déplacements, flâneries, dérives dans l’art de la fin du XXe siècle » (Éditions du Regard), « In extremis. Essais sur l’art et ses déterritorialisations depuis 1960 » (La lettre volée), et « De l’inframince. Brève histoire de l’imperceptible de Marcel Duchamp à nos jours » (Éditions du Regard). Il publie aujourd’hui le livre référence sur l’artiste belge David Claerbout.

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Celui-ci crée divers croisements entre l’image fixe et ce que Deleuze nomma « l’image mouvement » dans un travail sur sa « texture » digitale pour transformer la perception de l’image, de l’espace et du temps. « Dans la plupart de mes travaux de ces 10 dernières années, le temps et l’espace sont devenus les points d’ancrage de ma production vidéographique » précise le créateur. Introduisant des éléments narratifs dans ses montages/montrages depuis 2005 (Sections of a Happy Moment ou encore Long Goodbye) l’artiste montre à travers de telles œuvres l’évolution du temps, le déploiement de l’espace au sein d’architectures de notre culture et de notre monde urbain contemporain.

Intéressé par l’artificialité de l’image mouvante et par le manque de relief de l’écran ou de l’impression, l’artiste par le recours à la photographie crée une scénographie pénétrante et en ce qu’il nomme une « semitransparence » qui éloigne le regardeur des contraintes de la salle de cinéma. Entre image fixe et en mouvement, entre photographie et techniques numériques, les œuvres de Claerbout sont parfois difficiles d’accès pour le profane. Le spectateur doit accepter de passer par des temps vides ou morts avant que quelque chose se passe. Ce spectateur est donc induit dans une confrontation avec la durée et une réflexion sur les rapports entre la narration, l’image et ses supports technologiques.

Proche – à sa manière – d’une autre belge (Marguerite Yourcenar), Claerbout crée son « œuvre au noir ». Nuit, ombre créent un monde « de tenebris lucet » qui pose le problème de la frontière de la perception. L’ouvrage en suit le cheminement, fait jaillir les images « cachées » au sein des œuvres. Ce théâtre d’ombre est à la fois aussi originel que proche des recherches les plus nouvelles.

La Tentation du visible passe par excès d’ombre plus que de luminosité. Ce ne sont pas les choses vues qui donnent aux images de l’artiste une poussée créatrice. Elles ne sont pas faites pour commémorer ni pour rapatrier vers un eden artistique. Elles ouvrent au monde une profondeur particulière. En aucun cas le créateur ne les réduit à de petits traités d’archéologie du fugace. Il sait a toujours écarter la tentation de l’exotique, du raffiné en préférant l’épure d’un langage qui nous ramène dans l’ici-bas de notre inconscient où s’ébrouent les multiples avatars encore non mis à nu de nos désirs et de leur revers et de la nostalgie insécable de l’origine dont Claerboult en malaxe l’écume.

 

©Jean-Paul Gavard-Perret

Source images: Les  Presses du Réel

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Le numéro 76 de la revue Traversées vient de sortir de presse. Si vous souhaitez nous soutenir et bénéficier d’agréables moments de lecture, vous pouvez souscrire un (ré)abonnement ET/OU nous proposer d’autres abonnés (cf pièce jointe: Bulletin[1])

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Le dernier numéro de « Traversées » le 75, est intéressant à plusieurs titres.

Un, parce qu’il est consacré en grande partie aux haikus avec des textes explicatifs très clairs de David Colling et Dominique Chipot, qui explique entre autres que « l’art du haiku est de figer l’instant en perpétuel mouvement afin de restituer en une fraction de seconde la sensation ressentie », une belle définition.

Deux, car on y trouve des nouvelles et des poésies non seulement d’Europe mais aussi du Québec, du Mozambique… Tous ces textes ont été scrupuleusement sélectionnés par un comité de lecture performant.

Et trois, parce que la revue annonce la création d’une nouvelle maison d’édition intitulée également « Traversées » avec la sortie d’un premier essai de Paul Mathieu : « Auteurs autour ». Explication: « une revue ne peut guère que travailler dans l’éphémère quand un livre s’inscrit davantage dans la durée ».

(cité par Bob Boutique dans http://www.actu-tv.net )

 
La revue Traversées s’est vue décerner à Paris le 13 juin dernier le prix Cassiopée 2015 :http://cenacleeuropeen.eklablog.fr/prix-cassiopee-a112793262?noajax&mobile=1

Amitiés et au plaisir de vous retrouver prochainement,

Patrice BRENO

Claude LUEZIOR, Trilogie : Fragment, D’un seul geste, La couleur d’un silence. Collection Poésie(s). Éditions L’Harmattan, Paris, 2015.

Chronique de Nicole Hardouin

TRILOGIE de CLAUDE LUEZIOR

                                             DANS LA VOIE LACTÉE DU DIRE

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Si l’on se souvient de ce qu’écrivait Ernest Psichari, petit-fils de Renan,  le silence est un peu de ciel descendu sur la terre, on peut penser que le poète CLAUDE LUEZIOR solfie la musique des sphères pour dire ses mots-nuages, ses mots-silences.

Pour atteindre ce ciel, il pose son échelle de Jacob contre les parois d’un puits inversé, monte et descend, casse les barreaux de l’aube. Sous sa plume, entre souffle et soufre, ailes et cendres, volupté et humour, naissent des oiseaux qui prennent leur envol dans des syllabes de rosée. Théâtre, tragédie dans la voie lactée du dire.

Si créer c’est collaborer avec les dieux, CLAUDE LUEZIOR vit avec le Daïmon cher à Socrate.  Il aiguise le chant de sa pensée au plus près de l‘image, tantôt noire comme l’or du démon qui inscrit le signe d’Hérode / sur ma porte, tantôt bleue comme les premiers matins qui s’étoilent, pensées / au firmament / de tes yeux. Ainsi roule la pierre de ses lignes sur la marelle de sa materia prima.

Ses mots ont le goût d’un vagabondage : il y a toujours un puits où l’on attend une femme ou le sens du recueillement : la cathédrale étire / ses colonnes et arcatures / sur une verticalité / nervurée de prières.  Entre Éros et Thanatos, le poète coule sa liturgie / celle où une audace / enfin se liquéfie. La psyché de l’écrivain peut implorer, sur les cimes d’un glacier : écoutez, je vous prie / ma supplique d’écorché ; plus loin, la voilà qui  s’agenouille au fond du gouffre ou d’un ciel en gésine pour détacher l’hostie du ciboire / et la parole de nos déserts.

     CLAUDE LUEZIOR marie le sacré au profane, le piment des petits riens (boire l’hydromel / de ces riens sans importance / qui signent la vie) au gond plus grave du quotidien en interrogeant la lumière qui s’encalmine sur l’ombre des étoiles. On partage ses lignes d’horizon, ses éclaboussures d’ombres. Ses mots prennent alors le reflet de celui qui lit : osmose des mystères.

CLAUDE LUEZIOR peaufine la couleur d’un silence, écrit en fragment sur l’arc solaire et, d’un seul geste, ouvre les abois du crépuscule. Dans cette trilogie, le silence et la nostalgie (ivre d’un mal étrange / l’ombre chancela / on entendit  une masse / mon corps m’avait trahi) sont davantage présents que dans ses précédents recueils, sans pour autant, ici là, retrouver l’espoir : ensemencer le sillon / quand chuchote la glèbe. L’auteur griffe ses miroirs, nage dans ses marées tumultueuses et nous renvoie, avec un rare sens du dire et de l’image, les échos intérieurs de sa mythologie intime.

Il déplie avec un art consommé l’éventail de ses émois, pensées et désirs. Ce, dans une crémation du dire où il entraîne le lecteur. On ne peut que suivre le poète sur les chemins escarpés de ses songes, sauter dans sa barque qui n’est pas celle de Charron mais plutôt celle du nautonier qui sait hisser les voiles de son illimité.

Claude LUEZIOR, Trilogie : Fragment, D’un seul geste, La couleur d’un silence. Collection Poésie(s). Éditions L’Harmattan, Paris, 2015.

©Nicole Hardouin