Lectures d’octobre 2022 de Patrick Joquel

poésie

Titre : pouvoir rêver

Auteur : Albane Gellé

images : Valérie Linder

Éditeur : L’Ail des ours, collection Graines d’ours 1

Année de parution : 2 022

Un livre de poèmes se joue sur le temps long. Sur des années. Bien souvent les éditeurs de poésie ne disposent pas de ce temps long, pour diverses raisons (santé, économie…). Au fil des années, un livre de poèmes devient plus ou moins « collector », rare et une bibliothèque de poésie recèle ainsi des trésors de poèmes bien sûr, mais aussi d’objets rares, d’histoires humaines partagées. Ce livre d’Albane Gellé, elle l’explique elle-même, a une histoire qui commence en 2001 au Dé Bleu, puis s’est poursuivie en 2014 chez Cadex. Les deux tirages sont épuisés depuis longtemps ( j’ai un exemplaire du Dé Bleu : En toutes circonstances). Le livre renait aujourd’hui dans la collection Graines d’ours des éditions L’Ail des ours. 

Pas tout à fait le même, pas tout à fait un autre, il aura sa place dès la maternelle et au-delà bien sûr. Les images de Valérie Linder portent la légèreté des rêves et s’accordent ainsi aux poèmes. Des poèmes courts, des poèmes pour regarder le monde d’un autre œil, celui d’un imaginaire rêveur et tranquille. Une jolie pépite que cette nouvelle édition.

Trois poèmes du livre

j’ai mis dans ma tête

une boîte à musique

un arbre tout seul

et trois étoiles de mer 

pour pouvoir rêver 

en toutes circonstances

*

en haut de la montagne

le soleil refuse

(pourquoi ?)

de se coucher sous la table

*

Au 10, rue de l’espoir, assise sur le 

trottoir, une fourmi même pas noire 

agitait l’un de ses neuf cent trente-sept 

mouchoirs. Elle pensait encore aux 

pépins de poire qu’elle avait rangés 

dans son tiroir, la veille au soir quelle 

histoire.


Titre : L’Eldorado de la méduse

Auteur : Jean-Michel Delambre

Éditeur : Éditions Henry 

Année de parution : 2 012

Le temps du livre échappe à l’actualité, au rythme des infos qui jalonnent nos jours. Il aura mis dix ans à me rejoindre, au hasard d’une rencontre avec l’auteur lors d’une dédicace à Cogolin. Jean-Michel Delambre a écrit ce livre dans le Nord. Près de ce qu’on a appelé « la jungle de Calais ». 

Une traversée de France. Comme un écho aux traversées de ceux qu’on appelle « migrants » ou « sans papiers »… 

Ce petit livre de poèmes est une rencontre avec quelques uns de ces hommes partis de chez eux pour une lointaine Angleterre.

Un témoignage. Un bouleversement. 

On ne peut pas rester insensible à ces détresses, à ces volontés. Les mots aussi les accompagnent autant que les repas gratuits des associations, les tentes et couvertures offertes ou les soins des Médecins sans Frontières.

Un petit livre qu’on lit sans le lâcher ; puis qu’on relit. Le temps de mettre des corps, des regards, des espoirs sur ces silhouettes, ombres évoquées.

À lire dès dix ans et sans âge de péremption.

https://www.editionshenry.com/index.php?id_article=289


Titre : Rachida debout

Auteur : Jean D’Amérique

Éditeur : Cheyne 

Année de parution : 2 022

15€

Comment la poésie s’empare des actualités ? Comment créer des passerelles entre le réel, l’humain et les mots ? 

Jean D’Amérique propose dans ce livre une piste de réponse. Une piste car chaque poète arpente la sienne et aucune ne se ressemble sinon par le sujet.

Des poèmes oui, chacun peut se rendre indépendant ; mais aussi un « comme un récit ». Une suite de texte qu’on peut lire d’une traite, qui offre une possibilité de mise en voix autant qu’en scène (ce qui a été réalisé en Avignon en 2021). 

Des poèmes sur la liberté, le désir d’aller, d’ouvrir portes, fenêtres et cœurs. Des poèmes sur l’exil, la migration. Des poèmes sur la douleur de vivre en chemin, en terre inconnue autant que sur la joie d’être vivant sur le chemin.

Un livre dense, fort et plein d’espoir. D’optimisme. Aller de l’avant, prendre le risque, oser la liberté. Des mots qui accompagnent toutes celles et tous ceux qui hésitent à se mettre debout, ou bien qui ont déjà commencé à marcher.

À lire ou à mettre en scène, dès le collège.

Quelle est la formule de l’âge ?

Comment l’arbre négocie

la distance avec le ciel ?

Rachida debout.

Un long trajet jusqu’à nous.

Il y a longtemps qu’elle grimpe

le mur de l’enfance.

Rachida reprend la route.

Elle marche.

Rachida court

dans les bras chauds de la ville.

Elle prend le bus, elle prend le métro.

Elle regarde la foule, elle regarde les gens,

avec les yeux de l’intérieur.

Elle sait que

si elle ne voit personne, elle est pauvre.

Mais elle… personne ne la voit.

Personne ne prend le temps de la regarder.

Elle ne se ferme pas pourtant,

elle n’éteint pas ses étincelles,

elle ne dit rien au ciel bas,

elle ne compte pas sur l’absence,

elle regarde encore plus loin,

jusqu’à fouiller des puits solaires

dans les êtres.

Rachida tombée,

Rachida levée.

Rachida debout,

parce qu’elle sait qu’être humain

c’est le métier le plus rentable pour le cœur.

https://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/387-rachida-debout


Titre :Ukraine, 24 poètes pour un pays 

anthologie établie par Ella Yevtouchenko et Bruno Doucey

Éditions Bruno Doucey

Année de parution : 2 022

Un livre né dans l’urgence. Les premières pages témoignent de la gestation et de la préparation de cet ouvrage. À quoi bon des poètes ? Une tentative de réponse parmi tant d’autres. En un peu moins de 300 pages. Une tentative de donner la parole à ceux qu’on n’entend pas, à ceux dont la voix est couverte par le fracas de la guerre. La langue en partage, au-delà des langages, la langue des humains pour tenter de vivre plus haut que possible.

C’est la génération Maïdan qui ouvre cette anthologie, une génération née dans les années 80/90. Puis au fil des pages, les poètes vieillissent…

Ella Yevtouchenko, une jeune femme devenue passeuse de tous ces textes ; elle les a traduits en français, Bruno Doucey a veillé à leur adaptation (j’en sais quelque chose pour adapter les textes de BD et de mangas Ukrainien des éditions Studios Minimus en français). 

colliers de jours identiques

matins d’espoir soirs de fatigue

jours gris comme perles d epluie

fil après fil

le temps de la guerre tresse sa corde

entre une ville et une autre ville 

entre hier et demain

entre pouvoir et devoir

notre amour

vaillant

funambule au-dessus de l’abîme

Olena Herasymiouk

Avec deux extraits de sa Chanson de prison, poème épique mis en scène en 2016 à Kyiv.

j’ouvre les fenêtres et j’entends le feu

j’ouvre les yeux et je vois le feu

je sors sur la place et je vois le feu

les garrots tourniquets fondent

las wagons transportent du feu

ce n’est pas de la musique qui tinte des cafés, mais du feu

je rencontre des gens mais ne vois que le feu

….

*

Grygoriy Sementchouk dirige depuis 2015 le festival international Mois des lectures et des auteurs à Lviv.

… je rêve parfois de cette journée d’août

et du silence

le silence

le silence déprimant de la guerre

qui dure réellement

et pas seulement en rêve

*

Bohdan-Oleh Horobtchouk

les poèmes se répondent, comme des échos d’humanité.

… le silence est le chant des torturés à mort

qu’il est impossible d’entendre

le monde tourne comme un disque rayé

avec des sillons circulaires comblés de corps

et des trous d’obus sur lesquels trébuche l’aiguille de l’attention

les restes calcinés de la poésie

attendent qu’on les enterre

la corneille

mère noircie

s’incline sous le cri

3 avril 2022

*

Iryna Tsylik

Que perdons-nous alors ? Nous, libres, joyeux et amers.

Nous tenons un bouquet de souvenirs et une touffe de bonheur.

mais ici nous détenons pour l’heure 

des aubes rouges dans les champs de mines et de coquelicots,

des petits-déjeuners paresseux, du vin, de la rosée, de l’eau.

Des visages bronzés et tannés. La route et sa poussière.

Printemps, été, automne, hiver… et puis la guerre.

*

et ce poème d’Oleh Kotsarev qui me renvoie à un autre d’Henri Michaux

Henri Michaux d’abord :

J’étais autrefois bien nerveux.

Me voici sur une nouvelle voie :

Je mets une pomme sur ma table.

Puis je me mets dans cette pomme.

Quelle tranquillité !

Et celui d’ Oleh Kotsarev

Conversation pendant le ménage

à quoi penses-tu ?

Certainement pas à la pomme sous le canapé

je suis poète tout de même

oui tu es poète

et c’est pourquoi tu dois penser

à la pomme sous le canapé

*

Halyna Drouk

Vieillir à cause de l’actualité,

avoir les cheveux gris de fumée noire,

à travers le trou béant 

d’un immeuble qui fume encore

voir le lointain soleil de l’Europe se coucher

supporte-nous comme de mauvaises actualités

supporte-nous comme des médicaments incommodants

supporte-nous comme un accouchement prématuré

ce qui naîtra sera à toi

que ce soit suave

que ce soit amer

*

ludmyla Khersonsky

guerre. Jour 102

bonjour, bienvenue à la maison.

Pardon, on n’a pas fait le ménage.

Hier un missile est tombé dans la cuisine

après avoir détruit plusieurs étages.

Pour cuisiner c’est très inconfortable,

ici il y avait un poêle, là une table,

pas grande, couverte d’une nappe brodée,

ne vous déchaussez pas, il y a partout des éclats,

allez dans le couloir qui se trouve entre deux murs,

asseyez-vous sur le sol, je vais y poser une couverture,

servez-vous, mangez des sucreries, prenez-en plus,

faites comme chez vous.

Juin 2022

*

impossible de citer tous les poètes de cette anthologie, une seule urgence : entrer dans une librairie et se le procurer. Des textes d’absence. Des textes du quotidien : abris anti-aériens, cimetières, soldats… des textes qui résonnent avec les images que l’on reçoit en France ou ailleurs. Leur force est dans les mots, dans la voix. Les poètes complètent l’information. Ils l’accompagnent de leurs voix, de leurs mots, de leurs émotions. Il ne s’agit pas de débattre entre le journaliste, le combattant, le civil, le poète mais simplement de rester unis dans la détresse, unis dans l’espoir d’un jour la paix.

https://www.babelio.com/livres/Doucey-Ukraine–24-poetes-pour-un-pays/1445944

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©Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

prochains voyages/livres :

  • sur Hatier FB :
  • et le petit dernier : 

Page Control, aux éditions de la pointe sarène. 

à découvrir sur mon site page d’accueil avec le dernier cairns, et les trois bandes dessinées Ukrainiennes que j’ai adaptées en Français.: https://www.patrick-joquel.com/

  • jeudi 17 et vendredi 18 novembre : à l’école Fénelon de Grasse (06) trois classes Ce2, thème Voyage. Suite et suivi du projet. Autour des livres : Que sais-tu des rêves du lézard, Qu’est-ce qu’un regard, Éphémères d’un bouquetin, Bomoth O’Baldourke. 
  • 1 et 2 décembre : Collège Monnet, Magny-en-Vexin (95). Rencontres avec cinq classes de 3e autour du haïku.
  • 3 et 4 décembre : Salon du livre de Montreuil. Signatures au Calicot, au Jasmin et à l’Initiale.
  • mercredi 7 décembre : INSPE de Nice (06) : formation 2de deux groupes d’étudiants à la poésie
  1. – découverte de l’édition poésie contemporaine (jeunesse)présence du poème dans la classe, éléments de regards… Mercredi 21 septembre
  2. ateliers d’écriture
  3. – retour sur les premières semaines de classes
  4. – lecture suivie d’un livre de poèmes
  5. – ateliers d’écriture

  • le 9 décembre Cannes jeunesse ; Printemps des Poètes 23. Formation des animateurs14 /16h à Giaume. Puis rencontre avec les enfants des quatre maisons en janvier :
  • 16/01/2023 : intervention Patrick EEL Riou 17h00-18h00
  • 17/01/2023 : intervention Patrick EEL GIAUME 17H-18H
  • 18/01/2023 : intervention Patrick EEL Picaud 9h30-11h00
  • 20/01/2023 : intervention Patrick EEL RANGUIN 17h-18h 
  • janvier/février 2023 : cap G (Grasse haut pays)(06) : Cette année, nous travaillerons avec 3 classes de primaire (Thorenc, Briançonnet et Escragnolles). Ainsi, chaque classe aura sur l’année 2 rencontres « atelier d’écriture avec un auteur ».
  • Les ateliers seront programmés sur les mois de janvier et de février (date à définir) et déclinés autour du thème « Le monde en mouvement d’hier, d’aujourd’hui et de demain » qui fait notamment référence au pastoralisme (berger, pâturage, transhumance…)
  • 9 et 10 janvier : Escragnolles/Thorenc/Briançonnet (06) 
  • 6 et 7 février : Escragnolles/Thorenc/Briançonnet (06) 
Printemps des poètes : Frontières
  • 22 mars, printemps des poètes à Cannes, avec Cannes Jeunesse.
  • 23 au 25 mars, ateliers d’écriture à la Médiathèque d’Antibes (06) ; en lien avec une expo Prévert.

Les lectures d’été de Patrick Joquel

Voici les notes de lectures de l’été de Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

©cc

plusieurs livres poésie, et en fin de dossier deux romans chroniqués.

poésie

Titre : Paradis

Auteur : Maxime Koulitz Thomas

Éditeur : Fatrasies éditions

Année de parution : 2 022

10,50€

Une première partie intitulée tourbe présente en une douzaine de petits pavés de prose un monde inédit ; rêve ou bien création en marche… On traverse avec l’auteur ce jardin pour finalement passer une porte qui pourrait bien se nommer Éden. C’est enjouée, drôle et mystérieux à la fois. Rimbaldien dans le ton et plein de surprises comme celle-ci :

...Seul un démon mesquin aurait pu vouloir leur mettre des bâtons dans les roues, ou verser un laxatif dans la bassine de sangria.

Une seconde partie vers tendre joue avec le sentiment amoureux. Un printemps enchanté, enchanteur où la personne aimée entre enfin dans la vie de l’auteur de ces poèmes. Les textes explorent les terres du désir et du manque avec force, humour et sensualité. Le lecteur se laisse emporter dans cette fougue et cet enthousiasme. 

10

Christ immense

et pleine d’amour

accepte-moi

au creux de toi

qu’il me soit permis 

de croire en toi

Aborder ainsi le thème de la Foi aujourd’hui en poésie est difficile, l’auteur y réussit avec une belle économie de moyens ; sans jamais tomber dans la mièvrerie mais au contraire en ouvrant des perspectives à méditer. Une Foi tournée vers l’Autre et vers les autres. L’écriture ici témoigne d’une dynamique de vie au quotidien. Cette dynamique rejoint le lecteur et l’entraîne vers un au-delà de soi-même.

Les deux dernières parties de ce recueil : la cuirasse craquée et infiniment merci présentent de courts poèmes en prose. On y navigue à vue, de l’un à l’autre, comme on traverserait un torrent de montagne en sautant d’une pierre à l’autre. En prenant le temps d’observer sur chaque caillou le paysage (visuel, sonore, tactile…). 

Toujours faire chemin seul, mais laisser ce fantôme rosâtre souffler dans votre cou. Constater que cela est bon.

Vivre nu parmi les Adamistes et les grenouilles qui bondissent. S’endormir dans un fossé comme un ivrogne ou un bienheureux de l’âge d’or, gavé de contentement. Oh ! Qu’il en soit ainsi !

Un livre à lire et à relire dès seize ans et jusqu’à l’infini pour les questionnements qu’il porte, les jubilations qu’il offre et les surprises qu’il ouvre au lecteur. 

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Titre : Forêt(s)

Auteur : Anthologie

Éditeur : Donner à Voir

Année de parution : 2 022

9€

Une anthologie en format petit carré, la collection phare de Donner à Voir. Papier recyclé et 365 exemplaires. Premier livre édité depuis le décès du fondateur Alain Boudet. Cela marque le désir de poursuivre l’aventure de la part de l’association. 

46 poètes ou artistes et presqu’autant de poèmes sur le thème de la forêt. Un thème cher à Donner à Voir : arbre, forêt, papier recyclé et autres titres en témoignent.

Des poèmes courts. Lisibles par tous. Bien terrestres. À mettre dans les mains de tout lecteur à partir de 6 ans.

https://www.donner-a-voir.net/

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Titre : Aussi les gens

Auteur : Jean-Louis Massot

Éditeur : éditions du Centre de Créations poru l’Enfance de Tinqueux 

Année de parution : 2 022

5€

Où est la poésie ? Qui est-elle ? D’où vient-elle et où va-t-elle ? Dans ces petits pavés de prose Jean-Louis Massot s’interroge autant qu’il nous interroge. Cette indéfinissable poésie. Ce moment où elle passe dans notre vie. Bref instant. Dont on se souvient ensuite. Longtemps. 

Elle n’est jamais là où on le croit. Toujours ailleurs. Toujours différente. Toujours en décalage. Une invitation à l’autrement. 

C’est aussi un jeu. Celui de l’humour façon il court il court le furet… et cet esprit d’enfance que j’appelle dans un de mes livres (Vivre m’étonne, marcher m’interpelle) le petit surpris que tout étonne et amuse. 

La poésie, c’est aussi les gens. Ce sont les trois derniers mots de ce petit ouvrage et ils témoignent de toute l’humanité bienveillante de Jean-Louis Massot.

Un livre pour l’école et bien sûr bien au-delà.

https://business.facebook.com/centre.detinqueux/

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Titre : La mesure des murs

Auteur : Colette Daviles-Estinès

Éditeur : L’Ail des ours 

Année de parution : 2 022

6€

Je laisse ma mémoire aux mouettes

Je ne garde pas la mer

seulement l’hiver de son rivage

Je prends l’ocre et la falaise

où j’ai suspendu deux volets

Je laisse les rues sous la pluie

et leurs lueurs diffractées

Je garde le miel de la lumière

Je prends la lune sur le palier

Je laisse la colère

aux colporteurs de nuit

Je garde le lait de l’aube

et les étoiles perdues

Je prends tout ce qui fulgure

un livre comme un itinéraire, peut-être. On part. De loin. En fait non, on part de chez soi et on va loin. On laisse beaucoup derrière soi. Il y a la mémoire, certes, mais elle aussi s’efface… on arrive quelque part. On s’y installe et on commence un jardin. Comme ceux qui ont vécu là avant nous, autour du même puits ; sur le même plateau… On vit. Un enfant. La vie. Une maison. Ses aubes. Une vie comme une carte postale : toujours en mouvement.

Un livre silencieux. Contemplatif. À l’image de ce territoire du Sud de la France : aride et rocailleux. 

Un livre à emporter avec soi pour les journées d’extérieur et de solitude.

À partir du collège et bien au-delà ; car la poésie échappe aux cases lecteurs.

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Titre : Sur le radeau des muses

Auteur : Jacques Ferlay

Éditeur : éditions Maïa

Année de parution : 2 022

20€

220 pages. Autant de poèmes, autant de poètes. Jacques Ferlay a rencontré des dizaines de poètes au cours de sa vie. Chez eux. Lors de salons du livre ou de rencontres poétiques, de lectures. Chaque rencontre donne lieu à un poème. Un souvenir de la rencontre. Un portrait du poète rencontré. Ou de la poète. Il nous offre ici un panorama de la poésie des années cinquante jusqu’au années 2015. C’est l’œuvre d’une vie. Un parcours. Une amitié en mouvement. 

En toute simplicité, il nous la partage.

Un livre que toute bibliothèque spécialisée en poésie se doit de mettre en rayon et en valeur.

https://www.editions-maia.com/?s=sur+le+radeau+des+muses

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Titre : Comme une neige d’avril

Auteur : Jean-Marie Corbusier 

Éditeur : La lettre volée

Année de parution : 2 022

17€

la neige sur la terre. Les traces de la vie qui passe. Le blanc du papier. Les traces de la vie qui écrit. On écrit sur la neige ; ça disparaît. On écrit sur le papier ; ça dure un peu plus.

La neige. Le poème. Dans les deux cas : le silence à perte de vue ; à perte d’oreille. Ça éblouit tout ce silence ; toute cette lumière. 

Ça reste mystérieux :

Sur la neige

le pas 

sous la neige

Poème

comme une neige d’avril

comme la surprise au matin devant ce paysage nouveau, immaculé, lumineux. Le poème place le lecteur dans cet état de contemplation. Pas forcément tous les poèmes, bien sûr (il y a tant de voies et de voix dans la poésie) mais certains poèmes portent un silence ébloui. Comme une neige d’avril.

Neige sans nom

à heurter l’infini

deux vers qui parlent au skieur que je suis et qui dans les longues randonnées hivernales vers un col ou une crête du Mercantour monte ainsi vers le bleu pur de l’hiver.

Bleu une brûlure cet absolu

Un livre à lire en tournant les pages face aux flocons dehors. Ou bien en contemplant le paysage immaculé à l’aurore et au petit matin. Ou bien aussi au crépuscule. À chaque heure la couleur de la neige évolue.

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Autrices : Samantha Barendson / Estelle Fenzy

Éditeur : La Boucherie Littéraire

Année de parution : 2 022

14€

De toutes façons

après 50 ans

si au réveil

tu n’as mal nulle part

c’est que tu es morte

Voilà pour donner le ton de ce livre. 50, c’est donc les années. La cinquantaine, pour les femmes, c’est une étape que nous ne connaissons pas, nous les hommes. On est comme ici le lecteur : présent. 

Une étape traitée ici en poésie. C’est rare et tendre. Osé aussi. Mais nécessaire. C’est surtout traité avec humour. L’humour cette élégance qui permet de dire, y compris ses douleurs, ses doutes, ses peurs, comme ça, l’air de rien et sans y toucher. Avec le sourire. Se moquer de soi et du monde, pour continuer à tourner les pages des jours. Tenir. Aller vers. L’objectif n’est pas de s’arrêter au mitan de sa vie (ou à peu près) mais d’aller plus loin bon pied bon œil. 

C’est ainsi qu’on suit les deux autrices de ce petit bijou : d’étincelle en étincelle et avec cette bienveillance de ceux qui partagent ce « tu sais, c’est pas toujours si facile… ».

un livre à offrir à toutes les femmes bien sûr, mais aussi à leurs compagnons.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

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Photographe : Yvon Kervinio

Auteur : Jean-Claude Touzeil

Éditeur : L’Aventure Carto

Année de parution : 2 022

14€

Des photos prises il y a une quarantaine d’années en Bretagne. En argentique. Si la photographie a évolué depuis, la rivière coule toujours et les fougères continuent à pousser. Des paysages tranquilles, paisibles. On feuillette ces photos avec une fraîcheur « elfique ».

Jean-Claude Touzeil les accompagne de courts poèmes, en écho. Il mêle son imaginaire et ses émotions aux regards d’Yvon Kervinio. Son humour pétillant aussi. La rumeur du monde est présente également, comment l’ignorer ?

Cela donne un livre lumineux. Tout simplement. À offrir à Noël, pour un moment de paix (ou à une autre occasion). À offrir et à s’offrir aussi.

Colombe

Il en coulera

de l’eau

sous les ponts

avant que la colombe

ne revienne

entre deux missiles

nous apporter 

son brin d’olivier

Parfois j’ai peur

qu’à son retour

on la retrouve 

le bec dans l’eau

*

ronds

Il te faudra

prendre un bel élan

à partir de la berge

pour sauter franco

au milieu de la rivière

et traverser

les flaques du soleil

Aller à la rencontre

de l’enfant

que tu fus

assis sur la rive

à la pêche aux images

De l’enfant 

que tu es encore

celui qui lance

des cailloux

histoire de faire

des ricochets

trois ronds 

dans l’eau

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Titre :Brisées

Auteur : Gérard Le Goff

Éditeur : Encres Vives 516e 

Année de parution : 2 022

6,20€

On ouvre ce 516e cahier d’Encres Vives sur 64 quatrains en vers octosyllabiques. Et on se retrouve à un rendez-vous : en fin de nuit, direction l’aube. Ce moment souvent paisible où la lumière revient de l’Est jusqu’à l’aurore et le nouveau jour. D’abord le silence, celui de la hulotte et des chauve-souris… puis l’envol des oiseaux, de tous les oiseaux du matin. On entre dans le jour, direction midi. Les aventures du jour, jusqu’au crépuscule. Jusqu’à la nuit.

Puisque jamais ne dort le monde

Ecoute les bois de la maison

Craquer leur rêverie de forêt

Au jour ignore les fausses nouvelles

La seconde partie de ce cahier nous emmène en voyage : Londres, Inverness, Rome, Florence, Venise, Bruges, Barcelone… Europe, Méditerranée… Des quatrains de voyage… à contempler comme autant de souvenirs.

Troisième partie a pour titre : Nul dit jamais ne restitue. Le poème comme vecteur de la perte. Il fixe et perd en même temps son objet. Les mots ne sont jamais à la hauteur du réel ; juste un miroir voilé.

L’offrande des hautes fleurs des fossés

invisible aux yeux des nomades

pour qui passer est art de vivre

laissez-moi au bord du chemin

et pour finir une 4e partie : la vie secrète.

Que sais-tu de ma vie secrète

as-tu jamais croisé cette ombre

blessée entre les bras d’une hantise

valsant sous la lune de jadis

https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite

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Titre : Leçon de ténèbres

Auteur : Jean-Louis Rambour 

Éditeur : L’herbe qui tremble

Année de parution : 2 022

17€

Un long poème coupé en strophes de dix vers. Une strophe par page. Un personnage : Line (que chacun peut nommer à son goût) ; un paysage : le Nord Ouest de la France, baie d’Authie, la Somme. Une mélancolie. Une rivière. Les bains dans la rivière l’Avre. Une vie. Une vie de femme. Avec ses fils à linge dans le vent, comme un clavier. Ses parties de cache-cache, ses marches funambules sur la margelle du trottoir. Ses moments de cuisine, de bals etc. Tout le quotidien de chacun. Une vie. Une vie de mère. Un enfant, un garçon. Qui grandit, qui échappe, qui s’échappe définitivement emporté par la mort. Reste le silence. Les souvenirs. Tous les morts de ce territoire qui a connu multiples guerres. Tous ces squelettes, ceux des morts qui ont dansé un jour et ceux des vivants qui dansent aujourd’hui. Les mûres de la fin d’été que tous ont goûté, les uns après les autres. Les moments de faim, de peur, d’amour, de désespoir. Toutes ses vies. Une seule vie humaine.

Nous portons les mêmes interrogations, les mêmes souvenirs, les mêmes désirs. Chacun à son degré, nos vies ne sont pas toutes exactement pareilles. Chacun selon sa différence. Chacun unique et tous pareils.

Un livre comme une méditation sur le vivre et mourir. Sur ce mystère de la vie. Un livre comme une petite voix amie, à lire à petites gorgées. 

Un livre plutôt pour des lecteurs d’après 18 ans.

https://lherbequitremble.fr/livres/lecon-de-tenebres.html

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revue poésie

Titre : Traversées 101

Année de parution : 2 022

Un numéro consacré en grande partie à Anne-Lise Blanchard. Un panorama de son écriture via différents regards, de ses engagements poétiques et bénévoles en Irak en particulier. L’écriture poétique est en soi un engagement humain et politique, Anne-Lise Blanchard en est un exemple.

Nos cœurs

peuvent-ils trembler du poids

de l’hiver

en même temps que

ceux qui dorment 

sous le vent

*

Le jour pousse la fenêtre

m’accordant la grâce 

de sa splendeur et demain

me visitera 

singulier aussi

un autre jour qui suppliera

plus grande présence 

entre la mésange du matin

et la résonance de la nuit

*

parmi les regards portés sur le travail d’Anne-Lise Blanchard, on trouve parmi d’autres, Florence Noël, Angèle Paoli, Jacqueline Persini qui lui consacre un long et bel entretien, au plus près du quotidien.

*

Parmi les autres poètes que ce numéro 101 de Traversées invite j’ai eu plaisir à retrouver Nadine Travacca, Chantal Couliou que nous avons publiées dans Cairns. J’ai découvert à travers quelques poèmes Fidèle Mabanza :

mot du voyage

une brume émerge de la terre

comme une île au milieu des eaux

la nuit enflée dissémine ses ténèbres

la tristesse demeure en moi

comme la pluie du ciel demeure dans la terre

traversant les couches de mes accablements

mes souvenirs chargés de supplices et d’angoisses

ressemblent à la nuit de dunes géantes

où le vent vient effacer les sillages du voyage

entre le rêve d’enfant et la nuit du voyage

comme un passé recouvert dans un linceul

s’interpose le vélum des nuages ombreux 

*

la guerre est un jeu

il était là, 

parmi les feuilles

accrochées au corps des branches

parmi ceux combattaient.

Il torturait la brume et les ténèbres

entre les formes et le silence des mers

entre la chair et l’os

sous l’effroyable

l’incroyable tempête des cris à mi-vois.

C’était un enfant de mon quartier

il était devenu le soldat

dont l’arme avait un visage,

un langage et un pouvoir.

Lui, l’enfant soldat du peuple,

n’avait pas de drapeau à défendre

ses jours étaient sans regard

son ennemi n’avait pas de visage.

Ses nuits inutiles

se passaient sur des corps mutilés.

Du fond de la vacuité

la guerre était un jeu,

le jet de grenade

était un jeu d’enfant.


Titre : Portulan 38

Auteur : revue

Éditeur : Voix tissées

Année de parution : mai 2 022

En couverture une œuvre de Danielle Le Bricquir. Le thème de ce numéro : l’éphémère. Thème traité par plusieurs poètes, vers libres ou bien classiques ; c’est varié. Quelques haïkus aussi, un entretien avec Catherine Andrieu, quelques notes de lecture. Un numéro bien plaisant à lire. On y retrouve entr’autres Chantal Couliou, Jean-Claude Touzeil, Nadine Travacca.

On peut s’abonner. Contact :

voix.tissees@gmail.com


romans

Titre : Le bazar du zèbre à pois

Auteur : Raphaëlle Giordano 

Éditeur : PLon 

Année de parution : 2 020

Voilà un roman que j’ai lu d’une traite un après-midi d’été. Le début déroute un peu : je me demandais où Raphaëlle Giordano allait m’emmener. Et puis j’y suis allé. Un bien joli bazar ! 

Dans ce roman vous allez trouver outre ce zèbre à pois, improbable magasin qui va déranger la ville où il s’est installé, des termes inventés comme l’audacité, un audaciel (ils seront plusieurs dans le livre, mais chacun est unique), des amateurs de rencontres silex. Des empêcheurs de rêver en liberté aussi. 

Je ne dirai rien de l’histoire : ce serait gâcher la surprise.

Un livre à lire dès seize ans, et pendant les vacances, celles d’été ou les prochaines- histoire de se mettre en pause et comme on dit de prendre de bonnes résolutions pour vivre plus haut que possible.

https://www.lisez.com/?q=le+bazar+du+z%C3%A8bre+%C3%A0+pois&neuf=1&s =

****

Titre : Louve

Auteur : Pascal Brissy

Éditeur : Auzou

Année de parution : 2 022

14,95€

Ambre, une adolescente, a un souci héréditaire : elle est une louve garou. À chaque pleine lune, elle va voir son grand-père qui l’enferme le temps de la transformation ; pour sa sécurité et celle des autres. Un secret bien gardé. Personne au collège ni en ville n’est au courant.

Problème : un loup garou entre en scène. Un autre. Qui ?

Autre problème : un nouvel élève dans sa classe. Un magnifique jeune homme. Entre l’ami historique et ce nouveau que va devenir le coeur d’Ambre ? 

Une histoire comme on les aime : qui prend le lecteur par la main et le suit des yeux, page après page. Un univers incroyable et pourtant si proche de la réalité. Des sentiments. Des adultes pas toujours très clairs, ni très responsables. La vie. Comme quoi l’imaginaire vient vite confronter le réel et incite à la réflexion. Un livre dès le collège.

https://www.auzou.fr/bd-et-romans/2010-louve.html

le début du roman 

***

Titre : Louve

Auteur : Pascal Brissy

Éditeur : Auzou

Le froid.

Cette sensation s’installe toujours au réveil.

Ambre est recroquevillée sur le sol. Elle vérifie si elle peut bouger sans risque. Les chaînes de ses poignets glissent sur son flanc et lle faufile ses mains au travers des anneaux pour se libérer de leur étreinte. La jeune fille s’agneouille. Elle passe les doigts dans le collier de fer qui lui enserre le cou et griamce. L’odeur qui flotte dans la pièce lui donne un haut-le-cœur. Puanteur animale…

*

Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

prochains voyages/livres :

samedi 10 septembre : salon du livre de Breil/Roya (06)

Mercredi 21 septembre matinée INSPE de Nice (06) : formation 1 d’un groupe d’étudiants à la poésie

  • découverte de l’édition poésie contemporaine (jeunesse).
  •  présence du poème dans la classe, éléments de regards…
  •  ateliers d’écriture

dimanche 25 septembre : Cipières (06) fête du Parc Naturel Régional des Préalpes de Grasse, exposition photos/haïkus avec Laurent Del Fabbro et signatures.

Châteauroux les Alpes (05) : mercredi 28 septembre lecture à l’épicerie littraire à 18 h 30 pour la publication de Page Control aux éditions de la Pointe Sarène, ainsi que du cairns 31, et imprimés tous les deux sur les presses de Rions de Soleilpar Yves Artufel.

vendredi 7 au dimanche 9 octobre : salon du livre de Mouans-Sartoux (06) « être humain ? ». signatures avec la librairie Papiers Collés. Interventions dans les classes et 

mercredi 7 décembre : matinée INSPE de Nice (06) : formation 2 d’un groupe d’étudiants à la poésie

  • retour sur les premières semaines de classes
  • lecture suivie d’un livre de poèmes
  •  ateliers d’écriture

janvier/février 2023 : cap G (Grasse haut pays) : Cette année, nous travaillerons avec 3 classes de primaire (Thorenc, Briançonnet et Escragnolles). Ainsi, chaque classe aura sur l’année 2 rencontres « atelier d’écriture avec un auteur ».

Les ateliers seront programmés sur les mois de janvier et de février (date à définir) et déclinés autour du thème « Le monde en mouvement d’hier, d’aujourd’hui et de demain » qui fait notamment référence au pastoralisme (berger, pâturage, transhumance…)

Printemps des poètes : Frontières

23 au 25 mars, ateliers d’écriture à la Médiathèque d’Antibes (06)

Lecture de mai 2022 de Patrick Joquel

Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre :Tant que chantent les merles

Auteur : Colette Andriot

Illustrations : Valérie Linder 

Éditeur : L’Atelier des Noyers 

Année de parution : 2 022

14€

Colette Andriot nous invite à passer un moment dans son jardin. Un jardin de ville. On s’y promène au milieu des fleurs, des arbres, des herbes folles. On y rencontre des oiseaux, des escargots, des lombrics. Du silence aussi. Des couleurs, des parfums.

Un voyage minuscule et quotidien : la vie tout simplement. La vie d’une planète, à hauteur de jardin. Un jardin de ville. Le tout petit rejoint l’immense. Rejoint aussi l’actualité : tout n’est pas aussi paisible que ce jardin en ce monde et l’autrice en est consciente. Consciente aussi des luttes pour vivre à hauteur de végétaux, d’animaux.

Rien n’est aussi simple qu’on croit le voir ; même le poème. Même ce livre. Y entrer, c’est entrer dans l’univers.

Les illustrations de Valérie Linder sont joyeuses et colorées. Elles incitent à la contemplation ; comme si on y était dans ce jardin.

Un beau livre à mettre dans toutes les mains et sans modération.

Un jour on quitte

son jardin devenu trop petit

pour aller visiter le monde

cependant

on l’emporte pour

toujours 

dans ses bagages.

https://www.atelierdesnoyers.fr/


Titre : La maison, le jardin et le rêve

Auteur : Paul Bergèse

Illustrations : Solange Guégeais

Éditeur : Voix Tissées

Année de parution : 2 022

15€

Le quinzième album carré de Voix Tissées, collection AAA. Une merveille de douceur et de couleurs. Les pages nous permettent d’entrer dans un jardin. De s’y promener. D’y rêver. 

Bien sûr il y a la maison. Une de ses maisons à parfum de nostalgie d’enfance. La maison du bonheur innocent. Et le jardin. Immense. Mystérieux. Toujours pareil et jamais identique. Les jeux. Les oiseaux. Les fleurs. Les insectes. Les cachettes. Le fil des jours heureux. Des jours colorés. 

Des poèmes pour embaumer l’esprit du lecteur. 

On est bien dans ce livre et les illustrations donnent une part colorée aux rêves de lectures. 

Une réussite. 

À mettre dans les écoles dès la maternelle et bien au-delà bien sûr.


Titre : L’âcreté du kaki

Auteur : Gorguine Valougeorgis 

illustrations : SIXN 

Éditeur : Mars-A 

Année de parution : 2 022

15€

première partie de ce livre : L’âcreté du kaki

Il y a la vie de tous les jours. Les mots de tous les jours. Les rues de tous les jours, comme celle qui mène à l’école. Les arbres de tous les jours, comme le kaki de la rue qui mène à l’école. Les fruits de saison, comme le kaki que l’on cueille et offre à sa petite sœur. Le kaki qu’on aspire et dont le jus dégouline au menton.

Rien n’est plus beau que les secondes… 

qui font du kaki rond un jus 

coulant son son menton que sèche son rire 

La vie de tous les jours.

Et puis il y a la terreur. 

Le ciel a

tous les cerfs-volants

avalés

plus un rêve ne vole dehors

il y a l’enfer maintenant

Le désir de partir pour survivre. Le départ. 

Une frontière comme une ligne

une corde à sauter

L’exil. La vie d’un migrant comme on dit. La vie de tous les jours d’un migrant. Une vie à traverser les mers. Les pays. Les gens. Ceux qui te voient. Ceux qui ne te voient pas. Ceux qui te sourient et ceux qui ne te sourient pas. 

La vie de tous les jours d’un jeune migrant vendeur à la sauvette de cigarettes place de la Chapelle à Paris 

… cet œil adolescent

qui vient à peine d’éclore

mais qui

n’a déjà plus rien dedans

même plus une larme

où se baigner… 

…il passe sa vie 

à passer

d’un pays à l’autre

d’un trottoir à l’autre

d’un quartier à l’autre

d’un papier à l’autre

d’un rejet à l’autre

d’un boulot à l’autre

d’une pelle à l’autre

d’un balai à l’autre

sans qu’on le voie

voilà des mots pour accompagner le cheminement d’un adolescent migrant ou d’un migrant adolescent, on ne sait plus trop dans quel sens mettre les mots. Le cheminement d’un être humain. Des mots partagés lors de rencontres entre l’auteur et le jeune homme. Des mots à partager à notre tour. Des mots pour apprendre à voir aussi. 

Deuxième partie : Reflet rouge

l’auteur, issue lui-même et comme tant d’entre nous, d’un voyage, d’un exil, d’une migration : parents, grands-parents… s’interroge à son tour sur sa présence ici. Comme beaucoup d’entre nous. À partir de combien de générations est-on d’ici ? Avec quel service rendu à cet ici qui pourrait être ailleurs ?

Qu’est-ce qu’on a perdu (sans le savoir vraiment puisque cette perte vient d’avant soi) ?

Gorguine Valougeorgis semble nous dire à travers ses textes que le langage avec ses langues multiples est une clef pour dire son identité. Une car il en existe plusieurs, comme celle qui permet de s’ouvrir à l’autre, de l’accueillir et de cheminer avec lui. Et tant d’autres à découvrir…

les encres et aquarelles de SIXN vibrent en silence avec les poèmes. On reste à les contempler en entendant résonner les mots du poème.

Un livre dense à offrir, à partager et à donner à lire dès le collège.

marsa@free.fr


Titre : Une traversée de soi

Auteur : Chantal Couliou 

Éditeur : Les Éditions Sauvages

Année de parution : 2 022

Une recueil de poèmes confinés. Périodes que nous avons tous traversés, chacun à notre manière. Pour Chantal Couliou, ce fut avec les mots (stylo, crayon ou clavier, peu importe). Elle n’est pas la seule poète à avoir exploré ainsi cette traversée. D’autres livres sont écrits et ont déjà été ou seront publiés autour de ces moments.

Des poèmes écrits derrière la fenêtre, alors qu’il fait si bleu dehors… Et le bleu en Bretagne… 

des poèmes qui s’interrogent sur la fuite des jours. Sur la fragilité de la vie, de sa vie. Des poèmes qui cherchent l’espérance.

Inventer

une nouvelle cartographie

de la terre

pour se frotter au monde.

Pourquoi 

ce besoin de bouger,

ce besoin d’échapper au quotidien,

ce besoin d’explorer l’inconnu, ce besoin de lever l’ancre ?

Cet appel de l’inattendu,

de nouvelles destinations.

Insatiable désir.

Toujours en quête

d’un ailleurs-

indéfinissable.

On repasse 

toujours aux mêmes endroits

dans les mêmes traces-

en boucle.

Relié à l’autre,

aux autres

par des fils invisibles

dans l’espace,

dans le temps.

Ce recueil a obtenu le prix Paul-Quéré 2021-2022

https://editionssauvages.monsite-orange.fr/index.html


Titre : Prends ces mots pour tenir

Auteur : Julien Bucci 

Éditeur : La Boucherie littéraire 

Année de parution : 2 022

9€

Un petit livre de poèmes pour accompagner les derniers mois d’une mère. Comment se tenir face à ce bientôt l’absence, ce bientôt vide ? Face à la douleur de l’autre ? Cette douleur physique qui prend le dessus sur tout le reste ? Cette tristesse infinie ?

La maman, dit Julien Bucci, se récite des poèmes. Des poèmes appris par coeur, pour atténuer sa douleur.

les mots mantras

s’approchent de ton chevet

ils viennent en nombre

te rassurer

ces mots 

tu les tenais

les retenais par cœur

au fond ces mots c’était

déjà

de quoi tenir

On est tous confronté plus ou moins tôt, plus ou moins souvent à ce rendez-vous avec la mort. Le vide. L’absence. Avec cette interrogation sur la vie ? Les poèmes suivent ces points d’interrogation. 

Les mots qu’on partage, aussi simples soient-ils, permettent de garder le lien entre celui qui reste et cette qui s’en va. Le langage et la pensée façonnent notre humanité. Quand disparaît toute parole, la vie disparaît aussi.

La solitude cependant n’est jamais totale, même au fin fond de la douleur

tu n’es pas seule 

au fond 

tu es reliée

à ton cœur qui palpite

aux artères qui irriguent ton corps

reliée

tu l’es 

à ton histoire

à celles et ceux qui étaient là

avant toi et pour toi

tu es reliée aussi à celles et ceux 

qui vont te suivre et seront là

pour dérouler ce fil

sans fin

tu es reliée

à tous les mots que tu as prononcés

à toutes les caresses que tu as reçues et

toutes celles qu tu as offertes

à un père et une mère

qui t’ont invité à venir

au monde

tu es reliée

à tes émotions

à ton corps

qui frissonne

à ce corps qui te parle

tu es reliée

à ces mots mêmes

qui me relient 

en ce moment 

à toi

tout est relié

ici et maintenant

tu es reliée

comme une part du monde

une part du tout dans le tout

tu es là

toi reliée

à tout

http://ekladata.com/-ndrEpdHvC9YZeDWBEvxTH7DbHU.jpg



Revue

Titre : Gustave 2

Auteur : revue

Éditeur : LE CENTRE DE CRÉATIONS POUR L’ENFANCE DE TINQUEUX
www.danslalune.org

Année de parution : mai 2022

Un second numéro que l’on peut lire sur écran ou que l’on peut imprimer. Huit pages, 5 poèmes, 5 poètes et une règle de jeu d’écriture proposée par Bernard Friot.

Les cinq poètes : Chiara Carminati, Mélanie Leblanc, Sandra Lillo, Charles Pennequin,Thierry Renard.

Des poèmes à partager en classe, avec les amis, en bcd ou cdi, médiathèque. Lire ou écouter un poème par jour au minimum est bon pour la santé mentale, le moral et la vie, une petite revue supplémentaire permet ainsi d’augmenter même discrètement la présence du poème au quotidien. À chacun de la donner à d’autres comme une chaîne d’amitié.

l’abonnement est gratuit sur le site www.gustavejunior.com

*


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Titre : Collectif POÉTISTHME

https://poetisthme.cargo.site/

Année de parution : 2 022

Un numéro spécial consacré aux violences des guerres. Des poèmes, des images. L’art comme témoin, comme solidarité, comme partage, comme désir d’humanité. Pour aller un peu plus loin, un peu plus haut.

Un numéro spécial à donner à lire, à partager. 

Ce sont ces petits signes d’humanité qui portent et accompagnent l’humanité vers un horizon un peu plus humain.

***

Aujourd’hui c’est mon jour de service…
Aujourd’hui c’est mon jour de service,
je veille sur notre champs
dont la terre réchauffée sourit au printemps,
au-dessus de moi des avions volent comme des oiseaux de fer,
je les observe
pour voir si c’est l’ennemi et si des visiteurs importuns avec leurs parachutes
n’arrivent pas,
mon chien est avec moi,
j’appelle ma femme
pour demander comment elles vont, elle et notre fille,
elle me répond qu’elles sont dans un abri anti-aérien,
qu’elles attendent que l’alerte soit finie
et je pense que pour qu’il n’y ait pas de guerres,
il faut fabriquer non pas les balles,
mais les produits paisibles de la culture,
la poésie de l’évolution du bonheur général
est ma position principale,
c’est pourquoi je défends la construction de l’État
sur la base du bien poétique !

35
Сьогодні моя доба чергування,
охороняю наше поле,
яке зігрітою ріллею посміхається весні,
наді мною залізними птахами пролітають літаки,
придивляюся чи не летить ворожий,
та чи не приземляються непрохані гості з парашутами,
зі-мною друг пес,
телефоную дружині,
питаю як вона там з дочкою,
відповідає що сидять в бомбосховищі,
чекають на відбій повітряної тривоги,
а взагалі, для того аби не було війн,
більше за кулі треба виготовляти
мирні продукти культури,
і поезія еволюції всещастя
є моя головна позиція,
тому захищаю конструкцію держави
в основному – добропоетичну!

©mykola istyn
poèmes traduits de l’Ukrainien par ella yevtouchenko 

mykola istyn a envoyé ses poèmes-témoignages depuis le front de l’Ouest Ukrainien. 

Collectif POÉTISTHME: https://poetisthme.cargo.site/


©Patrick Joquel:www.patrick-joquel.com

Lectures de Mars 2022 de Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com


poésie

Titre : La relève

Auteur : Jean-Christophe Ribeyre

avec des œuvres de Marie Alloy

Éditeur : L’ail des ours

Année de parution : 2022

Je voudrais habiter 

l’imprévu,

ce temps choisi 

de la lenteur,

ce temps de sève

qui ne se gagne pas,

ne se perd pas, celui, simplement,

qui met au monde.

Je voudrais descendre 

du train où vont les choses,

Un arrêt. Une pause. On en rêve tous une fois ou l’autre. Prendre un livre en main et le parcourir offre une de ces pauses. Tranquille avec le regard errant de la page à le fenêtre ; songer, réfléchir, écouter puis laisser le rien nous porter de sa présence. Comme un retour à l’essentiel.

Ce livre invite le lecteur à respirer. Souffler. À en tourner lentement les pages. À entrer dans son rythme lent et suivre ses désirs. Beaucoup de pages commencent ainsi par

Je voudrais

comme si au-delà de ce désir on se donnait une feuille de route, un novueau projet de vie ou simplement une invitation à vivre plus haut son quotidien. À vivre plus profond. Plus en conscience de l’éphémère, de ce monde flottant qu’on aperçoit entre les lignes du poème.

Comment ? Déjà en descendant de ce train où vont les choses. Prendre sa journée en main, la conduire ; mais aussi avec les mots. Avec le langage. Mettre des mots sur les jours. Tenter d’être juste entre les mots, sa vie et soi. Avec la conscience que toujours demeure un écart entre le poème et la réalité quotidienne.

Tout revient et se perd

comme les visages,

les mots,

qu’ils se tournent vers nous,

nous habillent

de croyance,

de doute,

tout se tait

et s’en retourne au fossé

dans l’indifférencié,

le redondant.

Oser, tenter l’accord

Je voudrais répondre en ami

au bruissement des saules ce soir,

aux rayons timides

au vent venu tourner 

les pages d’hortensias,

remercier ce qui

m’illumine

et me fait peur,

ce qui chantent et me lapide,

consentir

aux transparences,

aux foisonnements,

à la mort même

trouvant cette page, 

à ce qui fut

comme pour l’éternité 

ma vie d’une journée.

Une des voies de la poésie touche à ce que j’appelle lorsque je parle poésie aux enseignants au savoir-être : un savoir être au monde. Une voie qui s’approche du Tao, une voie que l’on trouve particulièrement dans les poèmes chinois ou japonais du passé, mais pas seulement du passé : du présent aussi et pas seulement chez les auteurs asiatiques, mais aussi en Europe. Ce livre de Jean-Christophe Ribeyre à mes yeux marche sur cette voie. 

Sans donner aucune leçon, sans apporter aucune réponse, il nous dit simplement

je voudrais être là,

simplement,

sans jeter d’images.

Sans avoir à frapper

aux portes du langage.

Simplement m’éprendre.

Ne foisser,

à aucun prix,

la robe des choses tues.

À lire dès la fin du college et jusqu’à plus soif.


Titre : J’attends la venue du grand froid

Auteur : Fitaki Linpé

Images : Pauline Collange

Éditeur : Via Domitia

Année de parution : 2 021

15 €

Un recueil de haïkus à lire au coin du feu si on a une cheminée ou sinon en imaginant la cheminée. Ces heures que l’on passe à regarder les flammes, les braises tandis que dehors tempête l’hiver ou simplement le froid bleu ou gris… Des heures de contemplation. De silence. Des heures avec ce compagnon discrètement présent pendant que l’on vaque à sa lecture, sa cuisine ou son ménage ou à l’écriture.

Le feu. Ce face à face vieux d’environ au moins 400 000 ans (Terra Amata et son feu maîtrisé), on n’est pas à un jour près, ce face à face donc entre l’homme et le feu… contempler un feu c’est se renouer à toutes ces veilles… répéter des gestes plus que millénaires… C’est être humain aussi, et simplement.

Sous le bois qui brûle

les braises palpitent

j’attends la venue du grand froid

devant le feuilles

mon invité boit du vin chaud

moi ses silences

petit matin froid

le feu et moi

plein d’entrain

soir et matin

à la paresse

le feu m’encourage


Titre : Dans le bonheur d’aller

Auteur : Jean-Hugues Malineau/Françoise Naudin-Malineau

Éditeur : Pippa

Année de parution : 2 020

16€

Haïkus 1989 à 2018, en sous titre. Un recueil de haïkus, mais pas n’importe quels haïkus, non : ceux que le couple envoyait à ses amis en guise de carte de nouvel an. De petits cahiers imprimés et façonnés à la main. J’ai la joie d’en avoir reçu quelques uns, et de les garder précieusement.

Un parcours de vie. De vie partagée. Chaque haïku comme un jalon de cette histoire, comme un cairn sur le chemin.

Poésie la vie entière écrivait Cadou. Les Malineau en sont complices et acteurs. Je vous invite à découvrir ces pages, à vous y arrêter un moment, là où vous vous sentez en écho, à respirer les parfums du haïku. Chacun y trouvera sa joie, la paix et du songe car telles sont les voies du haïku. Quelques syllabes et l’infini à portée de paupières.

En voici trois qui me résonnent bien en profondeur.

Le silence est 

peut-être 

le parfum des pierres

Rives silencieuses 

une libellule bleue 

incline un roseau

Un temps infime

entre la dernière hirondelle

et la première chauve-souris

https://www.pippa.fr/Dans-le-bonheur-d-aller?var_recherche=dans%20le%20bonheur%20d%27aller


Titre : Éphéméride, feuilles détachées

Auteur : Anthologie

Éditeur : Pourquoi viens-tu si tard

Année de parution : 2022

Une anthologie fort sympathique sur le thème du Printemps des Poètes 2022, accompagnée de photo de Marilyne Bertoncini, des feuilles d’automne, encore à l’arbre ou sur le sol. Comme les pages qu’on effeuille sur un éphéméride. Une ambiance douceur, une ambiance couleur. Un brin de nostalgie : le temps qui passe, les souvenirs en suspension et leur chute aérienne, évanescente suivie de ce petit bruit au contact du sol. J’ai été, je suis, je… 

Des poèmes divers, comme dans toute anthologie, chacun y fera son marché. Personnellement j’ai mis dans mon panier les poèmes de Antje-Stehn, Marilyne Bertoncini (comment résister à un poème sur le kaki quand il est présent dans un de mes albums et dans chacun de mes automnes?), Brigitte Broc et son « passagère du poème,

je vais,

jusqu’au bout de la page,

jusqu’au bout de la nuit. »

ou bien Ghislaine Lejard avec ce haïku

« Calames dans le jardin

sur la page du ciel

une calligraphie de silence »,

et tant d’autres à découvrir…

Une autre particularité de cette anthologie, c’est son ouverture au monde : des poètes de plusieurs pays sont présents avec leur poème en langue originelle et traduit (parfois en passant par l’anglais). Une heureuse initiative à saluer.

****

Fièrement se dressent

les pissenlits

sur les ronds-points

dans le vacarme des zones

de transit frénétique

Je les rencontre tapis

au niveau du regard des chiens

Des grappes de rayons filtrent

à travers les douces tiges de papier

vélin

tout flotte comme le feuillage

dans le jeu clair-obscur

d’une forêt magique

subtile et si légère

presque transparente

de sphères de graines rayonnantes

riches d’infinis possibles

il suffit d’un souffle de vent

pour une vie nouvelle

dans les fissures du quotidiennement

C’est mon Komorebi

drogue du bonheur made in Japn

on la trouve à n’importe quel coin de rue

n’importe quand.

Komorebi : ce mot japonais désigne la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles des arbres.

Antje-Stehn

****

Les kakis

L’automne est un brasier tourmenté

il enflamme les feuilles de l’arbre qui se tord

sous le poids de ses fruits

braises promises à tes lèvres

La laque rouge du feuillage ensanglante le ru

et le fruit dans ta main a le poids un peu mou

d’un sein vermeil et doux sous la soie de sa peau

qui se fendille un peu comme pour un baiser

C’est un soleil couchant que tu portes à ta bouche

en dégustant l’instant

maintenant

à jamais.

Marilyne Bertoncini

***

http://www.association-lac.com/



roman

Titre : A(ni)mal

Auteur : Cécile Alix

Éditeur : Slalom

Année de parution : 2 022

14,95€

Un récit poignant. Un livre qu’on ne lâche pas. Pas plus que le Je qui raconte son histoire ne lâche son chemin. Droit vers l’Europe. Il faut partir. Sa mère pousse au départ, l’organise. Le père a été tué par les soldats du gouvernement, les deux aînés sont déjà partis mais n’ont pas survécu à la traversée : ils ne savaient pas nager. La mère se sait en danger : elle persiste à vouloir enseigner…

le voyage. La route. Se battre pour garder sa place. Sa vie. La mer. Le canot. Les vagues. Les morts autour. Le combat de chaque instant pour survivre. L’Europe enfin, l’Italie. La fuite toujours. Rester libre. Le voyage en Europe. La survie. Des rencontres humaines, des accueils temporaires. Une nouvelle vie enfin.

En cette fin d’hiver où nos politiques s’interrogent sur la différence entre un migrant ou un réfugié, ce livre prend une dimension plus profonde.

À lire maintenant et dès le collège.

https://www.lisez.com/livre-grand-format/animal-voyage-migrant-aventure-destin-a-partir-de-13-ans/9782375543313

*


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

Samedi 2 et dimanche 3 avril salon du livre de Flers (61)

dimanche 1er mai : printemps de Durcet (61)

vendredi 13 au dimanche 15 mai : salon du livre de Luçon

samedi 21 mai : salon du livre de Peymeinade (06)

vendredi 3 au dimanche 4 juin : salon du livre de Grimaud (83)

vendredi 7 au dimanche 9 octobre : salon du livre de Mouans-Sartoux

Les lectures de février 2022 de Patrick Joquel


Poésie

Titre : Perspective flottante / marias Poitevin

Auteur : Luce Guilbaud 

Éditeur : Rougier V. éditions

Année de parution : 2 021

16€

Le lecteur entre avec Luce Guilbaud dans ce paysage indécis où l’on ne sait plus exactement où commence la mer, où finissent les eaux, où se terre le sol. 

« … un paysage mouvant traversé d’oiseaux. »

Paysage de reflets, de mirages, de regrets, de retraits, de tentatives… paysage à bercer dans le regard, à laisser ruisseler sanglots et rires jusqu’à leur coulée. Paysage solitaire. 

Paysage d’oiseaux. Multiples espèces. Régal pour les yeux, pour le chercheur, pour le contemplatif. 

Paysage d’enfance où le miracle est à chaque pas, à chaque regard : tout est si changeant sur le marais. Sa lumière, ses reflets, ses oiseaux…

Paysage silencieux. À peine troué par les oiseaux, quelques insectes et le vent parfois. 

Souvenirs, présents et la certitude d’un demain identique. Un demain que la prochaine marée modifie déjà, parmi les ombres floues d’hier.

« Ici l’eau ne va pas simplement

elle a ses peurs ses retraits ses écarts

ses regrets ses tentatives tentations

et ses pertes dans le multiple

l’eau se crée entre ses propres bras

et se berce en mirages inversés

elle transporte ses soifs et ses débordements

son langage nous impose de plus lustrales leçons

sous le ciel et ses coulées de bleu

s’y noient infiniment nos sanglots retenus. »

http://www.rougier-atelier.com/?product=pu59-perspective-flottante-marais-poitevin-luce-guilbaud


Roman

Titre : L’arbre monde

Auteur : Richard Powers

Éditeur : Le Cherche Midi

Année de parution : 2 018

Je termine la lecture de ce livre et découvre dans un article du Monde qu’on estime à plusieurs milliers le nombre d’espèces d’arbres inconnues. Des arbres rares et donc fragiles. À préserver d’urgence car dans ce monde en pleine mutation climatique ils sont peut-être un avenir, peut-être aussi une pharmacopée du futur.

Ce roman donc tourne les feuilles des arbres. Via plusieurs personnages et autant d’histoires personnelles différentes. Tous se retrouvent autour des arbres, que ce soit ceux de leur jardin, ceux de leur recherches scientifiques, ceux qu’ils voient de la fenêtre ou encore ceux qu’ils essaient de sauver des bûcherons. Combats dont on a entendu parler dans nos journaux… découvertes récentes de la communication entre les arbres et cette idée qu’au-delà de chaque individu, la forêt est une entité vivante. 

Entre fiction et réalité ces pages donnent au lecteur une conscience plus vive de son environnement, de sa méconnaissance et l’invite en retour à plus de curiosité, plus de respect.

Un livre étonnant. Un livre de conscience. Un livre qui propose à son lecteur de vivre un peu plus haut que d’habitude.

https://www.lisez.com/livre-de-poche/larbre-monde/9782264074430


Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

 

  • Tout le mois de février exposition « Temps joueur/espace éphémère » à la Mairie de la Roquette/Siagne avec Laurent Del Fabbro.
  •  3  et 11 mars : Collège la Chênaie et Médiathèque la Strada de Mouans-Sartoux, rencontres avec une 6e.
  • 18 et 19 mars : rencontres plurielles de la Suze/Sarthe. rencontres avec deux classes et salon du livre poésie
    .
  •  Breil/Roya (06) rencontres le jeudi 24 mars de 14h à 15h pour la classe de 5ème du collège et de 15h à 16h pour la classe de CM2 de l’école.
  • 2 et 3 avril : salon du livre de Flers (61).  
  •  du 12 au 15 mai : animations et salon du livre de Luçon
  •  du 3 au 5 juin, salon du livre de Grimaud et rencontres avec des classes 
http://www.facebook.com/patrick.joquel

 et sur Radio Grand ciel.fr, émission la route inconnue de Christophe Jubien.