Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » éditions L’ Harmattan – 2012 – Collection – Poètes des cinq continents – 63 pages. Préface de F. Defontaine.

    Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » éditions L’ Harmattan - 2012 – Collection – Poètes des cinq continents – 63 pages. Préface de F. Defontaine.

  • Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » éditions L’ Harmattan – 2012 – Collection – Poètes des cinq continents – 63 pages. Préface de F. Defontaine.

L’ouvrage de Barnabé LAYE « Requiem pour un pays assassiné » nous impose un temps de réflexion et de recueillement sur la fragilité de la nature humaine et son inconsistance.

Si l’on donne ici la parole à un pays, en fait c’est bien de l’homme et de l’homme seul dont-il s’agit et qui soulève tant d’interrogations !

Barnabé LAYE appartient à ces poètes, ces griots ou dyâlis de l’immense terre africaine et qui porte toujours les cicatrices de l’origine, de sa lointaine et insondable histoire.

Le poème liminaire n’est qu’un cri, il a valeur testamentaire !

« Ecrire

Une dernière fois

L’éclat de la blessure

Lambeaux de honte et d’opprobre…/… »

Dire une fois encore la profonde stigmatisation, la déchirure d’un pays écartelé, laminé, tant par les machinations et lobbys extérieurs que par les intrigues et corruptions intérieures.

En homme sage, lucide et clairvoyant, le poète fait l’état des lieux, le constat révélateur et sans concession.

« Fuir l’intouchable image

D’une vérité des jours ordinaires »

La douleur est telle, l’indigence si palpable que parfois pour, un bref instant il arrive que le poète donne l’impression de se résigner.

« C’est l’enfer

On y peut rien »

L’écriture libre est marquée, cadencée, elle donne un rythme au temps, délimite l’espace un peu comme un tam-tam, c’est un battement de cœur, avec pour seul espoir, pouvoir encore toucher la ligne fragile de l’horizon.

C’est un cri gravé au fer rouge au fond du cœur, c’est une scarification au plus profond de l’âme.

«  Un pays qui se couche

Comme une insulte tombée du ciel »

Un pays soumis, exploité, jusqu’à en devenir exsangue.

Oui, Barnabé LAYE nous parle d’un pays victime des conflits d’intérêts des « autres », mais osons le dire les « autres » ont été le plus souvent les impérialistes occidentaux, mais aussi désormais encore beaucoup plus sous-jacent les capitalistes extrêmes orientaux soutenus par la complicité avide de certains dirigeants africains et autres ploutocrates responsables des plus médiocres corruptions.

«  D’un pays à l’encan

Seul face aux tempêtes de l’Histoire…/…

……………………………………………

Embarqué malgré lui dans les querelles

Et les infortunes des Autres

Jouant ici et là

Les gladiateurs de l’Empire »

Et cependant tout aurait pu prêter à la poésie, à la rêverie, aux légendes, aux variations des griots.

Toutefois le poète y poursuit son chemin, y apporte son observance et ses songes avec cette incontournable note d’humanisme.

La réalité est particulièrement cruelle, mais bien réel !

«  Des millions de bouches

Qui racontent le désespoir »

«  Avec ses légions faméliques

Rivées à cette terre »

La terre devrait appartenir à ceux qui la cultivent, qui la protègent, qui la nourrissent. Nous sommes tous les citoyens de la terre, sans barrières, sans frontières.

Mais au cœur de cette sinistre réalité, nous retrouvons inaltérables et inaltérées les couleurs de l’amour, où le peuple est beau, noble, rieur, chamarré. Un peuple au labeur, qui construit et érige avec ses mains nues, qui laboure la terre avec une mule, un cheval ou un zébu, un peuple qui respecte et préserve ce dont-il n’a pas encore été dépossédé.

Barnabé LAYE use de la parole comme d’un exutoire, il joue avec des formules lapidaires, prenantes, poignantes, mais aussi d’une extrême beauté poétique, où les images révélatrices foisonnent.

Nous n’échappons pas, au monde des ombres de la nuit, aux retours des esprits, à l’évocation des morts, des jeteurs de sorts et autres marabouts « protecteurs ».

C’est aussi le pays des nuits de rituels, d’incantations, d’évocations des anciens, des esprits par la mystérieuse puissance des masques, jusqu’à ce que tout s’efface juste avant les premières lueurs du jour, juste à la pointe naissante du soleil.

Lourde épreuve initiatique pour un poète de porter les blessures d’un pays que l’on croit oublié et c’est précisément ce que Barnabé LAYE révèle avec une implacable pertinence soulignée d’une vision sage et éclairée.

Avec des reprises, des mots clés, notre poète imprime une intensité répétitive à sa parole.

Cependant osons-nous poser la question ! Si les religions n’étaient que des institutions à illusions. Si l’usurpation était flagrante depuis des millénaires, imposée comme moyen de pression, de peur, de superstition, d’aliénation, de manipulation des masses hypnotisées maintenues dans l’ignorance ? Ne fût-il pas déjà évoquer l’expression «  opium du peuple » !

Pour oublier leur mal de vivre, leur misère sur cette terre, les hommes usent d’artifices, ils fument, boivent, se droguent, prient, font des guerres, se déchirent dans ce grand drame africain qui est aussi celui du monde.

«  Des bottes et des kalachnikovs. »

Fléau aveugle des religions qui ne devraient être que « paroles et actes d’Amour » mais qui hélas ne sont le plus souvent qu’instrumentalisations, radicalisations, retour aux obscurantismes, aux intolérances, aux non respects des droits de l’homme et des différences.

Sans animosité la question est posée !

Alors, les religions, oui, pourquoi pas ? Mais dans l’action positive du partage, de la connaissance, de la paix et de l’amour universel.

Utopie de poète ? Non, possible réalité de l’homme lorsque nous pourrons écrire ce nom avec un «  H » majuscule !

«  Je vous parle d’un pays

Où les hommes ont deux millions d’années

Paroles d’oracle

……………………………………………..

Deux millions d’années qu’ils marchent

………………………………………………

Ils ne savent vers quel port…/…

Là, demeure l’inconnue de la destinée de ces marcheurs en exil sur les vastes terres africaines.

Marcher, oui ! Mais où, vers quel but, vers quel devenir ?

L’Afrique est bien ce pays immense et fascinant, matrice des nos origines qui n’en finit pas de redécouvrir sa raison d’être, son identité, de retrouver et de reconstituer ses véritables racines.

Incontestablement Barnabé LAYE nous parle avec brio et une lucidité extrême d’un pays à hauteur d’homme qui ne devrait pas tarder à trouver sa réelle mesure.

Parole de griot, parole de dyâli !

©Michel Bénard

Charles VERFAILLE «  Que dire encore ?… » Editions Thierry Sajat – 2011 – (103 pages) Préface de Véronique Flabat-Piot.

Charles Verfaille

Charles Verfaille

 

  • Charles VERFAILLE «  Que dire encore ?… » Editions Thierry Sajat – 2011 – (103 pages) Préface de Véronique Flabat-Piot.

Simple, le titre se veut tout à fait évocateur, en effet ayant atteint une certaine période de sa vie : « Que dire encore ?… »

Pourtant au fil d’une longue expérience, tout reste à dire, ici Charles Verfaille le fait avec l’élan d’une passion et d’une émotion encore intactes ! Le poète nous fait don de lui-même.

Ainsi que le souligne Véronique Flabat-Piot dans sa clairvoyante et avisée préface : «  C’est à la rencontre de l’homme que nous convie aujourd’hui Charles Verfaille. »

Il nous situe également vers la prise de conscience de l’Un, par l’Unique unité du Grand Tout !

« Que dire encore ?… », est bien l’ouvrage à effet miroir, à l’image de son auteur, sorte d’autoportrait émanent et immanent de délicatesse, de prévention, de gentillesse, d’humour subtil avec sa touche de dérision, car à quoi bon se prendre au sérieux ? Surtout pas !

Oui, tout sans doute a-t-il été dit, mais savoir encore le transmettre en est le but suprême.

Méfions nous des auteurs « tordus » prêts à tout pour se distinguer, se gargariser, s’illusionner, sauf à écrire simplement avec brio.

Charles Verfaille ne triche pas, ne cherche pas à briller, à éblouir, chez lui c’est la voix de l’homme qui tonne, le souffle du cœur qui prédomine.

« Je chanterai ce que je sens, sincère et clair ;

Et je me garderai des paroles en l’air…/… »

Il n’a de cesse que de préserver le beau, le sacré, voire le Divin.

« Si tu veux mériter le nom de créateur,…/…

Musicien, poète, ose affronter l’immonde…/…

Cultive la beauté, c’est ton devoir d’artiste ; …/… »

Notre poète tente de s’extirper du monde de la laideur, de la torpeur, tel est à son sens la fonction de l’artiste, celle de célébrer la beauté, la vérité et surtout ne pas prêter sa plume, ni son pinceau aux mensonges et à l’usurpation.

Mais Charles Verfaille sait parfaitement faire de sa poésie un espace ludique, railleur, ironique à l’humour parfois caustique ou un tantinet moraliste, toujours en sachant jouer à souhait de la dérision.

Dilemme, il n’est pas toujours aussi évident d’être soi même !

Interrogation ou réflexion sur la vie, la mort, celle que l’on sait proche et qui rode narquoise fauchant ici et là parents, amis, amours, avec toujours en suspens l’immuable question :

« Oui mais après qu’adviendra-t-il ? »

Le doute s’installe pour « celui d’en haut » qui se tait, se voile et ne laisse rien paraître depuis sa tour d’ivoire. Mythe ou réalité ? Plus que jamais la question reste posée.

Ce recueil est une forme de testament, celui d’un constat, d’un parcours de vie d’un homme face à lui-même avec ses hauts et ses bas, ses rires aux éclats, ses larmes en cascade.

Un ouvrage qui laisse flotter ici et là quelques sages consignes armées de bon sens. Libérée ou classique, Charles Verfaille donne à sa poésie une voix humaine ponctuée d’amour, d’humour avec toujours une note d’objectivité.

Au terme de cette petite réflexion, je ne peux que vous recommander la lecture de ce livre débordant de sagesse, émouvant, qui ne peut en aucun cas nous laisser indifférents.

Un livre qui porte bien haut toutes les facettes de l’existence comme un talisman.

« Je voudrais vivre encor pour répandre l’amour sublimé ;

Je voudrais vivre encor pour qu’on m’aime en retour. »

« L’étreinte des époux entre en terre sacrée

 Quand l’acmé du plaisir par l’amour

Les fond, suprême extase, en un seul être aimé,

Que recrée en l’Instant l’Unité restaurée. » (1)

Un livre rempli d’espoir et d’amour envers le mystère et l’apogée de la vie, tout simplement !

(1) Unité originelle, androgynie primordiale.

©Michel Bénard

 

Rome Deguergue « …de par la Reine…marcher dans la couleur du temps. » Préface de Jehan Despert. Traduit en roumain par Horia Badescu. Editions de l’Atlantique. Collection Phoibos. (Luxe 57 pages.)

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  • Rome Deguergue « …de par la Reine…marcher dans la couleur du temps. » Préface de Jehan Despert. Traduit en roumain par Horia Badescu. Editions de l’Atlantique. Collection Phoibos. (Luxe 57 pages.)

Pluriel ou singulier, singulier et pluriel. Versailles !

Oser une fois encore se projeter dans le château de Versailles n’est certes pas une affaire anodine si l’on veut échapper aux clichés. Il faut être aveuglément amoureux pour se risquer encore à rivaliser ou à défier Versailles.

« Le soleil est sa devise et sept planètes signent

les pièces royales de leur illustre patronyme. »

Dans le sillage et à l’instar de ses pairs Rome Deguergue n’échappe pas à la règle, est-ce ce message, cet hymne à la beauté de la magie esthétique, ce rêve lapidaire qui conduisent notre poétesse sur les allées versaillaises ?

Ici les poèmes sont en effet miroir comme le symbolise si bien la photographie préliminaire que nous devons à l’objectif romantique de Yan Le Lohic.

Par le verbe peaufiné, enluminé, la visite commence avec un moulin planté aux quatre vents sur un écrin vert, rouge et or.

L’introduction nous situe dans une écriture descriptive, qui peu à peu nous invite à une ambiance se poétisant.

« Tandis que l’orgue réchauffe la mosaïque de marbres,

des notes baroques cisèlent les voûtes de couleurs. »

Révélateurs, les textes provoquent l’enchainement et nous ouvrent les portes secrètes de la fabuleuse intimité du château. Ils subtilisent au passage un sourire énigmatique à la Joconde avant d’aller prendre un « vert » avec l’ami Véronèse.

C’est un hommage à la couleur, aux révélations picturales des grands maîtres flamands, italiens, français, où est retracée l’histoire de la France guerrière, conquérante, emperruquée, séductrice, courtoise mais pourtant humaine, trop humaine.

Rome Deguergue, interroge ici le temps qui se reflète dans les grands miroirs qui retiennent toujours la mémoire du roi, de la reine et de quelques courtisanes. Notre amie ne peut se priver de nous inviter à quelques rêveries érotiques laissant filtrer d’intimes rumeurs d’alcôves.

« Amours et calomnies ! Amours et liaisons de la Reine ? »

Véritable visite guidée dans le sillage parfumée des fantômes de la reine et des maîtresses « officielles ».

Tout n’est que succession du titre du poème au texte, du texte aux lieux, cabinets, appartements, opéra, chapelle, galerie des glaces, petit et grand Trianon et tous ces systèmes ingénieux qui donnent un souffle de vie aux grands espaces des jardins du château.

Deux écritures, deux voix, le signifiant regard de l’attention, du narratif, du témoignage et le signifié, l’invitation ténue aux rêves en promesse, aux jeux clairs-obscurs, à l’intemporel, aux amours saupoudrées.

Rome Deguergue comme les peintres cligne des yeux afin de mieux discerner son sujet et s’en éblouir !

Et si par ses vers, elle voulait combler une absence, un vide de féerique, un jardin magique, et si elle voulait y retrouver ses rêves d’enfant ?

« …/… rêves en bleu céleste.

Jeux infinis de miroirs pour fêtes supra-extra-ordinaires. »

Par sa poésie Rome Deguergue ajoute sa pierre à l’édifice solaire, c’est son informel besoin d’amour.

©Michel Bénard

ESPACE NLB – Revue des Arts Pluriels – 34 pages de format A4 en quadrichromie – 15 euros

  • ESPACE NLB – Revue des Arts Pluriels – 34 pages de format A4 en quadrichromie – 15 euros
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Poétesse maintes fois primée, par ailleurs couverte de diplômes universitaires dont un Doctorat en Histoire de l’Art, et directrice des éditions les Amies de Thalie, Nathalie Lescop-Boeswillwald a également ouvert une galerie Cour du Temple à Limoges : L’espace NLB, qui a son site internet : www.espacenlb.com ainsi que, désormais, sa revue : Espace NLB- La Revue des Arts Pluriels.

 Collage_technique_mixte_Christian_Boeswillwald.jpgCollage technique mixte de Christian Boeswillwald

Collage_technique_mixte_Christian_Boeswillwald.

Le premier numéro s’ouvre par une présentation de peintures, de sculptures, de créations textiles, d’œuvres en céramique ou en verre, de bijoux, et de reliures d’art qui ont été primées par le jury et/ou le public lors du concours organisé sur le site www.espacenlb.com.

Des reproductions des peintures de Roseline Al oumani qui figurent dans la monographie que Nathalie Lescop-Boeswillwald a consacré à cette artiste, une présentation de Julie Laï-Pei, toute jeune peintre qui depuis un an privilégie l’abstrait, celle de Florence Rossi qui, à côté d’une veine abstraite, en a aussi une expressionniste tant avec des collages qu’avec d’émouvantes peintures de visages, celle de Lisa dont les calligraphies sont superbes, les sculptures de Nicole Piquet-Legall qui est également une remarquable poétesse, les peintures en relief- dans l’une des boutons sont incorporés à la peinture, dans l’autre des fragments qui semblent de nacre- de Chantal Cros, également poétesse, les peintures de cosmos, de fonds sous-marins, de forces élémentaires d’André Bielen l’évolution vers l’abstrait de Serge Berrier, l’entretien de la revue avec Michel Bénard qui évoque son parcours de création, et qui par ailleurs consacre un excellent article à l’artiste remarquable, infiniment novateur, que fut Victor Hugo, constituent les autres temps forts du numéro 1 d’Espace NLB – Revue des Arts Pluriels.

ESPACE NLB – Revue des Arts Pluriels – 34 pages de format A4 en quadrichromie – 15 euros

À commander à Nathalie LESCOP-BOESWILLWALD – La Valade – 87520 VEYRAC -FRANCE

©Béatrice GAUDY

Jacques-François Dussottier : « Ô Femme. » éditions les Poètes français 2012 (couverture quadri – 67 pages.)

Dussotier Jacques François

Jacques-François Dussottier : « Ô Femme. » éditions les Poètes français 2012 (couverture quadri – 67 pages.)

« Ô Femme » ! L’auteur Jacques-François Dussottier n’en est pas à son coup d’essai, déjà il nous a érigé des temples, des autels lumineux et précieux en hommage à la «  Femme » portant haut son verbe comme un sacrifice à la gloire de l’Amour, quête permanente autant qu’utopie de l’homme.

« POESIE !

Sous mes doigts, tu deviens femme,

La chair de mon texte… »

Car entre le rêve et le réel la barrière est bien fragile, parfois imperceptible et vulnérable.

Simple, incisif, incontournable, bref, concis, le titre «  Ô Femme » est des plus évocateurs, il nous révèle déjà l’essentiel et nous en restitue les intimes saveurs.

C’est avant tout un vent de liberté qui souffle entre les pages de ce recueil.

L’auteur y laisse courir sa plume au fil de l’esprit, au rythme du ressenti, aux pulsions du cœur et de sa sensibilité intuitive.

« J’écris pour les femmes à perte d’encre… »

Le poète ici se livre entièrement, pas de fausses pudeurs, les mots sont dits avec justesse, simplicité, les sentiments y sont évoqués, la femme cette éternelle première, défiée !

Oser se confier à la page blanche, lui susurrer les pensées nuancées de l’intime, c’est déjà dispenser de l’amour.

« Ma Muse, je n’irai pas cette nuit

Rêver dans les étoiles

Car je t’attends dans mon poème. »

Sans doute est-ce dans la solitude et la délivrance que l’homme transpose ses plus beaux poèmes d’amour. Mystérieuse métaphore, singulière parabole !

Il est parfois nécessaire de monter sur le pont de la mémoire et de repartir en pèlerinage visiter les stèles de ses amours, filles des îles lointaines.

Jacques-François Dussottier compose ses poèmes d’amour comme une gerbe florale aux mille couleurs imagées.

Si nous nous laissons aller à notre imaginaire, il se peut que nous puissions y subtiliser quelques effluves charnels.

«…/…ventre de braise fougueuse,

faille de fauve moiteur

ton odeur m’enlace en des arômes fous. »

Par la subjectivité de la beauté il fait de nous des mendiants de l’amour, de pèlerins assoiffés de tendresse.

Naturellement il joue avec de remarquables parades au féminin, il caresse l’intimité du souvenir que l’on voudrait conserver dans l’herbier de nos amours.

Le poète se risque au surpassement, il tente une transgression et transfiguration des lois de l’amour.

Oui, en effet l’amour peut devenir un fabuleux voyage, mais également une terrifiante expédition, oscillant de l’exaltation incontrôlée à la désespérance la plus déchirante.

« J’irai rejoindre une autre déchirure

Car j’ai rendez-vous avec le reste de ma vie. »

La Femme, celle que le poète imagine, celle qu’il idéalise mais qui jamais ne viendra ou ne saura combler les vides de nos nuits, demeure éternellement le symbole d’un mythe inaccessible.

Il y a dans ce culte de l’Amour composé patiemment mot après mot, une forme de sacralisation, un sentiment d’éternité et de sublime fragilité.

©Michel Bénard.