Puisque l’aube est défaite/Aurélien Dony ; préface de Jean Loubry ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

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  • Puisque l’aube est défaite/Aurélien Dony ; préface de Jean Loubry ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Parolier et chanteur du groupe ECHO, Aurélien Dony publie dans le cas présent son second recueil(le poète avait publié Il n’y a plus d’hiver chez Memory press en 2011). Dans ce livre, chaque poème semble vouloir nous séparer de ce qui fait de nous des gens raisonnables et tend ses drapeaux ivres au centre d’une espérance d’où jaillissent toutes les étoiles du possible(l’homme ne peut pas vivre sans feu et on ne fait pas de feu sans brûler quelque chose/Octavio Paz) ; mieux, chaque poème semble être en consonance avec l’espace, le cœur, le désir et le vent…

Loin, loin au devant de ton propre projet/ Si loin que le temps n’a plus prise/Sur ta marche et ta force/Loin…/Te réinventer

Dans ce livre, ce jeune natif de Dinant, évoque avec une lucidité confondante les dérives du monde comme il va et nous invite à « décrocher » avec une réalité trop souvent soumise aux lois de l’organisation sociale et au joug de l’utilitaire ; par ailleurs, il s’interroge devant la fuite d’un temps qui lui rappelle chaque jour l’urgence de vivre à feu et à sang.

Mourir n’est pas grand-chose pour l’homme qui a vu/Bougé, senti, marché : celui qui a vécu !/Mais c’est une autre affaire, à l’heure où tout se courbe/Pour moi qui n’ait connu que l’odeur de sa tourbe

A travers ce recueil, très justement récompensé par le prix Georges Lockem 2014, le poète est en quête d’un nouveau rapport à un monde qui ne trouve plus sa source que dans un déterminisme extérieur de nature économique, politique voire stratégique. Avec Dony, la poésie s’apparente à une recherche à la fois de l’ici et l’ailleurs en ce sens qu’elle va bien au-delà du temps, de la géographie, de tous les espaces et de l’opinion ; avec Dony, enfin, la poésie ne s’apparente plus à un gentil divertissement qui ne dérange personne mais constitue, deux fois plutôt qu’une, un espace de liberté(et de révolte) où la vie est sans cesse réinventée.

J’ai marché nu

Dans le froid des torrents

Sans geindre et sans pleurer.

Un pendu balancé

Par des vents solidaires

Me tend sa mort comme un cadeau.

Refuser n’est plus de mise,

Et je me donne enfin

Au contre-courant…

©Pierre Schroven

Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

    Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

  • Lumière nomade/Philippe Leuckx ; Bruxelles : Editions MEO, 2014

Rome sert de fil conducteur à ce recueil qui a obtenu à juste titre le prix Robert Goffin 2014. En effet, Il est question ici pour le poète de célébrer la clarté, le mystère voire la beauté d’une ville bercée par les rythmes et les mouvements d’une lumière à même de nous prolonger dans tous les sens et à tous les temps. En bref, ces textes courts et accessibles sont tissés d’instants qui brûlent sans se consumer, s’ouvrent aux risques du temps recomposé, ajoutent une dimension au quotidien et prennent sur eux toutes les errances…

Lumière nomade, oui, le long de ces rues romaines que divers séjours m’ont rendues proches comme des voix aimées/ Je sens sous mes mots la juste lumière de chacune d’entre elles…

Au gré de ses déambulations dans une ville « aérienne » traversée de rues, de rumeurs, d’odeurs, de visages et d’une lumière sans âge, le poète prend au fil des pages un malin plaisir à jouer avec le miroir du temps, à nous abreuver de mots aimantés d’appels et du bruit de fond insistant de la vie en marche (j’aime assez cette lumière qui tombe en dentelles, s’effiloche et gagne sa terre d’exil. Elle me ressemble). Mais si la plupart des poèmes qui composent le recueil ne visent qu’à emmener le lecteur au plus vif du désir d’exister et d’aimer, d’autres évoquent la difficulté d’être voire de trouver une forme de liberté susceptible d’authentifier notre présence au monde.

Nous apprenons l’air des rues, des villes. Notre instinct nous porte à voler quelques saveurs qui s’éventent si vite/ Nous en savons la légèreté sinon la fragilité/ Qu’est ce qui nous pousse à vivre ?

On est ici en présence d’une poésie simple, fluide, rythmée, subtile voire sensuelle qui s’accorde , à tout ce qui dans Rome, parcourt l’infini à heure fixe et abrite un ciel qui a la couleur d’un cœur à prendre.

Parfois, nous revenons de loin, de vent, de ciel, de plage. Avec des ailes en lieu et place des yeux.

Parfois nous sommes de terre et d’eau, les doigts lancés vers le temps.

Nous cheminons . Nous errons. Parfois, aimer semble se décliner à tous les vents.

Pareils, nous sommes de la même étoffe d’air. Du même souffle d’aube.

VIVANTS .

©Pierre Schroven

Entre-Musiques suivi de La ville-forêt/Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O, 2014

Une chronique de Pierre Schroven

 MEO-Thomassettie-Entre-musiquesEntre-Musiques suivi de La ville-forêt/Monique Thomassettie ; Bruxelles : Editions M.E.O, 2014

La poésie de Monique Thomassettie est une tentative tant pour transformer le monde tel qu’il est perçu par le sens commun(la pensée se construit à partir de ce qui nous échappe, pas de ce qu’on voit !)qu’ouvrir les rideaux d’un éveil susceptible de rendre l’être à son espace premier ; on ne s’étonnera donc pas du fait qu’elle pose ici l’écriture comme étant un voyage initiatique intérieur, une forme de méditation spirituelle voire une source de libération profonde(les vraies portes ne s’ouvrent que vers l’intérieur/Léon Tolstoï).

L’oiseau ne connaît pas l’errance

Il sait le ciel

et les arbres reliant celui-ci

à la terre

Dans ce recueil aux confluents de la poésie, du récit intérieur, du théâtre et bien sur de la musique(Bien que mesure/la Musique est-elle mesurable ?/Limitée ?/Elle fusionne mesure et infini !/Temps et Espace illimité/Clefs de l’âme),Thomassettie se garde bien de suivre le fil rouge des apparences qui traverse le creux de nos vies mais cherche plutôt à arracher les masques d’un réel en représentation ; mieux, mettant à mal nos perceptions communes, elle brise la chaîne des certitudes qui fige nos vies, ouvre notre esprit à la présence des mystères et permet à notre regard de « voir à nouveau ».

Dans Entre-Musiques, chaque poème semble entretenir de nouveaux rapports avec le réel, dit le non-dit, s’interroge sur notre « être au monde » et traque ce que la vie dissimule(L’errance s’est faite aile/Qui se pose parfois au faîte du temporel/Au cœur de mon errance/dépassant Nuit et Jour/j’attends activement/mon tour) ; dans Entre-Musiques, chaque poème décroche avec la logique commune, approche ce qui se passe en profondeur dans l’immensité de notre psychisme et du cosmos pour mettre en joue une liberté respirant l’air sauvage d’une vérité sans visage.

Ici-bas

si tu lèves un coin de brume,

tu verras le matin s’éveiller

Mais n’imagine pas

que ce sera plus simple !

Même si…

©Pierre Schroven

Un coin de siècle : une odyssée/Xavier Forget ; Bruxelles :Editions M.E.O., 2013

  • Un coin de siècle : une odyssée/Xavier Forget ; Bruxelles :Editions M.E.O., 2013

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Dans ce livre, Xavier Forget décrit lucidement voire ironiquement le quotidien étriqué des villes dont l’âme est de plus en plus capturée par la vitesse, le capital et le bonheur programmé ; à travers le récit exaltant de ses « impressions urbaines », le poète s’emploie à dénoncer tantôt notre mode de vie débilitant tantôt la pollution voire la surconsommation qui gangrènent le monde comme il va…

Avec parfois un humour caustique, Forget évoque le déclin de nos démocraties qui infantilisent ses sujets plus qu’elles ne les responsabilisent. C’est à ce titre d’ailleurs que la poésie de Forget s’inscrit ici avec force contre la puissance de la banalité, l’indifférence et l’exclusion sociale qui rongent nos sociétés industrialisées ; c’est à ce titre d’ailleurs que la poésie de Forget tente à chaque instant de ramener notre pensée voire notre vie, dans le droit chemin d’une liberté qui ne quitte jamais des yeux le grand large. 

Dans ce livre, le poète ne fait que réclamer un peu d’humanité et d’amour pour tout un chacun ; dans ce livre, le poète ne fait que rêver d’une société et d’une culture de paix susceptibles de permettre à chacun de s’épanouir ; dans ce livre, enfin, le poète ose tout et nous met en présence d’une poésie qui souffle sur l’imaginaire, tourne le dos aux évidences et guide les pas d’une révolution permanente.

 

Arcadie

Vraiment, qui veut mon destin ?

Il est en vente ou non prenez-le

car je vous le donne pour rien

mais laissez-moi une étincelle :

 

souhait d’un mot d’amour,

aérien de lune à orchidée,

qui rallume un cœur blessé.

Rend Arcadie au troubadour.

©Pierre Schroven

Parmi les sphères/Piet Lincken ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

  • Parmi les sphères/Piet Lincken ; Bruxelles : Editions M.E.O., 2013

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Dédié à Rued Langgaard(1893-1952) compositeur Danois, ce recueil nous fait voyager à la racine des êtres et des choses voire aux confins de l’existence. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on y trouve deux citations du troisième grand penseur du taoïsme après Lao Tseu ; à savoir, Lie Tseu(je ne sais même pas si c’est le vent qui me chevauche ou moi qui chevauche le vent). On ne s’étonnera donc pas de voir évoqués dans ce livre les concepts portant sur le Tao, le vide inhérent à toute chose, l’impermanence, l’immortalité de l’esprit, le voyage des âmes, le détachement des intérêts sociaux, l’aspect illusoire des perceptions et la spontanéité permettant d’accepter les merveilles de la nature voire d’apprécier simplement…la merveille d’être là !

Au détour de chaque page, Lincken questionne la condition humaine certes mais aussi et surtout l’écriture(en Orient, le calligraphe est à la recherche de son être intérieur) qu’il considère comme étant un moyen susceptible de nous aider à devenir celui ou celle qu’on est vraiment ; car pour Piet Lincken, l’homme n’est pas la limite de toute chose, la vérité n’est pas unique et rien ne limite l’infinité de l’être et du monde…

Dans ce recueil, le poète nargue également les lois d’un monde en représentation qui tend à nous enfermer dans un concept de vie immuable (la vie n’est qu’un événement sans signification que le langage ne peut décrire/Alan Watts) ; bref, parmi les sphères est un livre qui nous donne l’amour de la liberté, éveille le réel et  met en joue une vie sans bornes auquel aucun regard ne s’habitue.

Dans cet air de campagne je t’aime

Nous allons nous embrasser

D’une manière toute douce encore ;

Mais tu n’es pas Dieu.

J’exagère ce jeu : je suis réellement le pétale de rose ou

la fleur de jasmin,

la fidélité lassée, les yeux blessés dans la buée de mots,

la bataille ultime d’une langue contre une langue.

Au fond, je t’aime lucidement.

 

©Pierre Schroven