Dirk Braeckman, Works on Paper, Xeno Gallery, Anvers, du 11 mars au 10 avril 2015.

Chronique de Jean-Paul Gavard-Perret

Dirk Braeckman 1/1 - L007 a - 2015 - 1/1 2015 60 x 90 cm gelatin silver print mounted on aluminium unique
Dirk Braeckman
1/1 – L007 a – 2015 – 1/1
2015
60 x 90 cm
gelatin silver print mounted on aluminium
unique

Dirk Braeckman, Works on Paper, Xeno  Gallery, Anvers, du 11 mars au 10 avril 2015.

«Carré noir sur fond noir» : tel pourrait être le symbole de la photographie chez Dirk Braeckman. Le réel s’y trouve transfiguré en énigme : il gagne en pulsion, en mystère, en érotisme. Le chromatisme des différents « degrés » de noir prend des aspects picturaux Ils font plus que jamais de la photo un art de création et non un art de reproduction. L’impression de lumière (noire) que cherche à créer le photographe belge est un moyen d’affaiblir les indices de réalité phénoménale, les illusions réalistes dans un « seuil d’émergence minoré ».

En montrant moins, il montre plus car il force à regarder avec une attention accrue. L’éloignement du réel provoqué par affaiblissement lumineux fait le jeu d’une autre proximité. Elle fait le jeu de l’éloignement du leurre. Il y a donc toujours et pour reprendre un terme de la préhistoire du cinéma ce qu’on peut appel un effet de « dissolving views ».

L’objectif d’un tel choix paraît donc évident : voir ce n’est plus percevoir mais d’une certaine façon « perdre voir ». Le spectateur devient un témoin qui peut être atteint par une sorte de « déceptivité » puisqu’un tel choix viole les lois de la représentation. Pour autant – et à l’inverse – il est saisi d’une forme d’envoûtement. Surgit par le noir une forme d’immanence mais une immanence terrestre. Ce n’est pas une compensation du réel mais une adjonction à ce qu’il offre.

©Jean-Paul Gavard-Perret