Tous les articles taggés : Mercure de France

Vénus Khoury-Gata – Gens de l’eau (Ed. Mercure de France – 118 pp.).

Vénus Khoury-Gata – Gens de l’eau (Ed. Mercure de France – 118 pp.). Vénus Khoury-Gata en poésie, comme dans tout le reste de sa bibliographie considérable – que tant de prix ont couronnée -, et de son activité littéraire pluriforme, illustre parfaitement la façon dont une personne « à cheval » sur deux univers, l’oriental et l’occidental, le Liban et la France, peut enrichir à la fois le regard de l’un et de l’autre. Et ce livre de poèmes, d’une familière en même temps qu’insolite originalité, en témoigne par une forme de magique affirmation des différences qui, comme après le passage d’une comète, laisse un sillon où les ténèbres ressemblent à la lumière, alternent avec elle dans la nuit de nos yeux et s’y mêlent. Je voudrais expliquer par la citation d’un poème ce que j’aurais aimé rendre limpide sans être bien certain d’y parvenir ; il s’agit de celui de la page 44, qui est l’un des plus marquants :   Maison poreuse Les murs n’ont pas gardé la voix des objets La gardienne des lieux recoud les …

Yves Bichet, Indocile, roman, Mercure de France (19,80€ – 260 pages)

Chronique de Nadine Doyen Yves Bichet, Indocile, roman, Mercure de France (19,80€ – 260 pages) Août 2017 Le chapitre d’ouverture nous conduit à l’hôpital militaire de Desgenettes, (Lyon), au chevet d’Antoine, jeune soldat, dans un état comateux. Les visites qu’il reçoit se limitent à celles de sa mère et de Théo, son ami d’enfance. Scènes touchantes de les voir tenter de faire réagir le malade en le touchant, lui parlant. D’un côté le huis clos de la chambre « au mur gris », la douleur, la souffrance, la musique de Johnny sur laquelle Théo danse. A l’extérieur des militaires rejoignant le kiosque pour une répétition de la fanfare. Théo, de la fenêtre de la chambre, se laisse ensuite distraire par des grutiers en difficulté, plein d’admiration pour cette fille « qui dévale la grue comme un chat ». Le narrateur aiguise notre curiosité en précisant  que « Théodore ne sait pas encore que sa vie bascule ». Mais le rythme s’accélère après la rencontre avec la fille à la mobylette, à la conduite sportive. Celle-ci propose à Théo de le conduire …

Deux garçons, Philippe Mezescaze, Mercure de France ; (13,80€ – 119 pages)

Chronique de Nadine Doyen Deux garçons, Philippe Mezescaze, Mercure de France ; (13,80€ – 119 pages) Le narrateur, Philippe, revient sur ses amours d’adolescents et en particulier sur son attirance pour un certain Hervé, dont le patronyme deviendra tristement célèbre. Comment, où, se sont -ils croisés ? Hervé se retrouve à La Rochelle, son père ayant eu une mutation. Philippe a quitté Paris, où sa mère est hospitalisée, pour rejoindre sa grand-mère, sa confidente. Leur passion commune pour le théâtre, leur planche de salut, les fera se croiser à la maison de la culture de La Rochelle. Philippe confie avoir été subjugué dès qu’il le vit. Il fut comme troublé par « La blancheur de son visage ». Hervé, 14 ans, encore au lycée, va se voir proposer par le narrateur, qui travaille une scène de Caligula, le rôle de Scipion. Les deux apprentis comédiens s’apprivoisent, vivent leurs premiers émois, les yeux s’électrisent, leurs corps s’abandonnent. Ils seront « surpris enlacés » par Paul, « l’homme de ménage ». Un scandale risque-t-il d’éclater ? Philippe, plus âgé, craint d’être accusé de détournement de mineur. …

Yves Bichet -L’homme qui marche – roman ; Mercure de France (16,50€ – 174 pages)

Une chronique de Nadine Doyen Yves Bichet –L’homme qui marche – roman ; Mercure de France (16,50€ – 174 pages) Le titre L’homme qui marche a inspiré sculpteurs (Rodin, Giacometti) et écrivains (Christian Bobin, Albert Strickler). Le narrateur, Robert Coublevie, se définit comme « le marcheur d’un seul chemin ». Il distille avec parcimonie les indices sur son passé : « ancien pion », «cocu par négligence », mais suffisamment pour comprendre qu’il reste mortifié d’avoir été quitté par l’être aimé, Elia. Celle qui lui est fidèle, c’est l’autre Elia, sa chienne. En leur emboîtant le pas, le lecteur se retrouve sur La ligne, la frontière-France -Italie dans des paysages grandioses, que l’auteur sait sublimer. On s’interroge quant à ce choix de vie d’errance «entre ciel et terre », de chemineau, à l’écart des villes. On subodore que le héros a été écorché vif, et qu’il a perdu confiance dans ses semblables, qui le « déroutent » et l’ « effraient » et qu’il tente d’oublier. Il confie avoir « la trouille » de deux choses : « l’amour et les transports ». Yves Bichet nous confronte dès le début à un …