Archives des étiquettes : Poésie

Jamila Abitar, Chemin d’errance, poésie, Édtions Traversées, 55 pages, 25€, 2022.

Une chronique de Lieven Callant

Jamila Abitar, Chemin d’errance, poésie, Édtions Traversées, 55 pages, 25€, 2022.


Le cheminement poétique de Jamila Abitar est fait de lumière, est porteur d’images qui rendent les rêves plus tangibles. Le monde sensible semble à portée de main. C’est sur des notes profondément positives que s’ouvre ce recueil. Dans la noirceur ambiante, face à l’ironie désabusée de certains, ces brins de fraîcheur d’esprit et d’optimisme volontaire apportent un peu d’espoir mais surtout nous invitent à focaliser notre attention sur ce qui importe le plus pour chacun d’entre nous. 

La vie est une errance et pour réussir à en saisir l’ardente beauté, il nous faut passer par le poème. La quête du poète est spirituelle et outre-passe les frontières. Il ne s’agit pas d’une longue traversées du désert mais au contraire d’un voyage qui va d’oasis en oasis.

Jamila Abitar cherche « Un parfum d’éternité / Sur les lèvres du présent. » Il s’agit d’« Être dans et hors du temps/ dans le visible et l’invisible. » « Pour veiller /à la fragilité de l’imperceptible.» L’auteur est « Certaine qu’il existe en poésie / une saveur commune / à toutes les langues. » et veut « Restituer le poème /…/au plus proche de l’âme. »

Le poème est « Ce qui nous console de vivre, ce qui entre en harmonie avec nos vies. Pour voler vers le langage des fleurs avec ludisme. » « La halte du poème intarissable » est « la caresse venue de l’infini ».

Si l’on part à la recherche d’autres significations du titre, on trouve une belle réponse à la page 31, presqu’à mi-chemin du livre et que je ne peux m’empêcher de reprendre ici:

Marche exilée

De tout temps, j’ai porté des voiles pour assurer
à ma démarche, une part de féminité.

Je porte toujours l’habit qui rappelle
le dernier instant.

Une rencontre du corps et de l’esprit
sur une terre sans nom.

J’ai vu mes semblables courir après le vent,

trahir la lumière par la force,
ils sont entrés dans ma chambre.

J’ai vu mes cahiers d’écolière rompre
avec ma jeunesse.

Mon corps ne se souvient d’aucune rue,
je suis exilée à l’aube de l’éternité.

J’honore la surface de la terre

sans que l’ombre d’un missile
ne vienne défigurer ma pensée.

Je retrouve l’exquise dérive
qui ne mène à rien et sans doute à tout.

Sollicitée pour être,

une épouse,

une maîtresse exilée,

comme une femme,

comme un poète.

Ce texte, comme tous les autres, témoigne du travail patient de l’auteur pas seulement sur les mots avec les mots mais sur elle-même avec la vie. 

Accepter d’être c’est accepter l’errance, c’est aller sur le chemin qui ne nous offrira jamais de certitudes franches et définitives, pour aller au fond de nous, apprendre à habiter le monde sans se leurrer il faut passer par le poème, apprendre à déchiffrer le rêve, le désir, la solitude, l’amour et l’abandon.  

Le poème pourra peut-être devenir le lieu d’une expression de la colère et de la révolte. En lui on trouvera une « libération et la force de vaincre ». Le poème est ce qui nous permet de « Naître de l’épaisseur de la nuit. »

« Le rôle du poème est d’élever les consciences. »  «Le souffle du poème, c’est celui-là même qui ne s’écrit pas. Aimer à n’en plus vivre noyé dans le poème. Tu te réveilleras chaque matin comme une nouvelle note. »  

Avoir pour errance la poésie avec toutes les modalités et perspectives que cela implique et qui font de ce chemin à la fois une épreuve et une source de joies potentielles est le projet de vie que nous propose ici Jamila Abitar.

©Lieven Callant

Chemin d’errance de JAMILA ABITAR, Éd. Traversées, Poésie, 55 p., Virton (Belgique).

Une chronique de Claude Luezior

Chemin d’errance de JAMILA ABITAR, Éd. Traversées, Poésie, 55 p., Virton (Belgique), ISBN : 9782931077030

Monologue où tout semble souple, coulant de soi telle une poignée de sable brûlant entre les doigts du destin, comme le suggère l’élégante couverture.

Terre de semailles nourricières également :

J’ai embrassé le soleil

et j’ai surpris debout les blés

faisant l’amour

Terre  où le « tu » donne une dimension empathique :

Mes battements du cœur

suspendus à ton horloge

ont écouté ta voix.

À chaque dune de son itinéraire, Abitar burine une beauté rare et sculpte une fleur des sables, une fleur de partage. Bienveillance et humanité ourlent chaque vers. L’auteure transculturelle se meut à travers les âmes avec l’aisance d’une très haute tolérance et l’étonnement naturel du poète. Un Petit Prince semble se profiler à l’horizon.

Oui, la parole est vent thérapeutique qui dénoue, malaxe, bâtit :

Réussir à nous entendre

C’est résoudre les conflits par la langue.

Nous oublions souvent,

Que sous une montagne de colère,

Il y a un enfant à consoler.

La fin se cristallise  en une sorte de « lève-toi et marche » : Il suffit parfois d’un mot / pour réveiller un mort. Même si l’on a sommeillé sur un tas de boue / de craintes, de fugitifs / j’ai armé mon corps / de l’impuissance de ce monde. Paroles quasi-bibliques. 

Avec la magie de ses mots et beaucoup d’élégance, Jamila Abitar, par son amour, avive l’espoir au bord du puits.

©Claude Luezior 

Anna BABI – Vivarium – images de l’auteure – Les éditions du passage (Montréal), 3eme trimestre 2021, 72 pages, 14 € 

Une chronique de Marc Wetzel


Anna BABI – Vivarium – images de l’auteure – Les éditions du passage (Montréal), 3eme trimestre 2021, 72 pages, 14 € 

« … je suis le vent qui rouvre vos plaies

le hibou perché qui vous guette

la bactérie qui vous bouffe

ou un litre de lait suri

un pissenlit fané depuis des lustres

la rouille de vos vieux os

l’eau qui noie vos chairs

l’arme que vous possédez pourtant

et qui vous perdra un jour » (p.9)

Comme il s’agit d’un premier recueil d’une jeune femme québécoise prenant pseudonyme littéraire (Babi suggère seulement qu’on y prendra en compte l’enfant qu’on a été …) – pas d’antécédents littéraires ni repères biographiques (on sait seulement qu’elle étudie la littérature et l’histoire, et qu’elle est comédienne),  le titre est notre seul appui : un vivarium, c’est comme un géant aquarium aérien et terrestre, et en même temps un modèle réduit, vitré et acclimatant, de milieu naturel, où l’on tente d’établir coexistence instructive entre bestioles choisies. C’est comme une famille zoologique à l’essai, composée pour l’observation et la prise de paris, comme : cette micro-Création durera-telle ? que deviendront concurrence et symbiose si méticuleusement organisées ? cette jungle de poche, sous cloche, et rationnellement surveillée, mérite-t-elle un avenir ? Ou même : s’intéressera-t-elle assez à elle-même pour jouer le jeu de la survie ? Mais la zoologie n’est ici qu’un voile.

« c’est une patte d’oiseau 

cachée sous la boue

un chant de percnoptère

le sang des terriers

la nuit qui enveloppe

la boucherie de la jungle

la paix sous les lacs et au fond des rivières

le nom des baleines, l’engrais de la terre

ou au creux de l’hiver

l’écrasement du monde

je cherche dans toutes les filles

les pieds froids de ma soeur

(ils sont des pieds d’ange

à n’en plus finir)

Je ne connais pas la prière

qui pourra nous recoudre au ciel  » (p.45)

La très jeune femme qui nomme ainsi son recueil le peuple, certes, des quelques espèces attendues : hiboux, rats, araignées, fourmis et asticots (une décomposition de ce monde parqué est donc prévue, voire déjà en cours), mille-pattes, loups et scorpions … mais ce vivarium contient trois figures humaines, trop humaines, qui réorientent tout : un papa (inquiétant); des jeunes filles aimablement soeurs, mais « folles à toutes les sauces », « maigres et tranquilles dans la lumière grise des couloirs », ou « tulipes qu’on arrose d’essence »; enfin l’une d’elle évoquée surtout, précocement et tragiquement disparue (drôle de vivarium qui traque ses soeurs ou les fait disparaître ?), elle qu’on aurait souhaité « protéger de tout », et d’abord, de « mains voraces », « du silence des motels », et de « serrures de chair » dramatiquement « ouvertes, coulantes ». D’un coup, ce vivarium  à la fois ludique et expérimental se fait implacable garderie anthropologico-éducative où dissolution, harcèlement, asphyxie et vengeance mènent leur bal.

« J’ai connu moi aussi le froid des ruelles

et le motel avec un miroir au plafond

nos yeux transparents sont les mêmes

nos cuisses bleues nos dents serrées

combien de fois pour que ce soit vrai

les feuilles sont mortes je suis vivante

tu es morte je suis vivante

ma soeur est morte je suis vivante

nos soeurs sont mortes mais je les venge » (p.43) 

Être enfant, déjà, on en réchappe, au mieux, de justesse : on avale sans savoir quoi, nos jouets n’écoutent pas plus nos cris que des arbres, on est porté où on ne veut pas, on n’est ni conscient qu’on s’endort ni libre de s’éveiller, on doit répéter tout ce qu’on entend pour commencer à savoir ce qu’on dit, il faut laborieusement ou hypocritement mériter ses cadeaux. L’enfant, faute d’expérience, ne peut se faire confiance; et, faute de savoir, ne peut se passer de confiance. Mais être une enfant, montre Anna Babi, démultiplie ces aléas, complique toute la formation d’humanité. Un petit garçon se sent espionné pour ce qu’il cache; mais une petite fille, pour ce qu’elle montre. Lui doit seulement s’arranger de l’indifférence qu’il suscite; elle, s’inquiéter aussi de celle qu’elle rompt; lui recourt au sabre magique, par un courage lui assurant raison; elle, devant bien plutôt abriter son coeur dans la prudence, forge bien plus difficilement son bouclier magique. Là où le petit garçon n’a qu’à dire intelligemment oui ou non à la loi et à l’autorité du père (il se fiche bien, lui, de désirer ce qu’il lui suffit de respecter ou non), la petite fille doit affronter une rationalité de ce pouvoir toujours troublée d’une chair intrigante, d’une dérangeante nuance oedipienne. La peur masculine de n’être pas aimé en sa révolte se résout en transfiguration d’enchanteurs et princes charmants; mais la peur féminine d’être désirée dans son obéissance se compense moins glorieusement en marâtres et sorcières d’appoint.  

« On m’enterre sous la fourrure d’un chat

on dirait presque la peau de ma mère

alors que je descends les fleurs m’étouffent

dans le noir le sang s’assèche

je suis née depuis longtemps

je suis une poudre et je me glisse

sous vos dents, vos griffes

on m’a vue naître d’un noyau sec » (p.49)

Ce recueil, écrit peut-être d’abord par une jeune femme pour d’autres, comprend pourtant mieux le drame ambigu de la paternité que bien des traités psycho-sociaux. Que peut, en effet, un art de se faire obéir sans technique de commandement ? Comment acquérir la compétence de père sans commencer à ne l’avoir pas ? Et quelle est cette « compétence » qui ne saurait elle-même juger seule de ce qu’elle sait ou non produire ? Les filles pardonnent à leur mère par solidarité charnelle, car l’hérédité les fait strictement peaux de mère en fille, mais le père, qui n’accouche que de et par mots, comment assumer ses désirs et négocier avec leur (même résiduelle) indiscrétion ? Si le présumé « héros au sourire si doux » fait véritablement les yeux doux, en Satan des pouponnes ? 

« Ils sont nos pères, tapis dans l’obscurité

de couloirs dont nous ne savons plus les couleurs

ils prennent la forme de lépismes

ou de monstres dont nous sommes fières

ils sont les pères que nous avons eus

plus grands que nous

silencieux

immenses

ils sont la sueur, la force, le métal, la laine

(nous sommes le gras, le rose, la terre, la peur)

et ils n’ont pas vu nos sangs

ils n’ont pas su nos plaintes » (p.29)

 En face, Anna Babi ne manque pas d’armes : « les longues mains affutées » d’une virtuose des textures de présence à déjouer ou induire; d’étranges « tresses de combat » pour aider qui perd pied à courir contre le courant; l’art de s’introduire savamment dans les « bottes », les « bras » et les « têtes molles » d’autrui; l’art aussi de pérenniser les rôles salutaires (« tu seras une enfant éternelle et je serai ta mère / on se ressemblera tellement / nous serons la même »); l’art suprême enfin (p.37), qui est à la fois art de vivre et d’écrire – de la cueillette en terre invisible ! Cette toute jeune femme est une admirable écrivain, nette, résolue, passionnément lucide – et directe. Puisse sa sauvage maturité ne pas se civiliser trop vite; puisse sa vengeance savoir ne faire souffrir en retour que le mal; puisse son esprit ne pas se meurtrir trop où il ose si généreusement descendre.  

©Marc Wetzel 

 

Lecture de mai 2022 de Patrick Joquel

Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre :Tant que chantent les merles

Auteur : Colette Andriot

Illustrations : Valérie Linder 

Éditeur : L’Atelier des Noyers 

Année de parution : 2 022

14€

Colette Andriot nous invite à passer un moment dans son jardin. Un jardin de ville. On s’y promène au milieu des fleurs, des arbres, des herbes folles. On y rencontre des oiseaux, des escargots, des lombrics. Du silence aussi. Des couleurs, des parfums.

Un voyage minuscule et quotidien : la vie tout simplement. La vie d’une planète, à hauteur de jardin. Un jardin de ville. Le tout petit rejoint l’immense. Rejoint aussi l’actualité : tout n’est pas aussi paisible que ce jardin en ce monde et l’autrice en est consciente. Consciente aussi des luttes pour vivre à hauteur de végétaux, d’animaux.

Rien n’est aussi simple qu’on croit le voir ; même le poème. Même ce livre. Y entrer, c’est entrer dans l’univers.

Les illustrations de Valérie Linder sont joyeuses et colorées. Elles incitent à la contemplation ; comme si on y était dans ce jardin.

Un beau livre à mettre dans toutes les mains et sans modération.

Un jour on quitte

son jardin devenu trop petit

pour aller visiter le monde

cependant

on l’emporte pour

toujours 

dans ses bagages.

https://www.atelierdesnoyers.fr/


Titre : La maison, le jardin et le rêve

Auteur : Paul Bergèse

Illustrations : Solange Guégeais

Éditeur : Voix Tissées

Année de parution : 2 022

15€

Le quinzième album carré de Voix Tissées, collection AAA. Une merveille de douceur et de couleurs. Les pages nous permettent d’entrer dans un jardin. De s’y promener. D’y rêver. 

Bien sûr il y a la maison. Une de ses maisons à parfum de nostalgie d’enfance. La maison du bonheur innocent. Et le jardin. Immense. Mystérieux. Toujours pareil et jamais identique. Les jeux. Les oiseaux. Les fleurs. Les insectes. Les cachettes. Le fil des jours heureux. Des jours colorés. 

Des poèmes pour embaumer l’esprit du lecteur. 

On est bien dans ce livre et les illustrations donnent une part colorée aux rêves de lectures. 

Une réussite. 

À mettre dans les écoles dès la maternelle et bien au-delà bien sûr.


Titre : L’âcreté du kaki

Auteur : Gorguine Valougeorgis 

illustrations : SIXN 

Éditeur : Mars-A 

Année de parution : 2 022

15€

première partie de ce livre : L’âcreté du kaki

Il y a la vie de tous les jours. Les mots de tous les jours. Les rues de tous les jours, comme celle qui mène à l’école. Les arbres de tous les jours, comme le kaki de la rue qui mène à l’école. Les fruits de saison, comme le kaki que l’on cueille et offre à sa petite sœur. Le kaki qu’on aspire et dont le jus dégouline au menton.

Rien n’est plus beau que les secondes… 

qui font du kaki rond un jus 

coulant son son menton que sèche son rire 

La vie de tous les jours.

Et puis il y a la terreur. 

Le ciel a

tous les cerfs-volants

avalés

plus un rêve ne vole dehors

il y a l’enfer maintenant

Le désir de partir pour survivre. Le départ. 

Une frontière comme une ligne

une corde à sauter

L’exil. La vie d’un migrant comme on dit. La vie de tous les jours d’un migrant. Une vie à traverser les mers. Les pays. Les gens. Ceux qui te voient. Ceux qui ne te voient pas. Ceux qui te sourient et ceux qui ne te sourient pas. 

La vie de tous les jours d’un jeune migrant vendeur à la sauvette de cigarettes place de la Chapelle à Paris 

… cet œil adolescent

qui vient à peine d’éclore

mais qui

n’a déjà plus rien dedans

même plus une larme

où se baigner… 

…il passe sa vie 

à passer

d’un pays à l’autre

d’un trottoir à l’autre

d’un quartier à l’autre

d’un papier à l’autre

d’un rejet à l’autre

d’un boulot à l’autre

d’une pelle à l’autre

d’un balai à l’autre

sans qu’on le voie

voilà des mots pour accompagner le cheminement d’un adolescent migrant ou d’un migrant adolescent, on ne sait plus trop dans quel sens mettre les mots. Le cheminement d’un être humain. Des mots partagés lors de rencontres entre l’auteur et le jeune homme. Des mots à partager à notre tour. Des mots pour apprendre à voir aussi. 

Deuxième partie : Reflet rouge

l’auteur, issue lui-même et comme tant d’entre nous, d’un voyage, d’un exil, d’une migration : parents, grands-parents… s’interroge à son tour sur sa présence ici. Comme beaucoup d’entre nous. À partir de combien de générations est-on d’ici ? Avec quel service rendu à cet ici qui pourrait être ailleurs ?

Qu’est-ce qu’on a perdu (sans le savoir vraiment puisque cette perte vient d’avant soi) ?

Gorguine Valougeorgis semble nous dire à travers ses textes que le langage avec ses langues multiples est une clef pour dire son identité. Une car il en existe plusieurs, comme celle qui permet de s’ouvrir à l’autre, de l’accueillir et de cheminer avec lui. Et tant d’autres à découvrir…

les encres et aquarelles de SIXN vibrent en silence avec les poèmes. On reste à les contempler en entendant résonner les mots du poème.

Un livre dense à offrir, à partager et à donner à lire dès le collège.

marsa@free.fr


Titre : Une traversée de soi

Auteur : Chantal Couliou 

Éditeur : Les Éditions Sauvages

Année de parution : 2 022

Une recueil de poèmes confinés. Périodes que nous avons tous traversés, chacun à notre manière. Pour Chantal Couliou, ce fut avec les mots (stylo, crayon ou clavier, peu importe). Elle n’est pas la seule poète à avoir exploré ainsi cette traversée. D’autres livres sont écrits et ont déjà été ou seront publiés autour de ces moments.

Des poèmes écrits derrière la fenêtre, alors qu’il fait si bleu dehors… Et le bleu en Bretagne… 

des poèmes qui s’interrogent sur la fuite des jours. Sur la fragilité de la vie, de sa vie. Des poèmes qui cherchent l’espérance.

Inventer

une nouvelle cartographie

de la terre

pour se frotter au monde.

Pourquoi 

ce besoin de bouger,

ce besoin d’échapper au quotidien,

ce besoin d’explorer l’inconnu, ce besoin de lever l’ancre ?

Cet appel de l’inattendu,

de nouvelles destinations.

Insatiable désir.

Toujours en quête

d’un ailleurs-

indéfinissable.

On repasse 

toujours aux mêmes endroits

dans les mêmes traces-

en boucle.

Relié à l’autre,

aux autres

par des fils invisibles

dans l’espace,

dans le temps.

Ce recueil a obtenu le prix Paul-Quéré 2021-2022

https://editionssauvages.monsite-orange.fr/index.html


Titre : Prends ces mots pour tenir

Auteur : Julien Bucci 

Éditeur : La Boucherie littéraire 

Année de parution : 2 022

9€

Un petit livre de poèmes pour accompagner les derniers mois d’une mère. Comment se tenir face à ce bientôt l’absence, ce bientôt vide ? Face à la douleur de l’autre ? Cette douleur physique qui prend le dessus sur tout le reste ? Cette tristesse infinie ?

La maman, dit Julien Bucci, se récite des poèmes. Des poèmes appris par coeur, pour atténuer sa douleur.

les mots mantras

s’approchent de ton chevet

ils viennent en nombre

te rassurer

ces mots 

tu les tenais

les retenais par cœur

au fond ces mots c’était

déjà

de quoi tenir

On est tous confronté plus ou moins tôt, plus ou moins souvent à ce rendez-vous avec la mort. Le vide. L’absence. Avec cette interrogation sur la vie ? Les poèmes suivent ces points d’interrogation. 

Les mots qu’on partage, aussi simples soient-ils, permettent de garder le lien entre celui qui reste et cette qui s’en va. Le langage et la pensée façonnent notre humanité. Quand disparaît toute parole, la vie disparaît aussi.

La solitude cependant n’est jamais totale, même au fin fond de la douleur

tu n’es pas seule 

au fond 

tu es reliée

à ton cœur qui palpite

aux artères qui irriguent ton corps

reliée

tu l’es 

à ton histoire

à celles et ceux qui étaient là

avant toi et pour toi

tu es reliée aussi à celles et ceux 

qui vont te suivre et seront là

pour dérouler ce fil

sans fin

tu es reliée

à tous les mots que tu as prononcés

à toutes les caresses que tu as reçues et

toutes celles qu tu as offertes

à un père et une mère

qui t’ont invité à venir

au monde

tu es reliée

à tes émotions

à ton corps

qui frissonne

à ce corps qui te parle

tu es reliée

à ces mots mêmes

qui me relient 

en ce moment 

à toi

tout est relié

ici et maintenant

tu es reliée

comme une part du monde

une part du tout dans le tout

tu es là

toi reliée

à tout

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Revue

Titre : Gustave 2

Auteur : revue

Éditeur : LE CENTRE DE CRÉATIONS POUR L’ENFANCE DE TINQUEUX
www.danslalune.org

Année de parution : mai 2022

Un second numéro que l’on peut lire sur écran ou que l’on peut imprimer. Huit pages, 5 poèmes, 5 poètes et une règle de jeu d’écriture proposée par Bernard Friot.

Les cinq poètes : Chiara Carminati, Mélanie Leblanc, Sandra Lillo, Charles Pennequin,Thierry Renard.

Des poèmes à partager en classe, avec les amis, en bcd ou cdi, médiathèque. Lire ou écouter un poème par jour au minimum est bon pour la santé mentale, le moral et la vie, une petite revue supplémentaire permet ainsi d’augmenter même discrètement la présence du poème au quotidien. À chacun de la donner à d’autres comme une chaîne d’amitié.

l’abonnement est gratuit sur le site www.gustavejunior.com

*


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Titre : Collectif POÉTISTHME

https://poetisthme.cargo.site/

Année de parution : 2 022

Un numéro spécial consacré aux violences des guerres. Des poèmes, des images. L’art comme témoin, comme solidarité, comme partage, comme désir d’humanité. Pour aller un peu plus loin, un peu plus haut.

Un numéro spécial à donner à lire, à partager. 

Ce sont ces petits signes d’humanité qui portent et accompagnent l’humanité vers un horizon un peu plus humain.

***

Aujourd’hui c’est mon jour de service…
Aujourd’hui c’est mon jour de service,
je veille sur notre champs
dont la terre réchauffée sourit au printemps,
au-dessus de moi des avions volent comme des oiseaux de fer,
je les observe
pour voir si c’est l’ennemi et si des visiteurs importuns avec leurs parachutes
n’arrivent pas,
mon chien est avec moi,
j’appelle ma femme
pour demander comment elles vont, elle et notre fille,
elle me répond qu’elles sont dans un abri anti-aérien,
qu’elles attendent que l’alerte soit finie
et je pense que pour qu’il n’y ait pas de guerres,
il faut fabriquer non pas les balles,
mais les produits paisibles de la culture,
la poésie de l’évolution du bonheur général
est ma position principale,
c’est pourquoi je défends la construction de l’État
sur la base du bien poétique !

35
Сьогодні моя доба чергування,
охороняю наше поле,
яке зігрітою ріллею посміхається весні,
наді мною залізними птахами пролітають літаки,
придивляюся чи не летить ворожий,
та чи не приземляються непрохані гості з парашутами,
зі-мною друг пес,
телефоную дружині,
питаю як вона там з дочкою,
відповідає що сидять в бомбосховищі,
чекають на відбій повітряної тривоги,
а взагалі, для того аби не було війн,
більше за кулі треба виготовляти
мирні продукти культури,
і поезія еволюції всещастя
є моя головна позиція,
тому захищаю конструкцію держави
в основному – добропоетичну!

©mykola istyn
poèmes traduits de l’Ukrainien par ella yevtouchenko 

mykola istyn a envoyé ses poèmes-témoignages depuis le front de l’Ouest Ukrainien. 

Collectif POÉTISTHME: https://poetisthme.cargo.site/


©Patrick Joquel:www.patrick-joquel.com

Claude Luezior, SUR LES FRANGES DE L’ESSENTIEL suivi de ÉCRITURE

Claude Luezior a reçu de nombreuses distinctions dont le Prix européen ADELF-Ville de Paris au Sénat en 1995 ainsi qu’un prix de poésie de l’Académie française en 2001(Hélène Carrière d’Encausse). Le prix de poésie Hélène Rivière de L’Académie rhodanienne des Lettres lui a été décerné en compagnie de Philippe Jacottet (Grand Prix) en 2001. Il fut nommé Chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres par le Ministère français de la Culture en 2002. En 2013, le 50ème prix Marie Noël, dont un ancien lauréat est Léopold Sédar Senghor, lui fut remis par l’acteur Michel Galabru, ancien membre de la Comédie française.

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