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David Foenkinos, Deux sœurs, nrf Gallimard, Février 2019 (173 pages – 17€)

Chronique de Nadine Doyen David Foenkinos, Deux sœurs, nrf Gallimard, Février 2019 (173 pages – 17€) David Foenkinos change de registre aimant surprendre son lecteur. Il nous immisce d’abord dans un couple en crise, en train de se déliter/se fracasser soudainement et nous rend témoin de la rupture d’autant plus brutale, violente, pour Mathilde que l’été ils parlaient mariage. Aucun signe décelé, pas de préavis. La première partie se focalise sur Mathilde, professeur de français, la montrant dans son milieu professionnel. On la devine pleine d’abnégation, très investie et désireuse de transmettre sa passion pour Flaubert. On la voit dans son rapport avec ses élèves, ses collègues. Sabine, sa collègue la plus proche, la loser sentimentale l’envie, la jalouse même. Quelle ironie quand le lecteur, lui, connaît la réalité ! L’autre facette de Mathilde c’est celle d’une femme délaissée, aux abois, qui voit son couple partir à vau l’eau, en proie à une douleur indicible, guettant un texto. Comment mener sa classe, poursuivre l’étude de « L’éducation sentimentale » sans rien laisser paraître ? Le romancier excelle à plonger …

PAUL VALÉRY – Cahiers 1894-1914  Volume XIII – Préface de Michel Deguy (NRF – Gallimard).

Chronique de Xavier Bordes PAUL VALÉRY – Cahiers 1894-1914  Volume XIII – Préface de Michel Deguy (NRF – Gallimard). « …Et je jouis sans fin de mon propre cerveau » faisait dire Paul Valéry au locuteur de son sonnet intitulé Solitude. C’est ce qui amène Michel Deguy, dès la page 26 de sa préface, à souligner que « La grande affaire, la «grande chose» valéryenne, fut celle de l’intellect. », et ce constat implicite, qui constitue à la fois comme la nappe phréatique où aura puisé toute la réflexion de l’auteur du Cimetière Marin et de la Jeune Parque, et ce qui aura inspiré ici son préfacier, ce constat de l’essentiel souci de « l’esprit » chez un Paul Valéry qui cependant ne se voulait pas « philosophant », c’est ce qui permet à Michel Deguy d’ajuster sa focale concernant le contenu des cahiers. En effet, Valéry, grâce à cette préface, est à la fois relié à nous, lecteurs d’aujourd’hui, mais aussi distancié de nous par diverses analyses qui démontrent de quelle manière le monde tel que se le figurait Valéry réfléchissant (éventuellement …

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs ; nrf Gallimard ; (15€ – 143 pages)

Chronique de Nadine Doyen Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs ; nrf Gallimard ; (15€ – 143 pages) Maints auteurs évoquent la diversité des paysages en parcourant la France. Sa traversée de la France, Axel Kahn l’a relatée dans Pensées en chemins. Serge Joncour, lui, sillonne notre hexagone en train, à vélo, à pied et cristallise/ capture les paysages qui défilent dans ses romans. Ce qui lui fait affirmer « Où qu’on aille on est d’ailleurs et c’est sans fin que l’on n’est pas d’ici ». Sentiment partagé par Sylvain Tesson : « Moi, j’avais toujours eu l’air d’un mec d’ailleurs. ». AVANTI !! Si Sylvain Tesson a également pris son bâton de pèlerin, ce fut pour une raison bien différente. Dans l’avant-propos il explique son année horribilis : son dramatique accident et la perte d’une mère, « c’est un monde qui s’écroule », dit Auden , « c’est en toi seul qu’il te revient de trouver le ressort, la ressource pour avancer ». En effet, si Sylvain Tesson cultive l’art de la chute dans …

Le mystère Henri Pick, David Foenkinos ; nrf Gallimard (288 pages – 19, 50 €)

Chronique de Nadine Doyen Le mystère Henri Pick, David Foenkinos ; nrf Gallimard (288 pages – 19, 50 €) Après le succès planétaire de Charlotte, David Foenkinos explore le milieu littéraire et dissèque l’avènement d’un best-seller, les maillons indispensables, tout en montrant comment un livre peut changer la vie d’un individu, voire fissurer sa vie privée. On a tous en mémoire des titres qui ont cartonné, mais est-ce le hasard, le coup médiatique d’un éditorialiste  ou la fine intuition de l’éditeur ou éditrice ? Pour les Foenkinophiles, lire un roman de l’auteur c’est d’abord partir à la traque de ses constantes. La série d’items devenue la marque infaillible de David Foenkinos est-elle toujours présente ? Au lecteur de  tester s’il retrouve les références à deux Polonais, aux cheveux, à Ikéa, l’Allemagne, Berlin, le jus d’abricot» et les notes en bas de page. Doit-on voir un clin d’œil à la Suède et à Katerina Mazetti quand deux  protagonistes se rencontrent au cimetière ? Brautigan, auteur américain dont un fan eut l’idée de reprendre son concept d’une « bibliothèque des livres refusés », …

La terre qui penche, Carole Martinez, roman, nrf Gallimard, (366 pages – 20€)

Chronique de Nadine Doyen La terre qui penche, Carole Martinez, roman, nrf Gallimard, (366 pages – 20€) Qui n’a pas été embobeliné par le roman précédent Du domaine des murmures ? Carole Martinez nous replonge dans ce décor envoûtant, quelques siècles plus tard. Elle campe ses personnages au quatorzième siècle, époque qui connut les ravages de la peste et elle nous rappelle  la condition de la femme et des jeunes filles. Comme au théâtre, le voile laiteux de la brume matinale se déchire et s’ouvre sur la rivière. Mais la Loue, personnage à part entière, aussi « enchanteresse » que la Lorelei, capable de caresses comme de colères, a pris un aspect inquiétant. Pourquoi « une telle rogne » de « Furieuse » ? Affamée comme une ogresse, elle  dévore ceux qui se risquent sur son dos. Quel sortilège a pétrifié ses eaux vertes ? De qui veut-elle se venger ? Qui est cette Dame verte qui parfois en surgit ? On découvre ce paysage de coteaux en pente, cette « terre qui penche », qui ravine par temps d’orage, toujours à reconstruire. « Les ceps disposés en espaliers …