Barbara Auzou et Niala, « L’Époque 2018 », Éditions Traversées.

Chronique de Patrice Maltaverne

Barbara Auzou et Niala, « L’Époque 2018 », Éditions Traversées.

Publié par les Éditions Traversées, « L’Époque 2018 » (sous-titré Les Mots Peints), de Barbara Auzou et Niala (alias Alain Denefle), comprend une suite de trois cycles, intitulés « L’Époque 2018 », « Autan Occitan » et « Notre Jardin bleu ».

Il m’arrive très rarement de lire des recueils de poésie dans lesquels illustrations et poèmes soient aussi inséparables. Je veux dire par là que pour se pénétrer de l’ambiance des textes publiés ici, il faut déjà observer attentivement les illustrations avant d’aller lire les poèmes correspondants.

Le poème n’est d’ailleurs pas le décalque fidèle de l’illustration (acryliques sur toiles ou contrecollés). Cependant, il est la traduction fidèle de son univers.

Le monde de « L’Époque 2018 » peut être qualifié d’onirique, de consubstantiel à la nature (couleur verte dominante), de sensuel (représentation de nombreux nus féminins), voire de mystique (élévation des personnages et des choses).

Dans « Autant occitan » et « Notre jardin bleu », les représentations sont moins humaines, tandis que le soleil et l’eau se mélangent davantage à la nature.

Il résulte de ces univers peints des poèmes visuels résolument lyriques, aux images volontiers baroques, mais qui ne sont pas dépourvus de mouvements, ce qui donne à ces textes leur puissance, et une respiration ample.

Le résultat est un recueil ambitieux qui a su retenir mon attention de lecteur, car, mine de rien, il s’y passe plein de choses.


Extrait de « L’Époque 2018 », de Barbara Auzou, « Notre jardin         bleu 1 » :


« Au bout de la route franche

qu’on ne foule que de l’âme

sur les courbes de l’unité et de la spontanéité du geste

se trouve un jardin bleu dont la hanche

tremble comme une mariée aux pieds nus

et qui s’émeut de la caresse

d’écume à ses cheveux et de la rondeur

de ses larmes quand le gant de lierre

qu’elle retourne la détrousse dodue

de ses solides trésors d’enfant

tressés sur les 

d’un rire innocent.


Les arbres déroulent leurs arbres au flanc

d’un tendre abri. Que célébrer sinon la vie

et la pensée que l’on existe maintenant

la fleur le sein le fruit en leur juste poids

les mousses de la douceur sur le velours de l’appui ?


L’azur croît pour soutenir la lumière

des mains réciproques qui s’enroulent au hasard

saisonnier des moissons à venir.

Des greniers de la peau qui s’étonnent encore

de leur réserve de sel s’échappent des bourgeons de rires

et quelques boutons d’or. »


Si vous souhaitez en savoir plus sur « L’Époque 2018 » de Barbara Auzou et Niala, qui est vendu au prix de 20 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur : 

https://revue-traversees.com/faites-vous-plaisir-offrez-vous-les-livres-publies-par-traversees/

https://traversees.wordpress.com/a-propos/

©Patrice Maltaverne

À propos du n°90


Patrice Maltaverne de l’association Traction Brabant et des éditions Le Citron Gare
évoque sur le site C’est vous parce que c’est bien le dernier numéro de la revue Traversées consacrée aux poètes Flamands contemporains


Pour lire ce qu’il a écrit cliquez ici

Patrice Maltaverne, Débile aux trois-quarts, Gros Textes éd., 2017, 72 pages, 10 euros

Une chronique de Georges Cathalo

Maltaverne

Patrice Maltaverne, Débile aux trois-quarts, Gros Textes éd., 2017, 72 pages, 10 euros


Que le lecteur ne se fie surtout pas à ce titre repoussoir ; en effet, ce livre n’a pas été écrit par un débile ni aux trois-quarts, ni au dixième ni au centième…C’est même le contraire qui est à l’œuvre ici avec une profusion de poèmes directement branchés sur un quotidien accaparant, riche en rencontres et fertile en rebondissements.  

On pourra toujours y relever une forte influence de Carver ou de Brautigan mais aussi de Biga ou de Venaille. Cette poésie n’hésite pas à se livrer à visage découvert en terrain hostile avec la première personne du singulier présente dans tous les poèmes. Très difficile voire impossible d’isoler des extraits de ces poèmes car chacun d’eux forme un bloc monolithique dont on ne peut extraire le moindre éclat. C’est peut-être à cela que l’on peut reconnaître une exigence d’écriture même si tout paraît si simple et si évident lorsqu’on lit ces textes à voix haute.

Et puis Maltaverne n’est pas un gars difficile ; ses rêves ne sont pas démesurés. Tout au plus rêve-t-il qu’on lui paie « une brouette rutilante / Avec son pneu gomme sentant le neuf ». Il n’en faut pas plus pour faire son bonheur car « il va falloir faire simple / Si l’on veut rentrer dans le rang / Avoir l’air bête / Si l’on prend le mauvais train ». Avec ce nouveau livre, rassurons l’auteur : il a pris le bon train !

Patrice Maltaverne : Débile aux trois-quarts (Gros Textes éd., 2017), 72 pages, 10 euros – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes ou gros.textes@laposte.net


©Georges Cathalo

Faux Partir de Patrice Maltaverne, Recueil de poèmes, éd. Le Manège du Cochon Seul [Nevers]. 2009 [60 p.] ; 9 €

Faux Partir de Patrice Maltaverne, Recueil de poèmes, éd. Le Manège du Cochon Seul [Nevers]. 2009 [60 p.] ; 9 €

A propos de l’auteur :

Patrice Maltaverne
Patrice Maltaverne

Patrice Maltaverne dirige le poézine Traction-Brabant depuis 2004 [Metz],

(Blog : http://www.traction-brabant.blogspot.com)

Auteur de poèmes publiés dans une vingtaine de revues, il a publié Lettre à l’absence en 2014 aux éditions de La Porte. (Cf. Article de Murielle Compère-Demarcy sur le site de La Cause Littéraire du 18/10/2014 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie).

A propos du recueil :

Les 8 premiers poèmes de Faux Partir sont parus dans les numéros 38 et 39 de la revue Le jardin ouvrier (octobre et décembre 2003) ; les poèmes n°5 et 6 A plusieurs reprises… ont été republiés dans l’anthologie Le jardin ouvrier publiée aux Éditions Flammarion (2008) ; les 8 poèmes suivants de Faux partir sont parus dans le numéro 11 de la revue Saltimbanques (novembre 2006).

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Rien ne sert de courir : il Faux Partir. A point, mais Partir.

Par quelles voies, par quels chemins ? Suivant quelles voix ?

Si un recueil de Patrice Maltaverne s’annonce comme une invitation à un voyager vrai (cf. Préface Pierre Bastide pour Faux Partir) c’est que l’on sait que ses poèmes sont bons compagnons de voyage. Et si Faux Partir résonne – avec son titre comme d’injonction – avec une poésie particulière, c’est que l’on sait que celle de Maltaverne tient la route et que le recueil ne manquera pas de dépaysements. Dépaysements salvateurs ou salutaires, avec bien des retours, de beaux arrêts sur images, moteur puissant en marche, et pour notre bel enthousiasme reconduit, le transport poétique garanti ! Grâce au poète passeur qui nous ouvre dans ce Faux Partir des chemins poursuivis en quatre quatre (suite de poèmes composés pour chacun de 4 quatrains), ouverts sur l’inconnu après que la voie droite a été perdue,

Au milieu du chemin de notre vie

Je me retrouvais dans une forêt obscure

Car la voie droite était perdue

des chemins entrouverts sur un inconnu familier pourtant, tel un rêve étrange & familier, en périphérie d’une ville déshumanisée où le sens se cherche, en quête d’un autre côté où le sens reste à chercher, autre versant de la vie & de soi-même jamais gagné, où le seul chemin à prendre revient toujours de naître. Cheminement -en plein cœur de la vie- poétique.

D’entrée, l’illusion d’optique jouée par le premier poème trouble l’effet de perspective. Premier poème du recueil qu’il faut lire en son intégralité pour en saisir la teneur et la profondeur. Pour saisir l’espace à déployer pour le lecteur et par lecteur, ici et tout au long du recueil :

Depuis que j’ai fini par me coucher

Dans un rêve qui s’enfuit au loin

Je cherche à le rattraper mort ou vif

Sur la route déjà rayée par la pluie

Aux frontières il est écrit qu’un pays

Doit naître pour annuler toutes les joies uniques

De cette vie toujours prête à être consommée

Sans changer de lit au milieu de rien

Tu parles quand bien même je serais debout

Je n’irai pas au-delà du panneau

Qui m’indique la fin de la ville

De tous nos instincts captifs sans le savoir

Mais de quoi diras-tu ne serait-ce

Pas de liberté qui m’inflige beaucoup

De ses grimaces au néant des jours ouvrables

Sous la vitre où témoigner de mes buées

Rythme entraîné, rythme parfois syncopé, rythme bousculé en sa linéarité, Rythme emporté parfois, comme l’est le rythme de notre lecture : le vers ne s’arrête pas, embraye sur d’autres contrées sans cesse remises, vers d’autres pages, d’autres poèmes, d’autres paysages – à des vitesses, selon des points de vue, avec des directives variables.

Depuis que j’ai fini par me coucher

Dans un rêve qui s’enfuit au loin

écrit le poète. Fini, il a fini par se coucher : après quel combat, est-ce là position de résigné, est-ce décision de sauvegarde – sauvegarder soi contre le milieu de rien (car à quoi bon mal vivre pour rien?), de l’autre côté du monde ordinaire ? Et le rêve s’éloigne comme l’horizon fuit devant la marche du chercheur en quête d’Inconnu et d’Ailleurs. Rêve – inaccessible ?

Depuis que j’ai fini par me coucher

Dans un rêve qui s’enfuit au loin

Je cherche à le rattraper mort ou vif

Maltaverne poète déroute nos attentes, surprend. Que cherche-t-il à rattraper mort ou vif : son rêve, enfui au loin, mais comment rattraper un rêve, et comment rattraper un rêve s’il est mort ? Rêve perdu ? Comme on sait que le temps perdu ne se rattrape guère ?

Maltaverne bouscule le rythme de nos déroutes, martèle le Faux Partir mais aussi les mots même qui façonnent et déroulent nos (faux?) départs. Et le «tu » interpelle comme il nous implique dans l’engagement du poème. Car la poésie de Maltaverne parle de nous et nous parle. Poèmes de quatre quatrains proches visuellement du sonnet mais sans ses contraintes (au niveau des rimes, des mètres), les textes de Faux Partir déroulent sans ambages ni préliminaires de présentation dans le décor ou les enjeux, des routes inédites passagères où passer, embuer nos dernières pensées vides, effacer les souvenirs, jusqu’à frôler cette folie où ni les aiguilles d’une montre ni les clés de lecture d’un univers effondré ou prêt de tomber ni les restes d’une ville morte sciée par l’autoroute ne peuvent poser de vestiges en ultimes bornes de nos escapades, perdus que nous sommes, égarés au milieu de rien

Quelle folie subite s’est emparée de moi

Lorsque j’ai voulu passer le dernier pont

Sur l’autoroute qui scie la ville morte

Encore une fois pour oublier tous les souvenirs

Le décor fantastique, expressionniste de la ville donne à voir des ouvertures de vertige, béance sur des instants d’angoisse et/ou de résistance

Je respire à peine dans ces mauvais pas

Qui abusent sans doute de ma personne

En attendant d’atteindre les principales

Broussailles pour me déshabiller l’âme

Ce décor fantastique, expressionniste de la ville donne à voir des ouvertures de vertige, en gueules béantes d’une plus haute humanité de marginaux en résistance, souffrant de leur mal vivre où contre rien Faux Partir, en résistance

Aujourd’hui lorsque j’y pense la loi

De la gravité urbaine venait d’être démontrée

Cette loi qui veut que nous disparaissions toujours

A l’intérieur des moteurs de nos solitudes

Nous avons tracé des routes réelles pour cela

Et tous les autres corps sont vite étouffés

Dans les années sombres du serpent de goudron

La plupart du temps au-dessus des cœurs

Villes de Solitudes, mais –

Cela ne m’empêche pas de sortir encore

Des mers monotones de l’asile de jour

Où nous avons été admis dès la naissance

Pour coopérer dans le silence quotidien des tortionnaires

Optimisme opiniâtre du poète Maltaverne, en vers & contre tout ? Résistance du poète comme dans cette Partie riante des affreux (recueil de Patrice Maltaverne co-écrit avec Fabrice Marzuolo, aux éditions Le Citron noir, en avril 2012) où la part des anges se partage dans l’arène et le silence quotidien des tortionnaires avec lesquels, pour coopérer nous sommes mis / jetés au monde – aux côtés de démons peut-être plus nombreux et comptant nos déboires à leur avantage (cf. plaquette Venge les anges in Mi(ni)crobe #40 c/o Éric Dejaeger, Belgique).

S’exprime toujours chez Maltaverne un regard sans concession sur le monde, avec le vers haut qui fait mouche / frappe là où ça fait mal / démange, à l’instar de ces coéquipiers du blog de libres chroniques poétiques Poésie chronique ta malle (http://poesiechroniquetamalle.centerblog.net/) où l’on côtoie poètes et revues d’une même lignée d’écriture, indépendants de toute servitude créatrice et signataires d’une belle créativité (parutions des éditions du Port d’Attache à Marseille dirigées par Jacques Lucchesi, Revue Microbes, Revue Les tas de mots, Paysages écrits, L’Assaut, …). Rôdent dans les parages du blog les présences de Cathy Garcia des Nouveaux Délits, de Vincent Motard-Avargues de la revue Ce qui reste, des auteurs de la revue Dissonances, Thierry Radière, Christophe Esnault, …

La poésie de Maltaverne en mettant le doigt dans les choses qui dérangent, bouleverse et remue, nous remet en question, questions reposées à chaque poème, à chaque retour sur poèmes, à chaque vers débordant parfois sur le prochain pour mieux dérouler le rythme éperdu/égaré où malgré nous nous sommes embarqués.

Faut-il résister ?

Faut-il plier ?

Aller comme les honnêtes gens là où

De l’autre côté la ville vit toujours

Sur le dos des honnêtes gens qui passent

Dans l’indifférence générale et finissent par ressembler

A des feux noirs emmanchés sur un poteau

Mais je ne veux pas être comme eux

(…) ?

Faut-il faire sécession ? Faire faux bond et choir dans un fossé plein de boue ?

J’ai suivi pendant des jours une ligne

De fuite à travers la ville en diagonale

Sans qu’il me soit possible d’enregistrer

De progrès dans ces murs qui s’emboîtent

(…)

J’ai suivi pendant des jours une ligne

Sur laquelle je n’ai cessé de me tenir

Pour garder l’équilibre car des vieux

M’avaient dit d’en rester là pour eux

Continuer comme un sous-marin qui progresse dans les eaux profondes, avant que la mort animale te gobe à sec ?

C’est à une traversée d’humanités que nous convie Patrice Maltaverne. Voyageurs intra ou extra-muros de la ville, travailleurs, gens honnêtes, paumés soumis à l’alcool blafard, … tous se confondent et se croisent dans la ville anonyme qui engouffre silhouettes et individualités. Tous confondus sur une même ligne d’où déraper – peut-être le faut-il pour ne pas perdre l’équilibre -, sur la même route et sur le bord, dans l’indifférence générale et

Je / Toi / le poète

Je reste sur le bord de la route

Laissé pour mort par les voitures qui tournent

Sur leur circuit automobile avec cette monotonie

répétitive

Qui caractérise les âmes ignorantes de leur mort

Maltaverne n’écrit pas de main morte ni de fausses notes sur la partition ici d’un voyager vrai (Pierre Bastide in Préface), plus que vrai s’il est vrai que la vraie vie est ailleurs ?

Je me dis soudain qu’il faut quitter

Cette route pour être un dieu aujourd’hui

Mais le soleil à force de nous ignorer

Prépare peut-être un nouveau coup d’état

Faut-il écouter les vieux poètes, mais leurs paroles ne sont-elles pas leurres / miroirs aux alouettes ?

Les vieux poètes pensent que l’on écrit

Des poèmes pour chacune des rues qui élèvent

Des hommes au singulier si bien qu’ils

Se réveillent avec une voix nouvelle pour vivre

Mais ce n’est pas vrai seule compte

La géométrie de ces espaces monotones à enchaîner

A notre silence qui n’est pas étourdi

Sur la terre comme dans une ruche pâle

Allez travailleurs ! Marchez dans des rues juste

parallèles !

Alignez-vous avec le goudron avec votre tête

Déjà réduite à de la bouillie sans blessure

Et qui compte ses morts dans une tombe

Pour l’ouvrir il faudrait ouvrir le ciel

Puis passer un laser à travers ces choses

Qui nous empêchent de voir la ville expier

Le mutisme de ses crimes d’oubli permanent

Faut-il / Faut-il… Resterait-il ne serait-ce qu’un faux leurre où se retenir où se sentir vivre ?

Car il faut bien vivre avant de mourir

Faut-il / Faut-il…

  • Faux partir !

©Murielle Compère-Demarcy

Patrice MALTAVERNE / Fabrice MARZUOLO, La partie riante des affreux, illustrations Henri CACHAU. Éditions Le Citron noir, avril 2012.

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Attention, -les âmes conventionnelles, consensuelles, sociétaires ès-Vie Normale, directionnelles ou sous influence… n’ont qu’à bien se tenir –ou s’abstenir- La partie riante des affreux décape et ne fait pas dans la dentelle ! Ce même avertissement vaut pour les fâchés avec l’humour –noir, de préférence- ou ses abstinents sauf à piquer un fard en pleine nuit… ou pour les inadapté(e)s à l’auto-dérision à pratiquer sans modération en sourire amer décalé. [N.B. : ces avertissements valent prescription de prévention].

De tous les jeux que nous pratiquons, écrivent P. Maltaverne et F. Marzuolo, nous préférons de loin celui qui consiste à douter de l’indiscutable. Des enfants et de la famille armée pour la reproduction, par exemple. Ainsi le lecteur est-il mis au goût du recueil par la mise en garde en 4ème de couverture. Il lui faudra jouer cette «fin de partie» relevée en mots et réparties salés au caractère bien trempé -à l’humour abrasif comme il faut pour nous défaire nous décrasser des manies et des habitudes mortifères -au brin de poésie caustique voire roborative –il vous faudra, lecteur/lectrice, jouer cette partie riante des affreux en connaissance de cause et en choix de lecture assumé. Mais le couple Maltaverne/Marzuolo formé pour ce rire prévient toute critique malveillante ou en déficit de juste interprétation eu égard à l’intention desdits auteurs : nous ne sommes pas pourtant des “nouvelles chiennes”de garde. Durant notre bref passage sur la terre, nous cherchons juste une forme de vie que nous puissions respecter. Une ligne de conduite hors des routes battues, non embaumées loin s’en faut par des effluves doucereuses sucrées mielleuses –plutôt emportées par des souffles de Liberté parfois un brin libertaires qui peuvent déranger, qui peuvent perturber, en tout cas qui bousculent par la tonicité poétique de clairvoyances ici balancées en pleine figure et à la face pas drôle du tout du monde dit «de normalité». Une ligne de conduite poursuivie dans une tonalité familière aux lecteurs/lectrices du poézine Traction-Brabant (alias T-B) que Patrice Maltaverne anime depuis 2004 (plus d’une cinquantaine de n°s du fanzine poétique, en circulation à ce jour).

Dans un courrier Maltaverne m’écrivait : (…) la poésie est trop sérieuse pour qu’on soit plus sérieux qu’elle ! À mon avis cette pensée de vie de bon aloi vaut et s’applique particulièrement à La partie riante des affreux où l’on retrouve le «ton Maltaverne».

Maltaverne écrit ici en couple avec Fabrice Marzuolo –Maltaverne ayant eu l’initiative de ce rire, Marzuolo s’étant associé au projet d’y joindre des poèmes : le seul accouplement qui mériterait d’échapper à une stérilité généralisée, dixit Marzuolo. (…) qui mériterait(…). Défi gagné / pas gagné ?! Aux lecteurs/lectrices de savourer la mesure et la portée de ce rire et d’en colporter les éclats intra et extra-muros de la cité des affreux ! Défi gagné à mes yeux.

Un texte me semble donner le ton, le ‘la’ -miné, du coup, d’un couac sur le terrain balisé d’un quotidien trop souvent reproduit à l’identique, en х exemplaires de ce que l’on voit indiscutablement comme le Bonheur incarné et unique, façon fabrication Pensée Unique :

IL A FALLU METTRE À TOUT PRIX

TOUJOURS DRESSER UNE NAISSANCE

DANS LA CERVELLE DES PAUVRES

FACE À UNE MORT

CETTE IDÉE DE L’AMOUR AUTOMATIQUE

Je retranscris là au mieux sur le plan typographique au prorata du confort de lecture pour cet article, mais je précise que ce court texte à l’instar de quelques autres bénéficie dans le recueil d’une mise en page originale singulière –qu’il faut aller voir !

En guise d’épilogue et de ‘Post digestion’ (titre d’un texte) comme avant-goût à cette partie riante des affreux –je clos avec ces mots empruntés respectivement à chacun des deux auteurs :

Le long d’une promenade urbaine

Pour gens civilisés

Un dimanche

J’ai observé le résultat du bonheur conseillé

Par toutes les grandes marques des familles

Les deux enfants bipolaires

En train de tirer la queue du chien

Pauvre bête qui n’en demandait pas tant

Le garçon trop véloce

Déjà petit merdeux du short et des manières

Sa sœur qu’il écrase contre un platane

En position de viol accepté

Pleurant les quelques larmes de son corps

Inachevé

La mère appelée au secours pour manager

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre

La ménagerie

Au bord de la crise de nerfs

Si jolie pourtant

Avant toutes ces rides

Cicatrices de son réel amour

Le père absent

De plus en plus appelé à fumer

Dans les nuages

Quel imbécile hélas

Ayant sans efforts décroché

Le gros lot de la terre

Et qui préfère maintenant les volutes

Des aéroplanes cons comme la lune (P. Maltaverne)

Maltaverne & Marzuelo nous tendent ici le miroir d’une réalité bien «existante», de notre réalité peut-être que l’on peut –toujours peut-être- prendre sur soi de reconnaître avec la distance salutaire de l’humour ; ou que l’on pourra continuer de se déprendre ou de préserver. L’objectif ici des auteurs est de faire tomber de son piédestal cet amour automatique à délivrer à tout prix pour «réussir   sa vie», avec service rendu et attendu de reproduction (ndla). À force d’entendre dire du bien de la famille, il était fatal que ça finisse comme ça : nous avons eu envie de faire entendre une autre voix, Fabrice et moi, histoire de briser la répétition d’un ‘choix’ de vie (P.M.)

Un texte, fort d’être à point revenu de tout, commente : Souvent être sourd ne suffit pas, il faudrait être aveugle aussi. Et tant qu’à faire ne pas exister… J’aurais dû y penser avant. Maintenant je pourrais même me foutre le feu comme un bonze, je continuerai à saloper la planète : les hommes ne sont pas des voitures, ce sont des maladies bien pires. ( F. Marzuolo)

Et si l’on se confronte –c’est le moins que l’on puisse écrire- avec cette réalité débouchant sur ce / Bordel sans fées à ingurgiter / Jusqu’à la mort (P.M.)

on se marre aussi pince-sans-rire

décalés de nous-mêmes mochetés dans les miroirs

dans cette partie des affreux

mais…

à piétiner pour piétiner, grimaçons du haut de nos trips, remué(e)s dans nos tripes plongées dans ce bouillon de l’existence –et réduisons un peu l’écart

entre son sûr et propre quant-à-soi plein d’illusions d’optique sur notre réel très prosaïque & cette poésie / poéVie si vivante en vrai, pourvu qu’elle soit vue par de désabusés défenseurs…

Une (re-)construction de la vie pas facile que cette partie riante des affreux -avec des mots en poèmes armés d’un rire iconoclaste, irréductible, inclassable !

La partie riante des affreux, Patrice Maltaverne / Fabrice Marzuolo, avec illustrations de Henri Cachau –à lire ou à rejouer à volonté presto illico !

→ Recueil à commander auprès de l’association Le Citron Gare, contact : p.maltaverne@orange.fr

©Muriel Compère (McDem)