Archives des étiquettes : Patrick Joquel

Lectures de Mars 2022 de Patrick Joquel

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poésie

Titre : La relève

Auteur : Jean-Christophe Ribeyre

avec des œuvres de Marie Alloy

Éditeur : L’ail des ours

Année de parution : 2022

Je voudrais habiter 

l’imprévu,

ce temps choisi 

de la lenteur,

ce temps de sève

qui ne se gagne pas,

ne se perd pas, celui, simplement,

qui met au monde.

Je voudrais descendre 

du train où vont les choses,

Un arrêt. Une pause. On en rêve tous une fois ou l’autre. Prendre un livre en main et le parcourir offre une de ces pauses. Tranquille avec le regard errant de la page à le fenêtre ; songer, réfléchir, écouter puis laisser le rien nous porter de sa présence. Comme un retour à l’essentiel.

Ce livre invite le lecteur à respirer. Souffler. À en tourner lentement les pages. À entrer dans son rythme lent et suivre ses désirs. Beaucoup de pages commencent ainsi par

Je voudrais

comme si au-delà de ce désir on se donnait une feuille de route, un novueau projet de vie ou simplement une invitation à vivre plus haut son quotidien. À vivre plus profond. Plus en conscience de l’éphémère, de ce monde flottant qu’on aperçoit entre les lignes du poème.

Comment ? Déjà en descendant de ce train où vont les choses. Prendre sa journée en main, la conduire ; mais aussi avec les mots. Avec le langage. Mettre des mots sur les jours. Tenter d’être juste entre les mots, sa vie et soi. Avec la conscience que toujours demeure un écart entre le poème et la réalité quotidienne.

Tout revient et se perd

comme les visages,

les mots,

qu’ils se tournent vers nous,

nous habillent

de croyance,

de doute,

tout se tait

et s’en retourne au fossé

dans l’indifférencié,

le redondant.

Oser, tenter l’accord

Je voudrais répondre en ami

au bruissement des saules ce soir,

aux rayons timides

au vent venu tourner 

les pages d’hortensias,

remercier ce qui

m’illumine

et me fait peur,

ce qui chantent et me lapide,

consentir

aux transparences,

aux foisonnements,

à la mort même

trouvant cette page, 

à ce qui fut

comme pour l’éternité 

ma vie d’une journée.

Une des voies de la poésie touche à ce que j’appelle lorsque je parle poésie aux enseignants au savoir-être : un savoir être au monde. Une voie qui s’approche du Tao, une voie que l’on trouve particulièrement dans les poèmes chinois ou japonais du passé, mais pas seulement du passé : du présent aussi et pas seulement chez les auteurs asiatiques, mais aussi en Europe. Ce livre de Jean-Christophe Ribeyre à mes yeux marche sur cette voie. 

Sans donner aucune leçon, sans apporter aucune réponse, il nous dit simplement

je voudrais être là,

simplement,

sans jeter d’images.

Sans avoir à frapper

aux portes du langage.

Simplement m’éprendre.

Ne foisser,

à aucun prix,

la robe des choses tues.

À lire dès la fin du college et jusqu’à plus soif.


Titre : J’attends la venue du grand froid

Auteur : Fitaki Linpé

Images : Pauline Collange

Éditeur : Via Domitia

Année de parution : 2 021

15 €

Un recueil de haïkus à lire au coin du feu si on a une cheminée ou sinon en imaginant la cheminée. Ces heures que l’on passe à regarder les flammes, les braises tandis que dehors tempête l’hiver ou simplement le froid bleu ou gris… Des heures de contemplation. De silence. Des heures avec ce compagnon discrètement présent pendant que l’on vaque à sa lecture, sa cuisine ou son ménage ou à l’écriture.

Le feu. Ce face à face vieux d’environ au moins 400 000 ans (Terra Amata et son feu maîtrisé), on n’est pas à un jour près, ce face à face donc entre l’homme et le feu… contempler un feu c’est se renouer à toutes ces veilles… répéter des gestes plus que millénaires… C’est être humain aussi, et simplement.

Sous le bois qui brûle

les braises palpitent

j’attends la venue du grand froid

devant le feuilles

mon invité boit du vin chaud

moi ses silences

petit matin froid

le feu et moi

plein d’entrain

soir et matin

à la paresse

le feu m’encourage


Titre : Dans le bonheur d’aller

Auteur : Jean-Hugues Malineau/Françoise Naudin-Malineau

Éditeur : Pippa

Année de parution : 2 020

16€

Haïkus 1989 à 2018, en sous titre. Un recueil de haïkus, mais pas n’importe quels haïkus, non : ceux que le couple envoyait à ses amis en guise de carte de nouvel an. De petits cahiers imprimés et façonnés à la main. J’ai la joie d’en avoir reçu quelques uns, et de les garder précieusement.

Un parcours de vie. De vie partagée. Chaque haïku comme un jalon de cette histoire, comme un cairn sur le chemin.

Poésie la vie entière écrivait Cadou. Les Malineau en sont complices et acteurs. Je vous invite à découvrir ces pages, à vous y arrêter un moment, là où vous vous sentez en écho, à respirer les parfums du haïku. Chacun y trouvera sa joie, la paix et du songe car telles sont les voies du haïku. Quelques syllabes et l’infini à portée de paupières.

En voici trois qui me résonnent bien en profondeur.

Le silence est 

peut-être 

le parfum des pierres

Rives silencieuses 

une libellule bleue 

incline un roseau

Un temps infime

entre la dernière hirondelle

et la première chauve-souris

https://www.pippa.fr/Dans-le-bonheur-d-aller?var_recherche=dans%20le%20bonheur%20d%27aller


Titre : Éphéméride, feuilles détachées

Auteur : Anthologie

Éditeur : Pourquoi viens-tu si tard

Année de parution : 2022

Une anthologie fort sympathique sur le thème du Printemps des Poètes 2022, accompagnée de photo de Marilyne Bertoncini, des feuilles d’automne, encore à l’arbre ou sur le sol. Comme les pages qu’on effeuille sur un éphéméride. Une ambiance douceur, une ambiance couleur. Un brin de nostalgie : le temps qui passe, les souvenirs en suspension et leur chute aérienne, évanescente suivie de ce petit bruit au contact du sol. J’ai été, je suis, je… 

Des poèmes divers, comme dans toute anthologie, chacun y fera son marché. Personnellement j’ai mis dans mon panier les poèmes de Antje-Stehn, Marilyne Bertoncini (comment résister à un poème sur le kaki quand il est présent dans un de mes albums et dans chacun de mes automnes?), Brigitte Broc et son « passagère du poème,

je vais,

jusqu’au bout de la page,

jusqu’au bout de la nuit. »

ou bien Ghislaine Lejard avec ce haïku

« Calames dans le jardin

sur la page du ciel

une calligraphie de silence »,

et tant d’autres à découvrir…

Une autre particularité de cette anthologie, c’est son ouverture au monde : des poètes de plusieurs pays sont présents avec leur poème en langue originelle et traduit (parfois en passant par l’anglais). Une heureuse initiative à saluer.

****

Fièrement se dressent

les pissenlits

sur les ronds-points

dans le vacarme des zones

de transit frénétique

Je les rencontre tapis

au niveau du regard des chiens

Des grappes de rayons filtrent

à travers les douces tiges de papier

vélin

tout flotte comme le feuillage

dans le jeu clair-obscur

d’une forêt magique

subtile et si légère

presque transparente

de sphères de graines rayonnantes

riches d’infinis possibles

il suffit d’un souffle de vent

pour une vie nouvelle

dans les fissures du quotidiennement

C’est mon Komorebi

drogue du bonheur made in Japn

on la trouve à n’importe quel coin de rue

n’importe quand.

Komorebi : ce mot japonais désigne la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles des arbres.

Antje-Stehn

****

Les kakis

L’automne est un brasier tourmenté

il enflamme les feuilles de l’arbre qui se tord

sous le poids de ses fruits

braises promises à tes lèvres

La laque rouge du feuillage ensanglante le ru

et le fruit dans ta main a le poids un peu mou

d’un sein vermeil et doux sous la soie de sa peau

qui se fendille un peu comme pour un baiser

C’est un soleil couchant que tu portes à ta bouche

en dégustant l’instant

maintenant

à jamais.

Marilyne Bertoncini

***

http://www.association-lac.com/



roman

Titre : A(ni)mal

Auteur : Cécile Alix

Éditeur : Slalom

Année de parution : 2 022

14,95€

Un récit poignant. Un livre qu’on ne lâche pas. Pas plus que le Je qui raconte son histoire ne lâche son chemin. Droit vers l’Europe. Il faut partir. Sa mère pousse au départ, l’organise. Le père a été tué par les soldats du gouvernement, les deux aînés sont déjà partis mais n’ont pas survécu à la traversée : ils ne savaient pas nager. La mère se sait en danger : elle persiste à vouloir enseigner…

le voyage. La route. Se battre pour garder sa place. Sa vie. La mer. Le canot. Les vagues. Les morts autour. Le combat de chaque instant pour survivre. L’Europe enfin, l’Italie. La fuite toujours. Rester libre. Le voyage en Europe. La survie. Des rencontres humaines, des accueils temporaires. Une nouvelle vie enfin.

En cette fin d’hiver où nos politiques s’interrogent sur la différence entre un migrant ou un réfugié, ce livre prend une dimension plus profonde.

À lire maintenant et dès le collège.

https://www.lisez.com/livre-grand-format/animal-voyage-migrant-aventure-destin-a-partir-de-13-ans/9782375543313

*


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Samedi 2 et dimanche 3 avril salon du livre de Flers (61)

dimanche 1er mai : printemps de Durcet (61)

vendredi 13 au dimanche 15 mai : salon du livre de Luçon

samedi 21 mai : salon du livre de Peymeinade (06)

vendredi 3 au dimanche 4 juin : salon du livre de Grimaud (83)

vendredi 7 au dimanche 9 octobre : salon du livre de Mouans-Sartoux

Les lectures de février 2022 de Patrick Joquel


Poésie

Titre : Perspective flottante / marias Poitevin

Auteur : Luce Guilbaud 

Éditeur : Rougier V. éditions

Année de parution : 2 021

16€

Le lecteur entre avec Luce Guilbaud dans ce paysage indécis où l’on ne sait plus exactement où commence la mer, où finissent les eaux, où se terre le sol. 

« … un paysage mouvant traversé d’oiseaux. »

Paysage de reflets, de mirages, de regrets, de retraits, de tentatives… paysage à bercer dans le regard, à laisser ruisseler sanglots et rires jusqu’à leur coulée. Paysage solitaire. 

Paysage d’oiseaux. Multiples espèces. Régal pour les yeux, pour le chercheur, pour le contemplatif. 

Paysage d’enfance où le miracle est à chaque pas, à chaque regard : tout est si changeant sur le marais. Sa lumière, ses reflets, ses oiseaux…

Paysage silencieux. À peine troué par les oiseaux, quelques insectes et le vent parfois. 

Souvenirs, présents et la certitude d’un demain identique. Un demain que la prochaine marée modifie déjà, parmi les ombres floues d’hier.

« Ici l’eau ne va pas simplement

elle a ses peurs ses retraits ses écarts

ses regrets ses tentatives tentations

et ses pertes dans le multiple

l’eau se crée entre ses propres bras

et se berce en mirages inversés

elle transporte ses soifs et ses débordements

son langage nous impose de plus lustrales leçons

sous le ciel et ses coulées de bleu

s’y noient infiniment nos sanglots retenus. »

http://www.rougier-atelier.com/?product=pu59-perspective-flottante-marais-poitevin-luce-guilbaud


Roman

Titre : L’arbre monde

Auteur : Richard Powers

Éditeur : Le Cherche Midi

Année de parution : 2 018

Je termine la lecture de ce livre et découvre dans un article du Monde qu’on estime à plusieurs milliers le nombre d’espèces d’arbres inconnues. Des arbres rares et donc fragiles. À préserver d’urgence car dans ce monde en pleine mutation climatique ils sont peut-être un avenir, peut-être aussi une pharmacopée du futur.

Ce roman donc tourne les feuilles des arbres. Via plusieurs personnages et autant d’histoires personnelles différentes. Tous se retrouvent autour des arbres, que ce soit ceux de leur jardin, ceux de leur recherches scientifiques, ceux qu’ils voient de la fenêtre ou encore ceux qu’ils essaient de sauver des bûcherons. Combats dont on a entendu parler dans nos journaux… découvertes récentes de la communication entre les arbres et cette idée qu’au-delà de chaque individu, la forêt est une entité vivante. 

Entre fiction et réalité ces pages donnent au lecteur une conscience plus vive de son environnement, de sa méconnaissance et l’invite en retour à plus de curiosité, plus de respect.

Un livre étonnant. Un livre de conscience. Un livre qui propose à son lecteur de vivre un peu plus haut que d’habitude.

https://www.lisez.com/livre-de-poche/larbre-monde/9782264074430


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

 

  • Tout le mois de février exposition « Temps joueur/espace éphémère » à la Mairie de la Roquette/Siagne avec Laurent Del Fabbro.
  •  3  et 11 mars : Collège la Chênaie et Médiathèque la Strada de Mouans-Sartoux, rencontres avec une 6e.
  • 18 et 19 mars : rencontres plurielles de la Suze/Sarthe. rencontres avec deux classes et salon du livre poésie
    .
  •  Breil/Roya (06) rencontres le jeudi 24 mars de 14h à 15h pour la classe de 5ème du collège et de 15h à 16h pour la classe de CM2 de l’école.
  • 2 et 3 avril : salon du livre de Flers (61).  
  •  du 12 au 15 mai : animations et salon du livre de Luçon
  •  du 3 au 5 juin, salon du livre de Grimaud et rencontres avec des classes 
http://www.facebook.com/patrick.joquel

 et sur Radio Grand ciel.fr, émission la route inconnue de Christophe Jubien.

Les lectures d’été 2021 de Patrick Joquel

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POESIE

Titre : FRICHES 132, hommage à Jean-Pierre Thuillat

Auteur : collectif

Éditeur : les cahiers de poésie verte

Année de parution : 2 021, pni

L’été. La pile des livres reçus, le balcon et les cigales… Lire. Lire et se souvenir.

Un dernier numéro de Friches. Un hommage à son rédacteur Jean-Pierre Thuillat.

Jean-Pierre Thuillat, poète, historien, spécialiste de Bertrand de Born le troubadour du XIIe siècle, adjoint municipal etc.

On déroule une quarantaine d’années au fil des pages. Un enracinement, une fidélité. De la ténacité. Jean-Pierre Thuillat aimait les arbres, les chênes. Friches est un arbre dans le paysage poétique de la fin du XXe/début XXIe siècle. Un arbre dont l’ombre a accueilli de nombreux poètes, de grandes voix comme il disait et des voix plus jeunes, plus secrètes.

Friches, des collaborateurs fidèles, ils ont la parole ici : pour rendre hommage comme pour entendre leur voix. C’est le prix Troubadours, ils sont tous présents. Ce sont des éditoriaux affûtés sur la poésie et le monde, on en retrouve ici quelques extraits. Friches, c’est une aventure. Je suis heureux d’y avoir participé quelques fois. Mon seul regret : je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer Jean-Pierre.

« Quand plus personne ne nous lira
que nous serons enfin bien morts
sous des kilomètres de neige
peut-être y aura-t-il malgré tout quelque part
un regard pour prendre mesure
de cette lueur que nous fûmes
et s’arrêter sur l’arbre d’en face
comme je m’arrête aujourd’hui sur ton nom
toi qui reposes depuis huit siècles
sous le calcaire bleu d’un gisant
et me réchauffes pourtant le cœur
par tout ce poids amorti par les ans »


Dans le 321 Encres Vives

« Mémorial pour le siècle XX


Il commence à Sarajevo pour s’achever à Pristina :
ça ne fait pas beaucoup de chemin
juste un détour par Oradour
une fleur sur Hisoshima.

Les hommes s’ennuient sur la Terre, il faut bien s’amuser un peu.
Un peu de femme un peu de guerre
du vin des larmes du sang
et l’on repart la coupe pleine.

Ronds de fumée sur Tréblinka ou ronds de cuir sur la Garonne.
Qu’elle est belle l’église en flammes
avec tous ces enfants dedans 

J’entends le hurlement des femmes.
On n’est plus au douzième siècle.
La barbarie, c’est aujourd’hui.

À Tokyo New-York ou Paris
les sans-papiers les sans-famille
hantent les rues de l’opulence.

La guerre est partout dans le monde, on tue les enfants par milliers.

Ceux qui survivent on les prépare
à devenir bourreaux demain.

Ainsi se perpétue le Monstre.

Il commence à Sarajevo pour s’achever à Pristina :
ça ne fait pas beaucoup de chemin
juste un détour par Oradour
une fleur sur Hiroshima. »


www.friches.org

Titre : Pas par quatre chemins

Auteur : Morgan Riet

illustrations de hervé Gouzerh

Éditeur : Donner à Voir

Année de parution : 2 021

Ce petit carré orangé s’ouvre sur un haïku de Santoka (1882/1940) :

qu’on soit joyeux

qu’on soit triste

les herbes poussent

J’aime bien ce rappel de l’indifférence du monde à nos petits soucis quotidiens, comme nos anniversaires ou les horaires des trains… Le temps qui passe, les nuages, une horloge, des enfants sous la pluie et la joie… Tout un quotidien saisi au vol dans une collection de haïkus qu’accompagnent les illustrations d’Hervé Gouzerh.

De la fragilité dans ces vers, de la tristesse ou plutôt de la mélancolie. Les jours passent, les bougies s’entassent, on voudrait, on est. On cueille ainsi des instants, les mains dans les poches et on se souvient d’une enfance cow-boy. Le présent est ainsi, toujours chevauchant l’enfance et le regard vers des rêves et des désirs de futurs.

Un petit carré à lire d’une traite puis à relire page à page ou bien en écho à sa propre aventure. Un bel objet à offrir comme tous les Donner à Voir.

http://www.donner-a-voir.net/


Mon miroir de la salle de bain

Auteur : Pierre Tilman

Éditeur : La Boucherie littéraire

Année de parution : 2 021

13€

il y a les jeux d’enfants face au miroir. J’y suis/j’y suis pas/coucou me revoilà… Il y a les petits matins rasoirs dentifrices peigne et les questions existentielles qui les accompagnent : est-ce que je serai président ? Où sont mes vingt ans ? Et toutes les autres… Ici Pierre Tilman s’interroge sur le miroir lui-même :

…Il ne m’était jamais venu à l’esprit
de regarder mon miroir
de la salle de bain
lorsque je ne suis pas devant lui.

Quand il est seul,
je ne sais ce qu’il fait.
Je me place biais

et je le regarde discrètement.

Tout au long de ces pages l’interrogation entre l’homme et le miroir de sa salle de bain. Derrière ces monologues se cachent nos questions rémanentes : qui suis-je ? Comment ça marche tout ça ? Et le temps qui modifie mon apparence jour après jour ?

Quelle perception de soi avait-on avant le miroir ? Le miroir est-il le reflet fidèle de ma réalité ? Comme le dit Pierre Tilman le reflet est sans vie ; rien ne pulse en lui, il ne produit rien. Alors ? 

Et le temps ? Quel est son rapport au temps ? Le reflet du présent. Sans passé. Sans futur. Un reflet d’un présent maintenant. Qui disparaît dès que l’on sort de l’écran. Le miroir et l’écran de nos ordinateurs ; qui renvoie quoi de soi ?

On plonge dans les jeux de miroirs au fil de la lecture. On se perd, comme un Narcisse amateur. On se reconnaît aussi dans les grimaces et les tentatives de dialogue avec son reflet. Finalement, le poème en explorant cet objet poli de la salle de bain nous renvoie à nous-mêmes aussi fidèlement qu’un écho. C’est une des voies de la poésie : mettre des mots sur ce qui n’en a pas. Ici simplement parce que trop ordinaire pour qu’on s’y arrête. En s’y arrêtant Pierre Tilman met des mots sur nos gestes, nos pensées ; il formule ce que l’on ressent, ce que l’on expérimente sans le nommer. Il nous enrichit. Merci !

Merci à l’éditeur de nous partager ces mots, ces réflexions, ces sourires.

Un ensemble de textes à jouer sur scène avec un ou plusieurs miroirs, un ou plusieurs acteurs ; ce serait amusant à tenter.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/


Titre : Un bruit de bleu

Auteur : Louis Raoul

Éditeur : L’ail des ours

Année de parution : 2 021

Le premier mot du livre : « Chaleur »

L’été. Du Bleu. La mer. Le sable. L’été tout simplement.

Les mots glissent sur le papier abasourdis de chaleur. Ils chuchotent. Peinent à lever les lèvres. C’est l’été. Pas un souffle d’air. Chaleur. La nuit comme le jour. Des heures propices à la langueur. À la caresse à l’abri des persiennes à l’espagnolette.

Le temps passe.

« Je porte un manteau de pluie »

puis

« la neige
j’aurais alors
un manteau lourd d’étoiles
et j’aurais l’excuse
de tout ce blanc pour perdre mes mains. 
»

En toute saison l’auteur prend le temps d’écouter le monde pulser. De jouer sa partition en écho, en accord avec lui. Il écoute. Regarde. Sent. Caresse et goûte à tous les parfums des jours. 

« juste cet instant privilégié

d’avoir été dans la confidence

du monde. »

Les saisons se succèdent. La vie. Le temps. Des instants solitaires. Des instants partagés. Et le questionnement de la mort qui monte. L’apprivoiser avec quelques mots. Sauvegarder des instants avec quelques poèmes. Approfondir le silence…

« On pourrait

avant de partir

écouter une dernière fois

le vent dans le feuillage

on pourrait

laisser là

nos os

pour voyager plus léger

et l’on attendrait

l’une de ces nuits

où la lune

ouvre un chemin sur la mer »

On est dans cette poésie intimiste qui cherche à résonner avec la Terre et le mystère de la création. On dirait facilement aujourd’hui un poème zen mais ce serait ne rien dire de ce travail sur soi, de cette écoute. De ces moments où l’auteur va puiser quelques mots dans un des puits de l’univers. Quelques mots vivants pour vivre à son tour et comme le disait Guillevic « un peu plus haut que possible ». (Il est possible qu’à un mot près la citation ne soit pas exactement exacte mais l’essentiel est dit, n’est-ce pas ?).


Titre : les heures creusent

Auteur : Christophe Sanchez

Éditeur : éditions du Cygne

Année de parution : 2 021

J’aime bien ce titre et son jeu. Les heures vides, les heures creuses, les heures qui creusent notre présence au monde. Je pense aux règles de vie monastiques dont le but est de permettre ce creusement, d’approfondir cette présence au monde. Dans la solitude et la répétition de l’emploi du temps. Ici, ces heures creuses sont les huit heures traditionnellement vouées au travail. Elles nous creusent, nous vident mais aussi nous tiennent (plus ou moins, ok je sais : c’est pas toujours amusant le boulot mais quand même ça donne du rythme aux jours. Combien de retraités s’emm… loin du boulot et toutes ces sortes de choses…).

Le travail c’est un open space, si j’ai bien suivi, dans une boite de transports en commun : régulation et surveillance du trafic. J’imagine plein d’écrans, de téléphones et le stress de la circulation, les pannes, les accidents mais aussi les moments où il ne se passe rien, où tout roule, tranquille.

Durant ces heures, l’auteur pense à écrire. Des réflexions, des saisis d’instants : la vie quoi, et tout simplement. Approfondir ainsi ces heures à priori loin du cahier d’écriture (ou autre) donne de la perspective au quotidien. Je suis convaincu depuis longtemps que le poète est à l’affût de poème caché juste à côté de lui.

On me demande souvent d’où me vient la fameuse inspiration… je réponds souvent que

Le poème est là

et que la mission du poète (jingle de mission impossible svp) est de le débusquer, de le mettre en mot. Le quotidien du travail, aussi répétitif et ennuyeux soit-il ( et ce n’est pas toujours le cas) recèle aussi des poèmes. Se mettre à cet affût, c’est un travail sur soi, une disponibilité à son humanité.

Ces poèmes partagent ainsi des moments de creusement, ils vont accompagner les lecteurs travailleurs, enrichir leurs vécus, donner un autre sens aux mots de la tribu. Vivre actif et non passif me semble un bel objectif au quotidien et en particulier durant ces heures « creuses/qui creusent ».

18h15

Près de nous

les quais de béton

où les trains crissent.

Plus loin,

les annonces en gare

par la voix d’un robot.

Entre deux,

l’attente d’une alerte

qui nous dira quoi écrire.

http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-heures-creusent.html

* Pudeur des brouillards, éditions de l’Amourier.


Titre : Maman, maman, j’ai rêvé de l’ours

Auteur : Angèle Casanova

Images : Jacques Cauda

Éditeur : Les éditions du Carnet d’or

Année de parution : 2 021

Un ensemble de textes qui commence dans un RER pris à Nation. L’autrice croise une jeune maman et sa petite fille. Ça se passe mal entre les deux, la mère gifle l’enfant. Et tout remonte. La perte de sa propre mère. Un accident. Le vide. La quête de compréhension. L’apprivoisement de cette nouvelle vie.

De texte en texte on suit ainsi le cheminement de ce qu’on appelle génériquement le travail de deuil. C’est un lent cheminement. Une longue patience. 

Un livre poignant qui saura accompagner ceux ou celles qui sont confrontés à la perte.

Les éditions du Carnet d’or est une jeune maison d’édition associative créée en 2020. On suivra son évolution livre à livre.

https://leseditionsducarnetdor.cargo.site/


ALBUM

Titre : Adi de Boutanga

Auteur : Alain Serge Dzotap

Illustrations : Marc Daniau

Éditeur : Albin Michel jeunesse

Année de parution : 2 019

Un album grand format dans lequel texte et illustrations sont mis à l’honneur. On y entre avec chaleur. La chaleur de la palette de Marc Daniau bien accordée au pays où se déroule la vie d’Adi : le Cameroun.

C’est l’histoire d’une petite fille qui grandit. Une petite fille heureuse. École. Amies et amis. Jeux et rires. Comme tant d’autres petites filles dans le monde.

Seulement ici : à treize ans les filles quittent l’enfance. L’enfance et l’école. Selon la tradition, l’oncle cherche un mari à sa nièce. Des questions de prestige, de dot plus que d’amour. D’ailleurs Adi ne veut pas de l’homme auquel son oncle l’a promise. Elle veut son amoureux. Elle veut continuer à apprendre.

Pour échapper à son destin son père la conduit à Boutanga. À Boutanga, un couple franco-camerounais a ouvert un foyer école pour les filles qui s’opposent au mariage forcé et veulent continuer l’école ; garder leur liberté de choisir leur vie.

Ce livre brûle d’actualité. Combien de jeunes filles arrêtent l’école contre leur gré ? Combien sont concernées par le mariage forcé ? et pas qu’au Cameroun ; il suffit de regarder l’actualité pour comprendre que toute liberté est fragile.

Un livre à réfléchir en famille, en classe ou ailleurs. Un livre libérateur de paroles. Un livre pour grandir.

Une partie des droits d’auteur d’Alain Serge Dzotap est versée à la Fondation Gacha pour l’aider dans sa mission humanitaire.

https://www.albin-michel.fr/ouvrages/adi-de-boutanga-9782751107337


ROMAN

Titre : Terrienne

Auteur : Jean-Claude Mourlevat

Éditeur : Gallimard jeunesse

Année de parution : 2 021

Les mondes parallèles… Un incontournable de la SF. Un de plus direz-vous ! Et alors : l’essentiel est que cela fonctionne et là pour le coup ça fonctionne bien. Anne passe de l’autre côté. Plusieurs fois. Seule puis avec quelqu’un. Dans ce monde parallèle, elle mènera la mission qu’elle s’est fixée. Elle trouvera de l’aide. En dire plus ce serait enlever les éléments de surprise qui donnent toute leur saveur au récit. 

Je l’ai lu d’une traite. Complètement captivé. Un livre à lire dès la fin du primaire et au-delà bien sûr. Il n’y a pas de péremption d’âge pour un livre comme celui-ci. Comme dans tous les autres de Mourlevat.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Pole-Fiction/Terrienne


Titre : Les aventures de Balthazar Fox

Auteur : Pascal Brissy

Éditeur : Auzou

Année de parution : 2 019

Les trois tomes des avnetures de Balthazar Fox sont réusnis dans cette belle édition. Balthazar est un garçon ordinaire ou presque : il cache une queue de renard sous ses habits. Joli mais encombrant et surtout secret.

Tout bascule lorsqu’il effectue par hasard son premier passage vers l’autre monde. Un monde parallèle peuplé d’animaux guerriers et dotés de la parole. Balthazar est un des rares à pouvoir passer d’un monde à l’autre et influer sur cet autre monde.

Ces aventures, il va les partager avec une renarde mystérieuse, un drôle de chacal et un ours sans peur. Des épreuves, un destin hors du commun. 

J’ai passé un moment bien agréable en sa compagnie et recommande la lecture de ces aventures dès 10ans, voire avant.

https://www.auzou.fr/accueil/les-aventures-de-balthazar-fox-integrale-tomes-1-a-3


©Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

http://www.facebook.com/patrick.joquel

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Lectures de Janvier 2017

Lectures de Janvier 2017

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Poésie

Titre : EFFEUILLAGE

Auteur : Alain Chiche

Editeur : Gros Textes

Année de parution : 2 017

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Premier recueil poétique d’Alain Chiche que l’on connait déjà pour ses livres jeunesse au Seuil et ailleurs. Un livre qu’il a illustré aussi et qui éclate de couleurs joyeuses. Un livre joyeux oui. Des comptines, des poèmes plutôt courts mais pas tous. Des textes qui donneront bien du plaisir aux enfants et à leurs maitresses et maitres. Des poèmes générateurs d’ateliers d’écriture, des images qui ouvriront l’imaginaire des jeunes créateurs. Un livre riche et agréable à mettre dans toutes les classes, dès la maternelle.

http://grostextes.over-blog.com/

 

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Titre : Es-tu mon frère ?

Auteur : Gilles Brulet

Dessins de Laurent Courvaisier

Editeur : Donner à Voir

Année de parution : 2 016

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Une ambiance indienne. Un accord complice avec la Nature, notre mère la Terre et sa tendresse. On se promène dans cet accordéon comme en un jardin où une petite voix par son questionnement doux nous invite à passer le pas, à sauter la ligne ténue et invisible qui nous sépare du cœur pulsant du monde.

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Silence, on lit ; on marche ; on rêve.

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Aucune autre urgence même sans fil ne peut venir interrompre cette méditation. Embarquement immédiat !

http://donner-a-voir.net

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Titre : Un fruit qu’on regarde sans tendre la main

Auteur : Rémy Durand

Encres et aquarelles : Josette Digonnet

Editeur : éditions du Petit Véhicule

Année de parution : 2 016

 

Un fruit ? Une pomme peut-être comme semblerait l’indiquer L’insoutenable bonheur de la chute : titre de la deuxième partie du livre. Partie où les pages tournent les rencontres, rencontres avec l’autre, avec soi-même ; rencontre intime de l’amour ou de la révélation. Beaucoup de douceur, un peu d’amertume et quelques grains de désespérance jalonnent ces pages. Un désespoir que le poème sauve, apaise et transfigure.

Première partie : des lieux, villes et autres aires. L’auteur se promène et nous entraine à sa suite dans Prague, Venise ; sur les pentes de la montagne Sainte Victoire chère à Cézanne, dans la neige ou le désert.

 

Mon coup de cœur : la page sur la neige… bien sûr diront ceux qui me connaissent. Marcher dans la neige c’est retrouver le temps d’avant, lorsque nous étions éternels. Marcher dans le blanc, c’est retrouver un murmure d’éternité

 

http://lepetitvehicule.com/remy-durand-josette-digonnet-un-fruit-quon-regarde-sans-tendre-la-main/

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Titre : Cannibale bambou

Auteur : Thierry Renard

Editeur : Gros Textes

Année de parution : 2 016

 

Une année ou presque d’écriture dans ce livre. Le fil des mots, le fil des mois. Et pas n’importe quelle année : celle des cinquante ans de l’auteur avec en prime un statut supplémentaire (grand-père).

Ça commence à deux pas de chez moi, un petit clin d’œil aussi amusant qu’inutile pour le lecteur mais bon, ça fait plaisir comme on dit.

On avance dans le livre d’un poème à l’autre ; poème daté avec lieu. Poèmes dont l’écriture ne se soucie pas de sortir ou non du cadre. Une liberté revendiquée également dans la vie de tous les jours et ses engagements ; la liberté ressemble à nos matins les plus habituels.

Certains poèmes sont écrits la nuit, d’autres à l’aube ou bien en cours de journée. Ils naissent librement eux aussi pour entraîner leur auteur dans un peu plus de réflexion, de savoir être.

Des poèmes écrits à la première personne, des moments d’intimité, des moments de vie, des réflexions… Le poème s’adresse autant à son auteur qu’aux lecteurs. Le poème a bien souvent un petit côté universel, un chuchotement qu’on reconnait quand il vient à nous.

 

La vie est immense la vie est immense

Alors osons dès à présent l’imaginaire

Vivre c’est exprimer l’incroyable

C’est rendre parole et lumière

Écrire c’est recoudre le temps

Et donner au vivant davantage de vivant

Toute mon existence j’aurai lutté

Contre l’envie de renoncer à mes promesses

 

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Titre : Jardins alpins

Auteur : Odile Bonneel

Illustrations : Isabel Asunsolo

Editeur : Le Pré du Plain

Année de parution : 2 016

Promenade dans les jardins alpins. Les sauvages comme les cultivés, parcours botaniques. Le bonheur d’Odile, c’est de rassembler ces fleurs fragiles en une composition de haïkus. Une promenade bucolique, instructive et songeuse.

Cette étrange émotion appelée poésie, n’est-ce pas ?

On y déniche aussi entre, au-dessus voire au-dessous des plantes, la vie des hommes, les insectes dont la mouche chère à Norge, ou d’autres animaux comme la marmotte si sympathique.

 

Les mouches d’altitude

Bombillonnent vibrillonnent

Autour de nous , Clac !

www.lepréduplain.com




©Patrick Joquel      

 

Les Incontournables de 2 016 de Patrick Joquel

Les Incontournables de 2 016 de Patrick Joquel


patrick-joquel
http://www.patrick-joquel.com

Poésie


Titre : Dépaysés
Auteur : Alain Boudet
Illustrations : Marion Broca
Editeur : Soc et Foc
Année de parution : 2 016

Un nouveau recueil d’Alain Boudet. De la joie en perspective. On ouvre avec gourmandise et les images de Marion Broca accueillent le lecteur avec légèreté, douceur et sérénité. En écho à ces poèmes répartis en quatre parties.
Alain Boudet est un flâneur, à l’affût des petits bonheurs du jour. Il les contemple avec un sourire et les écris… ça parait si simple qu’on en oublie le travail d’écriture. De l’idée au poème, du temps et de l’énergie, de la méditation, des essais de mots jusqu’à ce que le poème fuse, étonne et réjouisse.
L’écriture renouvelle l’être et le monde alentour.

Toute cette joie de vivre reste attentive aux douleurs de vivre. Qu’elles soient proches ou lointaines. Le poète n’a pas que des cailloux lisses en poche pour jalonner son chemin de Petit Poucet rêveur dont l’auberge est à la Grande Ourse ; il a aussi des gravats. Ceux d’Alep, en ce qui concerne ce livre. Un poème sur une ville meurtrie ne la re construira pas, certes ; mais il témoigne d’une solidarité, d’une prise en compte. On vit avec ces échardes, qu’on le veuille ou non, les dire et les partager, ça compte bien quelque part, sinon à quoi bon ?
Un poème, ça compte bien quelque part, sinon et depuis le temps que les poèmes nous accompagnent ils se seraient évaporés.
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Il peut bien peu
le temps qui passe
Nous avons du bleu
Il peut neiger
il peut faillir
affabuler s’affoler
s’affaiblir s’affaler
et falsifier le vent des rêves
Nous avons
nous avons du bleu
nous avons du bleu dans nos poches.
© Alain Boudet – Petite suite bleue pour Lila dépaysés soc et foc

http://www.soc-et-foc.com/CAT_detail.php?id=112&PHPSESSID=d19f0dbdc87e274124d5cf6c415a70f1
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Titre : Lame de fond
Auteur : Marlène Tissot
Editeur : La Boucherie littéraire
Année de parution : 2 016
J’ai ouvert le livre et dès le premier texte j’ai été happé. Jusqu’au bout. Sans halte. Sans pause. Connivence des vécus même si chacun demeure unique bien sûr. Surprises régulières des phrases, des images, des sentiments. Je sais déjà que je lirai et relirai ces pages, histoire de savourer des moments comme celui-ci (il faut bien en choisir un pour cette chronique, ne pas tout dévoiler mais donner envie) :
La paupière grise du ciel. Le chant des baleines de parapluie. Le dos rond des frissons sous la caresse du pull. Ce petit surplus de douceur qui aide à franchir les jours de pluie. Ici, on parle de grain. Ailleurs de folie.

Ces bonds du langage sur les ressorts de sens des mots, ces sensations. C’est vivifiant. Comme cet air du large qui vient de l’Ouest sur le dos du gulf stream et qui baigne le livre. Marlène Tissot nous emmène à Cancale, avec elle, respirer les marées, de se renouer, à la recherche non d’un passé sclérosé, antiquité de musée aux souvenirs, mais d’un passé fondateur ; d’une de ses vies. Car nous vivons plusieurs vies et parfois le besoin de les rassembler nous taraude jusqu’à, comme ici, traverser la France pour remettre sa main dans la sienne.

Un livre autour de la perte, autour du voyage, pèlerinage géographique d’un retour à une des origines mais aussi quête intérieure.
Décidément ce nouvel éditeur La Boucherie littéraire surprend à chaque fois !
http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/
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Titre : poèmes taillés dans la pierre
Auteur : Patrick Dubost
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 016

Voilà une démarche d’écriture qui me plait, qu’il m’est arrivé d’expérimenter aussi. En résidence d’écriture dans la Chartreuse Notre-Dame-des-prés de Neuville-sous-Montreuil, Patrick Dubost se met en silence. Il entre dans le silence de la Chartreuse, le grand silence ! Il se met à l’écoute. De tous ses sens. Se pose ici ou là. Déambule dans les couloirs, le cloître… Il vibre. Il devient le point d’accueil de chaque pierre, chaque herbe, chaque animal de ce lieu poli par le temps. Il reçoit les chants évaporés au fil des liturgies, surprend les ombres cligner de l’œil.
Les mots se déposent sur le papier, comme un goutte à goutte dans les cavernes. La géographie du poème épouse aussi les lieux : poèmes triangulaires. La voix prend le temps de la résonnance des salles : des espaces où peuvent rouler les échos, s’installer des silences.
Le poème interroge à la fois l’espace et le temps du lieu comme l’espace et le temps de l’homme qui écrit.

Un livre à lire et à s’imprégner pour accompagner le jour au pas des vivants.
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Titre : BBêtes
Auteur : Sophie Braganti
Dessins : Victor Lanneau
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 016

Voici un bestiaire signé Sophie Braganti. Un bestiaire plutôt tourné vers les petites bêtes, les insectes y ont une grande place. Ils ont souvent des noms à titiller autant la langue que l’imaginaire et Sophie Braganti ne s’en lasse pas. Elle vole autour des mots, joue avec eux comme le moustique avec notre sommeil. Elle nous tire de notre léthargie de lecteur passif à grands coups de claques inventives, drôles et percutantes. On se dit après lecture que décidément la langue offre encore de belles Terra Incognita et il est bon que les poètes en soient les explorateurs insatiables.

Les dessins de Victor Lanneau sont d’une précision de toute beauté, envoutants. Souhaitons lui de rencontrer d’autres propositions chez le même éditeur ou d’autres…
http://grostextes.over-blog.com/
https://sophiebraganti.wordpress.com/
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Titre : Quotidiennes pour lire
Auteur : Georges Cathalo
Editeur : La Porte
Année de parution : 2 016

Fidèle au format de ses quotidiennes, Georges Cathalo s’interroge ici sur ce qui pousse à lire, à lire et à lire encore… ce qui pousse à écrire, écrire et écrire encore… et sur ces mots mystérieux qui nous inventent, nous tiennent et nous révèlent. De petits bijoux ciselés sur ces thèmes et qui poussent à la réflexion. J’en verrai bien quelques-uns en poème affiche dans les bibliothèques ou autres lieux (et dans ce cas dans des lieux un peu incongrus pour un livre…).
Les éditions de la Porte 215 rue M.Bodhuin 02 000 Laon, tirent artisanalement à 200 ex. Un miracle, un bonheur et un indispensable. Merci à Yves Perrine.

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Titre : Le chuchotis des mots
Auteur : Chantal Couliou
Illustratrice : Charlotte Berghman
Editeur : Les Carnets du Dessert de Lune
http://dessert-de-lune.123website.be/
Année de parution : 2 016

Un livre promenade. Des poèmes courts. Un plein d’images au fil de la lecture. On commence la ballade à l’école (Chantal Couliou est enseignante en primaire). Des instantanés de cour, de classe, d’émotions. Un regard plein d’empathie sur les enfants, plein d’humour sur les objets de la classe, les mouettes de la cour. C’est frais, apaisant et poignant.
On continue la promenade au bord de l’océan, à l’intérieur des terres. Une Bretagne que Chantal Couliou aime et qu’elle écrit à petites touches, à petits chuchotis. Puis on passe en ville. La ville aussi est vivante, comme l’école. Ce serait trop simple de ne trouver de la poésie que dans les vastes espaces naturels, non, Chantal s’applique à la dénicher au quotidien. A fixer sur le papier ces petites palpitations qui nous ramènent à l’essentiel, à ces petites haltes dans la course, ces brèves jubilations qui aèrent le cœur et l’esprit.
Lire Chantal Couliou, c’est apprendre à vivre sans bruit, à guetter le fragile, l’éphémère. Lire Chantal Couliou à l’école, c’est permettre aux enfants de découvrir qu’il existe un autre monde que celui des écrans et tout aussi, sinon plus, magique.
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Titre : Sous les fleurs de la tapisserie
Auteur : Marlène Tissot
Illustrations : Somotho
Editeur : Editions Le Citron Gare
Année de parution : 2 013

Est-ce qu’on guérit un jour de son enfance ? De nombreux poètes écrivent ainsi pour dire, comprendre, apprivoiser et que sais-je les cicatrices indélébiles que tes mots ont autrefois laissé sous ma peau. Ici, c’est de la mère dont il s’agit.
Certains demeurent par moments ou tout le temps cet enfant blessé, terrorisé : j’ai sept ans pour l’éternité et je pleure des rivières.
Une manière de résister aussi au monde des grands qui fige les rêves.
Cette résistance au monde adulte et bien pensant on la suit de poème en poème. La lecture tient en équilibre sur un fil
C’est juste la frontière entre mon imagination  et la réalité qui devient de plus en plus mince.
On connait tous cela. On se reconnait alors dans ces brisures de miroir. Ces instants fugitifs où l’on s’échappe, où l’on croit que… où on est ailleurs et autrement que son petit bout de gras quotidien.
Une écriture fine, juste et précise.
Un livre « Un livre prix CoPO 2015 ».
http://lecitrongareeditions.blogspot.fr/


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BD

Titre : Rouge Petite Princesse Punk
Auteur : Johan Troïanowski
Editeur : Makaka
Année de parution : 2 015
Rouge gagne ses lettres de noblesse dans un magnifique album cartonné grand format. On y retrouve la palette colorée de son auteur, son univers magiquopoétique tout en légèreté, rêverie et bonté. C’est bourré de références discrètes, petits clins d’œil bien agréables à surprendre. Chaque livre s’inscrit ou devrait s’inscrire dans une histoire, celle des livres, Rouge y réussit parfaitement.
Un tome 2 est en préparation… Un personnage et un auteur à suivre !
Un univers particulier, ça change des convenus.


Album

Titre : C’est fermé
Auteur : Duval Mc
Illustrations : Caroline Dalla
Editeur : L’initiale
J’ai croisé cet album au festival de Mouans Sartoux. Un peu avant l’ouverture. J’ai éclaté de rire. C’est rare qu’un album me donne cet éclat là. C’est drôle, simple et efficace. Je l’ai amené en classe. Succès. Dès que je le ramène chez moi, les élèves le réclament.
Bref, c’est excellent !

http://linitiale.fr/pages/3-collections/l-agreable.php#main

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Titre : C’est pas ça
Auteur : Duval Mc
Illustrations : Caroline Dalla
Editeur : L’initiale
Année de parution : 2 016

Comment le conteur s’embrouille… une salade, des hésitations… C’est drôle et sympathique. Ça fonctionne bien. Un livre, c’est pas forcément ennuyeux ni prise de tête et les histoires, c’est pas toujours des histoires. Un peu de fraicheur, ça irrigue les neurones.
A mettre dans toutes les bibliothèques jeunesse et autres bcd de la maternelle au primaire.
http://linitiale.fr/pages/3-collections/l-agreable.php#main
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Titre : Le chemin d’Antonin
Auteur : Catherine Leblanc
Illustrations : Audrey Pannuti
Editeur : éditions L’initiale
Année de parution : 2 014

Antonin n’a qu’une idée en tête (on la découvrira en fin d’album, y aller, et il y va d’un bon pas. Ce garçon a aussi un cœur énorme, il rend service à tous ceux qui lui demandent. Il ne sait pas dire non…
Une petite fable qui vient à point pour montrer au lecteur que si rendre service est  agréable et bon, savoir se centrer ce qui est important pour soi l’est également. S’aimer permet d’aimer.
Au quotidien c’est une question d’équilibre.
Un petit livre à lire en classe dès le ce1 et au-delà, histoire d’amorcer une réflexion commune et/ou personnelle.

http://linitiale.fr/pages/3-collections/philo-et-citoyennete.php#main


Roman
Titre : Empreinte digitale
Auteur : Patrice Favaro
Editeur : Editions Thierry Magnier
Année de parution : 2 016
Le George O’, un bar de quartier comme on n’en fait plus… dans ce futur proche qui ressemble déjà à notre présent. Un bar sans vidéo surveillance (pour votre sécurité), sans agent de sécurité ; juste un endroit où le patron vous appelle par votre prénom : Ramzi, un étudiant, par exemple dont les horizons se rétrécissent dans la première nouvelle de ce recueil de quatre (pour votre sécurité)…
Le patron prend sa retraite, le temps passe… le George O’ devient un squat, sorte d’ilot de résistance, militant, équitable et bio ; café philo et poésie… puis la Police le mure. Comme ça, c’est fini. Paris est quadrillé par des drones de surveillance à reconnaissance faciale.  Tout va bien, on continue la lecture : souriez, vous êtes filmés.
Le temps passe encore et la mémoire du monde s’informatise à tout va. Le bar du quartier rouvre ses portes sous le nom du G.O. et on va suivre l’ascension d’un jeune homme doué… Les ponts entre le passé papier et le présent numérisé sont rares mais existent encore sous contrôle, bien sûr. Les villes commencent à se terrer sous bulles : réchauffement et dérèglement climatique…
Et on approche de la fin de ce livre que tout cdi et toute bibliothèque offriront à lire aux lecteurs de tous âges tant les questions soulevées sont actuelles. Un livre à ranger sur la meme étagère que 1984, farenheit 451 de Ray Bradbury , Liv3 de Christian Grenier etc.
http://www.editions-thierry-magnier.com/9782364748071-l-patrice-favaro-empreinte-digitale.htm
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Titre : La tour de l’étoile
Auteur : Emmanuelle Delafraye
Editeur : éditions du Jasmin
Année de parution : 2 016

Un autre monde. Un enfant. Un oncle. Et le va et vient de l’un à l’autre. Avec une quête à trois épreuves. De l’océan. Tous les ingrédients et la fiction prend le lecteur. Un voyage initiatique d’où le héros (et le lecteur) sort grandi !
Une histoire, « j’aime qu’on me raconte des histoires » m’avait dit un jour un ado à Montreuil. Emmanuelle raconte une histoire et nous embarque à bord de l’Hirondelle des Mers ! Laissez-vous embarquer à votre tour !
Un beau cadeau à faire ou à se faire en prévision des après-midi d’été.



 

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