Lectures de Juin de Patrick Joquel

voici les lectures de juin, poésie et roman. Des idées pour l’été à l’ombre des cigales… Merci et bel été!

Lectures de juin 2026 de Patrick Joquel

www.patrick-joquel.com

des infos personnelles avec ma lettre de juillet : https://www.patrick-joquel.com/wp-content/uploads/2020/12/Lettre-info-de-juillet-2026.pdf

Poésie

Un poème « vieillesse ». Une nouvelle voie, voix, pour la poésie. Il y avait la poésie jeunesse, la poésie adulte et chacune avec toutes leurs variantes, voici des poèmes consacrés aux personnes âgées. Aux vieilles dames en particulier.

Des portraits d’anciennes. Avec leurs rides, leurs souvenirs, leurs vies… leur présent d’Ehpad… De silence. De solitude.

Dans notre société, on a tendance à les cacher ces vieilles. Il est bon de les voir ici à l’honneur. Rendues à leur dignité de femme. Tout simplement. Ça rassure et ça donne à voir. Ça interroge sur son propre regard sur la vieillesse. Sur ce moment qu’on rejoindra un de ces jours.

Un livre à donner à lire dès la fin du primaire et jusqu’au bout de la vie tant il est humain.

Banc public

Une vieille assise sur un banc
prend la poussière
Elle était là hier
Elle sera là demain

Elle attend les bousculades des enfants
les foulées du joggeur
le camion de poubelles
la sortie du travail
la voiture jaune du facteur

Elle attend
Elle attend assise sur le banc
Elle attendait hier
Elle attendra demain
un regard
un sourire
un éclat de lumière
pour se raccrocher à la vie

Dans une semaine un mois
peut-être plus
ou quelques jours seulement
le banc sera vide

Le promeneur solitaire
l’éboueur ou le facteur
l’écolier ou le joggeur
se demandera ce qui cloche
ce jour-là dans le décor

Il humera l’air
observera les nuages
jaugera la force du vent
sans saisir l’absence
ce celle qui n’est plus

https://www.nosaccointances.fr/4_granit_02_gaucher_les.vieilles.html

*

Délicieusement absurde et totalement mathématiquement rigoureux, j’aime cet humour. Cette poésie souriante et libre. Joyeuse et pourtant si sérieuse. Se moquer ainsi et avec brio à la fois des mathématiques et de la poésie, j’aime.

À mettre en toutes les mains, dès 10 ans et en particulier dans celles qui ont tendance à se prendre au sérieux.

Trois exemples pour la route

Si j’ai, dans ma garde-robe,
2 bonnets,
2 casquettes,
1 chapeau, et,
enfin,
1 bob,
à votre avis, combien ai-je de têtes ?

Calcul ?
Combien tu pèses ?
Depuis quand tu mesures ?
Combien tu dors bien ?
Quand tu sais ?
Comment tu habites ?
Sais-tu compter jusqu’à toi ?
Jusqu’à qui réussis-tu à compter ?

J’aime faire 2 avec toi
L’expression c’est plutôt :
faire un avec l’autre
mais si l’on devenait réellement,
concrètement 1
je ne sentirais pas ta peau comme je la sens
émouvoir, émerveiller,
éprouver mon sensible
dans une envolée de plaisir et de bonté,
de beauté

j’aime faire 2 avec toi
toucher ton toi avec mon moi
comme tu touches mon moi avec ton toi
et certes les confondre tant ils sont serrés,
enlacés
j’aime compter avec toi
0 ,1, 2, 3
comme tu comptes pour moi

*

Certains instants se passent de mots. Ce sont les moments où l’on est submergé d’émotions. Ces moments indicibles. L’indicible est une des voies qu’emprunte souvent la poésie. Cette petite graine d’ours vient tourner autour de cet indicible. Elle se propose de mettre sous enveloppe une collection de ces instants-là. Ces fragiles secondes où l’on se sent autre. Ailleurs. Humain. La liste de ces instants collectionnés n’est pas exhaustive. Chacun la complétera selon sa vie et son humeur. La poésie est facteur de savoir-être. Ici, l’objectif est atteint. Le lecteur est invité à la compléter.

Les images sont limpides et calmes. Un petit ail où je respire. Profondément.

*

Qui n’a jamais été confronté à « J’ai pas d’idée ». L’angoisse de la page blanche. Ce vertige devant l’inconnu « Quelle est la réponse attendue ? ». ?

Voilà une série de courts poèmes qui tournent autour de la question. De la peur de créer. De la crainte de se lâcher. C’est un des enjeux de la poésie en classe, en atelier d’écriture et au quotidien pour le poète : oser !

Oser dire. Oser mettre des mots. Oser sortir du convenu. De l’attendu. Du stéréotype. Du silence.

Un livre à lire et à donner à lire dès le primaire pour tous les enfants que leurs médiateurs livres confrontent à la poésie. Et sans aucune limite d’âge.

Pour les idées, revenez demain,
revenez en arrière
ou revenez dans mille ans.
Ou faites un pas de côté,
comme ça, oui
comme ça
exactement : oh !
Ne bougez plus –
la vie va sortir !

Les aquarelles de Valérie Linder donnent à l’ensemble clarté, douceur et paix. On est rassuré. Tout peut arriver !

*

Roman

Trois amis. Depuis l’enfance. C’est la rentrée scolaire. En 4e. On entre dans le récit dans une atmosphère lourde. Plombée. Ça ne fonctionne plus comme avant. On ne sait pas quel est le problème mais il est réel. Dona, Rafaëlle et Léonard s’évitent. N’osent pas se parler. Le narrateur suit le calendrier, comme un journal. Il est extérieur. Il voudrait bien communiquer, aider mais quelque chose l’empêche de sortir de son rôle d’observateur.

Les professeurs voient bien que quelque chose ne tourne pas rond. Ils restent à l’orée du problème. Impuissants. Les parents y mettront aussi leur grain de sel.

Jusqu’au dénouement on est tenu en haleine. Un roman plein de pudeur, de tristesse aussi. D’impuissance et de remords.

Ça se lit d’une traite et on sort un peu plus humain.

Un roman pour le collège et bien au-delà tant les questions abordées sont universelles.

*

Une biographie romancée. La vie de Katherine Johnson. XXe siècle. Aux USA. On suit Katherine de sa petite enfance dans les années dans les années 20, jusqu’aux années 60/70. Une vie. De femme. Noire. Ce qui pourrait bien ressembler à un double handicap et dans les USA de ce siècle-là, c’en était un, devient une formidable leçon de vie et d’humilité. Comment ? Grâce à des parents à l’écoute. On dirait bienveillants, aujourd’hui. Une fratrie aimante. Des enseignants disponibles à leurs élèves. Au désir incroyable de Katherine de vivre sans se laisser brider par quoi que ce soit : ni les lois, ni les préjugés de l’époque, ne sauront la museler. Elle avance. Un point c’est tout.

Grace à un don aussi. Le don rare des mathématiques. Dès l’enfance elle compte, elle cherche, elle résout. Au point de sauter des classes. Au point d’intégrer la NASA et de permettre, grâce à ses calculs, l’alunissage d’Apollo 11.

en toute modestie. En toute humilité. Une belle leçon de vie. Elle aime ce qu’elle fait et le fait à fond. Simplement.

« Tu n’es pas meilleure que les autres et les autres ne sont pas meilleurs que toi » lui disait son père. Cette phrase est devenue sa devise.

https://www.albin-michel.fr/combien-de-pas-jusqua-la-lune-9782226443427

*

Titre :La parole précaire
Auteur : Jean-Marie Corbusier
Éditeur : Le Taillis Pré
Année de parution : 2026
Isbn : 978-2-87450-255-2
prix : 18

Le mot m’échappe
quand je veux dire
quelque chose

Tout ce livre tourne autour de ces trois vers. La difficulté de dire. La recherche du mot. Le langage tente de « dire » le monde et cependant le monde lui résiste. Le mot n’est jamais tout à fait exact. Tout à fait juste. Le poète demeure insatisfait. Dans le « c’est presque ça, tu vois ». Tout l’enjeu de la poésie est dans ce presque. Ce geste d’approcher sans caresser vraiment.

La parole est précaire, oui. Si on pense à Rimbaud : « J’ai vu ce que l’homme a cru voir ». Cette résistance de la langue et du monde. Ce compagnonage et cette solitude. Cet entre-deux du poème.

De courts poèmes pour tenter d’approcher. Beaucoup de silence aussi. Un chuchotement. Un livre comme un compagnon taciturne des veillées au près du feu. Dans la pénombre.

Lectures d’avril 2026 de Patrick Joquel

Patrick Joquel: www.patrick-joquel.com


Titre : Jamais dire toujours
Auteur : sébastien joanniez
Éditeur : La joie de lire
Année de parution : 2025
prix : 14 €

Un livre de poésie. Comme un manifeste. Qu’est-ce que la poésie ? Qui peut vraiment répondre à cette question ? Les poètes arpentent chacun leur voie poétique. Les chercheurs universitaires déroulent leurs réflexions. Les lecteurs, leurs affinités… Et Jean-Pierre Siméon rappelle que la « poésie, c’est autre chose ». Bref, on la reconnaît, mais on ne sait pas qui elle est.

Dans ce livre saisissant, Sébastien Joanniez, propose des poèmes comme autant de pistes pour aborder la poésie, pour en écrire si on s’y sent appelé. C’est tout simple. Tout riche. Ça se lit et se relit. Ça ouvre des horizons.

Un livre que tout poète et tout médiateur poésie (poète, enseignant, chercheur, bibliothécaire, animateur et j’en oublie…) devrait glisser dans sa poche et présenter. C’est d’ailleurs ce que je vais faire, au hasard de mes voyages/livres.

À mettre aussi dans les bcd et cdi, dès 10 ans.

https://www.lajoiedelire.ch/products/jamais-dire-toujours-1?_pos=1&_sid=5117e35b0&_ss=r

Titre : Pencher le cœur
Auteur : Philippe Mathy
peinture : Marie Alloy
Éditeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2026
prix : 8€

De petits pavés de prose à déguster au jardin. Ce petit monde clos sur lui-même et qui ouvre le cœur à l’infini. Au rythme des saisons. Au tout petit. À la vie mystérieuse et à la mort. Au renouveau. Marcher au jardin ou s’ancrer à la Terre.

Partout petits battements dans l’herbe qui tremble, feuilles des buissons qui frissonnent, branches qui se frôlent, insectes chaque jour qui circulent, oiseaux qui découpent le ciel à découdre leurs vols. Par tout petits battements jusque dans mon corps où la douleur compte les années…

Parfois on va un peu plus loin. On sort. Au dehors. Dans le monde. Celui de Philippe Mathy borde la Loire, alors suivons son regard quand il marche le long du fleuve :

La lumière n’en finit pas de bégayer sur le fleuve. Sans rien comprendre je ne me lasse pas de son discours.

Des pages comme des instants de promenade, de méditation, d’écoute. À l’affût. De la joie et de toutes les vies.

De mes jardins de passage, j’aurai goûté à l’éphémère des saisons. Chaque année couleurs et parfums n’étaient ni autres ni les mêmes. C’est en butinant comme une abeille que j’ai appris à chanter le temps qui me quittait.

À découvrir dès le collège.

https://www.editions-aildesours.com/35845-2/

Lectures d’avril 2025 de Patrick Joquel

Lectures d’avril 2025 de Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

voir ma lettre/info de mai : https://www.patrick-joquel.com/livres/info-lettre-mai-2025/

Le coup de cœur d’avril : Le livre de Sophie

Titre : L’homme de Skrida
Auteur : Sophie Braganti
Éditeur : Esperluette Éditions
Année de parution : 2025

C’est un récit poétique écrit en Islande, en automne. Un homme, une vie. Entre XVe et XVIe siècle. Quelques ossements. Quelques mots sur un cartel. C’est tout. Une époque. Une île. 

Sophie Braganti y séjourne quelques semaines. Remplit ses cahiers d’impressions, d’images, d’informations. Son appareil photo aussi. Elle marche dans les landes, sous les brumes et brouillards, sous le ciel bleu aussi, dans les vents d’automne, avec le silence à la main. Elle marche, elle roule en vélo. Elle emmagasine de la solitude. Et puis elle écrit. Elle imagine la vie d’un homme.

Sous la forme d’un long poème épique en plusieurs chants, elle m’a entraîné dans l’ombre de cet homme d’une vingtaine d’années, 1,63 mètres dont les ossements ont été exhumés tombe 130. J’ai donc marché dans les traces de ce jeune homme, de sa famille ; puis de son départ vers le Monastère où un frère le prendra en charge. Une vie simple. Ou plutôt simplement une vie. 

La magie a opéré : le livre fermé, cet ami reste avec moi. À son tour il me suit dans les ombres de mes imaginaires.

Une belle réussite que cet homme de Skrida.

À offrir aux amoureux de l’Islande et de ses grands espaces bien sûr, mais aussi aux grands adolescents qui cherchent leur chemin. À toutes celles et à tous ceux qui donneraient quelques heures de leur vie (ou davantage) pour se laisser détourner des urgences quotidiennes pour explorer un moment du passé, un moment d’imaginaire.

https://www.esperluete.be/index.php/catalogue-2/litteratures/en-toutes-lettres/lhomme-de-skrida-detail


*Poésie* 

avec Encres Vives et les éditions Unicité

Titre : L’heure bleue
Auteur : Régine Ha Min Tu
Éditeur : Encres Vives (549)
Année de parution : 2025

Dès la première page, ce petit cahier, le 549e d’Encres Vives, m’a saisi. Une connivence. Une complicité. Une évidence. 
Ça commence en juin, ça se termine à l’automne fin octobre ou novembre. Je suis plus hivernal mais qu’importe.
Ça se passe à l’heure bleue, le crépuscule. Je suis plus en phase avec l’heure bleue de l’aurore. Mais qu’importe.
On est là. Dans ces instants où vivre affleure. Où l’on se sent en harmonie (aujourd’hui, on dit « connecté » ; mais qu’importe). Ces moments où on respire, heureux, paisible et partagé.
Des poèmes plutôt courts, pas besoin de beaucoup de mots pour dire ces moments-là. 

Parmi toutes les voies de la poésie, celle de l’instant, de la joie et du présent est une voie que j’apprécie, que j’explore aussi et en particulier dans les dynamiques haïku ; dans le texte court et soyeux, comme ceux de Régine Ha Min Tu, j’apprécie aussi et beaucoup. Une douce illustration de cette étrange émotion qu’on appelle poésie.

Merci.

À lire dès le lycée.


Titre : Est-ce un songe ?
Auteur : Dan Bouchery
Éditeur : Unicité
Année de parution : 2025

Une anthologie personnelle, un travail toujours en cours mais qui donne un bel aperçu d’années d’écriture. Dan Bouchery nous offre ici un survol de ses territoires, de ses pages. Un voyage bien agréable en 9 étapes.
L’identité, la création, la vie, l’amour, la condition humaine, la révolte, la guerre, les bêtes, l’humour.
Les facettes d’une personnalité, des reflets. Une vie. Avec différents regards selon les jours. Selon l’humeur. Un quotidien que le crayon accompagne, dont le crayon témoigne, que le crayon engage.
Un livre comme une balise dans la bibliothèque ! Un livre à garder ou à offrir et dans ce cas à offrir à celles et ceux qui ont envie de vivre.

À partir du lycée, je dirai.

https://www.editions-unicite.fr/

*

Les lectures de Patrick Joquel

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poésie

Titre : Sur la pointe des pieds
Auteur : Christophe Jubien
Illustrations : Laurent Pinabel
Éditeur : MØtus
Année de parution : 2024

Des poèmes courts. Chuchotés. Des toutes petites merveilles du quotidien. Christophe Jubien les voit, ces invisibles. Ces muettes. Il nous les partage, sur la pointe des pieds. Sans vouloir déranger. Juste comme ça. Un sourire. Un sourire d’enfant : « tu vois, c’est ça ». C’est presque rien mais c’est bien mieux que rien. Un ancrage au monde. Un encrage de la vie simple. Pas besoin de Lamborghini ou d’Aston Martin pour découvrir le monde, même si ce n’est pas interdit, quelques pas lentement posés sur le trottoir du jour, le carrelage de l’appartement et tout devient réel. Vivant. La poésie, c’est aussi cela : cette attention au trois fois rien qui rendent le monde neuf.

Les illustrations de Laurent Pinabel joue de cette simplicité, comme un enfant lui aussi et avec humour et couleurs.

Un livre murmuré qui donne envie d’être heureux. 

Offrir du bonheur à tout âge.

*

Titre : Mais pourquoi donc est-ce que je parle à ce rocher ?
Auteur : Daniel Birnbaum
illustrations : Paolo Leone
Éditeur : Association Francophone de Haïku
Année de parution : 2023

Lire et relire Daniel Birnbaum qui est parti en 2024 est à la fois nécessaire et plaisant. Des haïkus tout simplement. Une vision du monde proche. Un humour. C’est salutaire. Et ça se partage volontiers !

Il tape trois fois au carreau

mais comment répondre

au bourdon

une feuille tombe

sur une autre feuille

encore plus de silence

premier novembre

le vent s’obstine

à remuer les feuilles

et dans un autre recueil de haïku chez le même éditeur on trouve ceci que j’aime beaucoup :

matin d’hiver

la neige tombe

jusqu’au silence

Tout va de trois vers/ Daniel Birnbaum

*

Titre : signe-moi que tu m’aimes
Auteur : Levent Beskardès 
traduction en français : divers traducteurs dont Brigitte Baumié 
Éditeur : éditions Bruno Doucey
Année de parution : 2 024

Un livre étonnant. Des poèmes écrits en langue des signes. Dans l’espace. Des poèmes gestes si je peux le dire ainsi. Les poèmes sont également dessinés par l’auteur, ainsi on peut les lire en langue des signes. Ils sont ensuite traduits en français. Je peux alors les lire et entrer dans l’univers de Levant Beskardès. Découvrir son regard sur le monde. Sa perception. Forcément décalée, différente : questions de sens. Ces différences nous enrichissent. Le monde n’est pas tout à fait le même pour chacun.

*

Titre : des fourmis qui gigotent
Auteur : Ludivine Joinnot
Images : Valérie Linder
Éditeur : L’ail des ours, collection Graines d’ours
Année de parution : 2024

Un livre avec trois longs poèmes. 

Le premier : Dans cette maison-là évoque la chaleur familiale. Le home sweet home. Le bonheur de vivre. De vivre ensemble. De s’écouler avec les jours.

On se dit que la vie est belle

on voudrait qu’elle dure longtemps

longtemps, longtemps, longtemps

Le second Ma tête est dans les trains évoque le voyage. Un trajet en train. Le paysage à la fenêtre. Le ciel. Le temps qui passe. Le silence et le rêve du voyage.

Ma tête est dans les trains

le ciel change de couleurs

une voix annonce le prochain arrêt

Le troisième Des fourmis qui gigotent évoque un autre voyage en train. Celui d’une petite fille qui emmène sa Nonna en voyage en train. Comme deux petites filles. L’impromptu. La surprise. Et la joie.

Nonna s’est mise à rigoler

sans plus pouvoir s’arrêter

et moi, j’ai ri avec elle,

même si je ne savais pas trop pourquoi

nous avions soudain le même âge

et des souvenirs plein nos bagages

Les images et leurs couleurs ajoutent encore un peu plus de chaleur à ces pages. On se sent bien dans ce livre. Comme un cocon.

À lire et sans se lasser dès cinq ans par exemple, et donc à déposer dans toutes les bcd des écoles et bien sûr au-delà car la poésie échappe aux étagères.

*

Titre : Et le vent sur la terre des hommes
Auteur : Bernard Grasset
Éditeur : éditions Henry
Année de parution : 2024

Certains prennent des photos. D’autres esquissent des aquarelles. Écrivent des cartes postales. Ou des poèmes. Bernard Grasset, quand il voyage, écrit des poèmes. Librement. Quand on lit ces poèmes, on voyage à son tour. Bien assis. Des images passent dans nos yeux. Des paysages. Des émotions. Un partage. Les mots du poème donnent à voir. On feuillette ce recueil comme un livre d’images et de sensations. Le vent. La mer. L’espace. La solitude et la rencontre. 

Un livre à offrir à tous ceux qui aiment partir à l’aventure, à la découverte. Un livre à mettre dans les cdi de collèges et lycées pour inciter à tenter un carnet de voyage à chaque déplacement pédagogique ou personnel.

*

Patrick JOQUEL : Sur les sentiers de l’invisible, photos de Laurent DEL FABBRO, éditions de la Pointe Sarène.

Merveilleux petit ouvrage pour découvrir l’arrière pays niçois.

Ces quelques photos de laurent Del Fabbro se passent de commentaires et les textes de Patrick Joquel incitent à partir sur place immédiatement.

Michel Lautru

***

album

Titre : Balla le faux lion
Texte et dessins de Kemo
Éditeur : ineffable éditions
Année de parution : 2024

Une légende sénégalaise. Celle de l’homme victime d’un sort qui le transforme en lion. Que choisir ? Vivre avec les lions ou demeurer fidèle aux humains ? Quels sont les regards des autres du village face à la transformation ? À la différence ? Des questions bien contemporaines et cependant venues du fin fond de l’Afrique sahélienne. Comme quoi l’humain est bien le même qu’il vive ici ou là, aujourd’hui, hier ou demain. 

Ce magnifique album aux couleurs sablées ou bien nocturnes selon les chapitres s’adresse à tous ceux qui aiment s’asseoir et écouter. Écouter la voix des ancêtres mais aussi celles du vent, de la lumière et de son cœur (ou de sa conscience). 

Un conte à donner à entendre et à voir dès cinq ans et jusqu’à plus soif. Le conte, comme la poésie, s’adresse à tous ceux qui en sont curieux.

***

Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com  

Les lectures d’octobre 2024 de Patrick Joquel

album

Titre : La grève du Père Noël
Auteur : Susie Morgenstern
illustrations : Theresa Bronn
Éditeur : efa
Année de parution : 2024

Un album tout coloré, joyeux et léger ; malicieux aussi. On connaît la joyeuse malice de Susie qu’accompagne ici la malice joyeuse de Theresa. Un album à offrir à Noël. Pour accompagner un Père Noël fatigué à la découverte de Nice. Il cherche une idée de cadeau. Un cadeau pas comme les autres. Un cadeau qui rend heureux. Quel est ce cadeau magique ? Je ne le dirai pas ici mais je vous invite à le découvrir. Soyez curieux !

https://www.lefestivaldulivre.fr/evenements/lecture-dessinee-la-greve-du-pere-noel-avec-susie-morgenstern-et-teresa-bron/

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Titre : André cultive l’avenir
Auteur : Julie Rieg
illustratrice : Dominique Devun
Éditeur : De fil en mémoire
Année de parution : 2 024

Une biographie à hauteur d’enfance de André Aschiéri, maire de Mouans-Sartoux pendant des années, député aussi. Un homme qui a développé la ville avec une vision humaniste de la cité autant que de ses habitants. Il a mis à l’honneur pour tous, la vie associative, le sport, la culture avec un regard acéré sur l’écologie. Le vivre ensemble et en accord avec la planète.

Un livre pour découvrir un homme qui s’est engagé en politique tout entier et sans jamais rien lâcher.

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poésie

Titre : Est-ce que tu rêves encore
Auteur : Christine De Camy
Éditeur : la Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 024

On aime bien dire d’une poète c’est une rêveuse ; pareil pour un poète. Égalité dans les stéréotypes de la poésie. Cependant, la poésie c’est toujours autre chose. Si elle sait rêver, comme certaines fictions littéraires, elle sait aussi jouer, aimer, explorer, interroger et bien d’autres sentiers aussi… Ce recueil explore et interroge le rêve. Ce truc bizarre qui joue dans notre cerveau pendant que le corps dort à poings plus ou moins fermés, comme un bébé ou bien comme une bûche disent les anglais. Ce truc quasiment insaisissable même pour ceux qui essaient d’y être attentifs, d’en sauver quelques bribes au réveil, dans un carnet de nuit. Ce truc dont on dit certains matins :

– J’ai fait un chouette rêve, cette nuit…

– J’ai cauchemardé cette nuit…

– Je n’ai pas rêvé…

Cette dernière phrase est un mensonge : on a oublié.

Ce truc qu’on se souhaite mutuellement au coucher :

– Dors bien ! Beaux rêves !

Mille et une questions autour du rêve dans ce livre. Certaines résonneront avec le lecteur, d’autres non. Aucune explication, juste des échos. Des interrogations qu’on espère partagées. Pour se rassurer peut-être…

mille et un

– Es-ce que tu …

Un livre qui se lit à plusieurs voix, comme une foule interrogative, une foule en recherche. Un livre à partager dès le lycée.

https://www.livre-provencealpescotedazur.fr/ressources/catalogue-des-parutions/est-ce-que-tu-reves-encore-729303066795

au matin ils s’effritent souvent

entre tes doigts comme ils s’émiettent

est-ce que les tiens à l’aube s’effilochent aussi

est-ce qu’ils te bribes de rêves

la sonnerie tranche net

est-ce qu’elle t’alarme ça bat dedans

est-ce qu’elle t‘écarquille

la nuit vole en éclats

rêve congestionné suspendu rêve cisaillé

et tu sautes à pieds joints

et plus question de

d’autres fois dimanche peut-être

ton sommeil s’étire et baille

restent quelques flocons sur tes mains dés écailles

est-ce que balai haussement d’épaules

un rêve n’est qu’un rêve

et poubelle pu

est-ce que dans ta paume tu les cueilles

*

Roman

Titre : La planète des dormants
Auteur : Gaël Aymon
Éditeur : Nathan
Année de parution : 2018

Un vaisseau spatial en perdition atterrit sur une planète dont les relevés disent qu’elle est habitable et déserte. Habitable oui, déserte non. Les astronautes découvrent un peuplement humain. Mystère sur son origine. Ils entrent en contact. Les opinions divergent dans les deux groupes : les pour, les contre… En dire plus serait divulgacher l’intrigue et ses rebondissements. Ce serait dommage. Un livre SF mais qui résonne bien avec des questionnements actuels : pollution, colonisation, rencontre et différence… Je l’ai dévoré en une après-midi d’automne sous alerte orange…

À lire dès le collège.

https://site.nathan.fr/livres/la-planete-des-sept-dormants-roman-sf-dystopie-9782092580110.html?srsltid=AfmBOoq7B8qcpQcZJoFi6Yg-nt-_AVq3YxzqC4lJrrm3v1rW4z6uW-yU

*

Titre : Rufus le fantôme
Auteur : Chrysostome Gourio
Éditions Sarbacane
Année de parution : 2017

Raconte-moi une histoire de fantôme. Pas une histoire à faire peur. Non, une histoire du quotidien. La vie du fantôme Rufus : l’école, les copains, le désir d’avenir, le projet d’un métier. C’est là justement que ça coince un peu : le désir de métier de Rufus ne correspond pas à l’attente de ses parents, fantômes eux aussi. Il se débrouille pour apprendre ce métier en cachette auprès d’un professionnel (fantôme aussi). Comme tout métier, il est frappé de ré organisation pour gagner en productivité. Révolte en sourdine des professionnels et finalement Rufus va innover. Créer une grande première dans la société des fantômes.

C’est vivant, drôle et tient bien en main. À lire des 8 ans.

https://editions-sarbacane.com/romans/rufus-le-fantome

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© Patrick Joquel
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